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Lettre du pape paul VI
AU CARDINAL PAOLO ZOUNGRANA

Le 22 janvier 1900, les Pères de la Société des Missionnaires d'Afrique, poursuivant l'immense tâche entreprise par le Cardinal Lavigerie avec les encouragements de nos Prédécesseurs, arrivaient à Koupéla, au coeur du pays mossi. Pauvres comme de bons messagers du Christ (Cfr. Matth. 10, 9-10), mais riches de leur foi, ne se laissant pas rebuter par les inévitables difficultés, soucieux de comprendre et de servir les populations, ils jetaient les bases de l'évangélisation du vaste territoire appelé à former un jour la Haute-Volta.

La ténacité de cette poignée d'hommes courageux, bientôt rejoints par d'autres valeureux apôtres, devait amener la minuscule communauté chrétienne des débuts à s'accroître progressivement en taille et en qualité. Premier Vicaire Apostolique de la région, Mgr Joanny Thévenoud laissait le souvenir d'un évêque infatigable, intrépide, aux initiatives vraiment clairvoyantes et totalement consacré à sa mission. Bobo-Dioulasso devenait à son tour un pôle de rayonnement pour la Bonne Nouvelle, puis Nouna, Koudougou et Ouahigouya en 1947. Neuf diocèses attestent aujourd'hui la vitalité de cette chrétienté. Au milieu des autres croyants dont les traditions religieuses et le sens du sacré s'enracinent à un niveau très profond, elle fait rayonner le témoignage de sa foi au Sauveur et l'engagement d'amour que celle-ci entraîne.

Aussi tenons-Nous à nous associer d'une manière tout à fait particulière aux célébrations qui commémoreront, les 16, 17, 18 et 19 janvier 1975, un événement aux conséquences si importantes pour votre pays et, dans un sens, pour 1'Eglise universelle. Nous rendons grâces au Seigneur pour tant de bienfaits répandus pendant ces soixante-quinze ans sur ses Fils voltaïques, de plus en plus artisans de leur propre évangélisation. Voici en effet que le zèle des missionnaires a fait germer et mûrir un laïcat conscient de ses responsabilités, avide de les exercer, qui prend sa part dans la catéchèse, le catéchuménat, les mouvements d'apostolat, l'enseignement scolaire et professionnel, la promotion des œuvres charitables, sanitaires et sociales, l'organisation des communautés chrétiennes, le dialogue avec les autres communautés humaines et les Autorités de 1'Etat.

Voici que sur ce terrain bien préparé un clergé très dynamique se consacre, sans mesurer sa peine, à semer la Parole de Dieu, à éveiller la foi, à susciter de nouveaux disciples. Formé lui-même aux meilleures sources de la spiritualité sacerdotale, par des maîtres aussi dévoués que désintéressés, il permet de mesurer le travail considérable accompli en faveur des vocations dans plusieurs institutions dont la plus ancienne, le Petit Séminaire de Pabré, a largement donné ses preuves depuis maintenant un demi siècle. Et Nous formulons le vœu que grandisse encore la coopération entre tous les prêtres présents dans le pays, pour que l'évangélisation porte tous ses fruits.

Voici que la vie religieuse implantée par divers Instituts a su se développer également chez vous. Ensemble, contemplatifs et actifs, originaires du territoire ou ayant quitté volontairement les leurs pour se mettre au service de leur patrie d'adoption, ils illustrent, en vue du Royaume futur, ce que fut le don total du Verbe Incarné. Parmi eux, il faut citer les deux Congrégations spécifiquement africaines: les Sœurs de 1'Immaculée Conception elles aussi jubilaires, et les Sœurs de l'Annonciation.

Voici qu'un épiscopat presque entièrement autochtone assume à présent la conduite de la pastorale. Résolument lancés dans la voie de la collaboration, ces évêques constituent pour Nous et pour d'autres un exemple de l'unité et de l'efficacité souhaitées par le Concile 75 Vatican II pour les Conférences épiscopales. Au sein du continent africain en pleine éclosion, ils offrent leur concours généreux au jaillissement d'entreprises de toute sorte. Enfin Nous ne saurions passer sous silence l'aide empressée que vous nous donnez, cher Frère, en vertu de la charge cardinalice que Nous fumes heureux de vous confier il y a dix ans.

Oui, Nous rendons grâces au Seigneur en évoquant le chemin parcouru avec Lui et pour Lui. Et Nous voudrions que vous portiez à chacun des fidèles de Haute-Volta les paroles qu'à travers vous Nous leur adressons d'un cœur affectueux, en cette mémorable circonstance. C'est d'abord, dans le cadre de l'Année Sainte, un appel au renouveau intérieur, à la purification et à la sainteté. Jamais, sans l'esprit d'abnégation qui les animait et sans le zèle qui les brûlait, les premiers envoyés du Christ dans votre pays n'auraient pu faire œuvre durable. Ils souffraient de leur dénuement mais ils s'en réjouissaient, car ils partageaient ainsi un peu mieux la condition du Maître (Cfr. Matth. 8, 20). Tout en essayant d'augmenter les faibles moyens dont vous disposez, Nous espérons donc que vous conserverez tous précieusement votre ardeur apostolique, que vous la ferez grandir encore, et que 1'Eglise entière en profitera.

Nous vous encourageons aussi à poursuivre avec persévérance l'expression du message évangélique dans la culture et la mentalité africaines. Entendons-nous: il ne s'agit pas ici de construire une doctrine nouvelle, non plus que d'inventer hâtivement des transpositions qui laisseraient de côté le sens profond de l'enseignement du Christ. Nous professons fermement au contraire que cette Révélation universelle, qui nous est venue de l'Orient et s'est répandue en Afrique dès les tout premiers siècles de notre ère - souvenez- vous de 1'Evangéliste saint Marc en Egypte, de saint Augustin d'Hippone -, Nous professons que cette Révélation universelle est et doit rester, dans son esprit comme dans sa lettre, la source toujours actuelle de la foi. Mais ce fut et ce sera à l'avenir la tâche des chrétiens de trouver, grâce à une meilleure étude du génie de leur propre civilisation, les formes, les symboles, voir les rites qui répondront davantage au besoin religieux et à l'âme de leurs contemporains.

Nous voulons croire pour terminer que la magnifique contribution apportée par nos Fils voltaïques - dont personne n'ignore l'ingéniosité et le goût de l'effort - au développement de leur pays et, plus largement, des pays environnants, ne fera que croître dans les années futures. Il y a là un devoir pour chacune des consciences. Il y va de la fidélité au commandement d'amour donné par le Seigneur. Comment un chrétien digne de ce nom pourrait-il s'abstenir de lutter de toutes ses forces pour l'élévation du niveau de vie, et le bonheur humain et spirituel de son prochain? Bien au contraire, il lui faut se trouver au premier rang de ceux qui travaillent dans ce but, surtout lorsque les ressources du territoire ne sont pas abondantes. A plus forte raison lorsque des catastrophes naturelles aussi terribles que celle qui s'est abattue récemment dans toute la zone sahélienne - ses conséquences, hélas, durent toujours - ont fait des ravages dans beaucoup de familles, décimé les troupeaux, assené des coups très sévères à l'essor espéré pour l'économie. Avec vous, Nous avons souffert dans ces moments d'angoisse. Pour vous Nous souffrons encore, et Nous prions Dieu de vous donner l'énergie indispensable aux bâtisseurs de la Cité de demain, plus heureuse, plus juste et plus fraternelle.

Aux Autorités civiles qui prendront part aux cérémonies annoncées, à vos nombreux invités, aux représentants des communautés non catholiques de votre pays, vous ne manquerez pas de transmettre notre salut respectueux et cordial. Vous remercierez aussi, avec les mots les plus chaleureux, les nombreux missionnaires qui ont pris la relève de leurs anciens et ont hérité de leur amour pour vos compatriotes: ce doit être leur fête, à un titre spécial. Et vous direz à vos Frères dans l'épiscopat, au clergé et au peuple fidèle, avec quelle dilection Nous pensons à 'eux et Nous les bénissons.

Que la Paix de Noël soit sur vous, et qu'elle vous comble audelà de tout désir!

Du Vatican, le 23 Décembre 1974.

PAULUS PP. VI

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