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LETTRE DU PAPE PIE XII
À L'ARCHEVÊQUE DE MONTRÉAL,
À L'OCCASION DU CONGRÈS
DE LA JEUNESSE OUVRIÈRE CHRÉTIENNE DU CANADA*

Dans quelques semaines, votre Métropole accueillera de nombreux jeunes travailleurs, venus de tous les points du Canada, et rassemblés sous le signe du Christ Jésus, pour célébrer ensemble un Congrès National de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne du Canada. À cette occasion, élargissant leur horizon, ces chers jeunes gens tiendront une Semaine d'études, à laquelle ils convient leurs frères des Amériques et de tous les pays, voulant montrer par là la fraternité spirituelle, qui unit toute la jeunesse du monde du travail, sous quelques cieux qu'elle milite, comme aussi l'unité et la coordination des moyens d'apostolat mis en œuvre, pour rendre à tant d'âmes matérialisées leur dignité et leur liberté d'enfants de Dieu.

C'est là un événement d'importance, dont le Père commun des fidèles ne pouvait se désintéresser. Déjà, à la veille de cette guerre dévastatrice, Il s'apprêtait à recevoir dans la Ville Éternelle des légions de jeunes travailleurs chrétiens, et à leur réserver le plus paternel accueil. En attendant que les circonstances mondiales permettent à nouveau de réaliser ce projet, c'est avec joie qu'Il profite de l'occasion de ces prochaines assises canadiennes pour leur renouveler, par votre bienveillant intermédiaire, ses exhortations et ses encouragements. La place qu'ils occupent dans la grande famille catholique est bien digne en effet d'une particulière considération. N'ont-ils pas, plus encore que d'autres, besoin d'aide et de réconfort, comme prenant une part plus grande, de par leur état, à la peine des hommes, et comme étant exposés aussi à plus de dangers ? Et sera-t-on surpris, dès lors, que le Vicaire de Jésus-Christ réserve, dans son cœur, une place de choix à ces chers enfants ? Nous vous prions donc de leur faire savoir, ou plutôt de leur redire — car Nous leur en avons déjà donné mainte preuve — que Nous les chérissons d'un amour de prédilection et qu'ils sont tout spécialement l'objet de Nos prières et sollicitudes pastorales.

Le Congrès de Montréal leur fournira aussi l'occasion de réfléchir à nouveau sur les grands principes, qui doivent guider leur formation et leur zèle. À la base, une solide connaissance des vérités de la Foi, que leurs cercles d'études approfondiront et fortifieront en eux : car des aspirations, si généreuses fussent-elles, sans la lumière de la doctrine révélée, ne seraient que feux de paille ou illusions ; une pratique loyale de la morale chrétienne, alimentée par la fréquentation des sacrements, où la grâce divine est puisée à sa source ; un grand attachement à l'Église, columna veritatis (1Tm 3, 15), par le moyen de la Hiérarchie, en qui réside l'autorité même de Notre Seigneur Jésus-Christ. Telles sont le conditions essentielles de toute véritable Action Catholique, par laquelle des laïques ont à exercer eux-mêmes, comme dit saint Pierre dans une métaphore inspirée, un sacerdoce royal. Les jeunes travailleurs, les jeunes travailleuses y sont spécialement appelés. Notre prédécesseur Pie XI, d'heureuse mémoire, ne disait-il pas, dans sa célèbre encyclique Quadragesimo anno, que « les apôtres des ouvriers seront les ouvriers » ? C'est ce qu'a si bien compris le grand mouvement de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, et les résultats, dont pourra faire état le Congrès de Montréal, après une période déjà riche d'expériences, seront la preuve la plus convaincante de l'excellence de cet apostolat.

Mais Nous savons aussi que les problèmes se posent désormais, non seulement localement, mais souvent, comme on l'a dit, à l'échelle mondiale. Les barrières tendent, grâce à Dieu, à s'abaisser entre pays et même entre continents, par où s'affirme davantage l'unité du genre humain. Et le progrès des techniques vient à son tour favoriser de plus en plus l'interpénétration des peuples. On comprend dès lors que même les questions se référant à l'apostolat soient à envisager sous l'angle international. Le front du travail, en particulier, qui tend à s'instaurer partout, depuis la guerre, comporte des aspects d'ordre spirituel qui veulent aussi être abordés, avec les mêmes soucis d'universalité. Aussi n'est-il pas indifférent que le Congrès et la Semaine d'Études jocistes de Montréal, avec la participation de tant de délégations étrangères, se préoccupent d'assurer à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, dans tous les pays où elle est établie, une unité de méthode et d'action, tout en sauvegardant, bien entendu, les règles institutionnelles et les traditions imprescriptibles de l'Église. Nul doute alors que la solution de ce problème ne puisse et ne doive être trouvée. Nous comptons pour cela sur la sagesse et la perspicacité des chefs formés par la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, sur la profondeur de leur sens chrétien, en même temps que sur les directives appropriées de la Hiérarchie. Nul doute enfin que, si bien intentionnés, les membres du Congrès de Montréal n'accomplissent, sous votre égide éclairée, un excellent travail, que le Seigneur ne manquera pas de féconder de ses lumières et de ses énergies divines.

Nous attendons donc beaucoup de ces journées canadiennes, qui seront d'un grand exemple pour les sections jocistes de tous pays. Encore une fois, Nous Nous réjouissons vivement des saintes victoires, que ce mouvement a déjà remportées partout: Nous en félicitons de tout cœur son fondateur, ses dirigeants, ses aumôniers, et Nous faisons passer, par vos mains empressées, à l'intention de cette portion choisie du troupeau du Christ Jésus, comme gage des meilleurs faveurs célestes, Notre Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 24 mai 1947,

PIUS PP. XII


* Discours et Messages-radio de S.S. Pie XII, IX,
Neuvième année de pontificat, 2 mars 1947 - 1er mars 1948, pp. 583-585
Typographie Polyglotte Vaticane

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