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BÉATIFICATION DU PÈRE
JACQUES BERTHIER
PAROLES DU SAINT-PÈRE PAUL VI
Dimanche
17 octobre 1965
Vénérables Frères et chers Fils.
C'est une grande joie pour Nous de vous saluer au soir d’un
si beau jour de fête: jour de fête pour les pèlerins de Saint-Flour,
justement fiers de ce nouveau bienheureux, fils d’Auvergne; jour de fête
pour les pèlerins de Madagascar, venus honorer leur Protomartyr; jour de
fête pour la Compagnie de Jésus et, peut-on dire, pour l’Église tout
entière, heureuse de célébrer les mérites et les vertus d’un de ses
enfants, prêtre, religieux et missionnaire, prédicateur de l’Évangile,
héraut de la bonne nouvelle.
Nous saluons d’abord les diocésains de Saint-Flour,
conduits par leur zélé évêque, Monseigneur Maurice Pourchet, qu’accompagnent
des évêques et des prêtres originaires de l’Auvergne, des personnalités
civiles auxquelles s’est joint Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de
France, et une délégation des cantaliens de Paris.
Notre salut va ensuite aux Pères de la Compagnie de Jésus.
de qui le nouveau Bienheureux reçut une solide formation et l’exemple de
plus hautes vertus.
Nous saluons enfin et surtout les Autorités ecclésiastiques
et civiles de Madagascar: Monseigneur Jérôme Rakotomalala, archevêque de
Tananarive, entouré d’une couronne de prélats de la «grande île»; et Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Jules Razafimbahiny, représentant
le Président de la République malgache.
Tous Nous rendons gloire au Seigneur, qui ne manque jamais, au
cours des siècles, de susciter de nouveaux témoins et de nouveaux apôtres
au sein de son Église. Quelle admirable fécondité que celle de ce peuple
saint, de ce peuple de Dieu, qu’est l’Église de Jésus-Christ, qui
rassemble tous ses membres dans le même amour du Christ Seigneur et le même
zèle pour témoigner de la bonne nouvelle du salut apporté et offert au
monde entier!
Voici donc un nouveau fils de France élevé aux honneurs de
la béatification. La France, fille aînée de l’Église, a donné au cours
de son histoire millénaire tant de fruits de grâce et de sainteté, tant de
preuves de son attachement au siège de Pierre, tant de témoignages de sa
générosité missionnaire, tant de désintéressement dans l’œuvre
éducatrice des peuples, qu’elle a accomplie dans l’univers! C’est pour
Nous une joie de le redire aujourd’hui, et de prier Dieu pour que cette
noble nation demeure fidèle à ce glorieux passé et sache se montrer
toujours riche en nouvelles initiatives et féconde en vocations
missionnaires.
Voici aussi un nouveau fils de saint Ignace, parmi la
glorieuse cohorte des bienheureux. Tant de héros, tant de missionnaires, tant
de martyrs ont été donnés depuis sa fondation par la vaillante Compagnie de
Jésus! Et, aujourd’hui comme hier, les jésuites continuent à être
missionnaires de par le vaste monde, pour y porter, dans la pauvreté, la
chasteté, et l’obéissance, l’héroïque témoignage des amis de Jésus.
Puisse le Seigneur bénir leur labeur, féconder leurs travaux, et susciter
sur leurs pas de nouvelles chrétientés!
Et voici surtout le premier bienheureux de Madagascar, la
grande île si chère à Notre cœur de père et de pasteur. Comment ne pas
Nous réjouir avec vous, chers fils malgaches, du si beau développement
donné par Dieu à la mission du Père Jacques Berthieu. «En somme, la mission progresse, - écrivait-il à son frère le 7 avril 1882, - bien que
les fruits ne soient encore qu’en espérance en bien des endroits et peu
visibles en d’autres. Mais que nous importe, pourvu que nous soyons de bons
semeurs: Dieu fera pousser en son temps» (Bernard Biot, Le Père Jacques
Berthieu, Madagascar 1965, p. 22).
Le Père Berthieu et ses confrères furent de bons semeurs, et
Dieu a fait mûrir la moisson. Une fois de plus dans 1’Eglise le sang des
martyrs a été une semence de chrétiens, à commencer par quelques-uns de
ceux qui avaient donné la mort au vaillant religieux, et qui demandèrent
plus tard à recevoir le baptême. Et le Bienheureux sera le premier d’une
longue lignée. Déjà est introduite et progresse la cause de la jeune
chrétienne Victoire Rasoamanarivo.
Vénérables frères et chers fils, nous vénérons ensemble
un témoin héroïque de la charité missionnaire poussée jusqu’au martyre,
et nous rendons grâce à Dieu qui, par ses desseins admirables et souvent cachés
aux yeux du monde, suscite toujours à son Église les pasteurs dont elle a
besoin, les missionnaires qui portent son témoignage, ,et les martyrs qui le
scellent de leur sang. Remercions le Seigneur de ces dons qu’il fait si
généreusement à son Église, et sachons nous en montrer dignes. Et
prions-le ensemble pour que la jeune Église de Madagascar, déjà riche en
fruits de grâces, continue à se développer et à donner le beau témoignage
de sa vitalité chrétienne. C’est là Notre vœu le plus cher, en gage
duquel Nous vous donnons à tous Notre paternelle et affectueuse Bénédiction
Apostolique.
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