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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU II e CONGRÈS MONDIAL
DE LA FÉDÉRATION ROUTIÈRE INTERNATIONALE*

Palais pontifical de Castel Gandolfo - Mardi 3 octobre 1955

 

Nous sommes heureux d'accueillir l'hommage de votre visite, Messieurs, et d'adresser à votre illustre assemblée Nos encouragements et Nos vœux. Le second Congrès Mondial de la Fédération Routière Internationale, qui vous réunit à Rome cette année, intéresse à la fois les techniciens de la route, les experts de la circulation routière, de hauts fonctionnaires des administrations publiques, des spécialistes en économie et en jurisprudence, d'éminentes personnalités du monde politique, industriel et commercial des 52 nations, qui composent actuellement votre Fédération. C'est dire l'importance de vos travaux et l'intérêt des résultats que vous poursuivez dans les divers domaines, que Nous venons d'évoquer.

Une pensée commune anime vos études et vos débats : de bonnes routes sont nécessaires pour le développement social et économique des peuples. Vous êtes en quelque sorte comme un corps de savants et de médecins, qui se penchent sur le système circulatoire d'un vivant pour en connaître la nature et les lois, le fonctionnement normal et les anomalies. À travers les routes c'est, en effet, une grande partie de la vie d'un pays qui circule : les artères principales donnent naissance à des routes secondaires, puis à des chemins vicinaux, qui vont porter jusqu'aux dernières cellules du corps social les ressources nécessaires à l'existence. Non seulement le ravitaillement matériel, mais aussi celui de l'esprit, empruntent les grandes routes pour arriver jusqu'aux hommes. N'est-ce pas sur l'itinéraire des caravanes que de vastes phénomènes historiques, comme le bouddhisme ou l'islamisme, se sont étendus au cours des siècles à travers les nations les plus diverses ? Et les routes si remarquables de l'empire romain n'ont-elles pas facilité la diffusion de la religion chrétienne dans le monde antique ? L'esprit s'émerveille à comparer les conditions des transports routiers, demeurés si précaires jusqu'au siècle dernier, avec les résultats obtenus grâce à eux par la patience et l'énergie des hommes : voyages, découvertes, arts, industrie et commerce en ont dépendu entièrement ou en bonne part.

Aujourd'hui, toutefois, les problèmes ont pris une ampleur et une complexité entièrement nouvelles. Cette révolution est due principalement à l'apparition de l'automobile. Dès ses premiers essais, aux dernières années du siècle passé, elle fit subir à la route une épreuve redoutable. À la paisible traction des véhicules antérieurs succédait un dur frottement tangentiel, car les roues imprimaient désormais le mouvement aux voitures, au lieu de le recevoir d'elles. Les routes furent bientôt défoncées et les nuages de poussière soulevés par les autos témoignèrent assez clairement de la détérioration rapide qu'elles provoquaient. Les problèmes créés suscitèrent à la fois des solutions et des ressources. On chercha des revêtements plus résistants, qui se révélèrent nécessairement fort coûteux; mais les avantages de la circulation automobile permirent d'imposer fortement les véhicules et les carburants. Il naquit de ce nouvel état de choses tout un ensemble d'études et d'entreprises qui sont précisément les vôtres, Messieurs, et auxquelles Nous portons un vif intérêt, à cause principalement de leur importance sociale.

Les problèmes actuels de la route apparaissent étroitement liés à l'utilisation récente des nouvelles sources d'énergie, qui ont permis à l'homme d'économiser toujours davantage son temps et ses forces. De simple possibilité, qu'elle était au début, cette ressource est bien vite devenue sévère nécessité : sous la pression de la concurrence, individus, sociétés commerciales et industrielles, nations entières doivent entrer dans cette gigantesque et universelle course de vitesse, qui caractérise la civilisation moderne. Autrement, c'est la ruine financière, l'écrasement économique. Or la route, moyen de transmission, entre dans la lutte comme un élément nécessaire, parfois décisif. Voilà pourquoi il la faut aujourd'hui si commode et si sûre, si parfaite en un mot.

Sans entrer ici dans l'aspect technique et juridique de la question, Nous voulons noter que des bénéfices financiers ne doivent jamais prévaloir sur des nécessités humaines. Il serait inadmissible que les subsides accordés pour la construction ou l'entretien d'un réseau routier soient drainés au service d'intérêts particuliers, alors que des populations moins favorisées ont un urgent besoin d'être libérées de leur état d'infériorité par l'accès de la civilisation, lequel dépend en grande partie des voies de communication. Ouvrir une route, c'est dans un cas semblable ouvrir un débouché économique, introduire les bienfaits de la médecine et de l'hygiène, de l'instruction et de la religion : dispensaires, écoles et stations missionnaires verront leur activité multipliée et leur rayonnement s'étendre. Avec eux, c'est la santé de l'âme et du corps qui pénétreront profondément dans la région. Il n'est aucun homme de cœur, qui ne soit sensible à de telles considérations, et il appartient à, ceux, qui peuvent juger et intervenir, de le faire avec force et générosité. En agissant de la sorte, on se méritera la reconnaissance de quiconque a le sens de la fraternité humaine.

Votre Fédération poursuit encore autour des problèmes de la circulation une œuvre importante d'éducation sociale, à laquelle Nous aimons rendre hommage, Nous voulons dire la formation d'un sens plus aigu de leurs responsabilités chez tous les usagers de la route. Qui n'a été préoccupé, en effet, du trop grand nombre d'accidents, dont elle est le théâtre ? Les véhicules toujours plus nombreux, plus rapides et plus lourds se créent les uns aux autres, et créent pour les piétons un danger toujours plus grand. Les causes en sont multiples, les unes matérielles, les autres psychologiques. Quant aux premières, on s'applique, Nous l'espérons, à y remédier partout efficacement. Mais il est aussi nécessaire d'inculquer à tous la notion du devoir grave de respecter la vie d'autrui. À cela contribuera sans doute la crainte salutaire de répressions immédiates et proportionnées; mais la police seule ne peut prévenir le péril créé par des conducteurs peu maîtres d'eux-mêmes, entraînés par la passion de la vitesse ou parfois intoxiqués par l'alcool. Il importe de faire observer spontanément une discipline exacte, conforme aux règlements universellement adoptés. Les conséquences si souvent dramatiques des infractions au code de la route lui confèrent un caractère d'obligation extrinsèque beaucoup plus grave que l'on ne pense généralement. Les automobilistes ne peuvent compter sur leur seule vigilance et leur seule habileté pour éviter les accidents ; il doivent encore maintenir une juste marge de sécurité, s'ils veulent être à même d'épargner les imprudents et d'obvier aux difficultés imprévisibles.

Nous voulons croire que votre sollicitude, qui est aussi la Nôtre, ne restera pas sans effet, et qu'une opinion publique mieux éduquée fera régner sur les routes un climat de courtoisie, de modération et de prudence conformes aux meilleures traditions de la civilisation chrétienne.

Laissez-Nous encore, Messieurs, évoquer d'un mot les réflexions que Nous suggéraient les beaux albums, où vous présentiez aux lecteurs quelques exemples plus remarquables de l'industrie routière, nobles réalisations de l'intelligence et du travail humains. En jetant les yeux sur ces files de voitures lancées sur les routes impeccables, une question s'élevait, non sans quelque angoisse, à Notre cœur: où vont-ils si vite tous ces hommes ? Est-ce le sentiment du devoir, ou la passion de l'argent, qui les. pousse ? Est-ce le désir de servir, ou celui de dominer leur prochain ? Et Nous pensions au précepte de la charité, à la parole qui résume tout l'enseignement du Divin Maître : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Io. 15, 12). « Tout ce que vous voudriez que les hommes fissent pour vous, faites-le pareillement pour eux » (Matth. 7, 12). Puisse-t-il entraîner toujours plus à sa suite les cœurs et les volontés des hommes. Il est la lumière du monde, et, ceux qui le suivent ne marchent pas dans les ténèbres (cfr. Io. 8, 12).

En souhaitant, pour finir, que l'harmonieux concours de vos efforts contribue largement au bien général de la société et favorise les rapprochements pacifiques, auxquels aspire le monde entier, Nous demandons à Dieu de vous combler de Ses grâces, et Nous vous accordons dans cette intention, à vous-mêmes ici présents, à vos familles et à tous ceux qui vous sont chers, Notre paternelle Bénédiction apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVII,
 Dix-septième année de Pontificat, 2 mars 1955 - 1er mars 1956, pp. 273-276
 Typographie Polyglotte Vaticane

 

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