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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX PARTICIPANTS AU SYMPOSIUM DES CONFÉRENCES
ÉPISCOPALES DE L’AFRIQUE ET DE MADAGASCAR

Vendredi 26 septembre 1975 

 

Vénérables Frères,

Notre joie est grande de vous accueillir, vous qui venez ensemble de presque toutes les régions de l’Afrique et de Madagascar pour les travaux de la quatrième Assemblée de vos Conférences Episcopales, appelées aussi Symposium. Aujourd’hui en effet, et pour la première fois, Nous vous adressons la parole en cette Cité, alors que Nous nous souvenons avoir rencontré et salué, à Kampala en 1969, plusieurs Cardinaux et Evêques de ces mêmes régions. Ce fût pour nous une source de joie, comparable à celle d’aujourd’hui. Nous ne pouvons d’abord que louer et approuver votre Assemblée, parce que pendant cette Année Sainte, grande période de renouveau et de réconciliation, vous vous êtes très volontiers dirigés vers Rome et avez décidé de traiter ici des problèmes de très grande importance. Pour le choix si opportun du lieu de votre rencontre, Nous devons remercier chacun d’entre vous, dans le vivant souvenir de l’hospitalité généreuse et débordante de charité fraternelle que vous Nous aviez alors réservée en terre d’Afrique.

En vérité, il Nous plaît de rappeler que notre voyage, sans parler des autres conjonctures favorables, se déroula à l’époque même de l’institution de votre Symposium. C’est pourquoi il est permis d’affirmer que cette réunion, dite en abréviation le SCEAM, s’est épanouie comme un fruit merveilleux à partir du travail en commun de tant de Pasteurs. Et notre présence révéla publiquement et parfaitement les liens assurément très étroits de communion et de coresponsabilité entre le Pontife Romain et les Evêques de toute l’Afrique. C’est pourquoi il Nous est agréable de commencer notre présente allocution en nous reportant à cet événement. En effet, Nous avions alors proposé des règles d’action et des conseils concernant votre charge pastorale (Cfr. AAS 61, 1969, pp. 573-578), mais Nous tenons à les rappeler encore afin de revenir au grand problème de l’Evangélisation auquel vous consacrez ces journées de réflexion et de recherche. En effet, dans un esprit de renouvellement intérieur puisé aux sources de la Foi, auprès des tombeaux des Saints Apôtres qui fondèrent l’Eglise dans leur sang, proclamant et renouvelant votre parfaite communion avec le Siège Apostolique, et représentant l’Episcopat de toute l’Afrique et de Madagascar, vous vous efforcez de repenser et d’apprécier avec exactitude les besoins que la charge de l’Evangélisation fait apparaître sur ce vaste continent africain, confié à vos soins, besoins auxquels il faudra répondre très attentivement, pour éviter qu’une si grande œuvre ne soit vaine.

La note dominante qui, tel un leit-motiv, doit marquer cette Assemblée est la Foi. Et Nous entendons la Foi dans toutes ses dimensions: la Foi dont l’Evêque doit vivre et témoigner; la Foi qu’il a mission d’éveiller, d’enseigner et de fortifier sans cesse dans son peuple, en la lui transmettant avec grand soin dans sa plénitude doctrinale et morale; la Foi qui, par son dynamisme intérieur, soude les chrétiens en communautés vivantes et en fait des apôtres de l’Evangile.

Tout ceci, que l’Eglise a rappelé avec force au deuxième Concile du Vatican (Cfr. Christus Dominus, 12-14) nous semble affirmé ouvertement par votre présence ici et par votre colloque: à savoir que vous voulez être toujours plus conscients de la priorité qu’il faut attribuer à l’annonce de la foi et des graves devoirs qui en découlent. Malgré les multiples et difficiles problèmes qui sollicitent votre attention de Pasteurs de l’Afrique, - situations de sous-développement, disparités des classes sociales, analphabétisation, manque de ressources en personnel et en moyens matériels, etc. - toujours cependant la Foi doit demeurer le principe et le fil conducteur de votre action ainsi que le motif suprême de toute activité sociale de l’Eglise. Seule en effet la foi peut qualifier la nature, et nous dirions même la spécificité, de la mission de salut de l’Eglise, qui ne peut être ramenée purement et simplement à l’ordre temporel.

Certes, c’est une lourde responsabilité que vous avez reçue, vous, les membres de l’Episcopat africain, qui constituez pour la plupart la première génération de Pasteurs issus de vos peuples et de qui dépend pour une grande part la voie sur laquelle vont s’engager les générations futures.

C’est bien pour cela que, depuis des années et plus particulièrement pendant ce Symposium, vous vous posez de graves interrogations tandis que nous-mêmes nous vous encourageons vivement et avec sympathie dans cette entreprise. Comment rendre accessibles et persuasives pour les peuples d’Afrique et de Madagascar la Parole de Dieu, la doctrine de l’Eglise, les exigences de la Foi? L’Eglise qui est en Afrique n’est-elle pas tributaire d’une forme de christianisme importée qui la rend comme étrangère à ses propres populations? N’y a-t-il pas à chercher des voies nouvelles et plus adaptées, dans le domaine théologique comme dans le domaine pastoral, pour intégrer en les perfectionnant les valeurs culturelles traditionnelles de vos peuples, avec prudence cependant et avec sagesse?

Ces graves interrogations, nous les avons comprises, nous les avons bien saisies, et nous y avons déjà répondu en partie lors du Symposium tenu à Kampala.

Tout d’abord, il ne doit y avoir sur ce point aucune hésitation ni aucune crainte. Le fait même que la foi implantée dans ces pays ait pu en quelques décades faire surgir un épiscopat autochtone, éveiller de nombreuses vocations sacerdotales, susciter des communautés de fidèles fervents et généreux, donner naissance à des vocations admirables de catéchistes et porter même jusqu’au témoignage du martyre d’humbles chrétiens, tout cela n’est-il pas la marque d’un christianisme authentique?

La voie n’en reste pas moins ouverte à l’approfondissement de la recherche en ce domaine, pourvu que soient sauvegardées toutes les garanties essentielles touchant à la nature même de la foi chrétienne notamment:

a) lorsqu’il est question de la foi chrétienne, il faut s’en tenir au «patrimoine identique, essentiel, constitutionnel de la même doctrine du Christ, professée par la tradition authentique et autorisée de l’unique et véritable Eglise» (Allocution au Symposium de Kampala: AAS 61, 1969, p. 577);

b) il importe de se livrer à une investigation approfondie des traditions culturelles des diverses populations, et des données philosophiques qui les sous-tendent, pour y déceler les éléments qui ne sont pas en contradiction avec la religion chrétienne et les apports susceptibles d’enrichir la réflexion théologique;

c) il ne saurait y avoir de liberté - ou d’autonomie, comme on dit - de recherche théologique qui se situe en dehors de la «communia Ecclesiae» (Cfr. Lettre à Monseigneur Edouard Massaux, Recteur de l’Université catholique de Louvain, 13 septembre 1975: L’Osservatore Romano, 22-23 settembre 1975).

Il faut donc veiller à ce que cette préoccupation d’élaborer la théologie d’une manière adaptée à la mentalité africaine ne détourne pas ou ne ralentisse pas l’immense effort déjà entrepris pour former des communautés chrétiennes vivantes. Cet effort aboutira si, maintenant, les laïcs africains, conscients d’eux-mêmes et des exigences de la religion chrétienne, sont formés à donner le témoignage personnel et communautaire de cohérence entre la Foi et la vie.

L’Eglise en Afrique et à Madagascar ne saurait se cacher qu’elle connaît en certaines régions l’épreuve de l’affrontement à des idéologies qui menacent la fidélité de ses fils; c’est pourquoi il importe que la foi s’intériorise et se personnalise.

Enfin, Nous sommes certain, vénérables Frères, qu’après avoir renforcé au cours de ce Symposium votre volonté de communion dans l’action, vous ferez ensemble tous vos efforts non seulement pour maintenir le magnifique travail d’évangélisation du continent africain, mais aussi pour le développer, comme vous l’avez décidé l’année dernière à la clôture du Synode des évêques. De tout cœur Nous vous bénissons, ainsi que les autorités civiles de vos pays, le clergé et les fidèles de vos Eglises, en vous souhaitant toutes sortes de biens, de prospérité et de bonheur.

 

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