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PAUL VI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 23 juillet 1969

 

La découverte de Dieu à travers les découvertes spatiales

Chers Fils et Filles,

On a beaucoup parlé ces jours-ci, dans le monde entier, et de toutes les manières possibles, de l'entreprise lunaire; Nous-même avons dit notre admiration, si bien qu'il semblerait mieux que maintenant Nous Nous taisions plutôt que d'en parler. Mais, justement demain cette excursion planétaire extraordinaire doit se conclure avec le retour, que Nous souhaitons des plus réussis, des astronautes sur la terre. Cet événement imprègne tellement la psychologie de l'opinion publique qu'il constitue une source de pensées, de questions, de spiritualité, et que Nous commettrions un péché d'omission si Nous ne Nous y arrêtions, au cours de cette rencontre familière, pour le méditer un peu. Il est malheureusement vrai que considérer les choses de façon superficielle est une habitude à la mode. Même les impressions les plus fortes, qui nous sont données par l'expérience de la vie moderne, s'effacent vite; ou bien elles sont dépassées par d'autres impressions successives, si bien que manquent souvent le temps, le désir, de les approfondir et d'en cueillir le sens, la vérité, la réalité. Mais dans ce cas présent, le choc de la nouveauté et de la merveille est si fort, qu'il serait absurde de ne pas réfléchir sur cette aventure surhumaine et historique — pouvons-Nous dire —, à laquelle nous avons tous assisté, de quelque manière — elle aussi merveilleuse — comme spectateurs étonnés et émerveillés.

Une entreprise qui condamne un certain défaitisme

Que chacun y pense à sa manière mais qu'il pense! L'importance des études scientifiques peut être en soi l'objet de considérations interminables. Par exemple, celle qui concerne le développement et le progrès faits par ces études à notre époque, jusqu'à modifier la mentalité humaniste traditionnelle de notre culture et de notre école, c'est-à-dire de notre vie. Ces études positives et scientifiques sont si actives, qu'elles exercent un grand attrait sur une bonne partie des nouvelles générations et qu'un optimisme rêveur sur leurs conquêtes en fait presque une prophétie. Qu'il en soit ainsi. Le domaine scientifique mérite un grand intérêt.

Mais maintenant Nous pourrions observer, en passant, combien est peu à sa place, du moins dans ce domaine, le défaitisme, aujourd'hui à la mode, contre la société et son contexte, et en général contre la vie moderne. Ce défaitisme séduit actuellement même une partie de la jeunesse, et d'autres hommes de pensée et d'action. Ce défaitisme qualifie de progressistes audacieux, riches d'une personnalité supérieure, ceux qui nourrissent des instincts rebelles et du mépris pour notre âge et son effort créateur. La vie au contraire est sérieuse; c'est ce que nous enseigne l'immense quantité d'études, d'efforts, de labeurs, d'ordre, d'essais, de risques, de sacrifices, qu'une entreprise colossale comme l'entreprise spatiale, a exigés. Critiquer, contester, est facile; mais il n'en est pas de même de construire, dans cette initiative naturellement, mais également en bien d'autres domaines d'où est issue notre civilisation actuelle. C'est pourquoi il Nous semble que l'événement que nous fêtons nous oblige à repenser et à apprécier les valeurs de la vie moderne. Nous ne nions pas à la critique ses droits, et Nous ne reprochons pas à l'esprit des jeunes son instinct d'émancipation et de nouveauté. Mais Nous jugeons indigne de la jeunesse l'esprit décadent, iconoclaste et sans amour, des contestateurs professionnels. Les jeunes doivent sentir l'impulsion idéale et positive qui leur est offerte par la magnifique aventure spatiale.

Et voici une autre considération. Notre approbation ouverte pour la conquête progressive du monde naturel, grâce aux études scientifiques, aux développements techniques et industriels, n'est pas en contraste avec notre foi et avec la conception de la vie et de l'univers qu'elle comporte. Qu'il suffise de rappeler ce qu'enseigne à cet égard le récent Concile (Gaudium et spes, 37, 58, 59, etc.).

Doctrine chrétienne et progrès scientifiques

Ici Nous touchons un des points les plus délicats de la mentalité moderne concernant notre religion catholique, c'est-à-dire une religion positive, avec ses doctrines bien déterminées, et ordonnées en système unitaire, centré sur Jésus-Christ, sur son Evangile, sur son Eglise. Or il est facile de rencontrer dans la mentalité de l'homme d'aujourd'hui, spécialement chez celui qui se consacre aux études scientifiques, une double difficulté: la première d'ordre essentiel, l'autre d'ordre historique. Comment l'immense patrimoine des découvertes scientifiques — dit aujourd'hui le chercheur — peut-il entrer dans le schéma dogmatique et rituel de la vie catholique, avec l'utilisation libre et totale de la raison et avec la conception qui en résulte pour le monde et l'existence humaine? Et le chercheur, en observant les changements continuels, rapides et immenses qui surviennent avec le temps dans la pensée et les mœurs de l'homme moderne se demande, en outre, comment la religion traditionnelle, enfermée dans une mentalité statique et périmée, peut rester intacte.

Il faudrait des livres entiers pour formuler ces objections fondamentales comme pour y répondre. Ce n'est certainement pas ici ni maintenant que Nous le ferons. Mais qu'il Nous suffise de vous rassurer. La foi catholique non seulement ne craint pas cette comparaison énorme de son humble doctrine avec les merveilleuses richesses de la pensée moderne, mais elle la désire. Elle la désire parce que la vérité, même si elle se diversifie dans des ordres différents et si elle se réfère à divers titres, est en accord avec elle-même; elle est unique; et parce que l'avantage qui peut résulter de cette comparaison pour la foi et pour la recherche et l'étude de tout domaine connaissable est réciproque.

Ce fut là une des affirmations caractéristiques et des plus documentées de la pensée catholique apologétique du siècle passé et de la première moitié de notre siècle, avec des résultats magnifiques, dont nos universités sont les témoignages glorieux.

Dieu présent

Maintenant se fait jour une autre tendance qui suppose, et ne dément pas la précédente; celle qui se réfère aux fameuses paroles de saint Augustin et que nous pouvons appeler psychologique: « Toi, (ô Seigneur), tu nous as fait pour toi, et notre cœur est inquiet tant qu'il ne repose en toi » (Confess. I, 1). Le besoin de Dieu est inné à la nature humaine, et plus elle progresse, plus elle ressent, jusqu'au tourment, jusqu'à l'expérience dramatique, la nécessité de Dieu. C'est ce que Nous pourrions appeler — pour nous comprendre — la tendance cosmique: qui étudie, qui cherche, qui pense et ne peut se soustraire à une omniprésence objective de Dieu, ancienne vérité que le Saint Livre nous répète toujours: « Où irais-je loin de Ton esprit, (ô Seigneur), et où fuirais-je de Ta face? » (Ps 138, 7). Il est impossible de se soustraire à cette présence, dont la matière, la nature, est, pour qui sait le comprendre, un livre de lecture spirituelle: En lui (c'est-à-dire en Dieu, dit saint Paul), nous avons la vie, le mouvement, et l'être (Ac 17, 28). Le Dieu inconnu est toujours là; toute étude des choses est comme un contact avec un voile derrière lequel on perçoit une présence vivante infinie.

C'est ici le moment sublime, l'instant de la révélation, le moment où le Christ soulève le voile et apparaît dans la scène historique et simple de l'Evangile. Qui est le Christ? Voilà la question décisive. Saint Jean répond, au premier chapitre de son Evangile: il est le Verbe, il est Dieu, il est Celui en vertu duquel toutes les choses ont été créées. Et saint Paul ajoute: « Il est Celui qui est avant toute chose; et toute chose subsiste en Lui » (Col 1, 17); et il est Celui qui un jour, le jour final de la restauration de toute chose (de l'« apocatastase », Ac 3, 21) « par sa puissance se conformera à lui toutes les choses » (Ph 3, 21). C'est-à-dire que le Christ est l'alpha et l'oméga, le principe et la fin (cf. Ap 1, 8; 21, 6; 22, 13), non seulement pour le destin de l'homme, mais pour le cosmos tout entier, qui a son point focal en lui, donc tout sens, toute lumière, tout ordre, toute plénitude.

Ne craignons pas, Fils très chers, que notre foi ne sache pas comprendre les explorations et les conquêtes que l'homme fait du créé, et que nous, disciples du Christ, soyons exclus de la contemplation de la terre et du ciel, et de la joie de leur découverte merveilleuse et progressive. Si nous sommes avec le Christ, nous serons dans la vérité, nous serons dans la vie. Avec Notre Bénédiction Apostolique.

  

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