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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX PARTICIPANTS À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DU COMITÉ SODEPAX

Samedi 27 juin 1970

 

Chers Frères dans le Christ,
Chers Fils,

Très sensible à la démarche que vous avez tenu à accomplir auprès de Nous, au terme des travaux qui vous rassemblaient dans le cadre hospitalier de la maison des Pères du Verbe Divin à Némi, Nous accueillons volontiers de tout cœur votre groupe de travail et d’étude œcuménique au service de la Société, du Développement et de la Paix.
Votre présence ici constitue un nouveau signe des liens fraternels entre le Conseil œcuménique des Eglises et l’Eglise catholique, illustrés de manière si émouvante lors de Notre visite l’an passé au siège du Conseil oecuménique à Genève.
Grâce à l’activité du secrétariat de ce Comité SODEPAX, qui constitue un lieu de rencontre entre Notre Commission Pontificale Justice et Paix et les instances correspondantes du Conseil mondial, vous avez pu faire ces jours-ci le bilan des sessions organisées depuis deux ans et «poursuivre cet effort commun dans l’étude des causes profondes de la faim et de la pauvreté dans le monde et la mobilisation de l’ensemble du Peuple de Dieu pour l’établissement d’une société plus responsable» selon la définition que M. le Dr Blake donnait de votre travail (Allocution du 10 juin à Genève).

Ce faisant vous rejoignez les préoccupations majeures dont Nous nous faisions l’écho ces jours derniers dans notre discours au Sacré-Collège et vous partagez Notre inquiétude devant les inégalités croissantes entre pays riches et pays en voie de développement, devant les drames qu’engendre chez des populations innocentes l’enchaînement des conflits qui continuent d’ensanglanter diverses parties du monde. Oui les chrétiens ont quelque chose à dire et à faire ensemble pour tenter d’arrêter et de résorber ce cancer d’injustice qui ronge le corps de l’humanité.
Quand Nous évoquions il y a quelques jours «l’apport spécifique qu’il revient aux chrétiens d’offrir à un monde en proie aux graves problèmes du développement et de la paix», Nous pensions particulièrement à la contribution qu’ils peuvent et doivent apporter, dans les solutions techniques et politiques qui s’élaborent, par le rappel de l’esprit qui devrait les animer, l’esprit de cet Evangile qui nous est commun.

Devant les menaces de perversion que les formidables pouvoirs de la science et de I’argent mettent entre les mains de certains hommes ou de certains pays, devant les tentations de révolte et de subversion violente qui guettent les populations miséreuses et opprimées, les Chrétiens doivent être, au sein de ces tensions, les artisans de la conversion des hommes, de tous les hommes, au respect et à l’amour mutuels. Telle est la voie du Christ: une voie qu’il faut emprunter avec les moyens de l’Evangile. Non pas des moyens de puissance, de pression dominatrice, mais le témoignage contagieux d’un amour qui, nous révélant à nous-même et à nos frères le péché qui nous sépare, ouvre, par la prière et la pénitence, le coeur des hommes à la justice, à la solidarité, au partage fraternel. C’est, croyons-Nous, cette disposition intérieure qui doit être à la base de toute transformation de la Société. C’est elle qui doit être l’âme de nos dialogues avec les hommes, de notre action sur les institutions. C’est cette conversion que les chrétiens doivent susciter dans tous leurs milieux, à tous les niveaux de la société, parce qu’ils savent en disciples fidèles du Christ qu’elle est le levain qui peut assurer de manière authentique la montée des hommes et des peuples dans la justice et la paix.

Conduits par cet esprit vous pouvez être assurés, chers amis, de répondre, par vos études sur la condition sociale du monde et par vos efforts de sensibilisation de l’opinion, aux requêtes fondamentales de l’humanité d’aujourd’hui.
Certes nos Eglises n’en sont pas encore au point de convergence et d’unité qui permettrait à votre Comité de les engager immédiatement dans une action commune, permanente, universelle. Même en matière sociale, les positions doctrinales et les méthodes pastorales doivent être assurées, approfondies séparément au sein de leurs organismes compétents respectifs. Dans la phase expérimentale de votre collaboration, il revient aux autorités responsables de chacune de ces Eglises d’en étudier les projets et d’en adapter, et peut-être d’en différer, la réalisation en fonction des possibilités et des structures qui leur sont propres. Nous nous étions permis de le préciser l’an passé à Genève: au niveau local «le peuple chrétien doit être préparé au dialogue et à la coopération œcuménique», ce qui dans l’Eglise catholique est confié «aux soins diligents et à la prudente direction des évêques».

Mais que ces nécessaires prudences ne vous découragent pas. L’unité à laquelle nous tendons ensemble a tout à gagner à s’élaborer dans la clarté d’une confrontation confiante de nos conceptions respectives. Déjà la préoccupation que vous portez de servir la famille humaine au nom du même Evangile est le signe d’une concorde réalisée dans les coeurs.
Prions ensemble le Dieu de qui vient toute grâce que notre marche tâtonnante et, Nous le savons, trop lente pour certains vers l’unité, ne nous détourne pas un seul instant de la mission, longtemps compromise par nos insuffisances, de réaliser enfin le voeu du Christ à ses disciples «qu’ils soient un, afin que le monde croie».

                          

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