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CHIROGRAPHE DU PAPE PIE XI AU CARDINAL
PIETRO GASPARRI, SECRÉTAIRE
D'ÉTAT, SUR LES PROPOSITIONS FORMULÉES PAR LA COMMISSION MINISTÉRIELLE
CONCERNANT LA LÉGISLATION ECCLÉSIASTIQUE EN ITALIE*
À M. le Cardinal Pietro Gasparri, Secrétaire d'État,
Monsieur le Cardinal,
Il a été annoncé que les propositions formulées par la Commission
ministérielle concernant la législation ecclésiastique en Italie vont se
traduire dans des projets de loi spéciaux par les soins du ministère de la
Justice, puis être présentées au Parlement. Il s'agit, comme vous le savez bien,
de cette réforme de la législation ecclésiastique, dont la presse a parlé
plusieurs fois publiquement. Du fait que des experts ecclésiastiques ont été
invités à faire partie de la Commission constituée en vue de l'étude et de la
préparation de ladite réforme, on a voulu argumenter et faire croire que la
réforme elle-même avait été étudiée et préparée d'accord, avec le Saint-Siège et
avec l'autorité ecclésiastique suprême ; mais il a déjà été démontré clairement
plus d'une fois que l'argumentation ne valait pas, et que l'accord n'existait
pas, les experts ecclésiastiques en question n'ayant reçu aucun mandat. Que si
leurs supérieurs leur ont donné licence d'accepter l'invitation, les premiers
ont bien fait, ne sachant pas ce qu'exactement on pensait faire ni de quelles
prémisses on voulait partir et à quel résultat on voulait arriver. Quand on eut
par la suite sur ces choses une notion suffisante, on eut aussi une nouvelle
confirmation des conclusions ni justes ni véritables qui en étaient tirées au
sujet de l'accord et de la coopération de l'autorité ecclésiastique suprême ; et
c'est pourquoi des observations et rectifications opportunes, faites en pleine
conformité avec Notre pensée, ne pouvaient manquer et n'ont pas manqué, en effet,
de se renouveler tout en tenant compte, comme il est dû, des améliorations et
des adoucissements que la réforme plusieurs fois rappelée semblait annoncer à l'Église
et au clergé.
Maintenant que les propositions veulent se traduire en loi et que l'on veut,
par conséquent et par la nécessité des choses, légiférer sur des matières et des
personnes qui sont soumises, principalement du moins, au pouvoir sacré qui Nous
a été confié par Dieu, Nous avons le devoir, imposé par le ministère apostolique,
dont Nous répondons devant Dieu et devant Dieu seul, de dire et de déclarer que
sur de telles matières et de telles personnes Nous ne pouvons pas reconnaître à
d'autres les droits et les pouvoirs de légiférer, sinon moyennant les
négociations convenables et les accords légitimes pris avec le Saint-Siège et
avec Nous.
Et certainement personne au monde ne sera amené facilement à penser et à
croire que, sans de telles négociations et sans de tels accords pris avec le
Souverain Pontife Romain, des hommes catholiques, en cette ville de Rome mère,
aient pu prétendre donner une nouvelle situation légale à l'Église catholique en
Italie ; car c'est de cela précisément qu'il s'agit à l'heure présente, et non
plus seulement de l'une ou l'autre mesure analogue à celles qui consistent à
rétablir dans l'école d'un peuple catholique l'enseignement religieux, ou rendre
au clergé et aux églises quelque partie de ce qui leur avait été indûment enlevé.
Quelque accueil que Nous réservons à des mesures de cette sorte, Nous l'avons, il
n'y a pas longtemps, laissé clairement entendre, parlant dans une occasion
solennelle, Nous voulons dire dans l'allocution consistoriale du 14 décembre
1925 ; mais aucune négociation opportune, aucun accord légitime n'a eu lieu, ni
ne pouvait ni ne pourra avoir lieu, tant que dure la condition injuste faite au
Saint-Siège et au Pontife Romain.
Ces choses, Nous avons jugé opportun et nécessaire de vous en faire part,
Monsieur le Cardinal, afin que, à votre tour, vous en donniez les communications
opportunes et nécessaires, et de cœur Nous vous accordons la Bénédiction
Apostolique.
Le 18 février 1926.
PIE XI
*Actes de S.S. Pie XI, tome III, p.139-142.
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