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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AU CONSEIL EXÉCUTIF DU
«MOUVEMENT MONDIAL DES TRAVAILLEURS CHRÉTIENS»

Mercredi 8 avril 1970

 

Chers Fils,

Nous sommes très heureux que la réunion de votre Conseil exécutif Nous donne l’occasion de vous recevoir, vous «dont le souci majeur se porte vers ceux qui sont les plus loin du Christ, les plus menacés dans leur foi, ou les plus dénués dans leurs espérances humaines» (Statut du M. M. T. C., art. 2).
Vous représentez à nos yeux tout le monde du travail, et au sein de ces masses innombrables d’hommes à travers le monde, les hommes et les femmes au coeur généreux qui s’emploient, par toute leur vie, à être au milieu de leurs frères, les vivants témoins de l’amour du Christ ressuscité.
Certes, le monde a bien changé depuis deux millénaires, mais, nous en sommes sûr, et votre présence nous en est le gage, demain comme hier, ce seront des travailleurs qui seront les apôtres des travailleurs, tout comme les premiers apôtres, travailleurs authentiques eux aussi, choisis par le Christ pour porter le message libérateur de l’Evangile à travers le monde.

Ce monde est dur pour beaucoup de travailleurs. Pour tous ceux d’abord, et ils sont légion, qui ne réussissent pas à s’employer utilement, à trouver de l’embauche dans une profession qui réponde à leurs aspirations et utilise leurs capacités. Pour tous ceux aussi qui sont les victimes des mutations qui ébranlent aujourd’hui la civilisation industrielle, et voient disparaître leur emploi sans réussir à retrouver une réinsertion dans leur communauté de vie. Pour tous ceux enfin qui doivent se déplacer et émigrer dans des conditions difficiles pour eux et leur famille, sans que leur soient garantis un minimum de stabilité et une juste application de la législation du travail. Nous nous sommes fait, vous le savez, devant l’Organisation internationale du Travail, à Genève, le 10 juin dernier, le porte-parole de «ce cri de douleur qui continue à monter de l’humanité souffrante» (Discours à l’OIT, 16: A.A.S. 61 (1969), p. 499).
Mais qui dira aussi la détresse morale et spirituelle de ces millions d’hommes qui ont le sentiment d’être embarqués dans un système qui les dépasse, dont la finalité leur échappe, et qui n’entre voient, par-delà des espoirs humains trop souvent déçus, aucune espérance libératrice ? En un monde devenu le champ clos des idéologies, dans une confusion croissante des valeurs, les désillusions se font plus vives, et un certain indifférentisme gagne les uns et les autres, dans une civilisation portée à propager un syncrétisme dissolvant.

Qui ne voit dès lors, chers fils, l’ampleur de la tâche qui est la vôtre, avec tous les travailleurs chrétiens? Apporter une réponse aux interrogations fondamentales de l’homme, surmonter l’hostilité et la méfiance qui l’écartent souvent encore de l’Eglise, donner, avec humilité et audace tout à la fois, le témoignage d’un amour désintéressé uni à la ferveur d’une foi inébranlable au Christ Sauveur: tel est le message libérateur de l’espérance chrétienne qu’il vous appartient de donner aujourd’hui à vos frères.
Oui, vous l’avez compris: toute vie chrétienne est, par nature, apostolique. Vous avez certes assez d’expérience pour avoir éprouvé combien les difficultés sont nombreuses pour qui veut porter ce témoignage, mais combien la force de l’Esprit est grande aussi, qui permet de les surmonter. Le grand apôtre Paul nous en a tout le premier donné le convaincant exemple, lui qui associe si souvent dans ses exhortations aux chrétiens l’espérance à la constance, à la patience et à la persévérance, et n’a cessé de les pousser à aller de l’avant, «pourvu cependant que vous demeuriez, leur dit-il, solidement établis dans la foi, fermes, inébranlables dans l’espérance apportée par l’Evangile» (Col. 1, 23).

Telle est l’assurance de notre foi: le travail terrestre coopère avec Dieu pour parachever la création, et collaborer à la rédemption, et, avec son cortège de larmes et de joies, il est assumé par le Christ en son Eucharistie, et acquiert par là sa pleine dimension spirituelle que l’homme aspire plus ou moins confusément à lui donner.
Il vous appartient, chers fils, d’aider les travailleurs à découvrir cette dimension qui donne à leurs efforts tout son sens, de leur faire découvrir que la croix elle-même est lumière et vie, et que la joie de Pâques est celle de tout le peuple des fils de Dieu rassemblés autour du Christ ressuscité, dans l’espérance du grand rassemblement que réalisera le Seigneur à la fin des temps. Vous êtes, avec tous ceux que vous représentez, les messagers authentiques de cette espérance au cœur même du monde du travail: que le Seigneur bénisse cet apostolat et suscite autour de vous de nouveaux apôtres, Nous le lui demandons de tout cœur avec vous dans Notre prière.

                      

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