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PAUL VI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 13 novembre 1968

 

Devant les nouvelles expressions de l'athéisme notre foi doit se fortifier dans une recherche permanente

Chers Fils et Filles,

Permettez-Nous de vous faire une demande: savez-vous où vous vous trouvez? Vous êtes dans un monde très particulier, non seulement par le cadre extérieur, qui vous accueille et vous entoure, non seulement par la rencontre qui se fait avec Notre humble personne; mais surtout par la singularité du fait qu'il vous est donné de considérer non seulement la possibilité mais aussi la réalité du véritable, du vivant, du salutaire, en un sens, de l'unique rapport avec Dieu. Ici la religion, que nous professons et que nous retenons comme valable, a son expression centrale, sociale et authentique. Ici notre foi a son affirmation la plus pleine et la plus massive. Ici Dieu est connu, ici Dieu est présent. Parce qu'ici se trouve l'Eglise dans son cœur, ici est le Christ dans son pouvoir actif de salut. Nous ne disons pas que cette présence est exclusive, ni qu'elle soit parfaite par la force des hommes ou des choses; Nous disons que, ici, les raisons historiques, institutionnelles, concrètes, humaines, et également mystiques, propres à l'Eglise, atteignent leur plénitude, leur intensité maximale; pour celui qui y croit, elles provoquent l'émotion de l'émerveillement et de la joie; pour qui n'y croit pas, ces raisons prennent l'aspect d'un phénomène étrange, étonnant, difficilement définissable et facilement critiquable, mais toujours impressionnant.

Formes modernes de l'athéisme

Fixons un moment l'attention sur une seule observation: ici Dieu est chez lui. Les paroles de la Genèse reviennent à la mémoire: « Que ce lieu est terrible, il n'est autre que la maison de Dieu et la porte du ciel » (Gen 29, 17), c'est-à-dire que tout ici parle de ce Dieu dont on dit, dehors, dans le monde profane, spécialement dans un certain secteur excentrique et agité de la pensée moderne, qu'il est mort. Aucune contradiction n'est plus violente, ni plus sacrilège que celle qui jaillit entre ces deux termes: Dieu et la mort, s'ils sont considérés dans leur signification objective, l'Etre et le néant, la vie et sa négation, l'absolu et l'absurde, le nécessaire et l'inconsistant, la vérité et sa réduction à rien, le bonheur et le désespoir. Mais nous savons que ce « slogan » malheureux s'applique, dans le langage de la culture, à son contenu subjectif, c'est-à-dire à la pensée de l'homme, qui ne sait plus donner un sens, une valeur au nom ineffable de Dieu. Dieu serait mort dans la mentalité de l'homme. Ce n'est pas le soleil qui s'est éteint, c'est l'œil de l'homme qui s'est obscurci.

L'indifférence religieuse est à la mode. La sécularisation est admise par beaucoup, comme un processus de pensée, qui trouve en lui-même et dans la connaissance des choses une autonomie qui le dispense de faire référence à un principe supérieur et transcendant, appelé Dieu. La métaphysique, dit-on, est finie. L'athéisme fait appel à la science pour s'affirmer comme une libération, comme une conquête. La connaissance de Dieu, soutient-on, est impossible, de plus elle est inutile, même nocive (cf. Marié, Etudes, Nov. 1968). L'homme moderne ne semble plus capable de penser à Dieu, et croit pouvoir mieux organiser sa vie et celle de la communauté humaine en oubliant, en taisant, en niant le nom de Dieu, et on démontre qu'Il est mort dans la pensée, la psychologie, les besoins de l'homme. Il faut lire ce que le Concile nous enseigne sur cette absence de la pensée de Dieu, de la foi en Dieu chez l'homme moderne, ce sont des pages sérieuses, denses et douloureuses (Gaudium et spes, n. 19 et 20). L'athéisme contemporain, écrit un théologien connu, se présente comme une interprétation, une explication finale, qui est, selon les cas, triomphale, désespérée ou sereine, soit qu'elle tende pratiquement vers le collectivisme ou l'anarchie, soit qu'elle mette l'absolu dans l'homme ou la nature, ou encore qu'elle refuse tout absolu ... soit qu'elle s'arroge la fonction de révéler le sens profond des problèmes (cf. De Lubac, Athéisme et sens de l'homme, 30, 31).

L'Eglise témoigne d'un Dieu vivant

Nous vous disons ces choses parce qu'elles sont dans l'air que nous respirons tous et afin que vous puissiez remarquer le paradoxe que vous rencontrez là où l'Eglise, à n'importe quel niveau d'authenticité, et ici d'une manière plus caractéristique et représentative, témoigne et n'hésite pas à affirmer, hier comme aujourd'hui, que pour elle Dieu n'est pas mort, continue d'affirmer, sans crainte et dans la joie, la proclamation, avec Pierre, du Christ, Fils du Dieu vivant, et à célébrer avec une bienheureuse certitude la gloire de Dieu.

Il en est qui trouvent étrange cette voix toujours vivante, et qui vont jusqu'à présager qu'elle ne durera pas, ou qu'elle s'alignera sur l'équivoque théologie de l'incrédulité moderne, du « post-christianisme », d'un certain nihilisme philosophique contemporain. Par la grâce du Seigneur, qui protège son Eglise à travers les siècles, ce n'est pas cette funeste prophétie qui nous effraye, même si elle se répandait dans une certaine partie de l'humanité, infidèle à sa vocation de vérité et de vie.

Ce qui Nous donne à penser, c'est la difficulté croissante de communiquer aux hommes notre message religieux. Sous certains aspects, de grande importance et de grande diffusion dans la psychologie moderne, l'homme d'aujourd'hui est moins disponible à l'idée et à la vie religieuse qu'hier: Ce n'est pas la réalité divine qui a diminué, c'est la mentalité humaine qui, aujourd'hui, est moins apte à en accueillir le rayonnement et la voix. L'homme moderne a, plus que celui du passé, le besoin et la capacité d'entrer en contact avec le mystère de Dieu, mais il a moins que dans le passé la facilité de rencontrer et d'admettre ce mystère nécessaire et inéluctable, car il a élargi le domaine d'étude et d'observation de son intelligence, il a étendu extrêmement son expérience sensible; il est donc tenté de se sentir satisfait de ce qu'il connaît scientifiquement et sensiblement, même si cette propriété, plus étendue, de la pensée et de la sensibilité, en ce moment décisive pour la conscience humaine, augmente, par les exigences intrinsèques de sa réalité et les limites toujours plus lointaines de ses frontières, le désir d'une connaissance suprême, inutilement calmée par les tranquillisants affinés du scepticisme philosophique, moral ou littéraire.

Rechercher Dieu en permanence

Mais, Nous demanderez-vous, le choc est-il irréductible entre l'enseignement religieux de l'Eglise et le monde incroyant contemporain, entre l'invitation éternelle et invaincue qu'elle offre de Dieu et le doute et la négation religieuse de notre époque? Entre la croyance rationnelle ou révélée en Dieu et l'athéisme, qu'il soit théorique ou pratique, de notre temps? Dans les doctrines, oui; la contradiction existe ou plus exactement des contraires sont en présence; cette opposition est le fond sur lequel se joue aujourd'hui le drame spirituel, et donc aussi historique et politique, de notre temps. Les doctrines sont inconciliables, par elles-mêmes; les idéologies, comme on dit, sont radicalement différentes. Mais la vérité, quand elle est complète et comprise, est unique; c'est-à-dire, la discussion — le dialogue — est possible; l'évolution des idées fausses et incomplètes est dans la logique interne des idées elles-mêmes et répond à l'exigence profonde des hommes qui la professent.

Mais ici, fils très chers, fils de la lumière, c'est ainsi que nous voulons vous appeler, fils du jour, et non de la nuit et des ténèbres, comme dit saint Paul (1 Th 5, 5), une vérité élémentaire et fondamentale est à rappeler: Dieu est caché (cf. Is 45, 15). De nombreux signes, de nombreuses voies, de nombreux aiguillons nous parlent et nous conduisent au seuil de son ineffable réalité, mais il est vrai que, dans cette vie présente, nous le voyons dans un miroir, dans le mystère: « per speculum in aenigmate » (1 Co 13; 12); la connaissance rationnelle que nous pouvons avoir de Dieu est acquise par voie de démonstration, ce qui comporte une discipline simple, mais rigoureuse, de la pensée, et on ne rejoint Dieu que par la négation des limites et la sublimation des notions des perfections créées que nous pouvons Lui appliquer; la voie de la foi est plus plénière, plus sûre, plus vivante, mais encore privée de la vision directe et béatifiante que nous espérons avoir un jour dans Son infinie vérité. Le silence de Dieu, a-t-on pu dire d'une caractéristique de la littérature contemporaine (cf. Moeller); Il ne se fait pas entendre à notre oreille, mais se fait écouter et chercher par d'autres moyens.

Et alors un nouveau devoir nous appelle, celui de jouir de la connaissance que nous avons déjà de Dieu, et un second, celui de Le chercher, de Le chercher avec passion, où, comment et quand Il veut se laisser rencontrer. Et c'est le sens profond de notre vie présente, une veille vigilante pour guetter et attendre la lumière. Qu'à cela vous dispose notre Bénédiction Apostolique.

                                  

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