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LETTRE DU PAPE PAUL VI
À MONSIEUR JOSEPH GRÉMILLION À L’OCCASION DE LA
CONFÉRENCE SUR LA COOPÉRATION MONDIALE
POUR LE DÉVELOPPEMENT

 

A Notre cher Fils
Joseph Grémillion

Au moment où s’ouvre à Beyrouth la conférence sur la coopération mondiale pour le développement, Nous sommes heureux de vous exprimer Notre profonde satisfaction et de vous faire part de l’espérance que suscite en Nous cette réunion où des représentants qualifiés de l’Eglise catholique romaine et du Conseil œcuménique des Eglises étudieront en commun les moyens d’unir leurs forces et leurs ressources pour sensibiliser leurs frères au déséquilibre croissant qui existe entre les différentes nations et rappeler à ceux qui l’auraient oublié le sens de leurs responsabilités. Si la parfaite union entre les confessions chrétiennes n’est pas encore réalisée sur le terrain doctrinal - quelque louables que soient les efforts de rapprochement - il est du moins un domaine dans lequel l’œcuménisme peut aboutir à des résultats concrets et immédiats: c’est celui qui fait l’objet de votre réunion.

Nous avons plaisir à saluer aussi les éminentes personnalités venues partager avec vous le fruit de leurs recherches personnelles et vous apporter l’appui et l’encouragement des Organisations internationales.

Nous avons été particulièrement sensible au fait que cette initiative dont Nous attendons tant de résultats positifs ait été suscitée par Notre encyclique Populorum progressio où Nous attirions l’attention de tous les hommes de bonne volonté sur ce fait majeur de notre temps: «Les peuples de la faim interpellent aujourd’hui de façon dramatique les peuples de l’opulence» (§ 3). Nous les appelions «à une action concertée pour le développement intégral de l’homme et le développement solidaire de l’humanité» (§ 5), c’est-à-dire à «amplifier leur effort commun et concerté en vue d’aider le monde à triompher de l’égoïsme, de l’orgueil et des rivalités, à surmonter les ambitions et les injustices, à ouvrir à tous les voies d’une vie plus humaine où chacun soit aimé et aidé comme son prochain, son frère» (§ 82).

Nous nous réjouissons que les disciples du Christ mettent en commun leurs expériences et la force invincible qu’ils puisent dans leur foi. N’ont-ils pas tous reçu la marque du baptême, ne sont-ils pas tous fils de Dieu vivant appelés par vocation à imiter le Christ, jusque dans sa libéralité, lui qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre afin de nous enrichir de sa pauvreté? (cf. 2 Cor. 8, 9). Ne doivent-ils pas se rappeler cette affirmation de l’Apôtre Paul et la vivre dans toutes ses applications: «De même qu’en un seul corps nous avons plusieurs membres, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, de même, à nous tous, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ et nous sommes tous membres les uns des autres?» (Rom. 12, 4 et 5).

Alors que les motifs de découragement semblent l’emporter chez beaucoup de nos contemporains et les conduire à un pessimisme négatif, votre assemblée sera un réconfort pour tous ceux qui ne veulent pas céder à ce courant et cherchent au contraire à mettre en avant les valeurs positives de l’homme, créé à l’image et à la rassemblance de Dieu.

Veuillent toutes les nations privilégiées et leurs populations le comprendre: l’impatience des pauvres grandit, il faut venir à leur secours. Les remèdes sont certes bien connus, il est nécessaire de les mettre sans tarder en application. Puissent les travaux de cette conférence de Beyrouth aider les chrétiens, nos frères, les hommes de bonne volonté, ainsi que les gouvernants eux-mêmes à saisir l’urgence d’une action décisive pour le bien de l’humanité toute entière.

C’est dans ces sentiments que Nous recommandons de grand cœur à Dieu le déroulement de votre assemblée et que Nous invoquons sur tous ses participants l’abondance des Bénédictions divines.

Du Vatican, le 16 avril 1968.

PAULUS PP. VI

 

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