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 DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTES À LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE
DES RESPONSABLES CATHOLIQUES DES GUIDES*

Castel Gandolfo - Vendredi 26 août 1955

 

Nous sommes heureux de vous accueillir, chères filles, à l'occasion de la cinquième conférence internationale des Guides catholiques, — présidée par votre si digne Chef-Guide, la Princesse Marie Massimo Lancellotti, — et de voir tant de nations réunies dans le groupe que vous formez sous Nos yeux. C'est de grand cœur et avec une affection toute paternelle que Nous agréons l'hommage de votre filiale dévotion, et Nous vous adressons bien volontiers les encouragements que vous sollicitez pour votre haute mission d'éducatrices catholiques.

Le contacts, que vous aurez ces jours-ci, vous permettront de mettre en commun vos expériences de dirigeantes, et de faire ensuite profiter tout le mouvement de vos fructueuses réflexions. Conscientes de la responsabilité qui vous incombe dans la formation chrétienne des Guides catholiques, vous n'avez pas hésité à aborder ensemble, sous la direction de vos aumôniers, le grave sujet de la Rédemption dans ses rapports avec l'éducation. L'importance de cette étude ne saurait échapper à aucun pédagogue, car tout éducateur chrétien entreprend de guider ses élèves non vers un but quelconque, mais vers l'unique fin dernière de l'homme, la sainteté chrétienne. Or un guide, qui assume une telle charge, doit connaître à la fois le point de départ, le but à atteindre, le chemin à parcourir et les forces des voyageurs. Le point de départ est une nature créée à l'image de Dieu et destinée par le Créateur à la vision béatifique, mais privée de la grâce par la faute originelle. Jamais les efforts de l'homme n'obtiendront à eux seuls la grâce surnaturelle qui lui permettra de se sauver et de s'élever au sommet de sainteté auquel Dieu l'appelle. Et Dieu envoie son Fils pour racheter l'humanité. L'éducateur chrétien est appelé à collaborer avec l'unique Sauveur, à le faire connaître et aimer des enfants qui lui sont confiés. Honneur sublime, mais qui oblige à la plus grande humilité, à la plus grande fidélité aux ordres du Christ.

Car le Christ s'est défini la voie, la vérité, la vie. « Sans la voie, on n'avance pas ; sans la vérité, on ne connaît pas ; sans la vie, on ne vit pas » (Imitation de Jésus-Christ, livr. III, ch. 56, n. r). Le Sauveur se propose à tous, mais il n'a pas deux vérités à présenter, ni deux chemins à suivre, ni deux vies à offrir en choix. Les évangélistes n'ont-ils pas rapporté les paroles du Sauveur au sujet d'une condition essentielle pour accéder à la vie nouvelle, qui est de la préférer, au prix même des plus durs sacrifices, aux biens de la terre, aux commodités personnelles, aux affections humaines, même légitimes (cf. Mt 10, 37 ; Lc 14, 25-27) ? L'éducateur, qui oublierait ce principe fondamental de la vie chrétienne, qui négligerait d'en tirer les conséquences pratiques, pour lui-même d'abord et pour ceux dont il s'occupe, ne serait pas un bon guide.

Votre mouvement vous habitue à vous passer du confort moderne, de ce cadre artificiel qui dispense de l'effort physique et amollit la volonté. Il vous invite à pratiquer un style de vie plus austère, sollicite votre générosité et le don de vous-mêmes à vos sœurs plus jeunes. Celui qui peut, à chaque instant pour ainsi dire, satisfaire ses caprices, comment serait-il sensible aux besoins d'autrui, à sa souffrance ? Comment éprouverait-il pour lui-même la nécessité d'une vie intérieure, du recueillement, de la prière qui seule donne la force de mortifier les tendances égoïstes et de pratiquer la charité désintéressée ?

C'est pourquoi mieux que d'autres, vous êtes capables de comprendre la portée des paroles de Jésus et d'en tirer toutes les conséquences. Le guidisme se propose d'épanouir votre personnalité, de cultiver vos aptitudes, afin qu'un jour vous sachiez faire face à toutes les responsabilités qui vous incomberont, les assumer avec décision, les porter avec courage. Mais au delà des vertus humaines, c'est l'idéal chrétien que vous poursuivez, impossible à réaliser sans une lutte persévérante contre soi-même. N'y a-t-il pas là une contradiction ? Sans doute, s'il s'agissait uniquement d'enlever, de sacrifier, sans compensation aucune. Mais, en même temps qu'il impose un renoncement difficile, le Christ, vous le savez, transforme l'âme du chrétien, l'aide à pénétrer les mystères de son œuvre, l'invite à y collaborer et lui donne à cet effet une ardeur toujours croissante. Ainsi, plus exigeante et plus austère, la doctrine chrétienne de l'éducation est la plus optimiste de toutes. Elle ne fait pas fond sur les seules forces humaines, mais sur la capacité donnée à tout homme de devenir un fils de Dieu : « Voyez, dit saint Jean, quel grand amour nous a témoigné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu — ce que nous sommes » (1 Jn 3, 1).

Les méthodes pédagogiques sont diverses, même parmi les catholiques, et c'est un bien. Selon les caractères et la condition des éducateurs et des élèves, l'une obtiendra de meilleurs résultats que l'autre. Toutes cependant doivent reposer sur les données de la Révélation, au carrefour desquelles se situe le mystère de la Rédemption. Tous les enfants d'Adam portent les conséquences du péché originel, et le baptême, qui les constitue enfants de Dieu et de l'Église, ne leur enlève pas une certaine tendance au mal, contre laquelle ils doivent lutter victorieusement avec la grâce. La présente conférence internationale vous éclairera certainement sur cette condition primordiale de l'éducation chrétienne et vous suggérera les moyens à employer pour atteindre le but souhaité. Vous travaillez sans cesse sous la conduite du divin Guide et Sauveur; vous voudrez donc avant tout vous inspirer de ses exemples : l'Évangile nous décrit sa patience admirable, son humilité surprenante, son grand amour des hommes, surtout des enfants et des pauvres. Et ce Jésus si aimable, rencontré dans l'Écriture, vous le trouverez plus intimement encore dans l'Eucharistie, centre vital de votre action : « Si vous ne mangez ma chair, vous n'aurez pas la vie en vous » (cf. Jn 6, 53). Oui, vraiment, quand il s'agit de former des chrétiens ou des chrétiennes, c'est Jésus qui doit avoir toujours le premier rôle. Il est la porte des brebis, il est leur lumière, leur chemin, leur pain, leur vie. Plus vous lui serez unies, plus vous vous rendrez aptes à remplir la belle mission qui vous est confiée.

Voilà, chères Guides, ce que Nous voulions vous dire, pour répondre à l'empressement filial, avec lequel vous êtes venues solliciter Nos encouragements et Notre bénédiction. Qu'elle descende du ciel très abondante cette Bénédiction apostolique, sur vous-mêmes ici présentes, sur toutes celles que vous représentez et dont vous avez la charge, sur votre mouvement tout entier et ses aumôniers, sur vos familles enfin et sur tous ceux et celles qui vous sont chers.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVII,
 Dix-septième année de Pontificat, 2 mars 1955 - 1er mars 1956, pp. 201-203
 Typographie Polyglotte Vaticane

 

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