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DISCOURS DU PAPE
PAUL VI
AUX MEMBRES
DES ORGANISATIONS
INTERNATIONALES CATHOLIQUES
Samedi 6 décembre 1975
Chers
Filles et Fils,
membres des Organisations Internationales Catholiques,
Nous vous
disons tout d’abord Notre vive satisfaction de vous rencontrer, à
l’occasion de l’Assemblée générale de la Conférence qui réunit vos
organisations, dans le cadre de l’Année Sainte et au centre de l’Eglise, dans
cette ville de Rome fécondée par le témoignage suprême de la foi des premiers
apôtres Pierre et Paul.
C’est bien aux
sources de cette foi que vous venez puiser la force spirituelle nécessaire à
votre apostolat et c’est auprès du Siège apostolique que vous venez chercher la
lumière susceptible de l’éclairer.
Nous ne
pouvons manquer, en raison même de notre mission de Pasteur, de répondre à votre
démarche filiale.
Nous vous
félicitons et vous remercions en premier lieu de mettre vos travaux sous le
signe de l’Année Sainte dans les perspectives de renouveau intérieur et de
réconciliation que nous avons proposés à tous nos Fils membres de l’Eglise
catholique.
Comment ne pas
souligner en effet combien il est heureux que se conjuguent dans votre session à
Rome d’une part la réflexion que vous entreprenez sur l’engagement et les
activités des O.I.C. dans la vie internationale et dans les relations humaines,
d’autre part la préoccupation que vous manifestez de développer cette réflexion
en esprit d’Eglise et en lien avec Nos orientations pastorales.
Ce sont là en
effet deux exigences indissociables pour les O.I.C.: agir dans le monde pour le
transformer en une société plus juste et plus humaine, et en même temps
témoigner que cette action s’inspire de la mission spirituelle et transcendante
de l’Eglise.
Les unes en
effet, ont pour raison d’être immédiate une mission de présence et d’action ou
sein des réalités temporelles, qu’il s’agisse du domaine de la culture, de
l’enseignement, de la santé, de la justice sociale et internationale, des
relations humaines et de la compréhension entre les peuples. Les autres sont
directement engagées dans un apostolat d’évangélisation. L’Eglise par la voix de
ses Papes et du Concile Vatican II a souvent encouragé ses fils à assumer cette
dimension de présence chrétienne au monde. Elle a particulièrement souligné
l’importance des associations ou groupes internationaux de catholiques qui
œuvrent à l’édification de la communauté internationale des peuples selon les
exigences de l’Evangile.
Nous en
confirmions nous-mêmes la valeur quand, nous adressant il y a quelques années aux
responsables de votre Conférence, Nous les encouragions dans leur entreprise «si
conforme au caractère universel du message de l’Evangile et en même temps si
bien en harmonie avec l’évolution des structures et des rythmes de la société
moderne» (L’Osservatore Romano, 13 novembre 1963).
Mais vous le
savez par expérience, dans cette insertion de vos organisations dans les
réalités du monde, vous êtes amenés très souvent à rencontrer des mentalités ou
des conceptions sociales imprégnées d’idéologies sans doute animées d’intentions
philanthropiques et humanistes respectables, mais porteuses d’une philosophie de
l’homme qui nie son destin transcendant et ne conçoit son bonheur qu’en fonction
d’un progrès social collectif basé sur une vision matérialiste et immanentiste
de l’existence humaine.
La tentation
peut être grande pour des chrétiens et des catholiques d’emprunter à ces
philosophies ou à ces idéologies leurs moyens d’analyse et d’action pour lutter
contre les injustices d’une société qui progresse si lentement sur les voies
d’un aménagement plus humain des conditions de vie de tant d’hommes et de
peuples.
Sans se
dérober à cet objectif, il importe pourtant que des organisations qui se
réclament du nom de catholique sauvegardent à tout prix la spécificité de leur
vocation et de leur mission dans le monde.
Nous vous le
demandons instamment, au nom de la responsabilité pastorale qui nous a été
confiée à l’égard de tous nos fils dans l’Eglise et en vertu des liens de
communion qui vous attachent à Notre mission apostolique: votre témoignage doit
demeurer celui de communautés d’Eglise, d’œuvres d’Eglise.
En premier
lieu, un témoignage de la foi inspirée, nourrie et affirmée en référence à l’Evangile
du Seigneur et aux enseignements du Magistère de l’Eglise. C’est en puisant sans
cesse aux sources du message évangélique que nous tous pouvons conformer notre
apostolat à la pensée du Christ: «Je ne demande pas que tu les retires du monde,
mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne
suis pas du monde». C’est aussi en s’appuyant sur le Magistère de l’Eglise qu’un
catholique s’assure contre toute utilisation arbitraire de l’Evangile et en
reçoit la lumière sur les problèmes que la vie ne cesse de faire surgir.
Que votre
témoignage soit aussi celui de l’unité à l’intérieur de l’Eglise. C’est la
prière ardente du Seigneur: «qu’ils soient un comme toi Père et moi, nous sommes
un».
Unité entre
vous, certes, qui communiez à la même foi; unité avec le siège de Pierre; unité
avec vos pasteurs. Dans une action qui se caractérise comme collaboration à
l’apostolat hiérarchique et participation à la mission même de l’Eglise, il
importe que se conjuguent les charismes et les fonctions qui sont propres aux
Evêques: sanctifier, gouverner, enseigner, et aux laïcs qui ont mission de faire
passer et incarner dans la réalité quotidienne, même temporelle, le message du
Christ. «Une telle conjonction, disions-Nous récemment, devra toujours respecter
le caractère spécifique des charismes et fonctions précités, non moins que leur
ordre respectif: ce n’est que dans cette harmonie que se trouve le secret de la
fécondité de l’action apostolique» (L’Osservatore Romano, langue
française, 24 janvier 1975).
Troisième note
du témoignage que Nous attendons de toutes les Organisations internationales
catholiques: porter les valeurs évangéliques dans tous les domaines de la vie,
chacune selon sa mission spécifique. Et cela implique que soient inscrits en
toute clarté dans vos programmes, vos publications et vos activités les
motivations et les perspectives ecclésiales qui spécifient vos organisations. On
ne témoigne pas d’une cause que l’on tait. Le Seigneur lui-même n’a-t-il pas
invité ses apôtres à se faire reconnaître: «On vous reconnaîtra comme mes
disciples si vous vous aimez les uns les autres»? Dans ce contexte, la
collaboration que vos associations peuvent être amenées à promouvoir avec les
autres groupes chrétiens ne peut que gagner à s’opérer dans la clarté de leur
identité respective.
Oui, chers
amis, gardez le souci de présenter vos associations dans l’intégrité et dans la
vérité de ce qu’elles veulent annoncer. Elles doivent être des communautés de
vie d’Eglise ouvertes, accueillantes, respectueuses des autres qui n’ont pas la
même référence. Quelle signification prophétique auraient-elles si elles
n’apparaissaient plus que comme des organisations de type humanitaire ou social
assimilables à n’importe quelle autre? Ne risqueraient-elles pas de ne plus
offrir à des âmes apostoliques le lieu de rencontre et de soutien qu’elles
souhaiteraient trouver pour leur foi et leur engagement.
Nous vous
renouvelons, chers amis de O.I.C., nos encouragements et nos vœux. Que cette
Assemblée qui vous réunit vous permette de prendre l’exacte mesure de votre rôle
dans l’Eglise et dans la société. Vous ne pouvez vraiment servir celle-ci qu’en
étant pleinement d’Eglise. Dans un monde qui est à la recherche, non pas
seulement d’une organisation adaptée à ses problèmes, mais surtout d’une âme
internationale - si nous pouvons utiliser cette expression - vous pouvez être
pour votre part, à travers vos associations et l’esprit catholique qui les
anime, une source d’espérance et une référence pour un monde plus fraternel
conforme au dessein du Seigneur.
C’est le
message que Nous vous confions avec notre Bénédiction Apostolique.
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