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DISCOURS DU PAPE
PAUL VI
AUX PARTICIPANTS AU IIIème CONGRÈS MONDIAL
DU COLLÈGE INTERNATIONAL
DE MÉDICINE PSYCHOSOMATIQUE
Jeudi 18 septembre 1975
Mesdames,
Messieurs,
C’est avec
joie que Nous recevons ce matin les membres du troisième Congrès mondial
du Collège international de médecine psychosomatique. Nous nous félicitons que
vous ayez choisi la ville de Rome comme siège de votre Congrès, dans le but
d’unir à vos activités scientifiques les rappels moraux et spirituels qui,
surtout en cette Année Sainte, sont inhérents à cette cité.
Vous vous
retrouvez donc, venus de plus de cinquante nations des cinq continents, avec
pour seul but de travailler à une meilleure connaissance de la condition humaine
afin de la mieux servir. L’union que Nous évoquions tout à l’heure des
perspectives scientifiques et spirituelles, Nous paraît significative dans la
mesure où vos recherches sont précisément caractérisées par une approche
pluridisciplinaire de la personnalité humaine afin de n’en rien laisser
échapper.
Cette
inclusion de toutes les dimensions humaines dans le rapport thérapeutique nous
semble répondre non seulement aux exigences scientifiques les plus modernes,
mais aussi aux requêtes humaines les plus profondes.
Pour Nous qui
sommes le spectateur attentif - et rempli d’admiration - de vos études, mais
sans compétence scientifique particulière, vos problèmes se réduisent à un
double cadre rudimentaire, mais que Nous croyons essentiel. Il y a d’abord celui
des rapports thérapeutiques que la cure somatique peut apporter à l’esprit du
patient, qui souffre souvent davantage dans son esprit que dans son corps; il y
a, inversement, l’apport thérapeutique que peut recevoir la souffrance physique
par le moyen du réconfort psychologique spirituel.
Nous disons
simplement que notre conception de la vie humaine admet sans difficulté le
transfert, ou mieux l’extension de la cure physique au bénéfice simultané ou
successif de l’esprit (on pourrait se prévaloir ici d’un exemple biblique: celui
d’Elie qui, à bout de forces physiques et morales, est invité par l’Ange de
Yahvé à manger et à boire de la nourriture préparée pour lui. Le prophète mange
et boit [remède physique] ; puis, réconforté par cette nourriture, il marche
quarante jours et quarante nuits, jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb - Cfr.
1 Reg. 19, 8).
Plus
difficile, plus délicat est le processus inverse, pour lequel vous vous
passionnez dans vos études. Mais lui aussi est approuvé par notre conception de
l’homme. La cure spirituelle, psychologique ou morale, peut faire du bien et
renouveler les forces corporelles. Sur ce point, nous avons des exemples dans
les récits évangéliques: interprétés avec prudence et sagesse, ils peuvent
appuyer votre pensée, qui est aussi la nôtre. Oui, même les remèdes
psychologiques ou spirituels peuvent apporter, sinon la guérison au sens strict,
du moins un grand réconfort à l’être humain aussi sous son aspect corporel (l’Evangile
nous offrirait des exemples caractéristiques de ce point de vue; moyennant une
prudente exégèse, ils pourraient commenter favorablement vos études
scientifiques - Cfr. l’épisode du possédé de Gérasa: Marc. 5, 1-20). Et
comme il est bien connu, cette thérapie de l’esprit, qui a des résultats
positifs aussi sur les souffrances physiques, constitue une grande partie de
notre soin pastoral auprès des infirmes et des affligés.
Votre
perspective situe le médecin d’abord comme une personne humaine pour qui la
relation avec autrui est essentielle, fondée sur le respect et la compréhension,
et vous affirmez également la dignité fondamentale du malade, qui ne perd
rien de la valeur de son être humain à cause de son état.
Concernant la
valeur de chaque personne humaine, Nous voudrions vous rappeler qu’il appartient
au médecin d’être toujours au service de la vie et de l’assister jusqu’à son
achèvement, sans jamais accepter l’euthanasie, ni renoncer à ce devoir si humain
de l’aider à terminer avec dignité son cours terrestre. Nous vous rappelons sur
ce sujet l’enseignement toujours d’actualité que notre prédécesseur, le Pape Pie
XII, avait donné sur l’emploi des analgésiques: ils peuvent être utilisés avec
prudence et compétence, mais ils ne sauraient être licitement employés pour
diminuer la responsabilité personnelle ou pour renoncer aux devoirs propres à la
personne humaine (Discours de Sa Sainteté Pie XII au Premier Congrès
International de Neuropsychopharmacologie, 9 septembre 1958, cfr. AAS 50,
1958, pp. 687 et ss.).
Vos recherches
mettent aussi en relief l’importance de l’environnement social et très
particulièrement de la famille, surtout dans les maladies psychosomatiques qui
résultent souvent, surtout à certains âges, de conflits, de difficultés ou
d’abandon à l’intérieur de la cellule familiale. Nous vous invitons à mettre en
valeur l’importance de la famille pour le bien-être physique et moral de
l’individu, et particulièrement des plus vulnérables, l’enfant, le vieillard et
le malade, c’est-à-dire tous ceux qui, parce qu’ils ne sont pas productifs, se
trouvent relégués en quelque manière par une mentalité qui n’est conforme ni à
une juste conception de l’homme, ni à fortiori à l’esprit chrétien. Nous vous
exhortons à chercher de nouvelles manières de favoriser la croissance
psychologique et spirituelle de la vie familiale en laquelle Nous voyons, à la
suite d’une tradition chrétienne ininterrompue, une des principales espérances
pour l’avenir de l’homme.
Dans tous vos
rapports enfin, Mesdames et Messieurs, vous notez que l’anxiété est un facteur
commun à tous les troubles psychosomatiques et à toutes les maladies. Elle
provient des situations psychosociales; elle vient souvent aussi du noyau
mystérieux d’insécurité et de doute que chacun porte obscurément en soi. Que
votre volonté méthodologique de saisir l’homme dans sa totalité ne laisse pas de
côté la possibilité de reconnaître si la foi en Dieu ne pourrait pas apporter
une réponse à l’anxiété humaine. La certitude qu’un Père nous aime et qu’il y a
une espérance pour notre vie est déjà une indication et une réponse.
En vous
félicitant pour l’œuvre que vous accomplissez et en vous assurant de notre
estime, Nous voulons vous encourager à poursuivre le beau service qui est le
vôtre et que Nous recommandons au Seigneur, en le priant de vous bénir, ainsi
que tous ceux qui vous sont chers.
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