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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX PARTICIPANTS À LA
XXI RENCONTRE ASSYRIOLOGIQUE INTERNATIONALE
Vendredi 28 juin 1974
Chers Messieurs,
Nous sommes à la fois heureux et honoré de votre visite. Nous savons à
quel degré vous avez poussé les recherches en assyriologie que vous mettez
aujourd’hui en commun, dans cette vingt-et-unième Rencontre internationale. Ce
travail hautement scientifique et cette collaboration méritent vraiment notre
estime et nos encouragements, à plus d’un titre.
Les très anciennes civilisations dont vous déchiffrez les écritures cunéiformes,
les vestiges archéologiques et, partant, l’histoire elle-même, révèlent les
témoignages émouvants d’un progrès technique, d’une vie, en société, réglée
souvent par une minutieuse administration, d’une sagesse et d’une recherche
religieuse. Certes, nous savons que «les civilisations sont mortelles», mais
comment celles d’aujourd’hui pourraient-elles négliger leurs lointains
enracinements? A plus forte raison si nous considérons l’évolution de ces
sociétés sumérienne, élamite, accadienne, hittite, cananéenne, et l’évolution de
leurs Panthéons, qui sont l’objet de votre Congrès. On y lit la marche
tâtonnante de l’humanité, avec ses ombres et ses lumières; l’histoire est
maîtresse de vie. C’est votre honneur de mettre tant de compétence, tant de
patience, à dégager la vérité historique, avec la prudence que requièrent
synthèses et conclusions. A ce titre, Nous nous permettons de vous féliciter.
Nous nous réjouissons des grands pas déjà accomplis, du consensus qui tend à
s’établir sur l’interprétation de données forcément fragmentaires. Et Nous vous
souhaitons de nouveaux progrès au bénéfice de la culture humaine, que l’Eglise
elle-même encourage comme un service de l’homme.
Nous y sommes d’autant plus sensible que vos recherches concernent le
Proche-Orient qui fut en quelque sorte le berceau de la Tradition biblique dont
nous sommes les héritiers. Beaucoup de témoignages, consignés dans la Bible,
prennent un relief nouveau lorsque l’on connaît les traditions voisines, plus
anciennes ou contemporaines - Nous pensons aux fameux textes épiques ugaritiques
- avec lesquelles les Hébreux ont été en rapport, qui les ont influencés dans
leur sagesse, ou au regard desquelles leurs prophètes ont pris une attitude
démythifiante, à cause de leur foi en Yahvé.
Nous croyons, Nous, que c’est l’Esprit du Dieu vivant qui a sans cesse purifié
et élevé leur conscience, mais il l’a fait à travers une histoire, une culture,
une «matière» fortement enracinées dans l’humanité. C’est la loi de l’Incarnation.
De même qu’il serait difficile de comprendre l’œuvre du Christ en dehors de la
Tradition biblique qu’il a assumée, de même, au nom de la vérité qui doit être
notre premier souci, il paraît difficile de lire aujourd’hui l’Ancien Testament
en faisant fi de son enracinement culturel. Le progrès des sciences
assyriologiques nous y aide et Nous félicitons l’Institut Biblique de Rome et l’Ecole
Biblique de Jérusalem d’avoir saisi cette chance. Nous sommes fiers de tous ces
religieux qui n’ont pas ménagé leur peine dans ce déchiffrage. La foi qui nous
tient tant à cœur ne peut que gagner à cette honnête et sérieuse recherche.
Nous ne pouvons Nous empêcher de penser aux paroles de Jésus à la Samaritaine,
tout attachée encore au Temple du mont Garizim: «L’heure vient - déjà même elle
est là - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité» (Io.
4,23). Ce «visage» de Dieu, beaucoup l’ont cherché, le cherchent aujourd’hui,
comme à tâtons. Et certes, il n’est pas loin de chacun de nous (Cfr. Act.
17,27). Nous le prions de vous assister dans vos travaux, où Nous voyons une
recherche passionnée de la vérité et une approche sympathique des hommes. Nous
le prions aussi de bénir vos personnes, vos familles et vos amis.
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