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MESSE AUX PARTICIPANTS AU XVIII CONGRÈS
MONDIAL DE L'«INTERNATIONAL COLLEGE OF SURGEONS»
HOMÉLIE DU
PAPE PAUL VI
Solennité du «Corpus Domini»
Jeudi 1 juin 1972
Messieurs,
Vous qui êtes
ici en tant que Frères et Fils, Nous vous saluons respectueusement et vous
remercions de votre visite. Nous l'apprécions en raison de la haute qualification de vos personnes, et
aussi parce qu'elle
prend place dans votre Congrès scientifique mondial; de plus, elle a lieu
en un jour que nous consacrons à la célébration d'une
fête solennelle, celle du mystère eucharistique du
«Corpus Domini».
Une telle
circonstance religieuse offre à cette audience le cadre unique de la
Chapelle Sixtine, la nef sacrée et célèbre de la demeure pontificale au
Vatican. Peut-être ne serez-vous pas insensibles, vous-mêmes, à l'atmosphère
unique de ce lieu, illustré par les manifestations artistiques de premier
plan que la peinture comme la musique ont apportées ici à la religion et
à la culture, par les événements historiques, tels que les élections des
Papes, qui s'y
sont déroulés, et aussi par le ministère sacerdotal que, dans des
occasions particulières, le Pape y exerce.
Si Nous
mentionnons le caractère hautement spirituel de l'atmosphère de l'audience que Nous sommes heureux de vous accorder en dehors du protocole
habituel, c'est
pour manifester notre intention d'honorer votre Congrès et votre profession de chirurgiens modernes qui,
plus que toute autre, requiert sagesse, délicatesse, hardiesse: vous êtes
entièrement consacrés à une activité à la fois scientifique et pratique
pour le bien de l'humanité
souffrante. Certes, Nous ne sommes pas qualifié pour entrer dans vos
discussions érudites et spécialisées.
Nous ne
craignons pas cependant de vous adresser quelques simples mots, dans notre
langage qui est religieux, et en raison de notre fonction dans l'Eglise.
Voici la première
parole qui nous vient aux lèvres: Nous vous saluons en vertu de notre
mission universelle, comme des frères, comme des fils, comme des hommes de
notre monde, pèlerins dans le temps artisans du labeur humain, disciples de
cette grande école qu'est l'univers, appliqués à scruter les réalités supérieures de notre
existence en quête d'une vérité qui illumine la vie, solidaires de tout être humain éprouvé
par la souffrance et toujours assoiffé de bien-être et de bonheur.
Cela rejoint
notre mission évangélique, qui est de découvrir et d'éveiller dans tous les hommes une identité de nature,
d'aspirations,
de destin, et qui offre à celui qui Nous écoute une espérance nouvelle.
Nous croyons, Messieurs, ne pas vous faire de tort en vous accueillant comme
des frères et des fils: n'est-ce
pas rendre hommage à votre vocation, elle aussi universelle, à votre
fonction, elle aussi concrète et humaine, d'hommes qui guérissent, secourent et aident leurs semblables, quelle que
soit leur patrie, leur race, leur idéologie?
Tout comme
Nous, vous n'avez,
par principe, aucun ennemi; au contraire, tout homme n'est-il pas, à vos yeux, digne de votre entière attention? Ne
pouvons-nous pas alors honorer ensemble votre estime pour la dignité
humaine, et célébrer ensemble notre amitié foncière?
Mais vous êtes
aussi des hommes de science, des hommes d'une culture qui se tient dans les limites de
l'expérience
et de la raison, des hommes aux vastes horizons; et vous croyez en la fécondité
d'une recherche permanente, qui trouve dans le doute et la critique son
aliment normal.
N'y aurait-il pas là un caractère qui vous distinguerait de nous
autres, hommes de la foi et de la certitude, et qui vous tournerait vers l'avenir
et le progrès, tout en nous reléguant dans le passé et l'immobilisme
dogmatique? La distinction, certes, existe; mais elle n'engendre
pas pour autant cette opposition qu'une
mentalité superficielle et préconçue établit souvent entre la science et
la foi. C'est un lieu commun de la controverse culturelle de notre temps; mais il
ne résiste pas à un examen calme et objectif; beaucoup d'entre
vous, sans doute, le savent déjà, et ce n'est
ni le moment ni le lieu d'en
exposer les raisons.
Qu'il nous suffise donc, en recevant votre visite, de rendre hommage à votre
qualité de scientifiques. Soyez assurés, une fois encore, de notre respect
pour la pensée humaine; peut-être sommes-nous aujourd'hui,
nous les croyants, les seuls à défendre sa capacité d'atteindre
la vérité au-delà des frontières des sciences expérimentales ou mathématiques,
et à attribuer à ce genre de connaissance une valeur très haute,
conduisant vers la sphère de la métaphysique où ces sciences trouvent
leur source et d'où
elles tirent, même inconsciemment, leur force rationnelle.
De toutes manières,
sachez que nous aussi - et, nous voudrions le dire, nous les premiers - nous
sommes les admirateurs de vos progrès scientifiques et thérapeutiques.
Votre science et votre art ont une histoire qui connaît aujourd'hui
un progrès accéléré: nous applaudissons à vos nouveautés
merveilleuses, nous encourageons vos efforts, d'autant
plus dignes de louanges qu'ils
sont plus conscients et soucieux du respect dû à cette frontière
inviolable: la nature de l'homme.
L'estime
que nous avons pour vous comme savants se justifie aussi à un nouveau
titre, que nous estimons hautement, celui de thérapeutes. C'est un titre qui vous est spécifique et que vous partagez avec les médecins.
Soigner les souffrances humaines, les souffrances physiques spécialement,
qui ne se séparent point de celles de l'esprit,
telle est votre mission: y en a-t-il qui demande plus de sagacité, qui
suscite plus d'espoir, qui soit plus sacrée que celle-là?
Elle suppose
une estime, un amour pour cette merveille de la création qu'est
le corps humain. Celui-ci, il est vrai, trouve sa place dans l'ensemble
de la vie biologique. Cependant, s'il stimule notre admiration et notre curiosité il nôtre rien à la
dimension verticale du phénomène de la vie dans l'homme que nous sommes, dans
l'homo-sapiens, qui se distingue de tous les niveaux de la vie
animale et s'élève
au-dessus d'eux
non seulement par une différence de degré mais par l'originalité
de sa nature.
En ce qui nous
concerne ici, quelle coïncidence entre votre intérêt passionné pour le
corps et notre conception de la vie corporelle de l'homme!
Bien plus,
permettez-Nous, à Nous qui sommes disciple de la Parole de Dieu et aussi
gardien et maître de sa vérité, de revendiquer l'honneur d'être le premier à vénérer et aimer tous les hommes que vous soignez
avec un dévouement admirable et qui sont revêtus à nos yeux d'une
merveilleuse beauté. Ils sont le miroir et le reflet de la sagesse de Dieu.
Dans une dignité
mystérieuse, ils sont le temple de l'Esprit. Une paradoxale transparence, une fascination
d'autant
plus grande qu'elle
est marquée par la douleur et la déchéance physique, en font le signe, le
«sacrement» de Dieu. Aussi y a-t-il là une nouvelle convergence:
l'attention
au corps souffrant de l'homme.
Ne sommes-nous
pas des alliés? des collaborateurs? Nous, tournés vers les réalités
spirituelles, vous, vers les réalités corporelles? Votre art nous est
utile, comme expression de la charité, c'est-à-dire
comme une sublimation de l'action;
et à cette occasion encore, Nous voulons l'exalter
et vous en remercier. Mais en retour, notre conception sacrée et sublime de
la vie corporelle de l'homme
ne vous est-elle pas utile aussi, pour vous donner lumière et courage,
grandeur d'âme et délicatesse de sentiments?
Enfin, n'est-ce
pas notre devoir d'honorer
et d'affiner en vous, médecins et chirurgiens, la sensibilité morale dont
votre profession ne peut jamais se dispenser? Cet aspect de nos rapports,
entre hommes d'Eglise
et hommes de la médecine ou de la chirurgie, prend aujourd'hui un nouveau relief et suscite souvent des questions angoissantes. La
moralité, dans le domaine thérapeutique de la médecine ou de la chirurgie,
se développe selon une casuistique aux prolongements toujours plus étendus
et souvent d'une
profonde gravité.
Il nous est arrivé
à Nous aussi, une fois, en audience, d'être interrogé par un célèbre chirurgien: les greffes
d'organes
sont-elles licites? Et à quelles conditions? Fréquemment aussi il nous
arrive d'être consulté sur les fameux problèmes qui reviennent si souvent:
la «paternité responsable»,
dont a parlé le Concile, les moyens anticonceptionnels, l'avortement,
les maladies sociales, la torture, la drogue, l'euthanasie, etc.
Pour notre part,
Nous ne sommes certainement pas en mesure de discuter ces problèmes à leur
niveau spécifiquement scientifique; mais Nous le sommes, en vertu de notre
mission de gardien et d'interprète
de la loi divine, pour ce qui regarde, tout au long du cours de la vie de son
début à son déclin, la défense de cette vie, de toute vie humaine, aussi
bien dans son développement corporel que dans son développement moral et
spirituel.
Ne pourrions Nous
pas, aujourd'hui
vous prier, vous, médecins et chirurgiens, d'être
nos avocats dans le tumulte des opinions en vogue, devant la difficulté de
traduire, en pédagogie pratique, la juste norme éthique et chrétienne,
devant l'urgence de faire front à l'envahissement d'un hédonisme indifférent et permissif, qui, en violant la loi morale,
menace la dignité et l'intégrité
de la vie humaine?
Tel est notre
espoir. Nous avons célébré, voici peu de temps, la résurrection du Christ,
prélude et gage de notre propre résurrection finale.
Aussi est-ce avec
une sympathie d'autant
plus grande que Nous rendons hommage à votre science et à votre art, qui
savent accomplir des prodiges pour la santé de la vie corporelle de l'homme, car celui-ci
n'est pas voué à une dissolution totale et définitive, mais il est prédestiné,
corps et âme, dès que sera consommé le drame de notre passage dans le
temps, à une nouvelle naissance dans la plénitude éternelle. C'est
le coeur animé d'une
telle foi que, vous tous ici présents, Nous vous remercions et vous bénissons.
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