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RADIOMESSAGE DU PAPE PAUL VI
AU MOUVEMENT INTERNATIONAL DE
LA JEUNESSE AGRICOLE ET RURALE CHRÉTIENNE

Dimanche 30 mai 1965

 

Chers Fils et Filles
de la Jeunesse agricole et rurale chrétienne,

Nous sommes vraiment très heureux de vous adresser un message paternel, à l’occasion du Festival européen de Stuttgart. Sachant que Notre voix et Nos gestes vous parviennent grâce aux techniques, modernes, il Nous semble ainsi être plus proche de vous pour vous féliciter de ce magnifique rassemblement.

Pour rendre possible cette belle manifestation, vous avez constitué des caisses communes, de sorte que ce n’est pas le privilège de la fortune qui vous a conduits au cœur du Wurtemberg, mais le choix de vos camarades. Votre rencontre est donc bien celle d’une élite rurale, choisie pour ses qualités humaines et sa valeur chrétienne, élite que Nous savons heureusement très nombreuse. Pour quelques jours, vous avez quitté votre dur labeur, si indispensable à l’humanité et vous avez convergé de dix pays d’Europe vers ce Festival, dont Nous aimons à penser qu’il sera une réussite, en raison du soin avec lequel le Bureau directeur et les membres européens du Mouvement International de la Jeunesse agricole et rurale chrétienne l’ont préparé, grâce aussi à l’appui bienveillant des plus hautes autorités civiles et religieuses d’Allemagne fédérale. Il Nous est agréable d’interpréter auprès d’elles votre gratitude et d’apprécier cette heureuse possibilité qu’elles vous accordent de prendre conscience de l’unité que vous formez.

Issus de nombreux villages et bourgs de l’Europe, provenant de milliers de fermes et d’exploitations, vous vous trouvez réunis pour des assises vers lesquelles tournent leur regard tous ceux et toutes celles que vous représentez. Votre diversité même vous permet de mieux comprendre les aspirations communes et les espoirs des jeunes ruraux. Ce rassemblement de Stuttgart fera date dans l’histoire du MIJARC, Nous n’en doutons pas, et pas seulement comme le souvenir de jours privilégiés de joie et de fraternité. Il demeurera pour vous comme un signe de l’Europe de demain, dynamique et amicale, où chaque peuple, chaque famille spirituelle aura sa place et son rôle, comme vous l’avez déjà réalisé, à l’échelle de votre Mouvement, dans ce Festival.

C’est pourquoi Nous voulons profiter de votre présence attentive, Chers Fils et Filles, pour vous faire entendre Nos éloges et Nos exhortations.

Et tout d’abord Nous vous félicitons du développement rapide de votre organisation. Assurément, c’est là un compliment qui va en premier lieu, au delà de vos personnes, à vos fondateurs qui se sont montrés si clairvoyants et lucides en face des problèmes de la jeunesse rurale, et en même temps si pleins de courage devant la tâche immense qui s’offrait à eux. A vous aussi, Chers Fils et Filles, il vous faut de la lucidité et du courage, si vous voulez être de véritables témoins du Seigneur Jésus pour vos camarades d’un monde rural en plein changement.

Une enquête préalable vous a fait percevoir l’ampleur de cette évolution et vous entendez bien contribuer pour votre part à construire une Europe qui se cherche. Vous voulez y collaborer en tant que jeunes catholiques, désireux de susciter des conditions favorables à l’évangélisation de vos frères et à l’épanouissement de la vie chrétienne. En cela, vous êtes fidèles aux orientations de Nos prédécesseurs, que Nous avons reprises maintes fois à Notre compte.

Comment un service authentique de vos frères n’inclurait-il pas - à votre niveau et selon vos compétences - une certaine collaboration à la formation de l’Europe? Votre place de jeunes ruraux chrétiens des pays européens ne vous rend que plus sensibles aux disparités économiques du monde agricole. Mieux que d’autres, vous comprenez l’urgente nécessité du dialogue entre régions et pays, de la prévision, de l’organisation, qui commandent un avenir qui est aussi le vôtre. Vous ressentez vivement ces problèmes de migrations à l’intérieur du continent et l’opportunité de corps intermédiaires européens. Et surtout, il vous paraît utile de promouvoir parmi vos contemporains une éducation internationale, un mode nouveau de penser européen, qui écarte les barrières du chauvinisme, sans pour autant relâcher les attaches profondes de chacun à sa propre patrie. L’Europe agricole de demain, avec ses difficultés et ses progrès, ne saurait vous laisser indifférents; le MIJARC ne peut pas se détourner d’un continent en profonde transformation. Il s’y intéresse au contraire et contribue à son progrès, selon son mode propre, qui ne saurait être celui d’un mouvement temporel ou professionnel.

Nous avons annoncé, au début de ce message, Nos exhortations. Eh bien, elles se résument d’un mot: soyez avant tout fidèles au caractère essentiellement apostolique de votre Mouvement. Certes, l’activité que vous déployez pour animer le monde des jeunes ruraux est excellente. C’est là un travail bien nécessaire, qui peut être pour vous une occasion privilégiée de prendre conscience des exigences de votre foi: elle vous offre une possibilité de porter sur votre milieu de vie un jugement à la lumière de l’Evangile, et vous permet d’agir en chrétiens. Mais vous ne devez jamais perdre de vue la mission confiée à l’action catholique spécialisée par le grand Pape Pie XI, et qu’ont ratifiée ses Successeurs: il vous faut être d’abord et avant tout les témoins du Christ au milieu de vos frères, afin de les amener à la connaissance de Dieu et à une vie chrétienne authentique. Ruraux, vous devez être les apôtres des ruraux, telle est la vocation à laquelle le Seigneur et son Eglise vous appellent. La liturgie de l’Ascension nous le répétait encore: «Partez dans le monde entier, annoncez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé» (Marc. 16, 15, 16).

Si Nous insistons sur votre mission, c’est parce qu’un festival, comme celui que vous vivez en ce moment, est un temps favorable pour réfléchir sur l’orientation d’une vie d’apôtre. Ce à quoi vous tendez à travers la restauration des valeurs humaines du monde rural, au delà du souci légitime de causes terrestres, c’est à une éducation religieuse des tièdes, à une évangélisation des incroyants, à une conversion plus complète de tous au Christ et à l’Eglise, dont les Pasteurs demeurent pour vous les guides authentiques que le Seigneur a établis.

Une telle mission exige de votre part, vous en êtes intimement persuadés, un accord entre vos croyances et votre vie quotidienne. Comment dès lors ne pas demander au Seigneur la grâce d’une foi vivante, et ne pas user largement des secours surnaturels qu’Il nous a donnés: la prière, la pratique fervente des sacrements, les récollections et les retraites, au cours desquelles s’acquiert, avec une foi plus profonde, un jugement chrétien porté sur les événements? Pour être moins voyantes que d’autres activités, celles-ci sont capitales. Elles constituent sans aucun doute l’armature spirituelle de votre action, la véritable efficacité de votre Mouvement. Le Christ l’a dit clairement: «Sans moi, vous ne pouvez rien faire» (Jo. 15, 5).

Dans la confiance que vous entendrez ces paroles instantes suggérées par Notre charge de pasteur universel, Nous vous souhaitons un excellent et fructueux congrès. Nous reprenons volontiers le vœu que le bon pape Jean adressait naguère au MIJARC: «Soyez (de) vivants témoins, enracinés dans la foi, joyeux dans l’espérance et débordants de charité, en véritables enfants de Dieu». (Radiomessage de Jean XXIII pour le premier Congrès du MIJARC, 29 mai 1960 A.A.S. 52 [1960], p. 472). Et appelant sur vos travaux les plus abondantes lumières de l’Esprit-Saint, Nous accordons à vous-mêmes, à vos frères, aux personnalités présentes et à tous ceux qui Nous écoutent, Notre très paternelle Bénédiction Apostolique.

                                                    

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