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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX PÈLERINS DU MOUVEMENT OUVRIER CHRÉTIEN
DE BELGIQUE

Jeudi 21 juillet 1966

 

Chers Pèlerins des deux branches du Mouvement Ouvrier Chrétien de Belgique,
soyez les bienvenus!

Et un grand merci à votre éminent interprète, pour les paroles si chaleureuses par lesquelles il vient de Nous présenter votre pèlerinage.

Nous savons avec quel sérieux et quel enthousiasme les différents groupements rassemblés dans votre beau Mouvement ont préparé et vécu cette année du 75ème anniversaire de la charte chrétienne du travail que fut l’Encyclique Rerum novarum de Notre grand Prédécesseur Léon XIII.

Le 4 juin dernier, au stade du Heysel à Bruxelles, vous proclamiez, sous forme de «manifeste», devant une imposante assemblée de près de 80.000 personnes, les principes fondamentaux de votre action, et Nous vous adressions un message télévisé porteur de Nos vœux, de Nos encouragements, de Notre bénédiction.

Et voici qu’aujourd’hui, au nom de tout le Mouvement, votre grandiose pèlerinage vient, sous la direction du cher et vénéré Cardinal Cardijn, célébrer à Rome la clôture de cette année jubilaire.

Pourquoi à Rome? pourrait-on se demander. Qu’est-ce que Rome apporte a un grand mouvement de masse comme le Mouvement Ouvrier Chrétien de Belgique? Il Nous semble qu’en répondant à cette simple question Nous ne ferons qu’exprimer tout haut ce que chacun de vous pense dans son cœur, ce qui l’a déterminé à entreprendre ce pèlerinage, ce qu’il est venu chercher auprès de la Chaire de Saint-Pierre.

Rome, chers Fils, vous donne trois choses, qui sont d’un prix inestimable pour la vitalité et l’heureuse marche en avant de votre Mouvement.

Elle vous donne d’abord la sécurité: l’assurance d’une doctrine certaine et solide, non pas une fois quelconque, mais la foi, la vraie foi, celle qui a été révélée par Dieu, la seule qui projette une lumière totale sur le chemin à suivre et qui donne la force nécessaire pour le parcourir.

Ce n’est pas devant vous qu’il faut rappeler l’urgent besoin, pour une action comme la vôtre, de s’appuyer sur des principes solides. Plus que d’autres, sans doute, vous êtes à même de constater dans les faits la crise des idéologies à notre époque, les déplorables retards qu’entraîne, pour le véritable progrès social, l’adhésion à des idéologies erronées, les dommages incalculables qui s’ensuivent, pour le monde ouvrier tout d’abord, mais aussi pour l’équilibre de la société tout entière.

La tentation. commune de ces idéologies est de vouloir sauver l’homme par l’homme seul. Dessein sans issue, qui, partant d’une vue inexacte de la réalité, ne peut aboutir qu’à enfermer l’humanité dans un monde clos, en prétendant amputer l’homme de sa dimension la plus haute: sa dimension spirituelle, son destin éternel.

La lumière de principes sûrs, chers Fils, vous met à l’abri de ces déviations, et c’est le premier don que Rome vous fait: elle vous donne la foi, et, découlant de cette foi, une doctrine: la doctrine que l’Eglise élabore sans cesse en matière sociale, afin de transmettre fidèlement à chaque génération d’un monde en évolution l’éternel message de l’Evangile. C’est la gloire du Mouvement Ouvrier Chrétien d’avoir marché dans la lumière de cette foi et dans la constante fidélité à cette doctrine. Ce sera son honneur et la source de la fécondité de son action d’y être toujours inébranlablement fidèle.

A la lumière de cette doctrine, vous entendez travailler dès aujourd’hui, chers Fils, à construire une société plus humaine, plus juste, plus fraternelle. Et vos ambitions ne se limitent pas au cercle étroit d’une classe sociale ou d’une nation. Vos visées ont une portée universelle. Voici, en effet, comment s’exprime votre «Manifeste»: «Nous voulons, y lit-on, étendre la prospérité et le mieux-être à tous les hommes . . . Nous voulons pour tous les hommes des chances égales d’épanouissement de leur personnalité . . . Le monde est un . . . tous les peuples ont droit à l’épanouissement et à la prospérité dans la liberté . . .».

Mais quelle peut être l’origine d’une ouverture aussi universelle à l’égard de vos frères ? Quelle est donc la force motrice qui vous pousse à vouloir ainsi le bien de tous, et non seulement de ceux que des intérêts communs vous rendent plus proches et plus chers? Cette force a un nom, un nom venu du Ciel et que seul le Christ pouvait nous révéler: elle s’appelle la charité. Et c’est le second des dons qui vous viennent par l’Eglise.

Remarquez, ici encore, la différence essentielle entre la véritable charité et l’apparente fraternité qui voudrait rapprocher les éléments d’une même classe sociale et les unir, mais pour mieux les rassembler dans la lutte contre une autre classe d’hommes, qui sont pourtant, eux aussi, des frères.

La charité qui anime les enfants de l’Eglise inspire des sentiments bien différents: elle élargit le cœur aux dimensions du monde, créant ainsi les conditions pour la rencontre des hommes avec leurs frères à l’échelle la plus large qu’on puisse concevoir. Elle les aide à surmonter les divergences d’intérêts entre classes, entre nations, entre races. Et le récent Concile, dans la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui, le réaffirme avec une solennité qui ne vous aura pas échappé. Que ces beaux textes fassent l’objet de votre étude attentive, chers Fils; ils vous aideront à élargir et à rendre sans cesse plus opérante cette charité que le Christ, par son Eglise, a mise dans vos cœurs.

Et pour finir Nous voudrions vous indiquer une troisième et bien précieuse chose que vous êtes venus demander à l’Eglise et que Rome vous donne: c’est la joie. La joie de la vérité connue et aimée; la joie de la vie vécue dans la lumière; la joie résultant de la connaissance et de l’estime des véritables valeurs, et de l’effort pour entraîner tous vos frères à les connaître et à les estimer eux aussi.

Puisse la joie être toujours la compagne fidèle de vos vies consacrées au travail! Car la vie est bonne, et le travail est bon. Mais ils ne sont vraiment et entièrement bons que si le Christ est avec nous. Cela aussi, vous le proclamez dans votre «Manifeste»: «Pour nous, - y lit-on - travailleurs et chrétiens, solidaires et responsables, le Christianisme donne son sens et sa valeur à la vie et au travail humain . . . Il inspire tous nos objectifs et nos programmes». Voilà, chers Fils, la source vraie et profonde de votre joie. Et Notre souhait pour vous, au moment de vous quitter, c’est que la joie chrétienne abonde dans vos cœurs, et qu’elle rayonne sur vos frères comme une bienfaisante et permanente invitation à venir, eux aussi, puiser à sa source divine «l’eau qui jaillit pour la vie éternelle» (Io. 4, 14).

Avec ce vœu et en gage de Notre constante bienveillance, Nous vous accordons à tous, chers Fils, à votre cher Cardinal, à vos aumôniers, aux dirigeants et aux membres des différents groupements rassemblés dans le Mouvement Ouvrier Chrétien de Belgique, une très paternelle Bénédiction Apostolique.

Beminde zonen van de vlaamse taal, van ganser harte zegenen wij U, Uw personen, Uw families en allen die U dierbaar zijn.

                                                

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