VISITE PASTORALE AU LIBAN
RENCONTRE AVEC LES JEUNES - SIGNATURE DE
L'EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE
Alors quel Belo Horizonte! Vous savez ce que cela veut dire: Belo Horizonte?
Vous le savez trop. Ah! Ça se trouve au Brésil. Alors, c'était au
Brésil, en 1980. La première fois que j'ai visité ce pays
et que j'ai rencontré les jeunes dans la cité qui s'appelle Belo
Horizonte et quand je les ai regardés, comme vous maintenant, je disais
alors quel Belo Horizonte! Dix-sept ans sont passés, aujourd'hui je me
rappelle ce moment et je le répète: quel Belo Horizonte! Le jour
de Pentecôte: il faut que vous célébriez ce «happy
birthday» ce jour, ce dimanche. Mais le programme aujourd'hui est prévu
à l'intérieur, alors je pense qu'on va peut-être supporter
cette chaleur là-bas, sinon on va revenir ici.
Chers Jeunes du Liban,
1.Je suis particulièrement heureux de vous rencontrer ce soir, au
cours de mon voyage apostolique dans votre pays. Je remercie tout d'abord le
Cardinal Nasrallah Pierre Sfeir, Patriarche d'Antioche des Maronites, pour ses
paroles de bienvenue, ainsi que Monseigneur Habib Bacha, Président de la
Commission épiscopale pour l'Apostolat des Laïcs, pour sa présentation
de la jeunesse du Liban.
Chers jeunes, je suis particulièrement sensible aux paroles que, par
l'intermédiaire de vos représentants, vous allez de m'adresser
avec franchise et confiance. Je comprends les aspirations qui vous animent et
vos impatiences devant la situation quotidienne qui vous semble ne pas pouvoir
changer. Je découvre ainsi les visages de garçons et de filles,
qui, avec toute l'ardeur et l'élan de leur jeunesse, ont cependant le désir
profond de se tourner vers l'avenir, en priant le Seigneur de leur donner force
et courage, de leur communiquer son amour et son espérance, comme nous
allons le demander dans la prière d'ouverture de notre célébration.
Tout au long des années passées, je vous ai soutenus par la prière,
demandant au Christ de vous assister dans votre marche vers la paix et dans
votre vie personnelle et sociale.
2.Nous allons entendre le récit évangélique des
disciples d'Emmaüs. Leur expérience peut vous aider, car elle
ressemble à celle de chacun d'entre vous. Attristés par les événements
de la Semaine sainte, désorientés par la mort de Jésus et déçus
qu'ils ne réalisent pas leurs attentes, les deux disciples décident
de quitter Jérusalem le jour de Pâques et de retourner dans leur
village. L'espérance apportée par le Christ au cours des trois années
passées avec lui sur la Terre sainte semble avoir été anéantie
avec sa mort. Cependant, tout en marchant sur la route, les pèlerins
d'Emmaüs se rappellent le message du Seigneur, message d'amour et de charité
fraternelle, message d'espérance et de salut. Ils gardent dans leur coeur
le souvenir des faits et gestes qu'il avait accomplis au long de sa vie
publique, des bords du Jourdain au Golgotha, en passant par Tyr et par Sidon.
Chacun d'eux se souvient de paroles et de rencontres avec le Seigneur, qui
manifestait sa tendresse, sa compassion et son amour à l'égard de
tout être humain. Tous étaient frappés par son enseignement
et par sa bonté. Au-delà de la souillure du péché,
le Christ regardait la beauté intérieure de l'être créé
à l'image de Dieu. Il savait percevoir le désir profond de vérité
et la soif de bonheur qui habitent l'âme de chaque personne. Par son
regard, sa main tendue et sa parole de réconfort, Jésus appelait
chacun à se relever après la faute, car toute personne a une
valeur qui dépasse ce qu'elle a fait et il n'y a pas de péché
qui ne puisse être pardonné. En se remémorant tout cela, les
disciples commencent ainsi à méditer la Bonne Nouvelle apportée
par le Messie.
Au cours de leur marche sur la route d'Emmaüs, alors qu'ils
contemplaient la personne du Christ, sa parole et sa vie, les disciples sont
rejoints par le Ressuscité lui-même, qui leur dévoile la
profondeur des Ecritures et leur fait découvrir le dessein de Dieu. Les événements
de Jérusalem, la mort sur la Croix et la résurrection, apportent
le salut à tout homme. La mort a été vaincue, le chemin de
la vie éternelle est définitivement ouvert. Mais les deux hommes
ne reconnaissent pas encore le Seigneur. Leur coeur est obscurci et troublé.
Ce n'est qu'au terme de la route, lorsque Jésus leur partage le pain,
lorsqu'il refait le geste de la Cène, mémorial de son sacrifice,
que leurs yeux s'ouvrent pour accueillir la vérité: Jésus
est ressuscité; il les précède sur les chemins du monde.
L'espérance n'est pas morte. Aussitôt, ils retournent à Jérusalem
annoncer la Bonne Nouvelle. Fort de ces promesses, nous savons nous aussi que le
Christ est vivant et réellement présent au milieu de ses frères,
tous les jours et jusqu'à la fin des temps.
3.Le Christ refait sans cesse cette marche d'Emmaüs, cette marche
synodale avec son Eglise; en effet, le mot synode veut dire faire route
ensemble. Il l'a refaite avec les pasteurs de l'Eglise catholique au Liban, au
cours de l'Assemblée spéciale qui s'est tenue à Rome en
novembre et en décembre 1995. Chers jeunes, il veut aussi la refaire avec
vous, parce que le synode des évêques pour le Liban était
fait pour vous: l'avenir, c'est vous. Lorsque vous accomplissez votre tâche
quotidienne, dans l'étude ou le travail, lorsque vous servez vos frères,
lorsque vous partagez vos doutes et vos espérances, lorsque vous méditez
l'Ecriture, seul ou en Eglise, lorsque vous participez à l'Eucharistie,
le Christ vous rejoint; il chemine à vos côtés; il est votre
force, votre nourriture et votre lumière.
Chers jeunes, dans votre vie de tous les jours, n'ayez pas peur de vous
laisser rejoindre par le Christ à l'image des disciples d'Emmaüs.
Dans votre vie personnelle, dans la vie ecclésiale, le Seigneur vous
accompagne et met en vous son espérance. Le Christ a confiance en vous,
pour être responsables de votre propre existence et de celle de vos frères
et soeurs, de l'avenir de l'Eglise au Liban et de l'avenir de votre pays.
Aujourd'hui et demain, Jésus vous invite à quitter vos sentiers,
pour faire route avec Lui, unis avec tous les fidèles de l'Eglise
catholique et avec tout le peuple libanais.
4.Alors acceptez-vous de suivre le Christ? Si vous acceptez de suivre le
Christ et de vous laisser saisir par lui, il vous montrera que le mystère
de sa mort et de sa résurrection est la clé de lecture par
excellence de la vie chrétienne et de la vie humaine. En effet, dans
toute existence, il y a des temps où Dieu semble faire silence comme dans
la nuit du Jeudi saint; des temps de détresse comme le jour du Vendredi
saint où Dieu semble abandonner ceux qu'il aime; des temps de lumière
comme à l'aube du matin de Pâques qui a vu la victoire définitive
de la vie sur la mort. A l'exemple du Christ qui a remis sa vie entre les mains
du Père, c'est en mettant votre confiance en Dieu que vous ferez de
grandes choses. Car, si nous comptons uniquement sur nous-mêmes, nos
projets font trop souvent apparaître des intérêts
particuliers et partisans. Mais tout peut changer lorsque l'on compte d'abord
sur le Seigneur, qui vient transformer, purifier et pacifier l'être intérieur.
Les changements auxquels vous aspirez sur votre terre nécessitent d'abord
et avant tout des changements dans les coeurs.
5. En effet, il vous appartient de faire tomber les murs qui ont pu s'édifier
pendant les périodes douloureuses de l'histoire de votre nation; n'élevez
pas de nouveaux murs au sein de votre pays. Au contraire, il vous revient de
construire des ponts entre les personnes, entre les familles et entre les différentes
communautés. Dans votre vie quotidienne, puissiez-vous poser des gestes
de réconciliation, pour passer de la méfiance à la
confiance! Il vous revient aussi de veiller à ce que chaque Libanais, en
particulier chaque jeune, puisse participer à la vie sociale, dans la
maison commune. Ainsi naîtra une nouvelle fraternité et se
tisseront des liens solides, car pour l'édification du Liban, l'arme
principale et déterminante est celle de l'amour. En puisant dans la vie
intime avec le Seigneur, source de l'amour et de la paix, vous serez à
votre tour des artisans de paix et d'amour. A cela, nous dit l'Apôtre,
nous serons reconnus comme ses disciples.
Vous êtes la richesse du Liban, vous qui avez soif de paix et de
fraternité, et qui avez le désir de vous engager chaque jour pour
cette terre à laquelle vous êtes profondément attachés.
Avec vos parents, vos éducateurs et tous les adultes qui ont des
fonctions sociales et ecclésiales, vous avez à préparer le
Liban de demain, pour en faire un peuple uni, avec sa diversité
culturelle et spirituelle. Le Liban est un héritage plein de promesses.
Attachez-vous à acquérir une solide éducation civique et
morale, pour prendre pleinement conscience de vos responsabilités dans la
reconstruction nationale. Parmi les éléments qui créent
l'unité au sein d'une nation, il y a le sens du dialogue avec tous ses frères,
dans le respect des sensibilités spécifiques et des différentes
histoires communautaires. Loin d'éloigner les personnes les unes des
autres, cette attitude fondamentale d'ouverture est un des éléments
moraux essentiels de la vie démocratique et un des moyens essentiels du développement
des solidarités, pour recomposer le tissu social et pour donner un nouvel
élan à la vie nationale.
6.Pour vous manifester mon estime et ma confiance, dans un instant à
la fin de l'homélie, je signerai devant vous l'Exhortation apostolique
post-synodale. Par vos réflexions, vous avez apporté une
contribution notable à la préparation de l'Assemblée, où
vous avez été représentés et entendus. Aujourd'hui,
je vous choisis comme témoins privilégiés et comme dépositaires
du message de renouveau dont l'Eglise et votre pays ont besoin. Je vous exhorte
à prendre avec ardeur une part active à la mise en oeuvre des
orientations de l'Assemblée synodale. Avec les patriarches et les évêques,
pasteurs du troupeau, avec les prêtres, les religieux et les religieuses,
et l'ensemble du peuple chrétien, vous avez la charge d'être les témoins
du Ressuscité, par la parole et par toute votre vie. Dans la communauté
chrétienne, chacun de vous est appelé à avoir une part de
sa responsabilité. En écoutant le Christ qui vous appelle et qui
veut faire réussir votre existence, vous répondrez à votre
vocation particulière, dans le sacerdoce, la vie consacrée ou le
mariage. Dans chaque état de vie, s'engager à suivre le Seigneur
est source de grande joie.
L'église dans laquelle nous sommes se trouve au sommet de la
montagne: elle est visible pour les habitants de Beyrouth et de la région,
et pour les visiteurs qui arrivent sur votre terre; ainsi, que votre témoignage
soit pour vos compagnons un exemple éclairant! N'oubliez pas votre
identité chrétienne et votre condition de disciples du Seigneur.
C'est votre gloire; c'est votre espérance; c'est votre mission. Recevez
l'Exhortation comme un don que l'Eglise universelle fait à l'Eglise au
Liban et à votre pays, avec la certitude que votre dynamisme et votre
courage seront à l'origine de transformations profondes en vous et dans
l'ensemble de la société. Mettez votre foi et votre espérance
dans le Christ. En lui, vous ne serez pas déçus.
7.Demandons à la Vierge Marie, Notre-Dame du Liban, de veiller sur
votre pays et sur ses habitants, et de vous assister de sa tendresse maternelle,
pour être les dignes héritiers des saints de votre terre et pour
faire refleurir le Liban, ce pays qui fait partie des Lieux saints que Dieu
aime, parce qu'il est venu y faire sa demeure et nous rappeler que nous avons à
construire la cité terrestre, en ayant les yeux fixés sur les
valeurs du Royaume.
Alors, je dois vous dire que vous avez suivi le discours avec attention. Et
je dois vous dire que je vous ai suivis aussi: est-ce qu'ils réagissent
au moment juste? Est-ce qu'ils applaudisent quand il faut applaudir? Alors, j'ai
constaté tout cela. Comme ça votre examen est réussi! Et
maintenant on doit retourner dans la basilique, dans l'église pour célébrer
la partie liturgique. Vous devez encore y participer et à la fin je
reviendrai ici vous voir!
Liban 10 mai 1997 - Harissa - Basilique Notre-Dame
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