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MESSAGE DU PAPE PAUL VI
POUR LA Vème JOURNÉE MONDIALE
DES COMMUNICATIONS SOCIALES
 

«Les moyens de communication sociale,
au service de l’unité des hommes»

1971

 

Chers Frères, et Fils, et vous tous,
Hommes de bonne volonté,

«Les moyens de communication sociale, au service de l’unité des hommes»: tel est l’objectif que la Journée mondiale des communications sociales propose cette année à votre réflexion, à votre étude, à vos échanges, à votre prière, à votre action.

Qui ne désirerait, de toute son âme, voir plus efficacement promue l’unité de la famille humaine? Les hommes n’ont-ils pas pris conscience de la solidarité qui les lie, dans la vie quotidienne comme dans les moments exceptionnels, devant les exploits scientifiques comme devant les fléaux naturels? Ils semblent décidés, de toute manière, à élargir sans cesse les cercles où se nouent des collaborations aussi fécondes que pacifiques aux divers plans économique et social, culturel et politique, sans perdre pour autant la richesse de tant de particularités multiformes. Serait-ce une utopie de former le projet d’une famille humaine universelle, dont chaque homme serait le citoyen fraternel? (Cfr. Populorum progressio, 79)

La conviction du chrétien est en tout cas bien assurée: «Dieu . . . a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères. Tous, en effet, ont été créés à l’image de Dieu . . . et tous sont appelés à une seule et même fin qui est Dieu lui-même» (Gaudium et Spes, 24, § 1). La solidarité dans la vocation du premier Adam, puis dans son péché, est désormais vécue et renforcée dans le Christ: par sa croix, il a renversé le mur qui séparait les peuples en les réconciliant avec Dieu (Cfr. Eph. 2, 14), et par sa résurrection, il a répandu son Esprit de charité dans le cœur des hommes, en les appelant, ces enfants de Dieu dispersés, à former en lui un seul peuple, un seul Corps. L’Eglise elle-même, tout en expérimentant elle aussi des tensions, voire des divisions en son sein n’a de cesse qu’elle ne réalise visiblement cette unité, entre ses fils de toute langue, de toute nation, de tout milieu social et professionnel. Ce faisant, elle a conscience d’être un signe prophétique d’unité et de paix pour le monde entier (Cfr. Is. 11, 12).

Une question, dès lors, surgit: les moyens de communication sociale dont l’importance est croissante, jusqu’à être quasi omniprésents dans la culture moderne, vont-ils, à leur niveau, être des moyens privilégiés pour promouvoir cette unité et cette fraternité, c’est-à-dire ce respect compréhensif, ce dialogue ouvert, cette collaboration confiante dans un monde où les problèmes deviennent vite planétaires?

Ce serait se leurrer gravement que de sous-estimer la force des tensions tragiques entre milieux sociaux, entre sociétés et personnes, entre pays industriellement développés et pays du Tiers-monde entre adeptes de systèmes idéologiques ou politiques antagonistes. Suscitant souvent une résonance accrue à travers le monde, les conflits continuent de créer de fossés dangereux, et se traduisent, hélas, par des actes de violence, et des situations de guerre. Devant ces manifestations d’opposition et de déchirement entre les hommes et entre les peuples, on ne peut certes attendre de la presse, de la radio, de la télévision, du cinéma, qu’ils les minimisent ou les passent sous silence. Leur rôle n’est-il pas, bien au contraire, de mettre en lumière tous les aspects de la réalité, même les plus tragiques, d’en tenter une approche toujours plus profonde et plus objective: celle où se lit malheureusement la misère, où s’étale le péché d’égoïsme, bref les multiples blessures qui saignent au cœur de la grande famille humaine; mais aussi celle où apparaissent les réalisations positives, les signes de renouveau, les raisons d’espérer?

Qui nierait en effet la tentation d’utiliser ces puissants moyens audio-visuels à l’impact si profond, pour aggraver, en les radicalisant, les tensions, les oppositions, et les divisions, allant jusqu’à décourager beaucoup d’hommes de bonne volonté dans leurs tentatives imparfaites certes, mais généreuses, d’union et de fraternité? Ce risque, il nous faut le dénoncer avec force et l’affronter avec courage. Qui dira, par contre, les immenses possibilités, trop peu explorées encore, de ces merveilleux moyens de communication sociale, pour faire prendre conscience aux lecteurs, aux auditeurs, aux spectateurs, des vrais problèmes des autres? pour aider les hommes à mieux se connaître et à s’apprécier davantage, dans leurs diversités légitimes? pour dépasser, dans la compréhension et l’amour, ces barrières de toutes sortes? mieux encore: pour éprouver, par delà tant d’obstacles, la solidarité réelle qui nous met tous, les uns avec les autres, les uns pour les autres? à la recherche du bien commun de la grande communauté des hommes? (Cfr. Allocution à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le 4 octobre 1965, dans AAS 57, 1965, pp. 879-884) Il y va de l’avenir même de l’homme, «auquel tout doit être ordonné sur terre, comme à son centre et sommet» (Cfr. Gaudium et Spes, 12).

Ah oui, artisans et bénéficiaires des moyens de communication sociale, unissez vos efforts pour qu’il en soit ainsi, partout à travers le monde et à tous les niveaux de participation et de responsabilité. Rejetez tout ce qui rompt le véritable dialogue entre les hommes, tout ce qui masque les devoirs comme les droits de chacun, tout ce qui attise l’incompréhension, la haine et tout ce qui détourne de la paix et d’une fraternité toujours plus élargie comme de la vérité recherchée dans la liberté. N’est-ce pas à chacun de nous, finalement, qu’est posée cette grave question: que cherches-tu? que veux-tu? Oui ou non, entends-tu être un frère pour ton frère? Car si la communication n’est pas par elle-même déjà une communion, elle peut en être le chemin privilégié.

Quant à vous, frères et fils chrétiens, Nous vous demandons spécialement de réfléchir et de prier, et aussi de prendre hardiment, avec discernement et courage, tous les moyens que votre compétence et votre zèle vous suggèrent pour que, de tant de fils entrecroisés et si souvent emmêlés, vous dégagiez la trame et tissiez un monde de frères et de fils de Dieu. «Dominant toutes les forces dissolvantes de contestation et de babélisation, c’est la cité des hommes qu’il faut construire, une cité dont le seul ciment durable est l' amour fraternel, entre les races et les peuples, comme entre les classes et les générations» (Discours à l’Organisation internationale du travail, Genève, 10 juin 1969, n. 21, dans AAS 61, 1969, p. 500). De grand cœur, à tous ceux qui travaillent par les moyens de communication sociale, à réaliser cette aspiration de l’homme selon le dessein de Dieu, Nous donnons une large Bénédiction Apostolique.

Du Vatican, le 25 Mars 1971.

PAULUS PP. VI

 

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