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MESSAGE DU PAPE PAUL VI
À M. MARCOLINO CANDAU, DIRECTEUR GÉNÉRAL
DE L’ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ*

 

Au Docteur Marcolino G. Candau
Directeur Général de l’Organisation mondiale de la santé

Au moment où l’Organisation mondiale de la santé s’apprête à commémorer solennellement le vingtième anniversaire de sa fondation, il Nous est particulièrement agréable de vous dire en quelle haute estime Nous tenons cet organisme international et tous ceux qui, si généreusement, unissent leurs recherches et leurs efforts pour l’aider à assumer sa lourde tâche.

Dans la famille des Nations Unies, l’Organisation mondiale de la santé tient une place fondamentale, même si son action n’est pas aussi connue qu’elle mériterait de l’être. Que serait l’entreprise du «développement intégral de l’homme et du développement solidaire de l’humanité» (Populorum progressio, § 5), si elle ne permettait pas d’abord à tout être humain de jouir de la santé, cet «état de complet bien-être physique, mental et social», comme le définit si justement la Constitution de l’O.M.S.? Le Pape Pie XII, recevant le 27 juin 1949 les participants de la deuxième Assemblée mondiale de la santé, l’affirmait déjà avec force: «L’Eglise, loin de considérer la santé comme un objet d’ordre exclusivement biologique, a toujours souligné l’importance, pour la maintenir, des forces religieuses et morales, et elle l’a toujours comptée au nombre des conditions de la dignité et du bien total de l’humanité, de son bien corporel et spirituel, temporel et éternel» (L’Osservatore Romano, 29 juin 1949). Et Notre vénéré Prédécesseur, Jean XXIII, dans son encyclique Pacem in terris, citait parmi les droits universels, inviolables et inaliénables de la personne humaine, celui à la vie et à l’intégrité physique, cependant que Nous soulignions Nous-même dans Notre encyclique Populorum progressio combien la lutte contre les maladies endémiques et l’accès de tous à la santé est une des aspirations des hommes d’aujourd’hui (§ 1 et 6). Aussi ne peut-on que se réjouir de ce que l’anniversaire de la fondation de l’O.M.S. soit célébré en cette année où le monde entier est invité à honorer de façon plus authentique les droits de l’homme. La mission si bienfaisante de votre Organisation en sera sans nul doute soulignée, et son action soutenue.

La lutte contre la maladie sous toutes ses formes, à l’échelle du monde, exige des opérations difficiles, coûteuses, exigeantes en hommes et en ressources, tant pour les recherches de laboratoire, que pour les campagnes qui se déroulent dans les contrées les plus reculées du globe. Cette action ne peut porter du fruit que dans une active coopération de tous, et un fécond dialogue entre les experts et ceux qu’ils viennent aider. Pour le chrétien, c’est là du reste suivre le Christ qui, durant sa vie, n’a cessé de se pencher sur les misères humaines pour les soulager et les guérir. Et s’il médite l’émouvante parabole du Bon Samaritain, tout homme de bonne volonté n’est-il pas entraîné, lui aussi, «à aimer et aider chacun comme son prochain, son frère» (ibid., § 82) en lui portant secours, sans ménager sa peine? Aussi avons-Nous à cœur de rendre hommage à l’œuvre de miséricorde accomplie par l’O.M.S., comme à tous ceux qui soutiennent son action et facilitent ainsi son efficacité.

Veuillent tous les responsables le comprendre: tout recul dans la part que les Etats attribuent à la santé publique dans leur budget atteint immanquablement les plus démunis et les plus déshérités. Enfin, qui ne le voit? l’une des tâches les plus nécessaires - parmi tant d’autres obligations urgentes - est sans nul doute pour les jeunes nations, où les problèmes de la santé sont souvent graves et préoccupants, de former parmi leurs citoyens des cadres compétents, en nombre suffisant pour faire face à tous leurs besoins sanitaires. Cette tâche ne peut s’improviser, elle requiert des choix courageux et demande l’aide désintéressée des pays plus favorisés. Elle nécessite aussi un éveil des consciences pour que certains n’hésitent pas à sacrifier de légitimes aspirations à un mieux-être pour se consacrer à redonner la santé à des hommes condamnés à mourir prématurément si personne ne vient les secourir. N’est-ce pas la meilleure preuve du développement moral de l’humanité que les membres les plus favorisés de la famille humaine acceptent de se mettre au service de leurs frères dans la peine et le besoin?

L’impulsion donnée à l’O.M.S. au cours de ces deux décennies par ses directeurs, leurs collaborateurs et experts, ainsi que l’ampleur et la qualité du travail accompli, sont des gages que cette grande Organisation internationale poursuive toujours cette action en faveur de l’homme dans le plein respect des lois de sa nature, telles qu’elles ont été établies par son Créateur. C’est en formant ce vœu, que Nous appelons sur tous ceux qui, sous l’égide de l’O.M.S., travaillent au service de la santé de tous les hommes, l’abondance des Bénédictions divines.

Du Vatican, le 28 avril 1968.

PAULUS PP. VI


*AAS 60 (1968), p.349-351.

Insegnamenti di Paolo VI, vol. VI, p.181-183.

L’Osservatore Romano, 8.5.1968, p.1.

L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française, n.20 p.1.

La Documentation catholique, n. 1518 col. 971-973.

 

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