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DISCOURS DU PAPE PAUL VI Samedi 18 avril 1970
Excellences et chers Messieurs, Nous vous remercions de tout coeur des sentiments si délicats que le Révérend Père O’Connell vient de Nous exprimer au nom des ses illustres collègues. C’est toujours une joie pour Nous, vous le savez, d’accueillir les membres de notre Académie Pontificale des Sciences, en présence du Corps Diplomatique et de personnalités distinguées, et aussi une certaine émotion de voir réunis des représentants aussi qualifiés de tout l’univers, véritable Sénat de savants, à la pointe de la recherche scientifique et de la réflexion qu’elle suscite dans l’esprit humain. Le thème de vos travaux, consacrés aux «noyaux des galaxies», n’en est-il pas le signe éclatant? UNITÀ DELLO SPIRITO UMANO 1. Votre Session plénière marque un temps fort dans la vie de l’Académie, et Nous Nous en réjouissons. Car cette institution, qui a pu connaître un certain ralentissement d’activité au cours de ces dernières années, demeure hautement significative: elle peut apporter à notre monde un concours appréciable par la compétence et l’universalité de son témoignage, et fournir aussi à la réflexion des croyants une base solide pour un dialogue fructueux avec la pensée scientifique. Que de chemin parcouru depuis la fondation de l’Académie des «Lincei» en 1603, sa restauration par Pie IX, son élargissement sous Léon XIII, et surtout sa reconstitution par les soins éclairés de notre grand prédécesseur Pie XI, avec le Motu proprio du 28 octobre 1936 In multis solaciis, sous la forme de l’Académie pontificale des sciences, constituée de soixante-dix Académiciens pontificaux, «veluti doctorum hominum Senatus, seu "scientificus Senatus", . . . ad scientiarum progressionem fovendam», sous la présidence du regretté Père Agostino Gemelli (Cfr. A.A.S. 28 (1936), pp. 423 et 424). D’illustres savants n’ont cessé d’honorer l’Académie de leur présence et de
leurs travaux, et Nous avions Nous-même, hier, la joie d’adjoindre à ce Cénacle
choisi douze nouveaux membres, qui permettent de mieux représenter l’ensemble
des maîtres qui cultivent les disciplines scientifiques avec succès à travers le
monde. LA CHIESA INCORAGGIA L'INDAGINE SULL'UNIVERSO 2. La nature même de votre travail Nous amène à souligner deux principes dont
vous êtes déjà bien convaincus, que votre propre expérience, Nous pourrions
dire: votre personnalité, atteste tous les jours. Qu’on Nous entende bien en effet. Selon la Constitution pastorale Gaudium et spes, qui «reprend à son compte l’enseignement du premier Concile du Vatican», l’Eglise «affirme l’autonomie légitime de la culture et particulièrement celle des sciences», avec «leurs principes et leur propre méthode en leurs domaines respectifs» (Gaudium et spes, 59, § 3). Mais ces disciplines, qui peuvent si bien «contribuer à ouvrir la famille humaine aux plus nobles valeurs du vrai, du bien et du beau, et à une vue des choses ayant valeur universelle» (Ibid. 57, § 3), peuvent aussi préparer l’homme à reconnaître et accueillir la vérité en sa plénitude, pourvu qu’elles ne considèrent pas «à tort les méthodes de recherche qui leur sont propres comme règle suprême pour la découverte de toute vérité» (Ibid. § 5). C’est le même Dieu qui a créé le monde avec ses lois que vous scrutez - «toutes choses dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles» (Col. 1, 16) - et qui se révèle aux hommes et leur apporte le salut en Jésus-Christ. C’est le même esprit humain qui est apte à scruter les secrets de la création et à «dominer la terre» (Cfr. Gen. 1, 28), et en même temps à reconnaître et à accueillir, « sous l’impulsion de la grâce», le don que Dieu lui fait de Lui-même: «le Verbe de Dieu qui, avant de se faire chair pour tout sauver et récapituler en lui, était déjà dans le monde» comme la «vraie lumière qui éclaire tout homme» (Io. 1, 9-10. Cfr. Gaudium et spes, 57, § 4). Comment l’Eglise n’encouragerait-elle pas l’investigation, la découverte et la conquête de cet univers qui, dans sa merveilleuse et admirable richesse, nous conduit, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, vers l’invisible qui est la source du visible? (Cfr. Rom. 1, 20) I NUCLEI DELLE GALASSIE 3. Mais le thème que vous venez d’aborder - «Les noyaux des galaxies» - mérite
une attention particulière. Notre imagination se trouve confondue et nous laisse
remplis de stupeur, comme débordés, écrasés presque par l’immensité des
perspectives entrevues, «ce silence des espaces infinis» cher à Pascal. Nous
suivons avec un profond respect et un grand intérêt votre patient travail
d’observation, de coordination d’expériences, de formulation d’hypothèses
scientifiques sur la genèse ou l’évolution des mondes astraux. On parle souvent de la «mort de Dieu»; mais ne serait-ce pas plutôt la mort de l’homme et de sa pensée en sa forme supérieure? Sans ce recours à Dieu, source de l’Etre, en effet, elle semble s’engloutir dans l’opacité et l’incompréhensibilité des choses, l’ignorance d’une unité qui y préside, et d’une finalité d’un ordre mystérieux qui en sont inséparables, l’amenant à trouver une absurdité qui n’est que dans sa propre démarche. Peut-être êtes-vous mieux préservés que d’autres contre ce qu’il faut bien appeler une véritable maladie de l’esprit, vous qui scrutez objectivement les sciences de la nature, de l’astrophysique, de la physique? (Cfr. C. TRESMONTANT, Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu, Paris, Seuil 1966, p. 349) Car l’intelligence, par son mouvement même, si elle n’en reste à l’écorce de la réalité, s’élève au niveau de sa cause transcendante, l’Absolu véritable, qui donne consistance à toute la création et d’abord à l’esprit humain, sans se confondre jamais avec eux. Comme on l’a dit si heureusement, l’intelligence est «nécessairement, en même temps qu’un pouvoir d’assimilation, un pouvoir de remontée . . Elle saisit en toutes réalités ce par quoi elles sont, c’est-à-dire sont ouvertes vers l’illumination de l’acte. Et ainsi, à juste titre, on peut dire qu’elle est le sens du divin, la faculté avide et habile à reconnaître les traces de Dieu» (Cf. CH. DE MORÉ-PONTGIBAUD, Du fini à l’infini. Introduction à l’étude de la connaissance de Dieu, Paris, Aubier 1957, p. 65). BELLEZZA MISTERIOSA DELLA CREAZIONE Il y a là, il faut le redire, un développement naturel de la pensée, dans sa
logique fondamentale, et non pas un saut indû comme le prétend une mentalité
antimétaphysique abusivement qualifiée de scientifique. La vraie science, bien
loin d’arrêter l’élan de la pensée, constitue un tremplin qui lui permet de
s’élever, dans cet élan même, vers Celui qui lui fournit généreusement son
aliment. Car «l’esprit lui-même est un chemin qui marche . . . On ne peut faire
l’économie de Dieu» (R. P. HENRI DE LUBAC, op. cit., p. 78). Tout en écoutant votre enseignement, nous trouvons certitude dans notre foi. Et
à notre esprit, à nous qui sommes à l’école de la foi, reviennent les paroles de
la sainte Ecriture: «Dieu créa le ciel et la terre . . . Et Dieu vit q.ue cela
était bon . . . Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et tout cela était très bon»
(Gen. 1, 1, 21-31). Cette joie que Dieu a éprouvée devant ses créatures,
comment ne l’aurions-nous pas, nous, pour notre Créateur? STRAORDINARIA IMPRESA SPAZIALE Au terme de cette contemplation des suprêmes réalités du cosmos dans leur
rencontre avec les suprêmes vérités de l’esprit humain, Nous ne pouvons pas
taire notre émotion, notre admiration, notre satisfaction, qui sont celles mêmes
du monde entier, pour l’heureuse conclusion - oui, heureuse, très heureuse, même
si le but principal n’a pas été atteint - du vol aventureux de l’Apol 13. Tous
certainement vous avez suivi, avec appréhension puis avec joie, le déroulement
de cette entreprise extraordinaire. Et vous aurez sans nul doute à cœur de
saluer chaleureusement avec Nous les valeureux astronautes qui ont échappé aux
périls de ce grand vol, et de rendre hommage à tous ceux qui, par leurs études,
leur action, leur autorité, ont une fois de plus manifesté aux yeux du monde la
puissance illimitée des sciences et de la technique moderne. Avec Nous aussi,
vous ferez monter une hymne ardente de reconnaissance à Dieu, Créateur de
l’univers et Père des hommes, qui par ces voies aussi veut être cherché et
trouvé par l’homme, adoré et aimé par lui.
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