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DISCOURS
DU PAPE PAUL VI AUX MEMBRES DU CONSEIL DE L’UNION INTERNATIONALE DES AVOCATS
Vendredi 14 mai 1965
Chers Messieurs, Membres du Conseil de l’Union
Internationale des Avocats, soyez les bienvenus dans Notre demeure.
Réunis à Rome pour approuver les nouveaux Statuts de votre
Union, avant votre Congrès de septembre, vous avez exprimé le désir de venir en
personne Nous présenter vos hommages. Nous vous accueillons d’autant plus
volontiers que la belle profession que vous représentez ici est une de celles
que l’Eglise considère avec le plus d’estime et de respect.
Elle voit d’abord dans l’avocat l’homme qui a voué son
existence à assister ceux qui ne sont pas en mesure de se défendre par
eux-mêmes. Comme le maître assiste l’élève et lui ouvre les voies du savoir,
comme le médecin assiste le malade et le soigne dans ses infirmités corporelles,
ainsi l’avocat assiste le client qui a besoin d’être guidé, conseillé, défendu,
dans le labyrinthe des relations humaines. Et déjà cette seule finalité, bien
comprise et bien pratiquée, suffirait à constituer un mérite singulier à
inscrire à l’actif de votre profession: car celle-ci s’en trouve élevée à la
dignité d’un service, d’un véritable et très authentique ministère de charité.
Et si cela est vrai en principe, chacun peut constater que cela se vérifie
également en pratique, au moins dans la plupart des cas.
L’avocat assiste, conseille, défend. Mais pour ce faire, il
doit connaître. Et ici se manifeste un autre aspect de sa personnalité: c’est un
homme qui cherche la vérité. Vérité des faits, pour étayer sa défense sur un
terrain solide; vérité des lois, que sa conscience professionnelle lui fait un
devoir de posséder parfaitement; vérité des âmes, surtout, dont il recueille
bien souvent les plus intimes secrets. Personne peut-être, à part le prêtre, ne
connaît mieux que lui la vie humaine sous ses aspects les plus variés, les plus
dramatiques, les plus douloureux, les plus défectueux parfois, mais bien souvent
aussi les meilleurs. Rien d’étonnant donc que dès l’antiquité l’avocat ait été
le candidat tout désigné pour les fonctions politiques ou pour les charges
publiques, comme étant le plus capable de les exercer: c’était l’hommage
spontanément rendu à sa valeur humaine, à ses capacités, à son expérience.
Si l’avocat cherche à connaître la vérité, ce n’est pas pour
en être l’avare possesseur: c’est pour la divulguer et la faire connaître. Il
est par excellence l’homme de la parole. L’abus qu’on fait du langage n’est-il
pas, à sa façon, un hommage rendu à sa sublime fonction? Quelle puissance a la
parole pour persuader, pour émouvoir, pour entraîner l’assentiment! Mais quelle
responsabilité aussi pour celui qui se laisserait porter à mettre ce merveilleux
instrument au service des passions humaines!
Et Nous touchons ici sans doute le sommet de la vocation de
l’avocat: tout son art, toute sa science sont, en définitive, au service de la
justice. Il est l’homme qui défend, et - autant qu’il le peut - fait triompher
la justice.
Et non pas seulement la justice inscrite par les hommes dans
les textes de lois. Celle-ci lui sert de point de départ, certes; mais c’est
pour lui permettre de s’élever à la justice inscrite par Dieu dans le cœur de
l’homme. Et quand il en a sondé les profondeurs, il revient à la justice des
codes, pour en tempérer et en vivifier la rigidité par un grand souffle
d’humaine compassion.
Le jugement définitif des consciences ne lui appartient pas,
non plus que l’évaluation des dernières responsabilités: c’est la part que Dieu
se réserve. Nolite iudicare! Mais l’action de l’avocat, qui se déploie
entre les deux pôles de la justice et de la miséricorde, frôle un domaine
mystérieux et sacré, au seuil duquel on ne peut que s’arrêter avec respect.
Voilà, chers Messieurs, brièvement esquissée, ce que Nous
voudrions appeler l’«apologie de l’avocat». Voilà aussi énumérées, par le fait
même, les raisons de l’estime et de la considération dont jouit aux yeux de l’Eglise
votre noble profession. Fonction sociale de premier ordre que la vôtre, et dont
la pratique tend à perfectionner sans cesse celui qui l’exerce, pour en faire
chaque jour davantage le héraut de la parole, le serviteur de la vérité, l’homme
de la justice et de la bonté.
Plus cet idéal sera réalisé dans les faits, plus aussi
progresseront, on peut l’espérer, le sens du droit, le respect d’autrui, la
compréhension et la concorde entre les hommes et les peuples. Et à cet égard
Nous avons relevé avec intérêt dans les projets de nouveaux Statuts de votre
Union le souci que vous avez de «contribuer à l’établissement d’un ordre
juridique international fondé sur le principe de la justice entre les nations
par le droit et pour la paix». Excellent propos, en vérité, à la réalisation
duquel l’Eglise travaille pour sa part autant qu’elle le peut.
Dieu veuille couronner ces efforts, les vôtres, les Nôtres,
ceux de tous les hommes de bonne volonté! Nous le souhaitons de tout cœur en
invoquant sur vos personnes et vos travaux la divine assistance, dont veut être
le gage Notre Bénédiction Apostolique.
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