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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.Exc. M, SHERIF FAWAZ SHREF,
NOUVEL AMBASSADEUR DE JORDANIE PRÈS LE SAINT-S
IÈGE*

Jeudi 23 mai 1996

 

Monsieur l'Ambassadeur,

1. C'est avec une grande satisfaction que je reçois des mains de Votre Excellence les Lettres qui L'accréditent auprès du Siège Apostolique en qualité d'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Royaume hachémite de Jordanie.

En vous accueillant aujourd'hui, je me souviens des différentes visites que Sa Majesté le Roi de Jordanie et Son Altesse Royale le Prince héritier ont bien voulu me rendre au cours de ces dernières années, signes de leur attention déférente et cordiale à la mission spécifique du Chef de l'Église catholique. Ces rencontres ont largement contribué à la préparation, à l'établissement et à l'affermissement de nos relations diplomatiques et, plus encore, comme vous venez de le rappeler, à l'approfondissement des liens fraternels entre les catholiques et les musulmans jordaniens.

2. Je me réjouis de votre présence ici comme deuxième Ambassadeur de Jordanie; cela marque un nouveau pas dans les rapports entre le Saint-Siège et votre pays. Je vous remercie des paroles aimables que vous venez de m'adresser; je suis particulièrement sensible à l'attention renouvelée de Sa Majesté le Roi Hussein Ibn Talai et de la famille royale au message de l'Église et à ses interventions en faveur des droits de l'homme. Je vous saurais gré d'exprimer en retour à Sa Majesté mes souhaits déférents pour sa personne et pour sa haute mission au service de tous ses compatriotes, ainsi que les vœux que je forme pour ses proches, pour ceux qui ont la charge de servir la nation et pour l'ensemble du peuple de Jordanie.

À ce propos, je voudrais dire mon estime pour la générosité du Royaume hachémite à l'égard des nombreux réfugiés, accueillis ces dernières années et encore présents sur son sol. Dans ce domaine, vous savez l'intense activité de solidarité que les catholiques jordaniens, bien que peu nombreux, déploient pour venir en aide aux personnes déplacées, en collaboration étroite avec l'ensemble de leurs compatriotes. Partout où ils sont, les membres de l'Église ont à cœur de servir leur pays, à l'intérieur de ses frontières comme au sein de la communauté internationale, ainsi que de promouvoir les relations amicales avec l'ensemble de leurs concitoyens et de participer à la vie publique, économique et culturelle. Dans cet esprit, les catholiques de Jordanie ont le désir et le souci de s'engager toujours davantage dans la vie publique el sociale, ainsi que dans un dialogue interculturel et inter-religieux sincère, en particulier entre musulmans et chrétiens. Je saisis donc cette occasion pour saluer chaleureusement, par votre entremise, la communauté catholique qui vit en Jordanie.

3. Je voudrais souligner de manière spéciale l'attitude courageuse de Sa Majesté le Roi et des Dirigeants de votre pays dans le processus de paix au Proche-Orient, au cours des différentes étapes que nous avons connues ces dernières années; le Royaume hachémite s'est attaché à soutenir les démarches qui ont favorisé le dialogue entre les parties en présence; ces démarches ont permis d'arriver à des accords qui sont une avancée importante. Il reste à souhaiter que les différents États et les divers peuples de la région parviennent désormais à des relations normales et à une vraie convivialité. En effet, dans les négociations parfois difficiles entre les Gouvernements, personne ne dois ménager ses efforts pour que chaque communauté humaine soit reconnue et puisse jouir des mêmes droits. Les différentes missions que vous avez eues personnellement à accomplir au service de la jeunesse de votre pays vous rendent particulièrement attentif aux jeunes du Moyen-Orient, qui sont l'avenir de leurs nations. Leurs aspirations sont pour nous un motif supplémentaire de tout mettre en œuvre pour leur assurer un avenir de paix, nécessaire à leur propre croissance, à leur santé et à leur éducation, et pour leur donner l'espérance qu'ils auront leur place dans la société de demain. C'est en leur apprenant la voie du dialogue, de la paix et du respect des frères qu'ils seront à leur tour des bâtisseurs de la paix et d'une société plus juste et plus harmonieuse. Dans cette perspective, le Siège apostolique s'engage inlassablement aux côtés de tous ceux qui œuvrent en faveur de la paix et du bien-être des peuples.

4. Nous savons tous que de nombreuses difficultés régionales demeurent encore; on a vu récemment avec tristesse la reprise de conflits armés qui ont meurtri des populations civiles entières et qui pourraient laisser penser que la concorde et la réconciliation s'éloignent à nouveau pour longtemps. À ce propos, je salue volontiers les efforts inlassables de votre Souverain et des Autorités civiles de votre pays pour faire taire définitivement les armes, qui ne sont jamais un instrument de dialogue ni la voie juste et équitable pour le règlement des conflits entre des personnes et des nations. L'engagement du Gouvernement jordanien et son appui aux démarches de la communauté internationale constituent une source d'espérance pour des responsables politiques et pour les habitants de la région, ainsi que pour tous les hommes de bonne volonté.

Au Moyen-Orient, nous sommes maintenant à la croisée des chemins. Une nouvelle étape est désormais nécessaire. En effet, il importe de passer d'une paix définie par des accords à la paix réelle et effective entre les peuples et, par-dessus tout, à la paix des esprits, c'est-à-dire à un sens de la concorde, à un désir profond de tous et à des gestes concrets, pour que la paix advienne enfin sur cette terre, si riche de traditions spirituelles et de valeurs morales. Avec l'aide de la communauté internationale qui ne manquera pas de poursuivre ses efforts, les différents pays de la région sont appelés à s'engager toujours plus avant dans la mise en pratique du plan de paix et, d'une manière toute spéciale, dans les négociations spécifiques sur la question importante et délicate du statut définitif de Jérusalem, afin de protéger l'identité de Ville Sainte. Celle-ci est également chère aux trois religions monothéistes. Son histoire, l'existence des lieux saints et la présence des diverses communautés spirituelles lui confèrent une dimension sacrée indéniable; Jérusalem revêt donc une valeur particulière pour les croyants, Juifs, Chrétiens et Musulmans qui y résident comme pour les membres de ces trois traditions religieuses qui vivent dans le monde entier. Je me réjouis qu'elle retienne toute l'attention de Sa Majesté le Roi Hussein, de la famille royale hachémite et du peuple tout entier, car elle est, comme vous le dites, le symbole de la rencontre et de la paix entre tous les croyants.

5. Au long des siècles, dans cette zone qui constitue un carrefour essentiel entre le Nord et le Sud, entre l'Orient et l'Occident, les hommes ont acquis un savoir et une compétence reconnues dans le domaine politique et commercial, mais ils se sont aussi attachés à développer leur vie religieuse personnelle et communautaire. A ce propos, je voudrais redire que j'apprécie l'intérêt de la Maison royale pour le dialogue inter-religieux et le soutien qu'elle apporte aux initiatives permettant une meilleure connaissance mutuelle entre les trois religions monothéistes présentes dans la région. Il est certain qu'une meilleure compréhension entre des personnes de sensibilités spirituelles différentes crée un état d'esprit qui, en promouvant la liberté de conscience et la liberté de croyance et de pratique religieuses et un respect toujours plus grand des personnes et de leur dignité fondamentale, favorise le développement des relations pacifiques et la coopération entre les peuples. C'est aussi une exigence morale pour tous les croyants de poursuivre des collaborations fraternelles, de conjuguer leurs efforts et de faire les sacrifices nécessaires pour « avoir la joie de construire ensemble la paix » (Ioannis Pauli PP. II Nuntius ob diem ad pacem fovendam dicatum pro a. D. 1992, 6, die 8 dec. 1991: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, XVI, 2 (1991) 1336). Pour sa part, le Saint-Siège a confiance que le dialogue entrepris se poursuivra et que le désir manifesté conduira à une juste solution dans les questions complexes et délicates auxquelles le Moyen-Orient est actuellement affronté. Avec les Autorités jordaniennes, nous espérons que le jour d'une solution pacifique définitive est désormais proche.

6. Au moment où commence votre mission de Représentant du Royaume hachémite de Jordanie auprès du Saint-Siège, je vous offre, Monsieur l'Ambassadeur, mes veux les meilleurs. Par sa position stratégique aux confins de l'Europe et de l'Orient, votre pays a pour vocation de relier des cultures et des traditions longtemps éloignées. Je suis certain que, dans les nouvelles charges que vous commencez à exercer aujourd'hui, vous apporterez une grande contribution à ces liens. Nos relations diplomatiques font déjà apparaître au grand jour une confiance réciproque, fondée sur les mêmes valeurs morales et sur le sens de l'homme, au-delà des vicissitudes de l'histoire. Dans vos fonctions, soyez assuré que vous trouverez toujours auprès de mes collaborateurs le soutien attentif, la compréhension cordiale et l'aide dont vous aurez besoin pour remplir votre nouvelle mission.

Je demande au Très-Haut de combler Votre Excellence et ses proches de ses Bienfaits, ainsi que Sa Majesté le Roi, la famille royale, le peuple jordanien et tous ses dirigeants.


*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XIX, 1 p.1322-1326.

L’Osservatore Romano24.5.1996 p.5, 6.

L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.24 p.7.

 

© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana

 

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