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DISCOURS DU PAPE
PAUL VI AUX PARTICIPANTS AU IV COLLOQUE INTERNATIONAL SUR LA CONVENTION
EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME*
Vendredi 7 novembre 1975
Mesdames,
Messieurs,
En vous
recevant ce matin, à l’occasion du quatrième Colloque international sur la
Convention européenne des droits de l’homme, Nous sommes très heureux de marquer
Nous-même le vingt-cinquième anniversaire de la signature de cette Convention.
Nous pensons
que la cité de Rome y demeure aussi particulièrement sensible, elle qui en était
le témoin. Cet Acte reste en effet à l’honneur des pays membres du Conseil de
l’Europe qui l’ont signé, puis qui l’ont ratifié. Il a ouvert la voie à une
meilleure défense des droits de l’homme dans toute cette région de l’Europe.
Enfin il constitue à nos yeux un symbole et un espoir pour tous les hommes épris
de justice.
Pour
promouvoir la paix et faire œuvre de reconstruction morale dans cette Europe de
l’après-guerre aux plaies encore vives, il importait de mettre au premier plan
le respect des droits de l’homme, de les affirmer et surtout de les garantir
pour tous les citoyens.
C’est le
mérite du Conseil de l’Europe d’y avoir pourvu sans tarder, en élaborant cette
Convention européenne. Certes les Nations Unies venaient d’adopter et de
proposer à l’ensemble des peuples la «Déclaration universelle des droits de
l’homme». Une telle charte constituait déjà une sorte d’engagement moral d’une
importance énorme.
Mais la
Convention européenne a voulu, pour cette région, en hâter l’application de
façon réaliste et efficace: les principes ont été réaffirmés avec plus de
précision et de détails, et surtout un mécanisme approprié a été mis en place
afin d’en garantir la sauvegarde, en ménageant, pour les Etats et pour les
individus, la possibilité d’un appel contre leur violation éventuelle.
C’était la
première fois, Nous semble-t-il, qu’une telle possibilité était ouverte aux
personnes de recourir à un organisme international, qui donne des garanties
d’ordre judiciaire, pour la défense de leurs droits essentiels. En dehors de
telles garanties - Nous le constatons malheureusement chaque jour - les plus
belles déclarations, dont l’humanité pourrait être fière, risquent de demeurer
sans effet; et la voix des victimes de la violation des droits, même si elle a
parfois quelque écho dans l’opinion publique internationale, peut être
impunément bafouée dans leur propre pays. Nous sommes loin d’avoir trouvé les
remèdes adéquats, respectant à la fois la souveraineté des Etats et ces droits
fondamentaux. On souhaiterait par exemple que tous les droits si solennellement
proclamés soient assortis de quelque force juridique, dans la ligne des Pactes
internationaux relatifs aux droits de l’homme qui ont déjà été élaborés.
Ici,
précisément, dans le cadre de la Convention européenne trois organes de niveau
intergouvernemental sont prévus pour y veiller de façon indépendante,
impartiale, selon un fonctionnement judicieux et complexe: la Commission
européenne des droits de l’homme, la Cour européenne des droits de l’homme, et
le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe. Ils ne peuvent évidemment
procéder qu’avec le plein consentement des Parties contractantes, et Nous savons
que le chemin d’une ratification unanime et entière de la Convention et des
protocoles additifs n’est pas sans difficultés. Cependant de gros progrès ont
été réalisés. Votre intention n’est d’ailleurs pas de vous substituer aux voies
normales de recours possibles en chaque pays, mais de constituer une instance
supplémentaire, lorsque celles-ci sont épuisées. Vous dressez actuellement le
bilan de ces vingt-cinq années de protection européenne des droits de l’homme.
Parmi les multiples demandes présentées, le nombre de celles que vous pouvez
retenir est forcément réduit, mais la voie ouverte constitue, à nos yeux, un pas
important, dans le sens d’une plus grande justice non seulement pour la rétablir
en cas de violation, mais pour en stimuler la recherche. La perspective d’une
telle procédure n’a-t-elle pas déjà encouragé certains pays à aménager leur
propre législation?
Ce qui empêche
d’ailleurs le droit de se figer, c’est l’organe qui a été institué au service de
la convention européenne: «le Comité des experts en matière des droits de
l’homme». Il permet une étude continuelle des dispositions de la Convention, en
fonction des besoins de la société européenne, et propose à l’Autorité
compétente mise à jour ou compléments. Le Saint-Siège, dans le cadre de sa
compétence propre et de sa finalité spirituelle, est heureux de suivre les
travaux de ce Comité, par l’intermédiaire de son Représentant.
Donner des
garanties de justice, promouvoir un système juridique plus adéquat, ne suffisent
évidemment pas à éliminer les atteintes délictueuses à la dignité humaine. Il
faudrait intensifier une éducation continuelle des gens, qui les forme, non
seulement à revendiquer leurs droits fondamentaux, et à respecter ceux des
autres, mais aussi à assumer, en conscience et pour leur part, les devoirs qui
correspondent à tous ces droits de l’homme. Voilà une œuvre civique et morale à
laquelle beaucoup de personnes et d’organismes devraient contribuer, selon leur
responsabilité familiale, culturelle et sociale, et là encore l’Eglise ne veut
négliger aucun effort pour apporter sa part spécifique.
C’est dans cet
esprit, Mesdames et Messieurs, que Nous formons des vœux fervents pour la
Convention européenne des droits de l’homme, pour le succès et le progrès de
cette institution juridique que le Conseil de l’Europe a eu la sagesse et la
patience de mettre en œuvre. Vous savez nos sentiments sur les responsabilités
de cette Europe. Elle a bénéficié, plus que d’autres continents, d’une
civilisation chrétienne qui reconnaît au plus haut point la dignité de la
personne humaine, à cause du prix que le Dieu Créateur et le Christ Sauveur
attachent à chacun de nos frères. Une telle Europe ne devrait- elle pas donner
aujourd’hui l’exemple d’une civilisation vraiment humaine, qui ne soit pas
seulement axée sur le potentiel économique et technologique, mais qui mette son
point d’honneur à défendre les droits de la personne humaine? Dans cet espoir,
Nous vous assurons de notre estime et de nos encouragements. Et en cette Année
Sainte qui veut promouvoir la réconciliation dans la justice, Nous implorons sur
vos travaux, sur vos personnes et sur vos familles les bénédictions du Dieu
Tout-Puissant, en qui les droits humains trouvent leur ultime fondement.
*Insegnamenti di Paolo VI, vol. XIII, p.1234-1237.
L'Osservatore Romano 8.11.1975, p.1, 2.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française
n.46 p.1.
La Documentation catholique, n.1687 p.1021-1022.
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