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 DISCOURS DU PAPE PIE XII
À
UN GROUPE D'EMPLOYÉS DE LA SOCIÉTÉ SIDÉRURGIQUE BELGE 
« COCKERILL-OUGRÉE »
DE LIÈGE*

Salle du Consistoire - Mercredi 20 juillet 1955

 

Lorsque Nous voyons venir à Nous ceux de Nos fils qui appartiennent au monde du travail, Notre cœur ressent une joie très vive et Nous sommes profondément heureux de Nous entretenir avec eux en un colloque direct et familier, d'accueillir leurs soucis, leurs inquiétudes et leurs espoirs et de leur donner en retour une parole d'affection et d'encouragement. Après avoir reçu tout récemment un grand nombre de travailleurs italiens, voici que votre groupe évoque à Nos yeux l'image de la Belgique laborieuse et du pays de Liège en particulier, où se dressent les masses imposantes des usines métallurgiques qui vous emploient. À travers vous, Notre salut s'adresse à tous vos compagnons de labeur, qui peut-être auraient désiré vous accompagner et auxquels, à votre retour, vous vous empresserez, Nous en sommes sûr, de transmettre l'assurance de Notre affection paternelle.

Sans doute, s'en trouve-t-il beaucoup parmi vous qui, pour la première fois, entrent en contact avec le centre du monde catholique. Mais en regardant tant de monuments antiques et modernes, vous pensez assurément à tout ce qu'ils représentent pour votre foi : c'est ici que les apôtres saint Pierre et saint Paul ont donné leur sang pour prouver la vérité du message qu'ils prêchaient ; c'est ici qu'après eux bien d'autres martyrs impavides ont rendu le même témoignage à Jésus-Christ. Sur les ruines de la civilisation païenne, se dressent maintenant des basiliques chrétiennes, qui attestent comment, au fil des siècles, la même croyance s'est maintenue intacte, fidèlement gardée par les successeurs de Pierre, héritiers après lui des pouvoirs divins. Voilà ce que Rome vous montre : la permanence indéfectible à travers les âges de l'Église fondée par le Christ, dépositaire de la vérité révélée et des promesses du salut.

Cette leçon admirable, que Rome illustre à vos yeux, vous ne l'oublierez plus jamais ; ce que vous emporterez chez vous, ce n'est pas seulement le souvenir de la grandeur et de la magnificence des monuments, mais la conviction que la foi, d'où ils sont nés, demeure toujours vivante, pure et forte. Vous êtes persuadés que le monde ouvrier doit jouer le rôle qui lui revient dans l'élaboration d'une civilisation plus humaine, plus juste, plus fraternelle. Mais d'aucuns voudraient atteindre ce but en faisant fi des trésors les plus précieux de l'âme humaine, sa religion, sa croyance en un Dieu Créateur et Sauveur, sa vocation à une destinée surnaturelle. Comment pourraient-ils assurer le bonheur et la paix de la société, alors qu'ils en tarissent les sources ? Leurs promesses, pour alléchantes qu'elles soient, ne pourraient aboutir qu'à la plus amère désillusion.

Vous savez mieux maintenant, chers fils, que l'enseignement de l'Église catholique remonte jusqu'aux apôtres. Des millions et des millions de chrétiens sont venus ici avant vous, s'agenouiller sur la tombe de Pierre et reconnaître en Lui le roc immuable, sur lequel le Christ a bâti son œuvre. Comme eux, vous confesserez avec enthousiasme que le Christ, dont la voix vous parvient maintenant, fidèlement transmise par la tradition romaine, a les promesses de la vie éternelle, celles qui ne passent ni ne déçoivent.

Voilà ce que vous direz à vos compagnons de travail, quand ils vous avoueront leurs craintes et leurs angoisses, quand vous-mêmes devrez porter la charge bien lourde du travail quotidien, des responsabilités familiales et sociales, de toutes les souffrances inévitables de cette vie. Plus que n'importe qui, vous voulez de toutes vos forces voir le triomphe de la justice et de la vérité, la reconnaissance de vos droits légitimes, comme de vos devoirs. Vous voulez assurer l'équilibre harmonieux des relations entre les divers groupes de la société. Mais vous refusez les solutions fausses ou incomplètes, celles qui couvrent le mal d'une illusion fugace et restent impuissantes à l'aborder de front dans toute son ampleur, à le combattre jusque dans son dernier refuge, le cœur de l'homme avec ses tendances égoïstes et orgueilleuses. Seule la charité chrétienne, appuyée sur la vérité et la force de Dieu même, peut entreprendre cette tâche avec chance de succès.

Que votre voyage à Rome affermisse en vous la conscience de la solidité et de la pérennité de votre croyance, de son universalité aussi, car vous avez sans doute côtoyé en cette ville nombre de pèlerins venus d'autres pays, et même d'autres continents. Quelles que soient leur condition sociale, leur nationalité, leur race, ils croient comme vous en un même Dieu et Seigneur Jésus-Christ, ils obéissent filialement à la même Église, qu'ils appellent leur Mère et en qui ils trouvent appui et consolation dans leurs difficultés.

Que la Divine Providence rende fructueux les efforts, que vous déployez pour améliorer, votre condition économique, et surtout pour faire rayonner dans votre milieu familial et professionnel la paix et la joie de l'âme désintéressée, fidèle à ses devoirs et généreuse envers autrui.

En gage des faveurs célestes que Nous implorons sur vous-mêmes, sur vos familles et tous ceux qui vous sont chers, Nous vous accordons Notre paternelle Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVII,
 Dix-septième année de Pontificat, 2 mars 1955 - 1er mars 1956, pp. 183-185
 Typographie Polyglotte Vaticane

 

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