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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
À LA RÉUNION
DE LA SOCIÉTÉ ITALIENNE ET
FRANÇAISE DE NEUROLOGIE
Samedi 8 juin 1974
Mesdames, Messieurs,
C’est une simple salutation que Nous vous adressons ce matin, mais Nous
voudrions qu’elle vous exprime, avec la joie et l’honneur que Nous éprouvons à
vous recevoir, toute l’estime que suscite en Nous votre art médical et les vœux
fervents que Nous formons pour son succès, en pensant à tous les malades nerveux
et à leurs familles qui mettent en vous un grand espoir.
Sans entrer dans la complexité technique du programme de votre réunion romaine
de neurologues, Nous relevons quelques aspects plus généraux de votre activité.
Et d’abord Nous soulignons l’intérêt majeur de la branche de la médecine que
vous représentez. L’Eglise s’est toujours félicitée du progrès scientifique
quand il est mis au service de l’homme. De tous les secteurs de la médecine,
celui de la neuropsychiatrie constitue un secteur privilégié. C’est dans ce
domaine que le progrès scientifique est vraiment saisissant. Ce qui semblait
encore au début du siècle une «terra» presque «incognita» est devenu un terrain
où le spécialiste, qu’il soit médecin chirurgien ou psychiatre, intervient avec
succès. Une preuve éclate aux yeux de tous: la disparition progressive des
asiles d’aliénés. L’étiquette même «asile d’aliénés» signifiait un constat
d’échec. Le malade pour lequel on ne pouvait rien faire était mis à part,
vraiment séparé des autres hommes, aliéné perdant les droits civiques qu’il
tenait de sa personne humaine.
Actuellement, les hôpitaux psychiatriques ont pris la relève de l’asile
d’aliénés. On tend à considérer davantage le malade comme un homme de plein
droit, gardant une dignité inaltérable. Souvent, grâce au progrès de la
thérapeutique, il est libre de ses mouvements.
On ne parle plus guère de camisoles de force, de chaînes. Ce que votre grand
ancêtre Philippe Pinel (1745-1826) avait entrevu au siècle dernier, vous
le réalisez aujourd’hui. A vous tous, nos félicitations et nos encouragements
pour cette recherche opiniâtre à laquelle vous avez contribué par vos études et
vos travaux, et aussi pour cette collaboration fructueuse que vous mettez en
œuvre, ici par exemple, entre neurologues italiens et français.
Nous voulons mettre en lumière un autre aspect de votre science: elle aide
puissamment à comprendre la hiérarchie des valeurs dans l’homme. A l’heure
actuelle, l’humanisme constitue la préoccupation dominante des mouvements
sociaux, politiques, philosophiques, spirituels. Mais qu’est-ce donc que
l’homme? Vous répondez qu’il y a en lui une hiérarchie de valeurs. Oui, l’homme
est complexe: il faut veiller à ne pas le réduire au fonctionnement d’une partie
de son être.
Le système nerveux central, ce cortex dont les cellules privilégiées, les
cellules pyramidales paraissent jouir d’une perpétuelle jeunesse, commande à
tout un ensemble. Neurologues, en vous donnant à votre spécialité, vous êtes
amenés, plus que d’autres, à faire comme une «lecture» de l’être humain. Vous le
voyez ainsi fait d’une hiérarchie de valeurs en dépendance de la zone
privilégiée du cortex.
De ce fait, vous vous trouvez en harmonie avec la vision de Dieu Lui-même. Pour
Dieu, l’homme est comme un faisceau de vies complémentaires, vie des organes, de
l’affectivité, en dépendance des puissances supérieures de l’intelligence et de
la volonté. L’homme fait à l’image de Dieu (Gen. 1. 26) est d’abord
intelligence et amour. Que le cortex, zone privilégiée du système nerveux, soit
atteint, l’exercice de l’intelligence et de la volonté se trouve bloqué. Nous
imaginons votre joie et nous y communions, quand, grâce à vos connaissances
anatomiques et physiologiques, grâce à votre thérapeutique, vous retrouvez dans
le regard d’un malade l’éclair de l’intelligence et que vous permettez à son
cœur de retrouver aussi son élan.
Par le fait même, votre science est un appel au respect. Dieu vous fait
l’honneur de continuer son œuvre en donnant à un malade de redevenir pleinement
un homme, ou du moins en soulageant sa misère, Vous le savez mieux que Nous,
cette puissante thérapeutique, fruit de vos recherches, pourrait se retourner
contre le but poursuivi et diminuer l’homme en perturbant l’exercice de son
intelligence et de sa volonté. L’homme ne saurait non plus devenir un objet
d’expérience. Sans nul doute, vous voyez le danger.
Mais le fait seul de votre présence ici, le désir exprimé d’entrer en contact
avec le Chef de l’Eglise catholique, est une réponse à cette crainte. Vous ne
voulez être qu’au service de l’homme. Nous nous en réjouissons profondément.
Cet hommage à votre service, à votre «ministère» pourrait-on dire, Nous vous le
rendons comme témoin du Seigneur Jésus. Vous savez la compassion qu’il a
manifestée pour tous ceux qui étaient comme liés au plus profond de leur être -
c’est bien le cas des malades nerveux; vous savez la passion qu’il a mise à les
soulager, corps et âme. Ceux d’entre vous qui partagent notre foi et notre
espérance ont le réconfort de penser qu’ils participent, en ce monde et sur le
terrain de la santé, à sa mission libératrice, à son souci des «pauvres» qui ont
toujours une place de choix dans le cœur du Père. Même au-delà des progrès
visibles, Nous savons qu’il est un domaine de l’âme où l’homme rejoint l’absolu
et rentre en communication avec le Dieu vivant, avec sa vie. Dieu est plus grand
que notre cœur.
Nous le prions de bénir tout ce que vous accomplissez avec l’intelligence et
l’amour qu’il vous a donné de partager. Qu’au milieu des épreuves personnelles
ou professionnelles, il vous comble de paix, de joie et d’espérance, avec vos
familles, vos patients et tous ceux qui vous sont chers.
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