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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AU CHAPITRE GÉNÉRAL DE LA CONGRÉGATION
DES PRÊTRES DU SACRÉ CŒUR

Mardi 14 juin 1966

 

Chers Fils,

Les paroles que vient de prononcer votre Supérieur Général rendent très présente à Notre esprit l’image de votre belle Congrégation, et Nous aimons à y voir le reflet des dispositions qui sont celles de vos âmes au moment où vous célébrez votre quinzième Chapitre Général.

Le souci de rester pleinement dans l’esprit de votre Fondateur, le serviteur de Dieu Léon Jean Dehon, entraîne chez vous une double fidélité à laquelle il vient d’être rendu hommage: fidélité à la note distinctive qu’il a voulu imprimer à votre famille religieuse: une ardente dévotion au Sacré Cœur; fidélité également au souci qui fut le sien d’un apostolat pleinement adapté aux conditions du monde moderne.

C’est dans cette double lumière que Nous aimons à vous accueillir aujourd’hui, à quelques jours de la fête liturgique du Sacré Cœur et en ce mois de juin tout spécialement consacré à son culte.

La figure de votre Fondateur a été évoquée à plusieurs reprises en ces dernières années à propos du Concile œcuménique. Il n’était que juste de rappeler la part qu’il avait prise, comme sténographe, au premier Concile du Vatican, et il n’était pas sans intérêt non plus de faire connaître au grand public les notations que lui inspirait au jour le jour le déroulement de ce grand Événement d’Eglise dont il était un témoin privilégié. Il Nous plaît de mentionner surtout devant vous la bienveillance dont l’entourèrent Nos prédécesseurs et l’appui qu’il trouva auprès d’eux dans la réalisation de ce qui fut l’œuvre de sa vie: la fondation et l’affermissement de la Congrégation des Prêtres du Sacré Cœur.

Le Père Dehon a voulu pour vous, chers Fils, une spiritualité centrée sur la personne du Rédempteur, et plus particulièrement sur son cœur. Il a voulu que l’accent fût mis sur l’amour et sur la réparation. Ces deux traits sont de tous les temps. Ils sont aujourd’hui, Nous ne craignons pas de le dire, plus actuels que jamais. A deux reprises depuis Notre élévation au Souverain Pontificat - qui eut lieu, Nous avons plaisir à le rappeler en votre présence, en la fête liturgique du Sacré Cœur - Nous avons cru de Notre devoir de rappeler l’actualité et l’urgence de cette dévotion dans l’Eglise, la nécessité de ne pas la laisser s’affaiblir dans l’âme des fidèles.

Ce fut d’abord, vous vous en souvenez, la Lettre Apostolique Investigabiles Divitias Christi, du 6 février 1965, dans laquelle Nous déplorions que «le culte du Sacré Cœur se fût quelque peu estompé chez certains» et souhaitions qu’il fût «considéré par tous comme une noble et digne forme de cette piété authentique qui aujourd’hui - disions-Nous - surtout en vertu des prescriptions du Deuxième Concile œcuménique du Vatican, est très spécialement requise envers Jésus-Christ, Tête du Corps de l’Eglise» (A.A.S. LVII, p. 300).

Des précisions Nous ayant été demandées par les Supérieurs des Instituts plus spécialement dévoués au Sacré Coeur - et notamment le vôtre - Nous leur adressâmes quelques mois plus tard un document complémentaire, insistant sur le fait que le mystère de l’Eglise, mis dans une si vive lumière par le Concile, ne pouvait «être compris comme il se doit si les âmes ne portent pas leur attention sur cet amour éternel du Verbe incarné dont le Cœur de Jésus blessé est un éclatant symbole» (Lettre pontificale Diserti interpretes facti, du 25 mai 1965).

Vous êtes par vocation, chers Fils, des «spécialistes» de la dévotion au Sacré Cœur: c’est donc à vous et aux instituts similaires au vôtre que s’adressent en premier lieu Nos paternelles exhortations sur ce sujet. Marchez sans hésiter dans les voies de l’amour et de la réparation que vous a ouvertes votre vénéré Fondateur. Continuez à donner une place d’honneur aux formes du culte eucharistique qui sont, Nous a-t-on dit, en usage dans vos maisons. Et que vos adorations quotidiennes soient à la fois la source où vos âmes se restaurent aux pieds du Maître et la préparation en profondeur à un apostolat toujours plus fructueux.

Le culte particulier du Sacré Cœur, auquel votre vocation vous engage, n’est pas seulement, inutile de le dire, du domaine de l’affectivité. Vous devez viser à une dévotion effective, qui engendre des œuvres concrètes, aptes à étendre le règne d’amour du Christ sur la terre. Et ici encore vous serez parfaitement dans la ligne des exemples de votre Fondateur: la ligne de la fidélité au souci qui fut le sien d’un apostolat pleinement adapté au monde dans lequel il vivait.

Qui plus que lui fut frappé par le grand appel contenu Jans l’Encyclique Rerum Novarum, dont Nous fêtons précisément cette année le soixante-quinzième anniversaire?

Qui plus que lui fut, comme on disait volontiers alors, «aller au peuple», se faire l’apôtre de la doctrine sociale de l’Eglise?

De quel cœur il composa son «Catéchisme social», qui connut une si heureuse diffusion dans le monde catholique! Il avait de façon aiguë le sens des besoins de son temps. Ayez-le, vous aussi, et vous trouverez sans peine les retouches éventuelles à faire à vos Constitutions et règlements dans la lumière du récent Concile. Ce sera votre «aggiornamento», la tâche que vous poursuivrez au cours des dernières semaines de votre Chapitre Général, et que Dieu bénira.

Nous ne voudrions pas vous quitter, chers Fils, sans évoquer Nous aussi, comme l’a fait votre Supérieur Général, le douloureux, mais glorieux souvenir des membres de votre Congrégation - et parmi eux un Evêque - qui ont couronné par le sacrifice de leur vie un généreux apostolat en terre de mission. En vrais disciples du Sacré Cœur, ils ont «donné leur vie pour ceux qu’ils aimaient» (cf. Io. 15, 13) et Nous aimons à les considérer comme vos protecteurs au Ciel et vos intercesseurs auprès de Dieu.

Il ne Nous reste qu’à invoquer sur la continuation de votre Chapitre les meilleures grâces d’En Haut, et afin de mieux vous en assurer le bienfait, Nous vous accordons, ainsi qu’à vos confrères empêchés de se joindre à vous, à vos maisons et à vos œuvres, aux amis et bienfaiteurs de votre Congrégation et à tous les prêtres du Sacré Cœur répandus dans le monde, une très paternelle Bénédiction Apostolique.

                                                     

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