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LETTRE DU PAPE PAUL VI
À L’ÉPISCOPAT DES PAYS BAS
Monsieur le Cardinal
En novembre1966, Nous vous adressions, Monsieur le Cardinal, ainsi qu’aux
autres Evêques, au clergé, aux religieux et aux catholiques des Pays Bas, un
message vous assurant que Nous étions très proche de vous par la prière en une
heure particulièrement importante pour la vie de l’Eglise dans votre Patrie.
C’était en effet le moment où les représentants des catholiques hollandais
«invités par leurs Evêques et sous leur direction, se réunirent pour une étude
approfondie des délibérations conciliaires, afin d’en pénétrer l’esprit, de
trouver les voies les plus appropriées pour les appliquer à leur vie spirituelle
et religieuse et à leurs oeuvres d’apostolat, en vue de les rendre plus vivantes
et plus fécondes». Nous vous disions dans ce message combien l’initiative
des catholiques hollandais Nous paraissait « grave et délicate, à cause de son
caractère nouveau et unique », mais aussi combien Nous avions confiance en vous,
Vénérables Frères, placés par le Saint-Esprit pour gouverner l'Eglise de Dieu
(Cfr. Act. 20, 28). Nous pouvions espérer en effet qu’à travers cette
difficile entreprise et grâce à votre patient labeur, le dépôt de la foi serait
fidèlement gardé et qu’on saurait trouver, par surcroît, le moyen de le
présenter de façon plus efficace et mieux adaptée à la mentalité des hommes de
notre temps. Quant aux projets de réforme et d’adaptation des structures
locales aux nouvelles circonstances historiques, Nous pensions que des
propositions concrètes auraient été formulées, à la suite de l’analyse attentive
des institutions existantes, conduite avec l’aide de personnes expertes dans les
différents domaines, guidées par le «sensus Ecclesiae» et sensibles aux besoins
de l’heure présente. Depuis lors quatre sessions plénières du «Pastoraal
Concilie» ont déjà été tenues, une cinquième est annoncée pour le mois de
janvier prochain. Et, si aucune délibération n’a été encore, à Notre
connaissance, définitivement approuvée par l’Autorité légitime, en revanche,
Nous avons eu connaissance des «projets-rapports» admis par l’Episcopat comme
base de discussion, et Nous ne pouvons vous cacher que certaines des
affirmations doctrinales qui y figurent Nous laissent perplexe et Nous semblent
mériter de sérieuses réserves.
Des réserves d’un autre genre - mais qui ne semblent pas non plus dénuées de
fondement - ont été exprimées dans la presse touchant le critère de
représentativité des catholiques de Hollande à ces assemblées plénières. Enfin,
pour qui considère les intentions et les buts qui ont été à l’origine de ces
assemblées, une considération s’impose, qui Nous fait une profonde impression:
dans les projets-rapports, les citations des Documents du Deuxième Concile
Œcuménique du Vatican ou d’autres actes plus récents du Magistère ecclésiastique
sont extrêmement rares. Bien plus: les réflexions et recommandations contenues
dans ces projets n’apparaissent guère en harmonie avec les Documents et les
Actes en question. Nous songeons en particulier aux deux projets admis comme
base de discussion pour la prochaine session: 1) «pour un fonctionnement
fructueux et renouvelé de l’office ministériel» et 2) «les Religieux». Vous en
avez déjà vous-mêmes, Vénérables Frères, critiqué quelques affirmations erronées
ou équivoques, et relevé certaines orientations périlleuses. Permettez qu’à
Notre tour Nous en soumettions quelques-unes à votre attention pastorale. 1)
En ce qui concerne l’office ministériel: a) la description du but et des tâches
de l'Eglise est présentée comme si la mission de celle-ci était purement
terrestre; b) le ministère sacerdotal est considéré comme une charge conférée
par la communauté chrétienne; c) on propose - et parfois de façon impérative -
la dissociation du sacerdoce et du célibat; d) on critique la thèse que l’homme
seul puisse devenir prêtre; e) on ne parle du Pape que pour minimiser sa charge
et les pouvoirs qui lui ont été conférés par le Christ lui-même, etc. . . . 2)
quant au projet-rapport qui traite du problème des Religieux, on ne peut manquer
d’y relever certaines ambiguïtés et déficiences doctrinales qui risquent de
conduire dans l’application pratique à des conséquences déplorables. Nous
comprenons bien, Vénérables Frères, la situation difficile dans laquelle vous
vous trouvez, en présence de tendances nouvelles, qui se manifestent de façon
particulièrement aiguë en Hollande depuis quelques années. Il est trop évident
que ce n’est pas la Hiérarchie qui crée ces difficultés: elle les trouve sur son
chemin et doit les affronter. De même il est bien loin de Notre pensée de
minimiser tout le bien qui se réalise dans vos diocèses en tant de domaines.
Mais devant le danger de déviations qui pourraient être gravement dommageables
pour la foi du peuple catholique des Pays-Bas, la conscience de Notre
responsabilité de Pasteur de l'Eglise Universelle Nous oblige à vous demander en
toute franchise: que pensez-vous que Nous puissions faire pour vous venir en
aide, pour renforcer votre autorité, pour vous permettre de mieux surmonter les
difficultés présentes de l'Eglise en Hollande?
Dans l’attente de votre réponse sur ce point, et étant donnée l’imminence de
la prochaine session plénière du «Pastoraal Concilie», permettez-Nous de vous
suggérer dès maintenant une double directive. Il Nous semble qu’en présence
des courants mentionnés ci-dessus, et tout en ayant bien présente à l’esprit la
distinction fondamentale entre le dépôt de la foi et la façon de l’exprimer
(Cfr. Unitatis redintegratio, II , 6;
Gaudium et spes, 62), votre attention devrait se porter avant tout sur
ce qu’implique votre charge de maîtres de la doctrine chrétienne: le devoir de
transmettre dans son intégrité le contenu de la Révélation dont l'Eglise est
dépositaire (Cfr.
Lumen gentium, 25 , 26; Christus Dominus, 2 et 12 ; Allocution de Jean
XXIII à l’ouverture du Concile, 11 octobre 1962). En second lieu, sur le
point précis du célibat consacré à Dieu, le devoir de la Hiérarchie catholique
dans les difficultés présentes de l'Eglise Nous semble clairement tracé: en
harmonie avec les décisions du Deuxieme Concile du Vatican (Lumen gentium,
42-43; Presbyterorum ordinis, 16; Perfectae caritatis, 12) inspirer à
tous le respect et l’estime de cet incomparable trésor de l'Eglise latine;
enseigner avec clarté et fermeté que la pratique généreuse de la chasteté
parfaite non seulement est possible, mais qu’elle est source de joie et de
sainteté; faire connaître et favoriser partout les conditions indispensables à
son exercice. Nous avons Nous-même, plus d’une fois manifesté Notre pensée
sur ce thème du célibat sacerdotal. Nous lui avons consacré, vous le savez, une
encyclique particulière, «Sacerdotalis caelibatus», dans laquelle Nous donnons
réponse aux objections formulées à ce sujet. Nous y sommes revenu dans l’une ou
l’autre des lettres que Nous vous adressions ces derniers temps, Monsieur le
Cardinal, et encore tout récemment dans Notre allocution du 15 décembre au Sacré
Collège des Cardinaux.
Cette attitude, dans laquelle Nous Nous sentons corroboré par l’appui de tant
de Nos Frères dans l’Episcopat, Nous est dictée avant tout par la conscience de
Notre responsabilité vis-à-vis de l’Eglise dans l’application des décrets du
Concile; par la conscience également de Notre responsabilité vis-à-vis des
hommes de bonne volonté, qui comprennent quel haut exemple et quel encouragement
constitue, surtout en un moment où tant de forces s’emploient à la dégradation
de la moralité publique et privée, le témoignage séculaire rendu, dans l’Eglise
latine, par les prêtres et par les âmes consacrées à Dieu dans la vie
religieuse. Qu’il s’agisse de doctrine ou de discipline, Nous sommes sûr,
Vénérables Frères, que le meilleur service que vous puissiez rendre à vos
prêtres et à vos fidèles dans le moment présent - et en particulier lors des
prochaines assises du «Pastoraal Concilie» - sera d’affirmer sereinement votre
accord total et sans réticence avec l’Eglise universelle sur les points
contestés. Les âmes droites vous seront reconnaissantes de les avoir confirmées
dans leur foi et dans leur amour de l’Eglise. Et le Suprême Pasteur,
Episcopus animarum vestrarum (1 Petr. 2, 25), témoin de vos peines et
de vos mérites vous réservera la récompense promise à ses bons et fidèles
serviteurs. Dans ces sentiments Nous vous accordons à tous de grand coeur,
ainsi qu’à Nos chers Fils les catholiques de Hollande, une particulière et
affectueuse Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 24 décembre 1969.
PAULUS PP. VI
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