MESSAGE
DU PAPE PAUL VI À M. LEOPOLD BENITES,
PRÉSIDENT DE LA XXVIII ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES*
Lundi 10 décembre 1973
A Son Excellence Monsieur Leopold Benites Président de la XXVIIIe Assemblée
Générale des Nations Unies
Poussé par la conscience de notre mission qui est de rendre présent, vivant et
actuel le message de salut proclamé par le Christ, Nous n’avons pas manqué, au
cours de notre Pontificat, de donner maintes fois l’assurance de notre adhésion
morale aux activités des Nations Unies en faveur de la justice, de la paix et du
développement de tous les peuples.
Alors que cette éminente Assemblée internationale s'apprête à commémorer le XXVe
anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, Nous voulons
une fois encore saisir l’occasion d’exprimer notre grande confiance, en même
temps que notre ferme accord, en ce qui concerne l’engagement constant de
l’Organisation des Nations Unies pour la promotion toujours plus précise, plus
autorisée et plus efficace, du respect des droits fondamentaux de l’homme. Comme
Nous l’affirmions dans une autre circonstance, la Déclaration des Droits de
l’Homme «demeure à nos yeux l’un des plus beaux titres de gloire» (Message
pour le XXVe anniversaire de l’Organisation des Nations Unies: AAS 62, 1970,
684) de votre Organisation, spécialement quand
on pense à l’importance
qui lui est dévolue comme chemin certain vers la paix. En réalité, la paix et le
droit sont deux biens en relation directe et réciproque de cause et d’effet: il
ne peut exister de paix véritable là où il n’y a point respect, défense et
promotion des Droits de l’Homme. Si une telle promotion des droits de la
personne humaine conduit à la paix, en même temps la paix en favorise la
réalisation.
Nous ne pouvons donc demeurer indifférent devant l’urgence de construire une
communauté de vie humaine qui garantisse partout à l’individu, aux groupes et
particulièrement aux minorités, le droit à la vie, à la dignité personnelle et
sociale, au développement dans un milieu protégé et amélioré et à l’équitable
répartition des richesses de la nature et des fruits de la civilisation.
«L’Eglise, avant tout soucieuse des droits de Dieu - disions- Nous l’an dernier
au Secrétaire général Monsieur Kurt Waldheim - ne pourra jamais se désintéresser
des droits de l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de son Créateur. Elle
se sent blessée lorsque les droits de l’homme, quel qu’il soit, et où que ce
soit, sont méconnus et violés» (AAS 64, 1972, 215).
C’est pourquoi le Saint-Siège donne son plein appui moral à l’idéal commun
contenu dans la Déclaration universelle comme aussi à l’approfondissement
progressif des Droits de l’Homme qui y sont exprimés.
Les droits de l’homme sont fondés sur la dignité reconnue de tous les êtres
humains, sur leur égalité et leur fraternité. Le devoir de respecter ces droits
est un devoir de caractère universel. La promotion de ces droits est un facteur
de paix; leur violation est une cause de tensions et de troubles, même au plan
international.
Si les Etats ont intérêt à coopérer dans les domaines de l’économie, de la
science, de la technologie, de l’écologie, ils l’ont encore plus à collaborer -
et la Charte de l’Organisation des Nations Unies les y engage expressément -
pour protéger et promouvoir les droits de l’homme.
On objecte parfois que cette collaboration de tous les Etats pour promouvoir les
droits de l’homme constitue une ingérence dans les affaires internes. Mais
n’est-il pas vrai que le plus sûr moyen, pour un Etat, d’éviter des immixtions
de l’extérieur, c’est précisément de reconnaître et d’assurer lui-même sur les
territoires de sa juridiction le respect des droits et des libertés
fondamentales?
Sans vouloir entrer dans le détail de chacune des formules de la célèbre
Déclaration, mais en considérant l’élévation de son inspiration et l’ensemble de
sa rédaction, Nous pouvons dire qu’elle demeure l’expression d’une conscience
plus mûre et plus précise des droits de la personne humaine. Elle continue à
représenter le fondement sûr de la reconnaissance pour chaque homme d’un droit
de cité honorable dans la communauté des peuples.
Mais il serait vraiment déplorable pour l’humanité qu’une proclamation aussi
solennelle se réduise à une vaine reconnaissance de valeurs ou à un principe
doctrinal abstrait, sans recevoir une application concrète et toujours plus
cohérente dans le monde contemporain, comme vous le releviez justement en
assumant la présidence de cette Assemblée.
Nous savons bien qu’en ce qui concerne les pouvoirs publics, cette application
ne va pas sans difficultés; mais il est nécessaire de mettre en même temps tout
en œuvre pour assurer le respect et la promotion de ces droits, de la part de
ceux qui ont le pouvoir et le devoir de le faire, et, en même temps, pour
développer toujours davantage, dans les populations, la conscience des droits et
des libertés fondamentales de l’homme. Il faut faire appel à la collaboration de
chacun afin que ces principes soient respectés «par tous, partout, et pour tous»
(Message à la Conférence de Téhéran pour le XXe anniversaire de la
Déclaration des Droits de l’Homme: AAS 60, 1968, 285). Est-il vraiment
possible, sans grave péril pour la paix et l’harmonie des peuples, de demeurer
insensible face à tant de violations graves et souvent systématiques des Droits
de l'Homme, si clairement proclamés dans la Déclaration comme universels,
inviolables et inaliénables?
Nous ne pouvons cacher nos graves préoccupations devant la persistance ou
l’aggravation de situations que Nous déplorons grandement, telles que, par
exemple, la discrimination raciale ou ethnique, les obstacles à
l’autodétermination des peuples, les violations répétées du droit sacré de la
liberté religieuse sous ses divers aspects et l’absence d’une entente
internationale qui le soutienne et en précise les conséquences, la répression de
la liberté d’exprimer les opinions saines, les traitements inhumains envers les
prisonniers, l’élimination violente et systématique des adversaires politiques,
les autres formes de violence, et les attentats à la vie humaine,
particulièrement dans le sein maternel. A toutes les victimes silencieuses de
l’injustice, Nous prêtons notre voix pour protester et supplier. Mais il ne
suffit pas de dénoncer, souvent d’ailleurs trop tard et de façon inefficace: il
faut aussi analyser les causes profondes de ces situations et s’engager
résolument à les affronter et à les résoudre correctement.
Il est encourageant, cependant, de noter combien les hommes de notre temps se
montrent sensibles aux valeurs fondamentales contenues dans la Déclaration
universelle. La multiplication des dénonciations et des revendications
n’est-elle pas en effet symptôme significatif de cette sensibilité croissante
face à la multiplication des atteintes aux libertés inaliénables de l’homme et
des collectivités?
Avec un grand intérêt et une vive satisfaction, Nous avons appris que
l’Assemblée générale tiendra à l’occasion du XXVe anniversaire de la Déclaration
universelle, une session spéciale au cours de laquelle sera proclamée la
Décennie de la lutte contre le racisme et la discrimination raciale. Cette
entreprise, éminemment humaine, trouvera encore une fois côte à côte le
Saint-Siège et les Nations Unies - bien qu’à des plans divers et avec des moyens
différents - dans un effort commun pour défendre et protéger la liberté et la
dignité de chaque homme et de chaque groupe, sans aucune distinction de race, de
couleur, de langue, de religion ou de condition sociale.
Nous voulons souligner aussi en ce Message la valeur et l’importance des autres
documents déjà approuvés par les Nations Unies et concernant les droits de
l’homme. Inspirés par l’esprit et les principes de la Déclaration universelle
des Droits de l’Homme, ils représentent un pas en avant dans la promotion et la
protection concrète de plusieurs de ces droits dont ils veulent garantir
l’application soigneuse et fidèle. Leur ratification en assurera l'efficacité au
plan national et international. Le Saint-Siège, pour sa part, y donne son
adhésion morale et offre son appui aux aspirations louables et légitimes qui les
inspirent.
Si les droits fondamentaux de l’homme
représentent un bien commun de toute
l’humanité en marche vers la conquête de la paix, il est nécessaire que tous les
hommes, prenant toujours mieux conscience de cette réalité, sachent bien qu’en
ce domaine parler de droits, c’est aussi énoncer des devoirs.
Nous renouvelons nos vœux à votre noble et haute Assemblée, confiant qu’elle
continuera inlassablement à promouvoir entre les nations le respect et
l’application des principes solennellement énoncés dans la Déclaration
universelle, dans un effort sincère pour transformer la famille humaine en une
communauté mondiale fraternelle, dans laquelle tous les fils des hommes pourront
mener une vie digne de celle de fils de Dieu.
Du Vatican, le 10 Décembre 1973.
PAULUS PP. VI
*AAS 65 (1973), p.673-677.
Insegnamenti di Paolo VI, vol. XI, p.1184-1188.
L'Osservatore Romano. Edition
hebdomadaire en langue française, n.51 p.6-7.
La
Documentation catholique 1974 n.1645 p.13-14.
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