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OFFICE DES CÉLÉBRATIONS LITURGIQUES DU SOUVERAIN PONTIFE
CHEMIN DE CROIX AU COLISÉE PRÉSIDÉ PAR LE PAPE JEAN-PAUL
II VENDREDI SAINT DE L’AN 2000 ANNÉE SAINTE MÉDITATIONS
ET PRIÈRES DU PAPE JEAN-PAUL II
Prière initiale
Le Saint-Père:
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. -. Amen.
«Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même,
qu'il prenne sa croix et qu'il me suive» (Mt 16, 24)
Soir du Vendredi saint. Depuis vingt siècles, l'Église se rassemble
en cette soirée, pour se rappeler et pour revivre les événements de
l'ultime étape du chemin terrestre du Fils de Dieu. Aujourd'hui, comme
chaque année, l'Église qui est à Rome se réunit au Colisée, pour se
mettre à la suite de Jésus qui, «portant lui-même sa croix, sortit en
direction du lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, en hébreu : Golgotha» (Jn
19, 17).
Nous nous trouvons ici, convaincus que le chemin de croix du Fils
de Dieu ne fut pas le simple fait de marcher vers le lieu de son
supplice. Nous croyons que chaque pas du Condamné, chacun de ses gestes
et chacune de ses paroles, et aussi ce qu'ont vécu et accompli ceux qui
ont pris part à ce drame, nous parlent continuellement. C’est aussi dans
sa souffrance et dans sa mort que le Christ nous révèle la vérité sur Dieu
et sur l'homme.
En cette année jubilaire, nous voulons réfléchir avec une intensité
particulière sur le contenu de cet événement, afin qu'il parle avec une
force nouvelle à nos esprits et à nos cœurs, et qu’il devienne pour nous
source de la grâce d'une authentique participation.
Participer signifie avoir part. Que veut dire avoir part à la croix
du Christ ? Cela veut dire faire l'expérience dans l'Esprit Saint de
l'amour que la croix du Christ cache en elle. Cela veut dire reconnaître, à
la lumière de cet amour, sa propre croix. Cela veut dire la prendre sur
ses épaules et, toujours en vertu de cet amour, marcher... Marcher tout
au long de la vie, en imitant Celui qui «endura une croix, dont il méprisa
l'infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu» (He
12, 2).
Brève pause en silence
Prions.
Seigneur Jésus Christ, remplis nos cœurs de la lumière de ton Esprit,
afin que, te suivant sur ton ultime chemin, nous connaissions le prix de
notre rédemption et devenions dignes de participer aux fruits de ta
passion, de ta mort et de ta résurrection.
-. Amen.
* * * * *
PREMIÈRE STATION Jésus est condamné à mort
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Es-tu le roi des Juifs ?» (Jn 18, 33). «Ma royauté ne vient pas
de ce monde; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se
seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne
vient pas d'ici» (Jn 18, 36). Pilate ajouta : «Alors, tu es roi
?» Jésus répondit : «C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je
suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme
qui appartient à la vérité écoute ma voix». Pilate répliqua : «Qu'est-ce
que la vérité ?». À ce point, le Procureur romain considéra l'interrogatoire
comme terminé. Il alla chez les Juifs et leur dit : « Moi, je ne trouve en lui
aucun motif de condamnation» (cf. Jn 18, 37- 38). Le drame de Pilate
se cache dans la question : Qu'est-ce que la vérité ? Ce n'était pas
une question philosophique sur la nature de la vérité, mais une question
existentielle sur son rapport à la vérité. C'était une tentative de se
dérober à la voix de sa conscience qui lui ordonnait de reconnaître la vérité et
de la suivre. L'homme qui ne se laisse pas conduire par la vérité se dispose
même à émettre une sentence de condamnation à l'égard d'un innocent.
Les accusateurs devinent cette faiblesse de Pilate et c'est pourquoi ils ne
cèdent pas. Avec détermination ils réclament la mort en croix. Les demi-mesures
auxquelles Pilate a recours ne l'aident pas. La peine cruelle de la flagellation
infligée à l'Accusé n'est pas suffisante. Quand le Procureur présente à la foule
Jésus flagellé et couronné d'épines, il semble chercher une parole qui, à son
avis, devrait faire céder l'intransigeance de la foule. Montrant Jésus, il dit :
«Ecce homo ! Voici l'homme !» Mais la réponse est : «Crucifie-le,
crucifie-le !» Pilate cherche alors à discuter : «Reprenez-le, et
crucifiez-le vous-mêmes; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation»
(cf. Jn 19, 5-6). Il est toujours plus convaincu que l'Accusé est
innocent, mais cela ne lui suffit pas pour émettre une sentence d'acquittement.
Les accusateurs recourent à l'ultime argument : «Si tu le relâches, tu n'es pas
ami de l'empereur. Quiconque se fait roi s'oppose à l'empereur» (Jn 19,
12). La menace est claire. Devinant le danger, Pilate cède définitivement et
émet la sentence. Mais non sans faire le geste lâche de se laver les mains : «Je
ne suis pas responsable du sang de cet homme; cela vous regarde !» (Mt
27, 24). C'est de cette façon que Jésus a été condamné à la mort sur une
croix, Lui le Fils du Dieu vivant, le Rédempteur du monde. Tout au long des
siècles, la négation de la vérité a engendré souffrance et mort. Ce sont les
innocents qui paient le prix de l'hypocrisie humaine. Les demi-mesures ne
sont pas suffisantes. Il ne suffit pas non plus de se laver les mains. La
responsabilité pour le sang du juste demeure. C'est pour cela que le Christ
a prié avec tant de ferveur pour ses disciples de tous les temps : Père,
«consacre-les par la vérité: ta parole est vérité» (Jn 17, 17).
PRIÈRE
Ô Christ, toi qui as accepté une condamnation injuste, accorde-nous,
ainsi qu’à tous les hommes de notre temps, la grâce d'être fidèles à la
vérité; ne permets pas que le poids de la responsabilité pour la
souffrance des innocents retombe sur nous et sur ceux qui viendront
après nous. À toi, Jésus, juste Juge, l’honneur et la gloire pour les
siècles sans fin.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Stabat mater dolorosa - Debout, la Mère douloureuse iuxta
crucem lacrimosa, - près de la Croix était en larmes dum pendebat
Filius. - devant son Fils suspendu.
* * * * *
DEUXIÈME STATION Jésus est chargé de sa croix
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
La croix. Instrument de mort infamante.
Il n'était pas licite de condamner à la mort de la croix un citoyen romain :
c'était trop humiliant. Le moment où Jésus de Nazareth s'est chargé de la croix
pour la porter sur le Calvaire marque un tournant dans l'histoire de la croix.
Signe d'une mort infamante, réservée à la catégorie la plus basse des hommes, la
croix devient une clé. Désormais, avec l'aide de cette clé, l'homme
ouvrira la porte des profondeurs du mystère de Dieu. Par le geste du Christ
qui accepte la croix, instrument de son dépouillement, les hommes sauront que
Dieu est amour. Amour sans limites: «Dieu a tant aimé le monde qu'il a
donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il
obtiendra la vie éternelle» (Jn 3, 16). Cette vérité sur Dieu s'est
révélée par la croix. Ne pouvait-elle pas se révéler d'une autre façon ?
Peut-être que oui. Toutefois Dieu a choisi la croix. Le Père a choisi
la croix pour son Fils, et le Fils l'a prise sur ses épaules, il l'a portée sur
le Calvaire et sur elle il a offert sa vie. «Sur la croix il y a la
souffrance, sur la croix il y a le salut, sur la croix il y a une leçon
d'amour. Ô Dieu, celui qui une fois t'a compris ne désire rien d'autre,
ne cherche rien d'autre» (Chant polonais de Carême). La Croix est
signe d'un amour sans limites !
PRIÈRE
Ô Christ, toi qui acceptes la croix de la main des hommes, pour en faire
le signe de l'amour salvifique de Dieu pour l'homme, accorde-nous, ainsi
qu'à tous les hommes de notre temps, la grâce de la foi en cet amour infini,
afin que, en transmettant au nouveau millénaire le signe de la croix,
nous soyons des témoins authentiques de la Rédemption. À toi, Jésus, prêtre
et victime, la louange et la gloire pour les siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Cuius animam gementem, - Dans son âme qui gémissait,
contristatam et dolentem - toute brisée, endolorie, pertransivit
gladius. - le glaive était enfoncé.
* * * * *
TROISIÈME STATION Jésus tombe pour la première
fois
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Dieu a pris sur lui nos péchés à nous tous» (cf. Is 53, 6).
«Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre
chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous»
(Is 53, 6) Jésus tombe sous la croix. Cela arrivera par trois fois
sur le chemin relativement bref de la «via dolorosa». Il tombe
d'épuisement. Le corps ensanglanté par la flagellation, la tête couronnée
d'épines. Tout cela fait que les forces lui manquent.
Il tombe, et la croix de tout son poids l'écrase contre terre.
Il faut revenir aux paroles du prophète qui, des siècles auparavant,
entrevoit cette chute. C'est comme s'il la contemplait de ses propres yeux :
devant le Serviteur du Seigneur à terre sous le poids de la croix, il montre la
vraie cause de sa chute :
«Dieu a pris sur lui nos péchés à nous tous». Ce sont les péchés
qui ont écrasé contre terre le divin Condamné. Ce sont eux qui ont déterminé
le poids de la croix qu'il portait sur ses épaules. Ce sont les péchés qui
ont provoqué sa chute. Le Christ péniblement se relève pour reprendre le
chemin. Les soldats qui l'escortent cherchent à le stimuler par des cris et des
coups. Après un moment le cortège repart. Jésus tombe et se relève.
C’est ainsi que le Rédempteur du monde s'adresse sans prononcer un mot à tous
ceux qui tombent. Il les exhorte à se relever. «Dans son corps, il a
porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos
péchés et vivre dans la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris» (cf.
1 P 2, 24).
PRIÈRE
Ô Christ, toi qui es tombé sous le poids de nos fautes et qui t'es relevé
pour notre justification, nous t’en prions, aide-nous, ainsi que tous
ceux qui sont écrasés par le péché, à nous remettre debout et à
reprendre le chemin. Donne-nous la force de l'Esprit, pour porter avec
Toi la croix de notre faiblesse. À toi, Jésus, écrasé sous le poids de nos
fautes, notre louange et notre amour pour les siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
O quam tristis et afflicta - Qu'elle était triste et affligée,
fuit illa benedicta - la Mère entre toutes bénie, mater Unigeniti !
- la Mère du Fils unique !
* * * * *
QUATRIÈME STATION Jésus rencontre sa mère
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que
tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera
grand, il sera appelé Fils du Très-Haut; le Seigneur Dieu lui donnera le trône
de David son père; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne
n'aura pas de fin» (Lc 1, 30-33). Marie se remémorait de ces paroles.
Elle y revenait souvent dans le secret de son cœur. Quand, sur le chemin de
la croix, elle rencontra son Fils, peut-être justement ces paroles lui
revinrent-elles à l'esprit. Avec une force particulière. «Il régnera... Et
son règne n'aura pas de fin...», avait dit le messager céleste. Maintenant,
alors qu'elle voit son Fils, condamné à mort, porter la croix sur laquelle il
devra mourir, elle pourrait se demander humainement parlant : Comment donc ces
paroles peuvent-elles se réaliser ? De quelle façon régnera-t-il sur la maison
de David ? Et comment se pourra-t-il que son règne n'ait pas de fin ?
Humainement parlant, ces questions peuvent se comprendre. Cependant Marie se
souvient qu'alors, après avoir entendu l’annonce de l’ange, elle avait répondu :
«Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole» (Lc
1, 38). Maintenant elle voit que cette parole se réalise comme parole de
la croix. Parce qu'elle est mère, Marie souffre profondément. Toutefois,
maintenant aussi elle répond comme elle avait répondu alors à l'Annonciation :
«Que tout se passe pour moi selon ta parole». De cette façon, elle prend
maternellement dans ses bras la croix avec le divin Condamné. Sur le chemin
de la croix, Marie se manifeste comme Mère du Rédempteur du monde. «Vous
tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s'il est une douleur pareille à
la douleur qui me tourmente» (Lm 1, 12). C'est la Mère des Douleurs
qui parle, la Servante qui obéit jusqu'au bout, la Mère du Rédempteur du
monde.
PRIÈRE
Ô Marie, toi qui as parcouru le chemin de la croix avec ton Fils,
déchirée de douleur dans ton cœur de mère, mais te souvenant toujours de ton
fiat et intimement convaincue que Celui à qui rien n'est impossible
saurait réaliser ses promesses, implore pour nous et pour les hommes des
générations futures la grâce de l'abandon à l'amour de Dieu. Fais que,
face à la souffrance, au refus, à l'épreuve, même prolongée et violente,
nous ne doutions jamais de son amour. À Jésus, ton Fils, honneur et
gloire pour les siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Quæ mærebat et dolebat, - Qu'elle avait mal, qu'elle souffrait
pia mater, cum videbat - la tendre Mère, en contemplant Nati pœnas
incliti. - son divin Fils tourmenté !
* * * * *
CINQUIÈME STATION Simon de Cyrène aide Jésus à
porter sa croix
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
Ils réquisitionnèrent Simon (cf. Mc 15, 21). Les soldats romains
firent ainsi, craignant que le Condamné épuisé ne parvienne pas à porter la
croix jusqu’au Golgotha. Ils n’auraient pas pu exécuter la sentence de
crucifixion portée sur lui. Ils cherchaient un homme qui l’aidât à porter la
croix. Leur regard se posa sur Simon. Ils le réquisitionnèrent pour le
charger de ce poids. On peut imaginer qu’il ne fut pas d’accord et qu’il s’y
opposa. Porter avec un condamné sa croix pouvait être considéré comme une
offense à la dignité d’un homme libre. Bien qu’à contrecœur, Simon prit la
croix pour aider Jésus.
Dans un chant de Carême résonnent ces paroles : «Sous le poids de la croix,
Jésus accueille le Cyrénéen». Ce sont des paroles qui laissent entrevoir un
changement total de perspective : le divin Condamné apparaît comme quelqu’un
qui, en un certain sens, «fait don» de la croix. N’est-ce pas lui qui
a dit : «Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de
moi» (Mt 10, 38) ? Simon reçoit un don. Il en est devenu
«digne». Ce qui aux yeux de la foule pouvait offenser sa dignité lui a,
au contraire, conféré une nouvelle dignité dans la perspective de la Rédemption.
Le Fils de Dieu l’a fait participer d’une manière singulière à son œuvre
salvifique. Simon en est-il conscient ? L’évangéliste Marc identifie
Simon de Cyrène comme étant le «père d’Alexandre et de Rufus» (15, 21).
Si les fils de Simon de Cyrène étaient connus de la première communauté
chrétienne, on peut penser que lui aussi, précisément tandis qu’il portait la
croix, a cru au Christ. Il passa librement de la contrainte à la disponibilité,
comme s’il avait été intimement touché par ces paroles : «Celui qui ne prend pas
sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi». Alors qu’il portait la
croix, il fut introduit à la connaissance de l’évangile de la croix.
Depuis lors, cet évangile parle à de nombreuses personnes, innombrables
Cyrénéens appelés au cours de l’histoire à porter la croix avec Jésus.
PRIÈRE
Ô Christ, qui as conféré à Simon de Cyrène la dignité de porter ta croix,
accueille-nous aussi sous son poids, accueille tous les hommes et donne
à chacun la grâce de la disponibilité. Fais que nous ne détournions pas
notre regard de ceux qui sont accablés par la croix de la maladie, de la
solitude, de la faim, de l’injustice. Fais que, portant les poids les uns
des autres, nous devenions témoins de l’évangile de la croix, des
témoins véritablement crédibles de toi, qui vis et règnes pour les siècles
des siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Quis est homo qui non fleret, - Quel est celui qui sans pleurer
matrem Christi si videret - pourrait voir la Mère du Christ in tanto
supplicio ? - dans un supplice pareil ?
* * * * *
SIXIÈME STATION Véronique essuie le visage de
Jésus
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
Véronique ne figure pas dans les Évangiles. Ce nom n’y est pas mentionné,
bien qu’il y ait celui de différentes femmes qui apparaissent aux côtés de
Jésus.
Il se peut donc que le nom exprime plutôt ce que fit cette femme. En effet,
selon la tradition, sur le chemin du Calvaire une femme se fraya un chemin parmi
les soldats qui escortaient Jésus et, avec un voile, elle essuya la sueur et le
sang du visage du Seigneur. Ce visage resta imprimé sur le voile; un reflet
fidèle - une «icône véritable». C’est à cela qu’on lierait le nom même de
Véronique.
S’il en est ainsi, ce nom, qui rend mémorable le geste accompli par cette
femme, renferme en même temps la plus profonde vérité sur elle.
Un jour, suscitant les critiques de l’assistance, Jésus prit la défense d’une
femme pécheresse qui avait versé sur ses pieds de l’huile parfumée et qui les
avait essuyés avec ses cheveux. À l’objection qui lui fut faite alors, il
répondit : «Pourquoi tourmenter cette femme ? C’est une action charitable
qu’elle a faite à mon égard [...]. Si elle a versé ce parfum sur mon corps,
c’est en vue de mon ensevelissement» (Mt 26, 10. 12). On pourrait aussi
appliquer ces paroles à Véronique.
Ainsi est manifestée la portée profonde de cet événement. Le Rédempteur
du monde donne à Véronique une image authentique de son visage. Le voile sur
lequel reste imprimé le visage du Christ devient un message pour nous. Il dit en
un sens : Voilà comment toute action bonne, tout geste de véritable amour envers
le prochain renforce en celui qui l’accomplit la ressemblance avec le Rédempteur
du monde.
Les actes d’amour ne passent pas. Tout geste de bonté, de compréhension, de
service, laisse dans le cœur de l’homme un signe indélébile, qui le rend
toujours plus semblable à Celui qui «se dépouilla lui-même, en prenant la
condition de serviteur» (Ph 2, 7). Ainsi se forme l’identité
de l’homme, son vrai nom.
PRIÈRE
Seigneur Jésus Christ, Toi qui as accepté le geste désintéressé
d’amour d’une femme et qui en retour as fait en sorte que les
générations s’en souviennent avec le nom de ton visage, fais que nos
actions, et celles de tous ceux qui viendront après nous, nous rendent
semblables à toi et laissent au monde le reflet de ton amour infini.
À toi, Jésus, splendeur de la gloire du Père, louange et gloire pour les
siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Quis non posset contristari - Qui pourrait sans souffrir comme elle
Christi matrem contemplari, - contempler la Mère du Christ dolentem
cum Filio ? - douloureuse avec son Fils ?
* * * * *
SEPTIÈME STATION Jésus tombe une deuxième fois
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le
peuple» (Ps 21 [22], 7). Ces paroles du psaume viennent à l’esprit tandis
que nous regardons Jésus qui, pour la deuxième fois, tombe sous la croix.
Voici que, dans la poussière de la terre, gît le Condamné. Écrasé sous le poids
de la croix. Ses forces l’abandonnent toujours davantage. Mais, à grand peine,
il se relève pour continuer son chemin. Que signifie pour nous, hommes
pécheurs, cette deuxième chute ? Plus encore que la première, elle semble nous
exhorter à nous relever, à nous relever une nouvelle fois sur notre
chemin de croix.
Cyprian Norwid a écrit : «Non pas derrière nous-mêmes avec la croix du
Sauveur, mais derrière le Sauveur avec notre croix». Maxime brève mais qui
en dit long. Elle explique en quel sens le christianisme est la religion de la
croix. Elle laisse entendre que tout homme rencontre ici-bas le Christ qui
porte la croix et qui tombe sous son poids. À son tour, sur le chemin du
Calvaire, le Christ rencontre tout homme et, tombant sous le poids de la croix,
il ne cesse d’annoncer la Bonne Nouvelle. Depuis deux mille ans, l’évangile
de la croix parle à l’homme. Depuis vingt siècles, le Christ qui se relève
de la chute rencontre l’homme qui tombe. Tout au long de ces deux
millénaires, beaucoup en ont fait l’expérience : tomber ne signifie pas la fin
du chemin. En rencontrant le Sauveur, ils se sont sentis rassurés par Lui :
«Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse» (2
Cor 12, 9). Ils se sont relevés réconfortés et ils ont transmis au monde
la parole de l’espérance qui jaillit de la croix. Aujourd’hui, une
fois franchi le seuil du nouveau millénaire, nous sommes appelés à approfondir
le contenu de cette rencontre. Il faut que notre génération transmette aux
siècles futurs la bonne nouvelle de notre relèvement dans le Christ.
PRIÈRE
Seigneur Jésus Christ, toi qui tombes sous le poids du péché de l’homme
et qui te relèves pour le prendre sur toi et l’effacer, donne-nous, à nous
hommes faibles, la force de porter la croix de chaque jour et de nous
relever de nos chutes, pour transmettre aux générations qui viendront
l’Évangile de ta puissance salvifique. À toi, Jésus, soutien de notre
faiblesse, la louange et la gloire pour les siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Pro peccatis suæ gentis - Pour les péchés de tout son peuple
vidit Iesum in tormentis, - elle le vit dans ses tourments, et
flagellis subditum. - subissant les coups de fouet.
* * * * *
HUITIÈME STATION Jésus console les femmes de
Jérusalem
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et
sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : 'Heureuses les
femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité
!' Alors on dira aux montagnes : 'Tombez sur nous', et aux collines :
'Cachez-nous'. Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra
l’arbre sec ?» (Lc 23, 28-31).
Ce sont là les paroles de Jésus aux femmes de Jérusalem qui pleuraient,
exprimant ainsi leur compassion pour le Condamné. «Ne pleurez pas sur moi !
Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants !» À ce moment-là, il était
certainement difficile de comprendre le sens de ces paroles. Elles contenaient
une prophétie, qui devait se vérifier rapidement. Peu avant, Jésus avait
pleuré sur Jérusalem, annonçant l’horrible sort qui la frapperait.
Maintenant, il semble se référer à cette prédiction : «Pleurez sur vos
enfants...» Pleurez, parce qu’ils seront, eux précisément, témoins et
participants de la destruction de Jérusalem, de cette Jérusalem qui «n’a pas
reconnu le moment où Dieu la visitait» (cf. Lc 19, 44). Si,
tandis que nous suivons Jésus sur le chemin de la croix, s’éveille en nos cœurs
la compassion pour sa souffrance, nous ne pouvons pas oublier cet avertissement.
«Si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ?»
Pour notre génération, qui est au tournant d’un millénaire, plutôt que de
pleurer sur le Christ martyrisé, c’est l’heure de «reconnaître le temps où
elle est visitée». Déjà resplendit l’aurore de la Résurrection. «C’est
maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut» (2 Co
6, 2).
À chacun de nous, le Christ adresse ces paroles de l’Apocalypse : «Voici que
je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la
porte, j’entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Le
vainqueur, je le ferai siéger près de moi sur mon Trône, comme moi-même, après
ma victoire, je suis allé siéger près de mon Père sur son Trône» (3, 20-21).
PRIÈRE
Ô Christ, toi qui es venu en ce monde pour visiter tous ceux qui
attendent le salut, fais que notre génération reconnaisse le temps où
elle est visitée et qu’elle ait part aux fruits de ta Rédemption. Ne
permets pas qu’il faille pleurer sur nous et sur les hommes du nouveau
siècle parce que nous avons repoussé la main du Père miséricordieux.
À toi, Jésus, né de la Vierge Fille de Sion, honneur et gloire pour les
siècles éternels.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Tui Nati vulnerati, - Ton enfant n'était que blessures, tam
dignati pro me pati, - lui qui daigna souffrir pour moi; pœnas mecum
divide. - donne-moi part à ses peines.
* * * * *
NEUVIÈME STATION Jésus tombe pour la troisième
fois
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
Voilà de nouveau le Christ tombé à terre sous le poids de la croix. La foule,
curieuse, regarde s’il aura encore la force de se relever. Saint Paul écrit
: «Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer
son droit d’être traité à l’égal de Dieu; mais au contraire, il se dépouilla en
prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme
un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant
jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix» (Ph 2, 6-8).
Voilà précisément ce que semble exprimer la troisième chute : le
dépouillement, la kénose, du Fils de Dieu, l’humiliation sous la croix.
Jésus avait dit à ses disciples qu’il était venu non pour être servi mais
pour servir (cf. Mt 20, 28). Au Cénacle, en s’abaissant jusqu’à terre
et en leur lavant les pieds, il avait d’une certaine manière voulu les
habituer à cette humiliation de sa personne. En tombant à terre pour la
troisième fois sur le chemin de la croix, il nous crie encore à pleine voix
son mystère. Écoutons sa voix! Ce Condamné, qui succombe sous le
poids de la croix tout près du lieu de son supplice, nous dit: «Moi, je suis le
Chemin, la Vérité et la Vie» (Jn 14, 6). «Celui qui me suit ne marchera
pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie» (Jn 8, 12). Ne
soyons pas troublés à la vue d’un Condamné qui tombe à terre, épuisé sous la
croix. Cette manifestation extérieure de la mort qui s’approche cache la
lumière de la vie.
PRIÈRE
Seigneur Jésus Christ, toi qui, par ton humiliation sous la croix, as
révélé au monde le prix de sa rédemption, donne aux hommes du troisième
millénaire la lumière de la foi, afin que, reconnaissant en toi le
Serviteur souffrant de Dieu et de l’homme, ils aient le courage de suivre le
même chemin qui, par la croix et le dépouillement, conduit à la vie
éternelle. À toi, Jésus, soutien de notre faiblesse, honneur et gloire
pour les siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Eia, mater, fons amoris, - Daigne, ô Mère, source d'amour, me
sentire vim doloris - me faire éprouver tes souffrances fac, ut tecum
lugeam. - pour que je pleure avec toi.
* * * * *
DIXIÈME STATION Jésus est dépouillé de ses
vêtements, abreuvé de vinaigre et de fiel
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Il en goûta, mais ne voulut pas boire» (Mt 27, 34). Il ne veut
pas de calmants, qui auraient obscurci sa conscience durant l’agonie. Il
voulait agoniser sur la croix en toute conscience, en accomplissant la
mission reçue de son Père. C’était contraire aux méthodes en usage chez les
soldats chargés de l’exécution. Chargés de clouer le condamné sur la croix, ils
cherchaient à diminuer sa sensibilité et sa conscience. Dans le cas du
Christ, il ne pouvait en être ainsi. Jésus sait que sa mort en croix doit être
un sacrifice d’expiation. C’est pourquoi il veut garder sa conscience
éveillée jusqu’à la fin. Privé de celle-ci, il n’aurait pas pu, de façon
totalement libre, accepter la pleine mesure de sa souffrance. Il doit
monter sur la croix pour offrir le sacrifice de la Nouvelle Alliance. Il est
Prêtre. Il doit entrer, par son propre sang, dans les demeures éternelles, après
avoir accompli la rédemption du monde (cf. He 9, 12). Conscience
et liberté : telles sont les caractéristiques imprescriptibles d’un agir
pleinement humain. Le monde connaît tant de moyens pour affaiblir la volonté
en obscurcissant la conscience ! Il faut les protéger jalousement contre
toutes les violences ! Même l’effort légitime pour atténuer la souffrance
doit toujours se faire dans le respect de la dignité humaine. Il faut
comprendre profondément le sacrifice du Christ, il faut s’unir à lui pour ne pas
céder, pour ne pas permettre que la vie et la mort perdent leur valeur.
PRIÈRE
Seigneur Jésus, Toi qui, avec un entier dévouement, as accepté de mourir
sur la croix pour nous sauver, fais que nous ayons part, ainsi que tous
les hommes du monde, à ton sacrifice sur la croix, afin que notre
existence comme nos actions expriment notre participation libre et
consciente à ton œuvre de salut. À toi, Jésus, Prêtre et Victime,
honneur et gloire pour les siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Fac ut ardeat cor meum - Fais qu'en mon coeur brûle un grand feu
in amando Christum Deum, - pour mieux aimer le Christ mon dieu ut
sibi complaceam. - et que je puisse lui plaire.
* * * * *
ONZIÈME STATION Jésus est cloué sur la croix
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Ils me percent les mains et les pieds, je peux compter tous mes os» (Ps
21[22], 17-18). Les paroles du prophète s’accomplissent. L’exécution
commence. Les coups des bourreaux écrasent les pieds et les mains du
Condamné sur le bois de la croix. Dans le creux des mains, les clous sont
fixés avec violence. Ces clous maintiendront le condamné suspendu dans les
tourments inexprimables de l’agonie. Dans son corps, comme dans son esprit
très sensible, le Christ souffre d’une manière indicible. Avec lui, on
crucifie deux vrais malfaiteurs, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche. La
prophétie s’accomplit : «Il a été compté avec les pécheurs» (Is 53, 12).
Quand les bourreaux dresseront la croix, alors commencera une agonie qui
durera trois heures. Il faut que s’accomplisse aussi cette parole: «Moi, quand
j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes» (Jn
12, 32). Qu’est-ce qui «attire» chez ce Condamné en agonie sur la croix?
Il est certain que l’image d’une souffrance aussi intense éveille la compassion.
Mais la compassion ne suffit pas pour inciter à lier sa propre vie à Celui qui
est cloué à la Croix. Comment expliquer que, de génération en génération,
cette terrible vision ait pu attirer des foules innombrables de personnes qui
ont fait de la croix la caractéristique de leur foi? D’hommes et de femmes
qui, au cours des siècles, ont vécu et ont donné leur vie en regardant ce signe?
Du haut de la croix le Christ attire par la puissance de l’amour,
de l’Amour divin, qui ne s’est pas soustrait au don total de soi; de l’Amour
infini, qui a élevé de terre sur l’arbre de la croix le poids du corps du
Christ, pour compenser le poids de l’antique faute; de l’Amour sans limites,
qui a comblé tout le manque d’amour et qui a permis à l’homme de se réfugier à
nouveau dans les bras du Père miséricordieux.
Que le Christ élevé sur la croix nous attire, nous, hommes et femmes du
nouveau millénaire! À l’ombre de la croix, «vivons dans l’amour comme le
Christ nous a aimés et s’est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui
pouvait lui plaire» (cf. Ep 5, 2).
PRIÈRE
Christ élevé, Amour crucifié, remplis nos cœurs de ton amour,
afin que nous reconnaissions dans ta Croix le signe de notre rédemption
et que, attirés par tes blessures, nous vivions et mourions avec toi,
qui règnes avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles
des siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Sancta mater, istud agas, - Ô sainte Mère, daigne donc
Crucifixi fige plagas - graver les plaies du Crucifié cordi meo
valide. - profondément dans mon coeur.
* * * * *
DOUZIÈME STATION Jésus meurt sur la croix
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Père, pardonne-leur: ils ne savent pas ce qu’ils font» (Lc 23, 34).
Au plus vif de la Passion, le Christ n’oublie pas l’homme, et en particulier il
n’oublie pas ceux qui sont la cause directe de sa souffrance. Il sait que
l’homme, plus que toute autre créature, a besoin d’amour; qu’il a besoin de la
miséricorde qui, en cet instant, se répand sur le monde. «Amen, je te le
déclare: aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis» (Lc 23, 43).
Jésus répond ainsi à la demande du malfaiteur suspendu à sa droite: «Jésus,
souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne (Lc 23, 42).
La promesse d’une nouvelle vie. Tel est le premier effet de la passion et de
la mort imminente du Christ. Une parole d’espérance pour l’homme. Au pied de
la croix se tenait sa Mère, et près d’elle le disciple, Jean l’évangéliste.
Jésus dit: «Femme, voici ton fils!», et au disciple: «Voici ta mère!» (Jn
19, 26-27). «Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui» (Jn
19, 27). C’est son testament pour les personnes les plus chères à son cœur.
Son testament pour l’Église.
En mourant, Jésus veut que l’amour maternel de Marie embrasse tous ceux pour
qui Il donne sa vie, l’humanité entière. Aussitôt après, Jésus s’écrie:
«J’ai soif» (Jn 19, 28). Parole où transparaît la terrible soif
qui brûle tout son corps. C’est la seule parole qui manifeste directement sa
souffrance physique. Puis Jésus ajoute: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
m’as-tu abandonné?» (Mt 27, 46; cf. Ps 21 [22], 2). Il prie avec
les paroles du psaume. Malgré sa teneur, la phrase met en évidence son union
profonde avec son Père. Dans les derniers instants de sa vie sur la
terre, Jésus se tourne vers son Père. Désormais, le dialogue ne se déroulera
plus qu’entre le Fils qui meurt et le Père qui accepte son sacrifice d’amour.
Quand arrive la neuvième heure, Jésus s’écrie: «Tout est accompli!» (Jn
19, 30). Voici l’heure où s’accomplit l’œuvre de la rédemption. La
mission pour laquelle il est venu sur la terre a atteint son but.
Le reste appartient au Père: «Père, entre tes mains je remets mon esprit»
(Lc 23, 46). Ayant dit cela, il expira. «Le rideau du Temple se
déchira en deux...» (Lc 27, 51). Le «Saint des Saints» du Temple de
Jérusalem s’ouvre au moment même où y entre le Prêtre de la Nouvelle et
Éternelle Alliance.
PRIÈRE
Seigneur Jésus Christ, Toi qui, au moment de l’agonie, n’es pas resté
indifférent au sort de l’homme et qui, dans ton dernier souffle as
confié avec amour à la miséricorde du Père les hommes et les femmes de tous
les temps avec leurs faiblesses et leurs péchés, remplis-nous,
nous-mêmes et les générations futures, de ton Esprit d’amour, afin que
notre indifférence ne rende pas vaine en nous les fruits de ta mort. À
toi, Jésus crucifié, sagesse et puissance de Dieu, honneur et gloire pour
les siècles éternels.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Vidit suum dulcem Natum - Elle vit son enfant très cher
morientem desolatum, - mourir dans la désolation dum emisit spiritum.
- alors qu'il rendait l'esprit.
* * * * *
TREIZIÈME STATION Jésus est descendu de la croix
et confié à sa Mère
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
O quam tristis et afflicta - Qu’elle était triste et affligée,
fuit illa benedicta - la Mère entre toutes bénie, Mater Unigeniti.
- la Mère du Fils unique !
On a remis entre les mains de la Mère le corps sans vie de son Fils. Les
Évangiles ne disent pas ce qu’elle a éprouvé en cet instant. C’est comme si
les Évangélistes, par ce silence, voulaient respecter sa douleur, ses sentiments
et ses souvenirs. Ou simplement comme s’ils ne s’estimaient pas capables de les
exprimer.
C’est seulement la dévotion séculaire qui a conservé l’image de la «Pietà»,
fixant ainsi dans la mémoire du peuple chrétien l’expression la plus douloureuse
de cet ineffable lien d’amour, né dans le cœur de la Mère le jour de
l’Annonciation et mûri dans l’attente de la naissance de son divin Fils.
Cet amour s’est révélé dans la grotte de Bethléem, il a déjà été soumis à
l’épreuve durant la présentation au Temple, il s’est approfondi en même
temps que les événements conservés et médités dans son cœur (cf. Lc 1,
37).
Maintenant, ce lien étroit d’amour doit se transformer en une union qui
dépasse les frontières de la vie et de la mort. Et il en sera ainsi tout au
long des siècles : les hommes s’arrêtent auprès de la statue de la Pietà de
Michel-Ange, s’agenouillent devant l’image de la Bienfaitrice Douloureuse
(Smetna Dobrodziejka) dans l’église des Franciscains à Cracovie, devant la
Mère des Sept Douleurs, Patronne de la Slovaquie, et ils la vénèrent dans de
nombreux sanctuaires à travers le monde entier. Ils apprennent ainsi le
difficile amour qui ne se dérobe pas devant la souffrance, mais qui
s’abandonne avec confiance à la tendresse de Dieu, à qui rien n’est impossible
(cf. Lc 1, 37).
PRIÈRE
Salve, Regina, Mater misericordiæ, vita dulcedo et spes nostra salve.
Ad te clamamus... illos tuos misericordes oculos ad nos converte et
Iesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exilium ostende.
Obtiens-nous la grâce de la foi, de l’espérance et de la charité, afin
que, comme toi, nous sachions nous aussi persévérer au pied de la croix
jusqu’à notre dernier souffle. À ton Fils, Jésus, notre Sauveur, avec le
Père et avec l’Esprit Saint, tout honneur et toute gloire pour les siècles
des siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Fac me vere tecum flere, - Que vraiment je pleure avec toi,
Crucifixo condolere, - qu'avec le Christ en Croix je souffre, donec
ego vixero. - chacun des jours de ma vie !
* * * * *
QUATORZIÈME STATION Le corps de Jésus est mis au
tombeau
. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi. -. Quia per sanctam
crucem tuam redemisti mundum.
«Il a été crucifié, est mort et a été enseveli...» Le corps sans vie du
Christ a été déposé dans le tombeau. Pourtant, la pierre du tombeau n’est pas le
sceau définitif de son œuvre. Le dernier mot n’appartient pas au mensonge, à
la haine et à l’abus de pouvoir. Le dernier mot sera prononcé par l’Amour,
qui est plus fort que la mort. «Si le grain de blé tombé en terre ne meurt
pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit» (Jn 12,
24). Le tombeau est la dernière étape de la mort du Christ au cours de toute
sa vie terrestre; c’est le signe de son sacrifice suprême pour nous et
pour notre salut. Très vite, désormais, ce tombeau deviendra la première
annonce de louange et d’exaltation du Fils de Dieu dans la gloire du Père.
«Il a été crucifié, est mort et a été enseveli,(...) le troisième jour est
ressuscité des morts». Avec la mise au tombeau du corps sans vie de Jésus,
au pied du Golgotha, l’Église commence la veillée du Samedi saint.
Marie conserve et médite au fond de son cœur la passion de son Fils; les
femmes se donnent rendez-vous le lendemain matin après le sabbat, pour oindre le
corps du Christ avec des aromates; les disciples se rassemblent, en se
cachant au Cénacle, jusqu’à ce que le sabbat soit passé. Cette veillée
s’achèvera avec la rencontre près du tombeau, le tombeau vide du Sauveur.
Alors le tombeau, témoin muet de la résurrection, parlera. La pierre roulée,
l’intérieur vide, les bandelettes à terre, voilà ce que verra Jean, arrivé
au tombeau avec Pierre: «Il vit et il crut» (Jn 20, 8). Et avec
lui l’Église crut, elle qui, depuis ce moment-là, ne se lasse pas de
transmettre au monde cette vérité fondamentale de sa foi: «Le Christ est
ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité» (1
Co 15, 20).
Le tombeau vide est le signe de la victoire définitive de la
vérité sur le mensonge, du bien sur le mal, de la miséricorde sur le
péché, de la vie sur la mort. Le tombeau vide est le signe de
l’espérance qui «ne trompe pas» (Rm 5, 5). «Par notre espérance,
nous avons déjà l’immortalité» (cf. Sg 3, 4).
PRIÈRE
Seigneur Jésus Christ, toi qui, dans la puissance de l’Esprit Saint,
as été conduit par le Père des ténèbres de la mort à la lumière d’une vie
nouvelle dans la gloire, fais que le signe du tombeau vide nous parle, à
nous et aux générations futures, et qu’il devienne source de foi vive,
de charité généreuse et de ferme espérance. À toi, Jésus, présence
cachée et victorieuse dans l’histoire du monde, honneur et gloire pour
les siècles.
-. Amen.
Tous:
Pater noster, qui es in cælis: sanctificetur nomen tuum; adveniat
regnum tuum; fiat voluntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem
nostrum cotidianum da nobis hodie; et dimitte nobis debita nostra, sicut
et nos dimittimus debitoribus nostris; et ne nos inducas in tentationem;
sed libera nos a malo.
Quando corpus morietur, - Au moment où mon corps mourra, fax ut
animæ donetur - fais qu'à mon âme soit donnée paradisi gloria. -
la gloire du Paradis.
-. Amen.
Le Saint-Père adresse la parole aux fidèles présents.
À la fin de l’allocution, le Saint-Père donne la Bénédiction
apostolique :
. Dominus vobiscum. -. Et cum spiritu tuo.
. Sit nomen Domini Benedictum. -. Ex hoc nunc et usque in
sæculum.
. Adiutorium nostrum in nomine Domini. -. Qui fecit cælum et
terram.
. Benedicat vos omnipotens Deus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus.
-. Amen.
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