Monsieur l'Ambassadeur,
Je suis heureux de souhaiter la bienvenue à Votre Excellence à
l'occasion de la présentation des Lettres qui L'accréditent
comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République
du Congo auprès du Saint-Siège.
J'ai été sensible aux paroles courtoises que vous m'avez
adressées et je vous en remercie vivement. Par votre entremise, il
m'est agréable de saluer Son Excellence Monsieur Denis Sassou
Nguesso, Président de la République, que j'aurai le plaisir
de recevoir dans quelques jours. J'adresse mes vux cordiaux au
peuple congolais tout entier, priant Dieu de lui inspirer des sentiments
de fraternité et de compréhension mutuelle afin que tous
puissent vivre dans la paix et la sécurité et bâtir
une société réconciliée et solidaire.
Dans votre allocution, vous m'avez fait part des efforts entrepris dans
votre pays afin de restaurer durablement la paix civile et de permettre à
tous les citoyens de jouir de leurs droits fondamentaux dans la liberté.
Je me réjouis des avancées dans la recherche d'une entente
entre tous les fils de la nation, comme l'accord de cessation des hostilités
signé il y a quelques mois, qui a conduit à une sensible amélioration
de la situation sécuritaire. Toutefois, pour consolider l'état
de non-belligérence afin de parvenir à la paix véritable
et durable à laquelle le peuple congolais aspire, il est nécessaire
d'approfondir un dialogue sans exclusives et de bannir définitivement
le recours aux armes comme moyen de résoudre les conflits
politiques.
Le chemin de la concorde entre tous les Congolais sur lequel s'est engagé
votre pays est aussi un chemin vers la démocratie, qui passe par la
défense des libertés publiques et des droits fondamentaux de
la personne et des communautés humaines. Leur respect total est la
voie la plus sûre pour tisser des relations solidaires entre les
citoyens d'une même nation au-delà des clivages internes, et édifier
ainsi un État de droit qui assure à tous, particulièrement
aux jeunes et aux personnes les plus faibles, une insertion stable dans la
vie sociale ainsi que la possibilité de vivre dans la dignité.
En effet, "est voué à l'échec tout projet qui
tend à séparer deux droits indivisibles et interdépendants
: le droit à la paix et le droit à un développement
intégral et solidaire" (Message pour la Journée
mondiale de la paix 2000, n. 13).
Après tant d'années de souffrance, pour parvenir à
une paix véritable, il est nécessaire que le pays tout
entier s'engage avec toujours plus de courage et de détermination
sur les voies de la réconciliation et du pardon. L'entrée
dans le nouveau millénaire est une occasion privilégiée
pour travailler à rendre justice aux victimes innocentes des
conflits, à éliminer les violences qui engendrent la
domination des uns sur les autres et à créer une nouvelle
culture de solidarité.
Pour sa part l'Église catholique, qui a été elle
aussi durement touchée par la violence, s'est engagée résolument
dans une pastorale qui puisse aider le peuple à se réconcilier
et favoriser la guérison intérieure. Je me réjouis de
savoir que les Autorités de votre pays souhaitent lui assurer
toujours davantage la possibilité d'exercer librement sa mission.
En se mettant inlassablement au service de la paix et de la fraternité
entre les hommes, en cherchant à développer une prise de
conscience plus grande des valeurs morales universelles indispensables
pour affronter les situations présentes, elle accomplit sa mission évangélisatrice,
partage son espérance en l'avenir et participe à l'édification
sociale.
Par ailleurs, devant les graves menaces qui hypothèquent l'avenir
des jeunes, l'Église catholique souhaite apporter une contribution
efficace à leur formation humaine, spirituelle, morale et civique, à
travers ses uvres d'éducation, en particulier par les écoles.
Il est en effet primordial que les générations nouvelles
soient éduquées avec patience et ténacité à
la justice, à la paix et au respect fraternel, afin qu'elles
trouvent le goût de ce qui est juste et vrai, et rejettent fermement
la tentation du ressentiment et de la violence.
Par votre intermédiaire, permettez-moi, Monsieur l'Ambassadeur,
d'adresser aux Évêques et à la communauté
catholique de votre pays mes salutations affectueuses. Je connais les épreuves
qu'ils ont endurées avec tous leurs compatriotes et je rends grâce
à Dieu pour leur courage et leur fidélité à l'Évangile.
Ils sont les témoins de ce que le Christ accomplit dans les curs,
pour faire de tous des messagers de l'amour. En cette année
jubilaire, je les invite à être avec toujours plus
d'assurance des artisans de paix et de réconciliation, manifestant à
leurs frères et à leurs surs que Dieu ne les a pas
abandonnés, qu'il ne les a pas oubliés. Qu'ils se
souviennent que le nom de chacun est gravé sur les mains du Christ,
percées par les clous de la crucifixion (cf. Ecclesia in Africa,
n. 143) ! Je souhaite qu'en ce moment particulier de l'histoire du peuple
congolais, les catholiques unissent leurs efforts à ceux des hommes
de bonne volonté pour construire une nation solidaire et prospère.
Alors que vous inaugurez votre mission auprès du Siège
apostolique, je vous offre mes meilleurs vux pour son heureux
accomplissement. Soyez assuré que vous trouverez ici, auprès
de mes collaborateurs, l'accueil attentif et compréhensif dont vous
pourrez avoir besoin.
Sur Votre Excellence, sur le peuple congolais et sur ceux qui président
à ses destinées, j'invoque de grand cur l'abondance
des Bénédictions divines.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XXIII, 1 p.954-956,
L'Osservatore Romano 26.5.2000 p.9.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.23
p.9.
La Documentation Catholique
n. 2229 p. 606-607.
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