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DISCOURS
DU PAPE PAUL VI À UN GROUPE DES DIRIGEANTS DES AGENCES CATHOLIQUES
Mercredi 11 mai 1966
Vénérables Frères et chers Fils,
Comment ne Nous réjouirions-Nous pas de vous voir
fraternellement réunis au siège de Caritas internationalis pour étudier
ensemble le paragraphe 90 de la Constitution pastorale sur «L’Eglise dans le
monde de ce temps», sur le devoir pour «l’Eglise universelle . . . d’inciter la
communauté catholique à promouvoir l’essor des régions pauvres et la justice
sociale entre les nations»?
Ce n’est pas devant vous, experts en la matière, qu’il est
nécessaire d’insister sur la tragique insuffisance, à court et à long terme, de
tous les programmes d’aide aux pays démunis, qu’il s’agisse des agences
internationales, des gouvernements nationaux, ou des organismes confessionnels.
Que faire donc pour combattre dans le monde les conditions de vie incompatibles
avec la dignité de l’être humain, que faire pour empêcher les hommes de mourir
de faim, que faire pour que se comble le fossé entre peuples nantis et nations
misérables, que faire pour que règne la justice dans la solidarité? Les
spécialistes répondront qu’il ne s’agit de rien de moins que de changer tout le
système économique et financier mondial, de rechercher de nouvelles sources de
subsistance dans un monde encore «en friche», selon les termes suggestifs de
l’un d’entre eux, de découvrir de nouvelles méthodes capables de décupler la
productivité, de transformer le mécanisme du commerce international . . . tout
cela et bien d’autres choses encore qui ne sont pas de notre compétence, mais
dont Nous tenons à rappeler la nécessité, en félicitant tout ceux qui y
travaillent avec efficacité et désintéressement.
Vous êtes certes bien placés pour savoir que l’Eglise
catholique ne peut prétendre, pour sa part, à une action spectaculaire en ce
domaine. Pourtant, Nous le disions Nous-mêmes devant l’Assemblée générale des
Nations Unies, le 4 octobre dernier: «Nous voudrions Nous aussi donner
l’exemple, même si la petitesse de nos moyens empêche d’en apprécier la portée
pratique et quantitative: Nous voulons donner à nos institutions caritatives un
nouveau développement contre la faim dans le monde et en faveur de ses
principaux besoins: c’est ainsi, et pas autrement, qu’on construit la paix».
Que peut donc l’Eglise, que peut-elle faire encore, sinon une
fois de plus se montrer l’infatigable éducatrice et inspiratrice de l’effort
indispensable pour réduire une situation intolérable, véritable défi à la face
de l’humanité? Chargée d’apporter à tous les hommes le message d’amour et de
paix de Jésus-Christ, elle les considère tous comme des enfants de Dieu, égaux
en dignité humaine et surnaturelle, comme des personnes qui doivent se sentir
fraternelles les unes pour les autres. Et, inlassablement, elle poursuit
l’éducation de ses fils, en s’adressant en même temps, comme un aiguillon, à la
conscience de tous les hommes.
Voici donc, semble-t-il, l’action à entreprendre: faire
connaître davantage les faits, dans leur ampleur dramatique, aider à en
découvrir les dimensions gigantesques, faire percevoir les moyens d’y remédier,
et surtout susciter une prise de conscience accrue de la nouvelle obligation qui
découle de la fraternité universelle des hommes. Les biens et les fruits de ce
monde ont été créés pour tous. Personne n’a le droit de se les réserver
exclusivement, qu’il s’agisse de personnes ou de communautés, et tous au
contraire ont le devoir grave de les mettre au service de tous.
Ce faisant, le chrétien n’oubliera pas que! est le progrès
auquel il travaille, mû par la justice et la charité. C’est du véritable progrès
humain qu’il s’agit, c’est une civilisation de solidarité universelle qu’il faut
construire. Il ne s’agit pas seulement de réduire l’inégalité choquante et
croissante qui met 15% de l’humanité en possession de 85% des revenus mondiaux,
il ne s’agit pas seulement d’un développement technique et économique à mettre
en œuvre, mais de promouvoir un développement intégral et harmonisé de la
personne humaine, qui permette à chacun de mener une vie conforme à la dignité
de son être, créé «à l’image et à la ressemblance de Dieu» (Gen. 1, 26).
Telles sont les vastes perspectives qui s’ouvrent devant
vous, vénérables Frères et chers Fils, pour répondre à l’attente du monde. Que
le Christ, qui a eu «pitié de la foule» (Marc. 8, 2), bénisse vos
efforts, et que la lumière de son Esprit vous guide dans vos travaux, pour que
tous les enfants de Dieu vivent davantage en fils du même Père, c’est la grâce
que Nous implorons en vous donnant Notre paternelle Bénédiction Apostolique.
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