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DISCOURS DU PAPE
PIE XII AU
NOUVEL AMBASSADEUR
DE LA RÉPUBLIQUE DOMINICAINE PRÈS LE SAINT-SIÈGE, S.E.M. ROBERT DESPRADEL*
Dimanche 8 janvier 1948
C’est pour Nous une particulière satisfaction de pouvoir saluer le nouveau
représentant de la République Dominicaine auprès du Saint-Siège.
Il s’agit en effet d’un pays privilégié que la divine Providence voulut
choisir pour être le berceau du christianisme en Amérique et le centre diffuseur
de l’épopée missionnaire qui accompagne sa découverte et sa conquête ; d’une
nation qui tout en se glorifiant justement d’avoir mérité les dernières
sollicitudes de Christophe Colomb, telles qu’elles se révèlent dans son
testament pénétré de piété chrétienne, de vifs désirs de culture et de filial
respect envers le Saint-Siège, n’est pas moins fière d’avoir vu ériger dans
son sein, par Notre immortel prédécesseur Jules II les premiers évêchés de tout
le continent américain.
Votre Excellence appelée à représenter devant Nous les intérêts d’un peuple
aussi illustre, et, par là même, à enrichir d’un insigne et nouveau membre le
corps diplomatique accrédité auprès de ce Siège, a eu le tact d’inaugurer sa
haute charge avec des expressions telles que le Père de la chrétienté lui-même
n’aurait pas pu les attendre plus chaleureuses, manifestant ainsi une
compréhension rare de la hauteur de son office et du but vers lequel il est
orienté.
L’histoire des relations entre le Siège Apostolique et les Antilles dorées –
développées encore dernièrement alors que votre patrie obtint son indépendance –
date de plusieurs siècles. Votre Excellence a rappelé très opportunément les
mérites impérissables que les fils espagnols de saint François et de saint
Dominique gagnèrent dans l’île Dominicaine, à l’aube de son évangélisation. Ce
furent des mérites – Nous Nous réjouissons de le proclamer – qui surpassent les
limites de l’île, et du siècle dans lesquels ils eurent lieu, car ce fut d’eux
que jaillirent effectivement les principes du droit international, enseignés peu
après à Salamanque par le Frère François de Vitoria, et perfectionnés à la fin
du siècle à Coïmbre et à Rome – avant de passer à Hugues Grotius – par l’insigne
Docteur François Suarez et par le Docteur de l’Église Robert Bellarmin. Ce n’est
pas étonnant que la foi catholique, reçue par des canaux si illustres de la
vétuste Europe, restât si fortement enracinée dans l’âme de votre peuple. Elle
se maintient toujours intacte, malgré les siècles comme le tison ardent qui,
quoique parfois dissimulé sous un froid manteau de cendres, attend seulement d’être
attisé par le souffle vivant d’une main forte et amoureuse pour resplendir de
nouveau, comme en sortant d’un rêve, d’une vive et brillante flamme.
Il est hors de doute qu’une personne comme Votre Excellence qui a si
clairement devant les yeux un passé si splendide fera tout ce qui sera dans son
pouvoir pour être fidèle – avec jugement droit et regard sûr – aux devoirs
concrets, et bien souvent urgents, qu’imposent le présent et l’avenir immédiat.
Les grandes batailles spirituelles qui sont la note dominante de nos jours,
du succès desquelles pourrait dépendre pour longtemps la physionomie morale de
l’humanité, exigent des résolutions nettes et des champions décidés. Une claire
vision et ferme résolution sont inséparables lorsqu’on doit mettre en pratique
les normes éternelles données par Dieu à la créature.
L’Église du Christ est la maîtresse compétente et irremplaçable de ces normes.
Son rayon d’action s’étend à tous les confins du monde, sans exclure aucune
race, ni dépendre d’aucune forme de gouvernement. Mais le fait qu’elle puisse
faire son office avec fécondité et profondeur, que cet office soit plus ou moins
efficace, même dans la vie sociale et publique, et qu’elle puisse produire l’abondance
de fruits pacifiques qui sont le résultat de cette éducation, dépend
substantiellement du degré de liberté et de possibilité d’action que chaque État
et chaque forme de gouvernement accorde à son activité. À cause de cela, pour que l’Église puisse étendre ses activités de manière à répondre aux nécessités
présentes et futures, il lui faut certaines conditions indispensables, telles
que la liberté de mouvement dans le champ de l’éducation de la jeunesse, la possibilité d’user des moyens nécessaires pour la formation d’un clergé capable
de pourvoir aux nécessités spirituelles des fidèles avec son large et franc
apostolat, et enfin ces conditions matérielles et spirituelles qui favorisent la
protection de la famille chrétienne, ainsi que l’éducation progressive et le
perfectionnement d’une élite laïque qui, dans les rangs de l’Action
catholique,
apprenne à valoriser – en pacifique collaboration avec tous les autres
concitoyens et pour le vrai bien et le progrès ordonné de son peuple – les
grandes vérités et les valeurs vitales de la sainte foi.
Nos fidèles et chers fils de cette île des Antilles que Christophe Colomb
honora du nom symbolique de « Hispaniola », apprendront avec une joie profonde que
le contact vivant entre leur chère patrie et le Père de la chrétienté a été
renforcé à présent par cet acte solennel. Et par les paroles de votre Excellence,
ils arriveront à connaître qu’ils ont ici, dans ce Siège de Pierre, un grand
protecteur attentif à leurs désirs et à leurs espérances, toujours disposé à
favoriser et à promouvoir tout ce qui sera possible et souhaitable pour le
mutuel intérêt de l’Église et de l’État.
Dans ces sentiments, Nous prions Votre Excellence de transmettre à Monsieur
le Président de la République qui récemment a voulu contribuer d’une manière
très généreuse à la construction d’un nouveau séminaire, aux membres du gouvernement et à tout le cher peuple dominicain l’expression de Notre
paternelle bienveillance, cependant que Nous implorons pour tous, les meilleures,
les plus choisies et les plus abondantes grâces du Ciel.
* Documents Pontificaux 1948, p.20-23.
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