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DISCOURS DU PAPE PAUL VI
AUX MEMBRES DE L’ACADÉMIE PONTIFICALE DES SCIENCES

Samedi 23 octobre 1976

 

Excellences,

Nous sommes heureux de vous accueillir en audience spéciale au terme de votre Semaine d’études, dont le thème central était d’un intérêt tout particulier: «Les substances naturelles et la protection des plantes». Nous vous saluons tous très cordialement et tenons à vous assurer que Nous apprécions sincèrement l’œuvre précieuse que vous accomplissez, avec dévouement et esprit de sacrifice, au bénéfice du progrès scientifique. Notre estime est d’autant plus vive que votre préoccupation fondamentale, Nous le savons, est de servir l’homme, et c’est bien là aussi le but final de votre recherche. Vous sentez profondément en vous la solidarité qui vous lie à l’humanité d’aujourd’hui et de demain, et c’est pourquoi vous adoptez une attitude qui est celle de tout scientifique sérieux, l’attitude de celui qui - comme Nous avons eu l’occasion de le souligner lors de notre rencontre de l’an dernier - «doit se poser loyalement la question de l’avenir terrestre de l’humanité et, en homme responsable, concourir à le préparer, à le préserver, à éliminer les risques» (AAS 67 (1975) 268).

Le thème choisi pour la présente Semaine reflète d’une manière évidente cette sollicitude: face aux agents nocifs qui menacent les plantes, dont les fruits constituent directement ou indirectement la source principale de subsistance pour l’être humain, la protection se réalise surtout aujourd’hui grâce aux produits chimiques de synthèse; mais ces derniers suscitent des préoccupations de plus en plus graves, en raison de leurs possibles effets toxiques à long terme sur l’homme, en raison aussi des modifications qu’ils apportent dans le milieu naturel, avec pour conséquences des perturbations dans l’équilibre écologique. C’est ce qui détermine le savant à intervenir pour étudier la possibilité d’utiliser, pour une telle œuvre de protection, des substances naturelles, qui se trouvent déjà dans le milieu et ne devraient donc pas provoquer de dommages écologiques. Tel est précisément le thème de votre Semaine.

Nous espérons que cette possibilité de confronter et de discuter les résultats de vos recherches en ce domaine aura contribué efficacement à faire progresser la connaissance scientifique des moyens de défense mis à la disposition de l’homme. Puisse-t-elle aussi favoriser la mise en œuvre de formes de sauvegarde qui ne soient pas nocives à la santé! Stimuler le progrès des sciences pour le service de l’homme représente la fin institutionnelle de cette Académie Pontificale, qui s’honore de vous compter parmi ses membres.

Il Nous plaît de le rappeler en cette circonstance, puisque nous célébrons cette année le quarantième anniversaire de sa fondation par notre prédécesseur Pie XI. Le «Motu Proprio» qui instituait ce nouvel organisme en définissait ainsi les buts: «Notre vœu et notre désir est que les "Academici Pontifici", grâce à leur et à notre Institut, favorisent toujours plus et toujours mieux les progrès des sciences, et Nous ne leur demandons pas autre chose, puisque c’est ce noble but et cette tâche élevée qui constituent le service que Nous attendons de ces hommes attachés à la vérité» (Cfr. AAS 28 (1936) 424).

Ces quarante années d’activité n’ont pas déçu cette attente: à travers les Semaines d’étude, les groupes de travail, les publications scientifiques et les autres initiatives des décennies passées, l’Académie Pontificale, Nous le disons en Nous faisant l’interprète de votre légitime fierté, a apporté une contribution de valeur non seulement au progrès des connaissances scientifiques, mais aussi à la cause de la collaboration et de la compréhension entre les hommes.

La composition même de l’Académie, qui accueille des hommes de science sans distinction de nationalité, de religion, ou de croyance, souligne efficacement cette universalité de la science qui est un élément premier de rencontre et d’entente entre les peuples. La science tend par nature à dépasser les limites que les hommes se sont données en dressant des frontières entre eux: elle recherche une vérité qui n’admet, comme telle, aucune coloration politique, et elle se livre à cette recherche avec des méthodes rationnelles qui ne peuvent qu’être les mêmes pour tous les scientifiques, quelle que soit leur origine. Elle favorise donc une mentalité qui permet un dialogue confiant, sincère et respectueux avec tous ceux qui se trouvent engagés dans le destin commun de l’humanité. On voit alors à l’évidence quel instrument de compréhension réciproque et de paix peut représenter une recherche scientifique sérieuse, et quelle aide l’Assemblée que vous constituez peut apporter de ce point de vue pour favoriser une vie plus solidaire et pacifique entre les nations.

L’Eglise a toujours salué, et d’une manière particulièrement vigoureuse au terme du Concile, les chercheurs de vérité que sont les hommes de science dont les sentiers ne sont pas étrangers aux siens (Cfr. PAULI PP. VI Nuntii quibusdam hominum ovdinibus dati, «Aux hommes de la pensée et de la science»: AAS 58 (1966) 18-19). Non seulement elle reconnaît la légitime autonomie méthodologique de la science moderne (Cfr. Gaudium et Spes, 36), mais elle salue, dans la mutation que cette dernière entraîne dans le mode de penser et de vivre, des valeurs positives qui ne sont pas sans rapport avec l’œuvre du salut dont elle a reçu la charge. C’est pourquoi l’Eglise a besoin de vous, de votre sens exigeant de la recherche et de votre amour de la vérité.

Nous vous encourageons donc à poursuivre généreusement votre chemin de chercheurs consciencieux, tendus vers la conquête de nouvelles possibilités pour le progrès humain. En reprenant encore une parole du grand Pontife Pie XI, Nous exprimons le souhait que «cette Académie devienne une source toujours plus riche de cette charité bénéfique qu’est la Vérité» (Cfr. Discorso per la seduta del 27 dicembre 1925 dell’Accademia pontificia delle Scienze. «Nuovi Lincei».). Et ce souhait, Nous l’accompagnons de notre prière, en demandant au Dieu Tout-Puissant, Source de la vie et de l’esprit humain, de vous assister dans votre recherche au service de l’humanité et de vous bénir personnellement, ainsi que tous ceux qui vous sont chers.

                         

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