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MESSE DE MINUIT
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Noël 25 décembre 1970
Messieurs et Chers Amis, Nous devons avant tout nous rendre compte du motif
de cette célébration nocturne. Pourquoi sommes-nous ici? Que sommes-nous venus
faire? Rendre hommage à une habitude traditionnelle? à une simple singularité
rituelle? Non; ce qui nous tire de notre sommeil, ce que nous nous sentons
obligés de commémorer avec une conscience vigilante est un fait historique, un
événement d’une importance suprême et unique, un message que nous sommes
incapables de définir en termes adéquats et que notre intelligence ne réussit
pas à comprendre entièrement. Une expression théologique, exubérante de réalité
historico-humaine et d’insondable mystère, le présente à notre esprit émerveillé
et incrédule, à notre foi et à notre joie: il s’agit de l’Incarnation. Il s’agit
du Verbe de Dieu qui s’est fait homme. Quelque imparfaite et problématique que
puisse être l’idée que nous avons de Dieu, de son existence, de sa transcendance,
du rapport créateur et existentiel de la divinité avec les choses finies, que
nous connaissons, et avec l’histoire humaine qui se déroule dans le temps, nous
ne pouvons nous empêcher d’être ébahis par l’hypothèse, que nous reconnaissons
ici comme un fait réel et accompli: c’est le Verbe du Dieu, Dieu lui-même, qui
entre personnellement sur la scène terrestre et humaine, et assume en lui une
vie humaine en tout semblable à la nôtre (hormis le péché) (Hebr. 4, 15),
existant ainsi toujours un quant à la personne, mais avec une double nature,
divine et humaine. Et comme Fils de l’Homme, lui Fils de Dieu a vécu plusieurs
années sur cette terre, il s’est rendu visible, avec un visage humain, il a
grandi, il a travaillé, parlé, souffert parmi nous; bref, il s’est révélé, et il
a accompli une mission qui ne peut pas ne pas regarder l’humanité entière et
atteindre la destinée de tout homme, passé, présent et futur, de ce monde.
Ainsi en est-il. Tremblant et stupéfait, Nous répétons l’annonce de cette
naissance extraordinaire, la naissance du Christ, le Verbe de Dieu fait chair,
le Messie de l’histoire, le Sauveur du genre humain; et Nous faisons nôtres les
paroles de l’ange du Seigneur: «Rassurez-vous, car voici que je vous annonce une
bonne nouvelle (la bonne nouvelle, l’évangile par excellence) qui sera une
grande joie pour tout le peuple: aujourd’hui, dans la cité de David (Bethléem),
un Sauveur vous est né, qui est le Christ Seigneur» (Luc. 2. 10-11).
Ce n’est pas là une légende littéraire, ni un mythe fantastique; c’est un fait
réel et concret, d’une nature et d’une importance telles que toute l’histoire
humaine en demeure atteinte; c’est pour le rappeler que nous sommes ici, pour le
célébrer, pour repenser encore à l’influence qu’il a sur nous. Ainsi se rouvre
pour nous une méditation que chacun d’entre nous aura, d’une façon ou de l’autre,
cent fois commencée: méditation sur le christianisme, sur sa réalité, sur son
efficacité, sur le rapport qu’il a avec nous - ou du moins qu’il devrait avoir
avec nous. Et par christianisme, en fin de compte, Nous entendons le Christ, son
être, sa parole, son immanence dans la foi et dans la vie des hommes, sa
présence aujourd’hui devant nous, sa figure apocalyptique, demain: le Christ,
clef de toute question et de tout destin. Oh, Messieurs et Amis, que j’ose
appeler frères! laissons-nous tous dominer par cette pensée extraordinaire: le
Christ, le Verbe de Dieu descendu en forme humaine sur la scène du monde. Mais
que cette pensée, loin d’engendrer en nous la crainte (ce qui serait pourtant
tout-à-fait naturel), nous envahisse de joie et d’allégresse, comme nous l’a
demandé le message céleste. Cette joie sera le cadeau que nous ferons à
Jesus-Christ pour sa naissance parmi nous; ce sera notre offrande; notre humble
effort d’accueil et de compréhension. Noël, nous le savons, est une fête joyeuse;
elle nous apparaît bien telle dans l’amour et dans la tendresse de cette
nouvelle vie qui naît (Cfr. Io. 1 6 , 21), dans la délicieuse faiblesse
de l’enfance, dans le cadre de l’intimité si simple et sublime du foyer
domestique.
Mais il y a plus. Noël n’est pas seulement la sublimation de la
vie naissante, fruit de l’amour, étincelle de nouveauté et d’innocence, gage
d’un monde meilleur, que nous espérons pour demain, celui de la nouvelle
génération. Ce n’est pas seulement une joie qui naît de la terre. Observez bien:
c’est une joie qui vient d’en-haut, c’est la révélation de la bonté infinie de
Dieu, le signe d’un dessein mystérieux qui touche le monde et les hommes, c’est
une pensée d’amour infini qui a ouvert le ciel clos du mystère impénétrable de
la vie intime du Dieu inconnu, et l’a communiqué à la terre, comme une pluie
illuminante et vivifiante. L’apôtre Paul nous dit que «la grâce de Dieu est
apparue, salutaire pour tous les hommes» (Tit. 2, 11), et l’apôtre Jean:
«Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique» (Io. 3, 16).
Nous nous trouvons devant une conception universelle des destins suspendus sur
l’humanité, et qui ont même pénétré dans la trame de l’histoire: c’est une
conception de salut, une conception de clémence et d’amour, une conception
tellement optimiste que même les malheurs, les souffrances, et la mort elle-même
y trouvent une issue positive, pour le bien de l’homme (Cfr. Rom. 8 , 28-31).
Telle est la vérité sur la vie, telle est la philosophie qui remporte la
victoire sur toutes les expériences et sur toutes les tentatives pour expliquer
les choses et les faits et dire le dernier mot sur la réalité du monde.
Notre dernier mot à Nous, qui sommes spécialement obligè d’observer le monde
dans ses expressions les plus générales et les plus significatives, et d’en
peser la valeur selon leur classification définitive, notre dernier mot serait
au contraire facilement pessimiste, il déboucherait sur le doute, sur l’absurde,
sur le néant. Nous serions des hommes myopes, aveugles, des hommes déçus, des
hommes tentés par le scepticisme et le désespoir: où va le monde? que vaut la
vie? qu’est-ce que la civilisation? Peut-on vraiment envisager de faire régner
sur terre l’ordre, la justice, la paix, l’amour? Tels serions-nous, et telles
seraient les conclusions de notre sagesse déçue, s’il n’y avait pas Noël, c’est-à-dire
l’inauguration d’une économie de salut et d’espérance! Les efforts du Sisyphe
que nous sommes ne l’ont pas instaurée, mais elle nous est donnée par un Amour
transcendant qui n’a ni mesure ni regret, et veut faire de nous, de l’humanité,
un peuple nouveau, un peuple bon et heureux (Cfr. 1 Petr. 2, 5, 9). Noël, fête de joie et d’espérance, fête qui anime le devenir humain orienté vers
une plénitude qui ne faillira pas. Saluons-la et célébrons-la comme notre
fête et comme la fête du monde.
Sachant que cette cérémonie est retransmise directement par la télévision à
de nombreux pays de l’Amérique latine et à la France, Nous désirons leur
adresser nos souhaits de paix dans le Seigneur.
A vous tous qui vous unissez à la célébration de cette messe, vont nos voeux
de joyeux et fervent Noël. Nous souhaitons que chacun de vous accueille au plus
profond de son coeur le message de paix et d’amour fraternel apporté par
l’Enfant Jésus, et Nous vous bénissons.
Aos amados filhos do Brasil, queremos desejar que cheguem as santas alegrias
do Natal, que o mundo vive nesta hora. Que elas lhes sejam portadoras da luz
de Cristo, a iluminar de radiosa esperança os caminhos do seu futuro; do amor de
Deus que estreite mais a fraternidade de todos, em serena familia. A todos,
muito Boas-Festas! A Vosotros, queridísimos hijos de la América de lengua
castellana, Nuestra felicitación de Navidad con el ardiente deseo de que la
vivencia del Misterio de Dios Encarnado, no se limite a estos emocionados
momentos sino que, diaria y dinámicamente, imprima más fe y caridad en vuestras
almas, más amor en vuestras cristianas familias, con Nuestra Bendición
Apostólica.
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