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05 - 06.10.2008
RÉSUMÉ
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PREMIÈRE CONGRÉGATION GÉNÉRALE (LUNDI 6 OCTOBRE 2008 - MATIN)
-
DEUXIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE (LUNDI 6 OCTOBRE 2008 - APRÈS-MIDI)
PREMIÈRE CONGRÉGATION GÉNÉRALE (LUNDI 6 OCTOBRE 2008 - MATIN)
- RÉFLEXION DU SAINT- PÈRE
À l’ouverture de la Première Congrégation Générale de ce matin,
lundi 6 octobre 2008, après la brève lecture de l’Heure Tierce, le
Saint-Père Benoît XVI a tenu la réflexion suivante :
Chers Frères dans l’Épiscopat,
chers frères et soeurs,
au début de notre Synode, la Liturgie des Heures nous propose un
extrait de l’important Psaume 118 sur la Parole de Dieu: un éloge de
sa Parole, expression de la joie d’Israël de pouvoir la connaître
et, à travers elle, de pouvoir connaître sa volonté et son visage.
Je voudrais méditer avec vous certains des versets de cet extrait du
Psaume.
Il début comme ceci:“In aeternum, Domine, verbum tuum constitutum
est in caelo... firmasti terram, et permanet”. Il concerne la
solidité de la Parole. Elle est solide, elle est la vraie réalité
sur laquelle fonder notre propre vie. Rappelons-nous la parole de
Jésus qui continue cette parole du Psaume: “Le ciel et la terre
passeront, mais mes paroles ne passeront point”. Humainement
parlant, la parole, notre parole humaine, n’est presque rien dans la
réalité, à peine un souffle. À peine prononcée, elle disparaît.
Comme si elle n’était rien. Mais la parole humaine a déjà une force
incroyable. Ce sont les mots qui créent l’histoire, ce sont les mots
qui donnent forme aux pensées, les pensées desquelles viennent la
parole. C’est la parole qui forme l’histoire, la réalité.
La Parole de Dieu est davantage encore le fondement de tout, elle
est la véritable réalité. Et pour être réalistes, nous devons
justement compter sur cette réalité. Nous devons changer notre idée
que la matière, les choses solides, qu’on peut toucher, seraient la
réalité la plus solide, la plus sûre. À la fin du Sermon sur la
Montagne, le Seigneur nous parle des deux possibilités de bâtir la
maison de sa vie: sur le sable et sur la roche. Sur le sable ne
bâtit que celui qui bâtit sur les choses visibles, tangibles, sur le
succès, sur la carrière, sur l’argent. Telles sont apparemment les
véritables réalités. Mais tout cela, un jour, disparaîtra. Nous le
voyons aujourd’hui dans la faillite des grandes banques: cet argent
disparaît, il n’est rien. Aussi toutes ces choses, qui semblent être
la véritable réalité sur laquelle compter, ne sont qu’une réalité de
deuxième ordre. Celui qui bâtit sa vie sur ces réalités, sur la
matière, sur le succès, sur tout ce qui apparaît, bâtit sur du
sable. Seule la Parole de Dieu est le fondement de toute la réalité,
elle est aussi stable que le ciel, plus stable que le ciel, elle est
la réalité. Nous devons donc changer notre concept de réalisme. La
personne réaliste est celle qui reconnaît dans la Parole de Dieu,
dans cette réalité apparemment si faible, le fondement de tout. La
personne réaliste est celle qui bâtit sa vie sur ce fondement qui
reste en permanence. C’est ainsi que ces premiers versets du Psaume
nous invitent à découvrir ce qu’est la réalité et à trouver de cette
manière le fondement de notre vie, et comment construire la vie.
Il est dit dans le verset suivant: “Omnia serviunt tibi”. Toutes les
choses proviennent de la Parole, elles sont un produit de la Parole.
“Au commencement était le Verbe”. Au début le ciel parla. C’est
ainsi que la réalité naît de la Parole, elle est “creatura Verbi”.
Tout est créé de la Parole et tout est appelé à servir la Parole.
Cela veut dire que toute la création, à la fin, est pensée pour
créer le lieu de la rencontre entre Dieu et sa créature, un lieu où
l’amour de la créature répond à l’amour divin, un lieu dans lequel
s’écrit l’histoire de l’amour entre Dieu et sa créature. “Omnia
serviunt tibi”. L’histoire du salut n’est pas un événement mineur,
dans une planète pauvre, dans l’immensité de l’univers. Elle n’est
pas une chose minime, qui advient par hasard sur une planète perdue.
Elle est le mobile de tout, la raison de la création. Tout est créé
pour qu’advienne cette histoire, la rencontre entre Dieu et sa
créature. En ce sens, l’histoire du salut, l’alliance, précède la
création. À l’époque hellénistique, le judaïsme a développé l’idée
que la Torah aurait précédé la création du monde matériel. Ce monde
matériel n’aurait été créé que pour donner lieu à la Torah, à cette
Parole de Dieu qui crée la réponse et devient histoire d’amour.
C’est ici que transparaît déjà mystérieusement le mystère du Christ.
C’est ce que nous disent les Lettres aux Éphésiens et aux
Colossiens: le Christ est le protòtypos, le premier né de la
création, l’idée pour laquelle a été conçu l’univers. Il accueille
tout. Nous entrons dans le mouvement de l’univers en nous unissant
au Christ. On peut dire que, alors que la création matérielle est la
condition pour l’histoire du salut, l’histoire de l’alliance est la
vraie cause du cosmos. Nous arrivons aux racines de l’être en
arrivant au mystère du Christ, à sa parole vivante qui est le but de
toute la création. “Omnia serviunt tibi”. En servant le Seigneur
nous réalisons le but de l’être, le but de notre propre existence.
Faisons à présent un saut: “Mandata tua exquisivi”. Nous sommes
toujours à la recherche de la Parole de Dieu. Elle n’est pas
simplement présente en nous. Si nous nous arrêtons à la lettre, nous
n’avons pas nécessairement compris réellement la Parole de Dieu.
Nous risquons de ne voir que les paroles humaines et de ne pas
trouver en leur sein le véritable acteur, l’Esprit Saint. Nous ne
trouvons pas dans les paroles la Parole. Saint Augustin, dans ce
contexte, nous rappelle les scribes et les pharisiens consultés par
Hérode au moment de l’arrivée des Mages. Hérode veut savoir où
serait né le Sauveur du monde. Ils le savent et donnent la réponse
juste : à Bethléem. Ce sont de grands spécialistes, qui connaissent
tout. Et cependant, ils ne voient pas la réalité, ils ne connaissent
pas le Sauveur. Saint Augustin dit: ils sont des indicateurs de
direction pour les autres, mais eux-mêmes ne se déplacent pas. C’est
également un grand danger dans notre lecture de l’Écriture: nous
nous arrêtons aux paroles humaines, aux paroles du passé, à
l’histoire du passé, et nous ne découvrons pas le présent dans le
passé, l’Esprit Saint qui nous parle aujourd’hui à travers les mots
du passé. Nous n’entrons pas ainsi dans le mouvement intérieur de la
Parole, qui en mots humains nous cache et nous ouvre les paroles
divines. Aussi a-t-on toujours besoin de l’“exquisivi”. Nous devons
être à la recherche de la Parole dans les paroles.
L’exégèse, la vraie lecture de l’Écriture Sainte, n’est donc pas
seulement un phénomène littéraire, n’est pas la simple lecture d’un
texte. C’est le mouvement de mon existence. C’est se déplacer vers
la Parole de Dieu dans les paroles humaines. Ce n’est qu’en nous
conformant au mystère de Dieu, au Seigneur qui est la Parole, que
nous pouvons entrer à l’intérieur de la Parole, que nous pouvons
vraiment trouver dans les paroles humaines la Parole de Dieu. Prions
le Seigneur pour qu’il nous aide à chercher non seulement avec
l’intellect, mais avec toute notre existence, pour trouver la
parole.
À la fin : “Omni consummationi vidi finem, latum praeceptum tuum
nimis”. Toutes les choses humaines, toutes les choses que nous
pouvons inventer, créer, sont finies. Toutes les expériences
religieuses humaines aussi sont finies, montrent un aspect de la
réalité, parce que notre être est fini et ne comprend toujours
qu’une partie, que certains éléments: “latum praeceptum tuum nimis”.
Seul Dieu est infini. Aussi sa Parole est-elle universelle et ne
connaît-elle pas de frontières. En entrant donc dans la Parole de
Dieu, nous entrons réellement dans l’univers divin. Nous sortons de
l’étroitesse de nos expériences et entrons dans la réalité qui est
vraiment universelle. En entrant dans la communion avec la Parole de
Dieu, nous entrons dans la communion de l’Église qui vit la Parole
de Dieu . Nous n’entrons pas dans un petit groupe, dans la règle
d’un petit groupe, mais nous sortons de nos limites. Nous sortons
vers le large, dans la vraie largeur de l’unique vérité, la grande
vérité de Dieu. Nous sommes réellement dans l’universel. Et nous
sortons ainsi dans la communion de tous nos frères et soeurs, de
toute l’humanité, parce que dans notre coeur se cache le désir de la
Parole de Dieu qui est une. Aussi l’évangélisation, l’annonce de
l’Évangile, la mission ne sont-elles pas une espèce de colonialisme
ecclésial, par lequel nous voulons insérer les autres dans notre
groupe. C’est sortir des limites de chaque culture dans
l’universalité qui nous relie tous, nous unit tous, nous fait tous
frères. Prions de nouveau afin que le Seigneur nous aide à entrer
réellement dans la “largeur” de sa Parole et nous ouvre ainsi à
l’horizon universel de l’humanité qui nous unit avec toutes les
différences.
Enfin, retournons de nouveau à un précédent verset : “Tuus sum ego :
salvum me fac”. Le texte italien traduit: “Je suis tien”. La Parole
de Dieu est comme une échelle sur laquelle nous pouvons monter et,
avec le Christ, également descendre dans la profondeur de son amour.
C’est une échelle pour arriver à la Parole dans les paroles. “Je
suis tien”. La parole a un visage, est une personne, le Christ.
Avant que nous puissions dire “Je suis tien”, il nous a déjà dit “Je
suis tien”. La Lettre aux Hébreux, citant le Psaume 39, dit : “Mais
tu m’as façonné un corps (...) Alors j’ai dit : Voici, je viens”. Le
Seigneur s’est fait façonner un corps pour venir. Il a dit par son
incarnation : je suis tien. Et dans le baptême, il m’a dit : je suis
tien. Dans la Sainte Eucharistie, il le dit toujours de nouveau : je
suis tien, afin que nous puissions répondre: Seigneur, je suis tien.
Dans le chemin de la Parole, en entrant dans le mystère de son
incarnation, de son être avec nous, nous voulons nous approprier son
être, nous voulons nous exproprier de notre existence, en Lui
donnant ce qui nous a été donné.
“Je suis tien”. Prions le Seigneur de pouvoir apprendre par toute
notre existence à dire cette parole. Ainsi serons-nous au coeur de
la Parole. Ainsi serons-nous sauvés.
[00020-03.05] [NNNNN] [Texte original: italien]
DEUXIÈME CONGRÉGATION GÉNÉRALE (LUNDI 6 OCTOBRE 2008 - APRÈS-MIDI)
- RAPPORTS SUR LES CONTINENTS
-
RAPPORT DE S.ÉM. LE CARD. ALBERT VANHOYE, S.I., RECTEUR ÉMÉRITE DE
L’INSTITUT PONTIFICAL BIBLIQUE DE ROME (FRANCE)
À 16h30 d’aujourd’hui, en présence du Saint-Père, avec la récitation
de l’Adsumus, a eu lieu la Deuxième Congrégation Générale, pour la
lecture en Salle des Rapports sur les Continents sur le thème de la
XXème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques La Parole
de Dieu dans la vie et la mission de l’Église.
Le Président Délégué du jour était S.Ém. le Card. William Joseph
LEVADA, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
Après un temps d’interventions libres des Pères Synodaux sur les
Rapports sur les Continents, avant l’intervention de S.Ém. le Card.
Albert Vanhoye, S.I., Recteur Émérite de l’Institut Pontifical de
Rome (FRANCE), est intervenu l’Envoyé Spécial Shear-Yashuv Cohen,
Rabbin Chef de Haïfa (ISRAËL).
À cette Congrégation Générale, qui s’est conclue à 18h55 avec la
prière de l’Angelus Domini, étaient présents 245 Pères.
RAPPORTS SUR LES CONTINENTS
-
Pour l’Afrique: S.Exc. Mgr John Olorunfemi ONAIYEKAN, Archevêque
d'Abuja (NIGÉRIA)
-
Pour l’Asie: S.Exc. Mgr Thomas MENAMPARAMPIL, S.D.B., Archevêque de
Guwahati (INDE)
-
Pour l’Amérique: S.Em. le Card. Oscar Andrés RODRÍGUEZ MARADIAGA,
S.D.B., Archevêque de Tegucigalpa, Président de la Conférence
Épiscopale (HONDURAS)
-
Pour l’Europe: S.Em.le Card. Josip BOZANIĆ, Archevêque de Zagreb
(CROATIE)
-
Pour l’Océanie: S.Exc. Mgr Michael Ernest PUTNEY, Évêque de
Townsville (AUSTRALIE)
Nous publions ci-dessous, les Interventions sur les Continents:
-
Pour l’Afrique: S.Exc. Mgr John Olorunfemi ONAIYEKAN, Archevêque
d'Abuja (NIGÉRIA)
La Parole de Dieu dans la Vie et la Mission de l’Église: l’Histoire
africaine
Dans le Document de travail (IL) n. 7b, on peut lire l’observation
suivante, qui nous semble très pertinente: “Dans les Églises locales
d’origine plus récente, l’usage de la Bible parmi les fidèles est
plus étendu qu’ailleurs”.
Dans les limites du temps qui m’est imparti pour cet exposé, je
souhaite illustrer même brièvement que l’assertion ci-dessus est
d’une grande importance pour le continent africain. Deux récentes
célébrations bibliques sur le continent africain nous ont permis de
témoigner et documenter clairement le fait ci-dessus. La première
occasion fut lors du 40e anniversaire du document du Concile Vatican
II Dei Verbum, célébré au cours d’une rencontre sur l’Apostolat
biblique en Afrique qui s’est tenue à Abuja, au Nigéria, en juin
2005. La seconde fut au cours de cette année 2008, lorsque la
Fédération biblique catholique a tenu son Assemblée plénière pour la
première fois sur le continent africain à Dar es-Salaam, en
Tanzanie. Lors de ces deux occasions, nous avons pu entendre des
récits sur ce que Dieu a fait pour apporter la Parole de Dieu dans
les endroits les plus reculés du continent africain, notamment après
le Concile Vatican II. Aujourd’hui, nous regardons notre continent
et nous pouvons dire que, en effet, la Parole de Dieu est une bonne
nouvelle qui a été très largement répandue. Bien sûr des défis
demeurent, mais nous avons aussi beaucoup de sources de réconfort.
Au cours de ma brève présentation, j’ai décidé de suivre la division
tripartite du thème du Synode, que nous trouvons à la fois dans les
Grandes lignes et dans le Document de travail, à savoir:
(a) la Parole de Dieu en Afrique
(b) la Parole de Dieu dans la vie de l’Église en Afrique, et
(c) la Parole de Dieu dans la mission de l’Église en Afrique.
I. LA PAROLE DE DIEU EN AFRIQUE
1. Semina Verbi dans la Tradition africaine : Les documents
pré-synodaux soulignent l’importance d’une conception globale de la
Parole de Dieu, qui va bien au-delà des textes scripturaux. La
Parole de Dieu est le dialogue de Dieu avec toute l’humanité, qui
s’adresse à tous les êtres humains en tous temps et en tous lieux.
Le Synode africain a finalement et définitivement réhabilité la
religion traditionnelle africaine et ses cultures en reconnaissant,
dans un document officiel et qui fait autorité, que la religion
africaine traditionnelle est une foi monothéiste (EIA 7) qui croit
et vénère le vrai Dieu unique, “le Créateur” (EIA 57). C’est ce même
Dieu qui n’est jamais resté inconnu à celui qui le recherche avec un
cœur sincère (LG 15). Bien sûr, à cause des imperfections humaines,
ce Dieu est souvent approché par des images et des reflets confus.
Mais la vérité fondamentale est que l’Être Suprême, Créateur du ciel
et de la terre est l’objet du culte et des prières de notre religion
africaine traditionnelle. Les normes fondamentales de moralité dans
ces religions, aussi imparfaites qu’elles puissent être, reflètent
des rayons de “la lumière qui éclaire tout homme” (Jn 1, 9). Tout
cela n’a pas été en dehors de la grâce de Dieu, ainsi que le Concile
Vatican II l’affirme clairement (LG 15). Cela a non seulement été
une preparatio evangelica pour une éventuelle réception du message
évangélique, mais plus encore un environnement accueillant et un
terrain fertile pour cette annonce de la Parole de Dieu, à la fois
dans l’écriture et dans le ministère de l’Église (EIA 57).
Je crois qu’il est important de le reconnaître si nous voulons
expliquer comment la foi chrétienne s’est répandue si rapidement sur
le continent africain, au cours du siècle dernier, “une merveille de
la grâce de Dieu” (EIA 33). Mon défunt père, qui fut un des premiers
à embrasser le christianisme dans notre village vers 1920, m’a
clairement expliqué que lorsqu’il devint chrétien, il n’adopta pas
un nouveau Dieu. C’était le même Olorun l’Être Suprême Yoruba, qu’il
connaissait déjà dans la religion traditionnelle. C’est sur cette
base qu’il bâtit sa foi chrétienne, par la grâce de Dieu, et grâce à
la prédication de l’Évangile par les missionnaires. Ainsi, même sur
ce que l’on appelle le continent noir, la lumière de la Parole
éternelle de Dieu ne fut jamais absente.
2. L’Afrique dans les Saintes Écritures: La Parole de Dieu a
également la signification spécifique d’écritures inspirées qui
racontent l’histoire du peuple de Dieu à la fois dans l’Ancienne et
la Nouvelle Alliance. Dans cette histoire divine, le continent
africain a toujours été très présent. Dès le commencement, le
Patriarche Abraham dut se réfugier en Égypte (Gn 12, 10-20). Nous ne
devrions pas oublier non plus que l’Égypte devint de manière
providentielle l’“incubateur” du peuple d’Israël. La famille de
Jacob - Israël - qui quitta le pays de Canaan pour l’Égypte, à
l’invitation de Joseph, ne comprenait que 70 personnes (Ex 1, 5).
Ils demeurèrent dans le Terre de Goshèn pendant près de 430 années
(Ex 12, 40). Lorsqu’ils partirent en Exode, ils étaient devenus une
grande nation comptant 600.000 hommes, “sans compter leur famille”
(Ex 12, 37). Mais si l’on prend en compte les membres de leurs
familles, même en s’en tenant à une moyenne de cinq personnes par
famille, nous parlerions d’un total d’environ trois millions de
personnes en marche! C’est donc d’abord en Égypte qu’Israël connu
son premier développement comme nation. Ainsi, pour le peuple
d’Israël, l’Égypte n’est pas seulement une terre de persécution et
d’exode, mais aussi une terre de refuge et de protection. Pendant la
plus grande partie de son histoire, Israël fut un petit État coincé
entre les grandes nations de l’Égypte au Sud, de la Syrie au Nord et
de la Mésopotamie à l’Est.
Dans le Nouveau Testament, l’Égypte est à nouveau une terre de
refuge pour la Sainte Famille (Mt 2, 13-15). Lors de la passion,
l’Africain Simon de Cyrène aida Jésus à porter la croix (Mc 15, 21).
Le jour de Pentecôte, de nombreux pèlerins venaient d’Afrique,
“d’Égypte et de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène”
(Ac 2, 10). L’eunuque éthiopien (Ac 8, 26-39) fut l’un des premiers
à rapporter le message chrétien dans son pays, au plus profond du
cœur de l’Afrique.
Il n’y a donc rien d’étonnant que certains des premiers centres de
christianisme, aussi bien en termes de théologie et de théologiens
que de martyrs et de confesseurs, se trouvent en Afrique du Nord -
Alexandrie, Carthage et Hippone pour n’en mentionner que
quelques-uns. Tout cela est clairement souligné et célébré dans
l’Exhortation post-synodale de Jean-Paul II, Ecclesia in Africa, n.
31. Je crois qu’il est important de nous souvenir de ce fait pour
nous éviter de continuer à penser l’Afrique comme nouvelle et
étrangère à l’ensemble de l’histoire du salut telle que nous l’ont
transmise les Saintes Écritures. Notre continent peut se vanter
d’être bien davantage une “terre biblique” que beaucoup de grandes
nations chrétiennes d’aujourd’hui.
3. Les Écritures en Afrique aujourd’hui. Le Concile Vatican II
établit que tous les fidèles devraient avoir un large accès à la
Parole de Dieu dans les Saintes Écritures (DV 22). Beaucoup
d’efforts ont été faits depuis le Concile Vatican II pour offrir cet
accès aux chrétiens africains. Toutefois, il demeure beaucoup de
difficultés à ce sujet.
3.1. Le texte de l’Écriture lui-même peut représenter un véritable
problème dans certains lieux. Dans de nombreux pays du monde, le
coût d’une Bible peut être tout à fait minime, alors que dans
certaines régions d’Afrique, il représente parfois un salaire
mensuel. Il en résulte que beaucoup n’ont pas assez d’argent pour
posséder une Bible. Des efforts ont été faits pour imprimer des
textes de la Bible à des prix abordables. À cet égard, on peut
saluer le travail de nos frères protestants qui en ont fait une
priorité de leur apostolat. Dans de nombreuses régions, l’Église
catholique s’est associée à d’autres chrétiens en particulier dans
le cadre de la Société Biblique. Cette collaboration s’avère très
fructueuse.
3.2. À part le texte, il y a aussi une question de langue. Beaucoup
de langues ne possèdent toujours pas de traduction adéquate du texte
biblique. L’accès direct à la Parole de Dieu dans les Écritures
reste donc hors de portée pour ceux qui ne parlent que ces
langues-là. D’où l’importance de la traduction, qui n’est pas une
tâche facile. Là encore, nos frères protestants se sont fortement
engagés dans ce travail de traduction de la Bible dans de nombreuses
régions d’Afrique. L’Église catholique, notamment après le Concile
Vatican II, a activement participé à ce travail non sans rencontrer
de grandes difficultés. Très souvent, l’on manque de moyens pour
parvenir à cet objectif, ainsi que de compétences pour le mener à
bien. Les traductions sont très importantes en Afrique non seulement
car cela signifie transmettre la Parole de Dieu dans une autre
langue, mais parce que dans de très nombreuses régions d’Afrique
l’analphabétisme est largement répandu. Dans de telles
circonstances, la traduction de la Bible dans la langue locale rend
le texte biblique disponible et accessible même aux personnes qui ne
savent pas lire. Lorsqu’ils entendent la Bible lue dans leurs
langues, ils peuvent recevoir la Parole de Dieu par l’écoute. Dans
une culture qui est très largement orale, comme c’est le cas en
Afrique, on n’insistera jamais assez sur l’importance de l’écoute de
la Parole de Dieu. Après tout, le Seigneur Jésus a dit: “Bénis ceux
qui écoutent la Parole de Dieu et l’observent” (Lc 11, 28). Même si
je pense que ceux qui lisent la Parole de Dieu sont bénis eux aussi,
il semble que ceux qui simplement écoutent la Parole de Dieu le
soient encore bien davantage.
3.3. Mais même après avoir entendu la Parole de Dieu lue dans notre
propre langue, il reste à interpréter cette parole afin d’assimiler
le sens véritable du message que l’Esprit Saint destine à ceux à qui
la parole est adressée. On touche ici à la tâche de
l’interprétation, de l’exégèse, aussi bien au niveau scientifique
que populaire. Nous avons reçu un important témoignage des
merveilles que l’Esprit Saint a opérées dans le cœur et dans
l’esprit de simples chrétiens qui approchent la Parole de Dieu avec
une foi et un amour profonds. Il existe une sorte d’“instinct
spirituel” chrétien pour interpréter avec justesse la Parole de Dieu
qui parfois rend certains exégètes scientifiques honteux de leurs
spéculations irresponsables. Aussi bien les Grandes lignes (n. 19,
25) que le Document de travail (n. 38) parlent longuement de la
Lectio Divina. Depuis le Concile Vatican II, elle représente une
partie importante de l’apostolat biblique en Afrique, et nous avons
élaboré plusieurs méthodes pour lire, méditer et appliquer les
Écritures à la vie des fidèles de notre peuple. Par exemple, des
méthodes appropriées d’étude de la Bible ont vu le jour dans des
lieux comme le Monastère Dzogbegan dans le Nord du Togo et le Lumko
Pastoral Centre en Afrique du Sud, pour n’en mentionner que
quelques-uns. Ces méthodes ont fait le tour du monde et ont été
appliquées souvent avec quelques modifications, mais toujours avec
grand profit.
3.4. Les nouveaux médias : Même dans ce bref compte-rendu, on ne
peut manquer de mentionner le défi que représentent les nouveaux
médias. Les ordinateurs et les satellites ont aujourd’hui
révolutionné les communications. Si la Parole de Dieu doit être
communiquée, comme Dieu en a donné le mandat, nous ne pouvons pas
ignorer ce qui est en train d’advenir dans le domaine des nouvelles
technologies de la communication. Malheureusement le fossé
technologique s’élargit quotidiennement entre les pays riches et les
pays pauvres. Mais la bonne nouvelle, c’est que ces technologies
elles-mêmes sont en train de combler ce fossé de diverses manières.
Les téléphones portables et Internet sont désormais disponibles même
dans des régions reculées sans électricité et sans téléphone. Les
possibilités de diffuser la Parole de Dieu vont au-delà de ce que
l’on peut imaginer. Dans de nombreuses régions d’Afrique ont vu le
jour des programmes et des projets novateurs pour répandre le
message des Écritures au-delà des textes et des livres
traditionnels. Il y a là un besoin urgent d’une solidarité mondiale
et d’un partage des ressources.
II. LA PAROLE DE DIEU DANS LA VIE DE L’ÉGLISE EN AFRIQUE
“La Parole de Dieu soutient l’Église tout au long de son histoire”
(Lin. 19) Cela est également vrai dans l’histoire de l’Église en
Afrique.
1. L’Église des origines fut édifiée sur la Parole de Dieu dans les
Saintes Écritures. C’est tout aussi vrai de l’Église des origines en
Afrique du Nord. Cette tradition s’est poursuivie sans interruption
jusqu’à nos jours. À cet égard, les Églises coptes d’Égypte et
d’Éthiopie partagent la même richesse de fondement des Écritures que
d’autres Églises orientales et de rites orientaux.
2. Toutefois, aujourd’hui, l’attention est davantage fixée sur les
Églises plus récentes de l’Afrique sub-saharienne. Même si l’Église
catholique établie dans certaines régions d’Afrique au XVème siècle
a vécu sans interruption pendant 500 ans dans certains pays comme le
Mozambique ou l’Angola, sur la majeure partie du continent africain
l’Église est aujourd’hui le fruit d’une évangélisation plus récente,
datant principalement du XXème siècle, “une période de croissance
rapide” qu’a décrit Ecclesia in Africa, n. 33. Les missionnaires qui
ont apporté la foi catholique en Afrique à la fin du XIXème siècle
et pendant la majeure partie du XXème siècle, étaient des hommes et
des femmes représentant bien leur époque et leurs pays d’origine. Il
est évident que la Bible comme texte scripturaire n’était pas
vraiment une priorité dans la vie de l’Église de cette époque. Si
bien que les premières communautés catholiques d’Afrique
connaissaient plus les doctrines apprises à travers le catéchisme et
la prédication des missionnaires, plutôt que les citations des
chapitres et des versets bibliques. Mais cela ne signifie pas qu’ils
ignoraient les Saintes Écritures. Le catéchisme était lui-même basé,
d’une manière indirecte, sur les Écritures. La liturgie était encore
plus importante. Pendant la Messe, des passages étaient lus et des
homélies étaient prononcées pour eux. Avant le Concile Vatican II,
le missel contenait moins de lectures qu’il n’ en a aujourd’hui.
Mais cela représentait toutefois une sélection appréciable de
lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament. Nous ne devons pas non
plus sous-estimer le recours fréquent aux récits bibliques qui
étaient en particulier très appréciés par les enfants et les jeunes.
À travers ces publications, un grand nombre de récits bibliques les
plus importants, tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament, étaient
appris avec grand profit. Bien sûr, il y avait des Bibles
catholiques mises à disposition, mais d’une manière limitée, et même
les traductions n’étaient pas très répandues. On dit souvent que,
tandis que les protestants allaient à l’église en portant leurs
Bibles, les catholiques serraient leurs rosaires et leurs missels,
lorsqu’ils en possédaient.
3. Puis vint le Concile Vatican II et sa révolution biblique,
ouvrant l’Écriture Sainte à la vie de l’Église. Le Concile donna des
directives très claires non seulement dans Dei Verbum, en
particulier au chapitre 6, mais aussi dans d’autres documents, tels
que la Constitution dogmatique sur la Liturgie Sacrosanctum
Concilium et celle sur la Formation des prêtes Optatam Totius, où
l’Écriture est qualifiée d’“âme de toute la théologie” (OT 16). Ces
directives furent appliquées avec beaucoup de sérieux par l’Église
en Afrique. On peut dire qu’on assista alors à une explosion
d’enthousiasme pour la Parole de Dieu dans l’Écriture Sainte. En
particulier, une grande partie des laïcs étaient assoiffés de la
Parole de Dieu dans l’Écriture Sainte et essayèrent par tous les
moyens de l’apprendre autant qu’il leur était possible. En fait, ils
étaient parfois si désireux d’apprendre, qu’ils étaient même
disposés à étancher leur soif aux puits empoisonnés des territoires
non-catholiques.
Le Concile confia la responsabilité d’un juste recours à l’Écriture
Sainte aux responsables de l’Église locale, à savoir les Évêques.
Les Évêques d’Afrique ne négligèrent pas cette tâche. La
quasi-totalité des Conférences épiscopales a une commission sur la
Bible et pour la direction de l’apostolat biblique. Ces commissions
travaillent également main dans la main avec les conférences
épiscopales sœurs aux niveaux régional et continental. Au niveau
continental, le SECAM possède un bureau de coordination appelé le
“Biblical Centre for Africa and Madagascar” (BICAM). Il a longtemps
été situé à Nairobi, mais il se trouve à présent dans les bureaux du
SECAM à Accra, au Ghana. Cette structure au niveau africain est
coordonnée et intégrée au niveau mondial à travers la Fédération
biblique catholique, pour laquelle l’Église d’Afrique représente un
membre important. À travers ces structures, le magistère de l’Église
en Afrique a voulu encourager, promouvoir et coordonner l’usage des
Écritures dans l’Église. Des projets bibliques, tels que la
production de textes et de traductions bibliques et la publication
de matériels bibliques sont suivis très attentivement par des
experts assignés à cette tâche par les autorités compétentes. Cela a
porté beaucoup de fruits dans la plupart des pays, pour ne pas dire
dans tous les pays.
À cet égard, l’Église en Afrique a toujours beaucoup apprécié le
rôle d’un grand nombre d’Instituts de Vie consacrée qui sont tout
particulièrement engagés au service de l’apostolat biblique. Par
exemple, il faut mentionner les Pères et les Filles de Saint-Paul
(la famille paulinienne) qui publient beaucoup de textes et de
matériel bibliques, ou la Congrégation du Verbe Divin pour n’en
mentionner que quelques-uns.
Au niveau de l’exégèse scientifique, l’Église africaine a pris très
au sérieux la nécessité d’assurer aux exégètes et théologiens
africains un soutien et un encouragement, ainsi qu’une orientation
dans leur travail. Le SECAM possède une commission sur la Bible
appelée la Commibible, qui est sa Commission biblique. Sa tâche
consiste précisément à superviser le travail du BICAM et d’autres
apostolats bibliques en Afrique. Parallèlement, mais étroitement
liée à la Commibible, on trouve l’Association des Exégètes africains
de la Bible, appelée la “Pan-African Association of Catholic
Exegetes” (PACE). Cette organisation se réunit régulièrement, tous
les deux ans environ, en congrès et en sessions scientifiques au
cours desquels des questions scripturaires sont débattues au plus
haut niveau de la réflexion biblique scientifique. Leurs
publications ont reçu un grand accueil et tout le respect de leurs
pairs dans d’autres régions de l’Église universelle. Ce travail
mérite tout notre soutien et notre encouragement.
III. LA PAROLE DE DIEU DANS LA MISSION DE L’ÉGLISE EN AFRIQUE
Jusqu’à présent, nous avons déjà amplement vu ce que l’Église
accomplit dans le cadre de sa mission en Afrique à travers la Parole
de Dieu. Nous ne souhaitons ici que souligner quelques points.
1. Première Évangélisation : Tout d’abord, l’Afrique est encore un
continent de première évangélisation. Des statistiques récentes
indiquent encore un pourcentage de catholiques en Afrique se situant
autour de 14% (EIA 38). Il y a donc beaucoup à moissonner (EIA 74).
La tâche de la première évangélisation exige bien sûr que la Parole
de Dieu soit annoncée et proclamée avec toute sa puissance et sa
vigueur. Cela requiert que les Écritures soient correctement
présentées à ceux qui sont invités à accepter le message chrétien.
La catéchèse avec laquelle nous entreprenons la première
évangélisation s’est enracinée de plus en plus dans les Saintes
Écritures, conformément aux directives du Directoire général pour la
catéchèse et également selon l’exemple du Catéchisme de l’Église
catholique.
2. Travail pastoral : La mission de l’Église consiste également à
conduire ses membres vers un vécu cohérent de la foi chrétienne dans
leur vie et dans leurs activités quotidiennes. Ici, la Parole de
Dieu dans l’Écriture est un point de référence constant “une lumière
sur notre route” (Ps 119, 105). Les leçons des Écritures Saintes de
l’Ancien et du Nouveau Testament sont toujours pertinentes, car la
Parole de Dieu est éternelle. Le chrétien, qui vit dans ce monde, et
qui doit témoigner du message évangélique, est encouragé à connaître
les sources de sa foi, en particulier la Parole inspirée de Dieu.
Ainsi l’Écriture joue-t-elle un plus grand rôle dans la mission
pastorale de l’Église à l’égard de ses membres.
3. Œcuménisme : L’Église a une mission envers ceux qui
n’appartiennent pas à son troupeau. Nous commencerons tout d’abord
par les autres chrétiens qui n’appartiennent pas à notre Église.
Nous avons eu l’occasion de mentionner notre coopération sur une
base œcuménique dans les productions de Bibles et dans le travail de
traduction. Nous avons observé avec une grande joie et pour la plus
grande gloire de Dieu qu’une plus grande connaissance des Saintes
Écritures de la part des catholiques nous a rapprochés de nos frères
d’autres traditions chrétiennes pour lesquelles l’Écriture est
souvent la principale et parfois la seule source d’orientation dans
la vie chrétienne. Lorsque nous parvenons à lire la Bible ensemble
et à prier la Bible ensemble, beaucoup de malentendus sont évités,
la coopération devient possible et féconde et l’on promeut la
mission de l’Église en général. Il y a bien sûr des difficultés, en
particulier avec des groupes qui ne sont pas seulement de type
fondamentaliste mais qui sont clairement anti-catholiques. L’Afrique
est malheureusement la décharge de toutes les idées folles venant
d’autres continents, notamment les affirmations selon lesquelles
notre Église ne “respecterait” pas la Bible et ne pourrait donc pas
être réellement considérée comme catholique. Un grand nombre de nos
fidèles sont souvent gênés par les attaques et le harcèlement de
tels groupes, en particulier lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes bien
préparés à défendre leur position de catholique. Beaucoup d’entre
eux ont toutefois saisi l’occasion de prendre les Écritures plus au
sérieux pour pouvoir justement défendre leur origine quand d’autres
attaquent leurs personnes et leur Église. Quoi qu’il en soit, il me
semble que, dans l’ensemble, le contact avec nos frères protestants
en Afrique se développe de façon positive.
4. Dimension interreligieuse: Nous sommes ici principalement
concernés par les religions africaines traditionnelles et l’islam.
Bien que la présence peu nombreuse de fidèles d’autres religions du
monde, comme le judaïsme, l’hindouisme, le bouddhisme, etc., n’a
pratiquement aucune conséquence pastorale pour nous, nous devons
toutefois nous entretenir avec nos frères africains appartenant à
ces autres religions, avec pour toute arme la Parole de Dieu dans
les Écritures. Nous avons déjà parlé des fidèles de la religion
africaine traditionnelle et des nombreuses vérités et valeurs qu’ils
partagent avec notre foi chrétienne. Mon expérience est que les
disciples de la religion africaine traditionnelle écoutent de bon
gré les récits bibliques et accueillent souvent une bonne partie de
leur message.
Dans une certaine mesure, on peut dire la même chose des musulmans
qui considèrent fondamentalement Jésus au moins comme un prophète.
Ils parlent de l’“Évangile”, même si ce n’est pas forcément le même
Évangile que nous lisons. Mais le fait que Dieu nous a parlé à
travers ses prophètes est fondamentalement reconnu et, par
conséquent, le respect de notre Texte sacré est généralement admis.
De plus, une grande partie du Coran ayant des parallèles avec les
Saintes Écritures, et descendant parfois de celles-ci, un discours
commun peut être engagé avec nos frères et sœurs musulmans sur de
nombreuses questions. Le drame est toutefois que peu de choses sont
faites dans cette direction, en particulier parce que les rivalités
entre chrétiens et musulmans se concentrent très souvent sur nos
différences plutôt que sur tout ce que nous avons en commun. Par
ailleurs, certains fanatiques affirment effrontément que le Coran
est la correction et l’amélioration apportées par Dieu à nos
Écritures. Lorsque l’on laisse de tels individus répandre leurs
idées désobligeantes, le respect mutuel pour nos Saintes Écritures
respectives devient problématique.
Le Concile Vatican II, dans un court passage, recommandait que des
éditions particulières des Écritures soient préparées pour les
fidèles d’autres religions. Pour autant que je sache, bien peu de
progrès ont été faits dans ce sens. Je crois qu’en Afrique tout du
moins, nous devrions faire davantage.
CONCLUSION
Il s’est passé bien des choses dernièrement concernant la Parole de
Dieu dans l’Église, notamment dans la vie et la mission de l’Église
en Afrique. Nous avons seulement tenté de synthétiser et de donner
quelques aperçus de la réalité que nous vivons. C’est l’œuvre de
l’Esprit du Seigneur, au sein de notre Église locale. Or, un grand
nombre de ces choses ne sont pas documentées, elles restent au
niveau local. Mais c’est là que l’Esprit est à l’œuvre. Nous
souhaitons que l’enthousiasme pour la Parole de Dieu dont nous
faisons à présent l’expérience sur notre continent, soit renforcé et
nourri par ce Synode. Nous espérons aussi que, après avoir parlé des
défis que nous affrontons et des limites de nos ressources, nous
pourrons nous attendre à davantage de soutien de la part de ceux qui
nous viennent en aide pour les besoins que nous avons mentionnés.
Nous continuons de nous en remettre à l’Esprit du Seigneur Jésus,
l’auteur des Écritures et le grand Interprète, qui a transmis sa
Parole à tous ceux qui l’écoutent avec leur cœur. Puisse la Parole
de Dieu résider dans nos cœurs en abondance. Amen (Col 3, 16).
[00012-03.12] [NNNNN] [Texte original: anglais]
-
Pour l’Asie: S.Exc. Mgr Thomas MENAMPARAMPIL, S.D.B., Archevêque de
Guwahati (INDE)
“La Parole s’est fait chair”
1. C’est en Asie que la Parole s’est fait chair. C’est à partir de
là que Son message salvifique a été transmis dans toutes les
directions: Paul a prêté l'oreille à l’appel du Macédonien, puis il
est parti pour le continent occidental ; Pierre a pris la mer vers
Rome, Jean vers l’Espagne, Marc vers Alexandrie, Thomas vers l’Inde,
Irénée s’est dirigé vers Lyon et d’autres encore vers les limites du
monde.
2. La Parole de Dieu a été reçue, méditée par des personnes et des
communautés, et a pris la forme des traditions spirituelles
asiatiques qui sont devenues l’héritage commun de l’Église
primitive. Les premiers Conciles de l’Église qui furent tenus en
Asie ont approfondi la réflexion. Nous ne saurons jamais dans quelle
mesure la richesse culturelle et la ferveur religieuse de l’Asie ont
imprégné les concepts et les pratiques que nous considérons
aujourd’hui comme faisant partie du patrimoine chrétien général, par
exemple dans les domaines de la doctrine chrétienne, de la liturgie,
du monachisme, de la discipline ecclésiastique, de l’esprit
missionnaire et d’autres. Cela reste une partie indiscernable de
notre patrimoine commun. En effet, nous ne pouvons pas ignorer le
caractère spécifiquement asiatique de l’héritage chrétien primitif
et biblique.
La Parole annoncée
3. L’Histoire nous raconte que les moines syriens ont apporté la
parole de Dieu avec grand enthousiasme jusqu’en Perse, en
Afghanistan, en Asie centrale, en Chine orientale et dans le sud de
l’Inde. Ils ont dialogué et inculturé, en partageant en toute
situation le message de Jésus avec un zèle extraordinaire. Il est
prouvé qu’ils ont interagi avec les zoroastriens, les bouddhistes,
les manichéens, les taoïstes, les confucéens, les hindous et les
musulmans, ainsi qu’avec certains chefs des religions tribales parmi
les Turcs, les Huns et les Mongols. Des communautés chrétiennes ont
vu le jour dans des lieux aussi éloignés que Xian (en Chine). Les
monastères sont devenus les centres du savoir et les forteresses de
la théologie et de la spiritualité (par exemple, Edesse, Nisibis).
Les moines ont emprunté à la minière des langues, des cultures, des
religions et des idées indigènes qu'ils ont trouvées chez les
différents peuples. Des expressions de foi locales ont pris forme
spontanément.
4. Toutes ces communautés comptaient dans l’ensemble au moins 70
millions de croyants chrétiens. Mais des forces hostiles qui se sont
imposées plus tard dans les régions centrales de l'Asie ont
fortement affaibli ou ont fait même disparaître un grand nombre de
celles-ci. Cependant, les communautés du sud de l'Inde et de l'Asie
occidentale existent toujours.
Résistance des civilisations
5. À part ces revers, d’autres raisons ont poussé les sociétés
asiatiques à ignorer la proposition chrétienne. Comme les Athéniens,
trop confiants dans leur sagesse philosophique, n’étaient pas très
enclins à prêter attention à une proposition (le message de Paul)
venant d’un autre contexte culturel, les chefs des civilisations
avancées d’Asie ne pensaient pas avoir besoin de quoi que ce soit en
plus de ce qu'ils avaient déjà atteint par leurs grands efforts
intellectuels et leur recherche religieuse. Tout en gardant toujours
une certaine curiosité pour les idées et les expériences venant de
l’extérieur, ils étaient loin de songer que l’immense réserve de
sagesse qu'ils avaient accumulée pouvait sérieusement exiger une
révision ou un complément.
6. Même d’un point de vue historique, le fait que le christianisme
ait été officiellement déclaré religion de l’Empire romain a fait
comprendre aux Perses que la religion chrétienne était étroitement
alliée de Rome, principale rivale et ennemie de la Perse. Depuis
lors, l'image de la loyauté envers l’étranger est restée collée aux
diverses communautés chrétiennes dans différentes régions d’Asie, de
la période coloniale jusqu’à nos jours, surtout parce que le
christianisme est devenu, dans l’esprit des personnes, fortement
représentatif de l'Occident [1]. C’est ce qui a fait que les classes
dominantes ont résisté aux avances chrétiennes, tandis que des
sociétés marginales comme certains groupes ethniques plus petits,
des communautés tribales, des pêcheurs, des minorités opprimées, des
castes plus humbles ou des intouchables, qui voyaient la réalité
sociale d’une perspective différente par rapport à celle des
communautés dominantes, ont accueilli le pouvoir libérateur de la
Bonne Nouvelle (Lc 4,18; Mt 5,3).
L’expansion chrétienne
7. Les oeuvres accomplies ensuite par les missionnaires, provenant
surtout du monde occidental, sont encore fraîches dans nos mémoires,
notamment ce qui a été fait par des personnes aussi zélées que
Xavier, Valignano, de Rhodes, Britto, Vaz, Lievens; des personnes
qui savaient comment s'adapter aux cultures, comme De Nobili ou
Ricci. Ces âmes héroïques et bien d’autres innombrables encore ont
pénétré dans les régions les plus inaccessibles, se sont confrontées
aux souverains les moins accueillants, ont surmonté d’immenses
barrières culturelles, ont annoncé l'Évangile, créé des communautés,
donné une forme écrite aux langues, fourni la littérature aux
groupes linguistiques, poursuivi des études ethnologiques, présenté
des communautés inconnues au monde entier, créé un intérêt envers
les réflexions anthropologiques, sont intervenues en faveur des
communautés opprimées, ont offert des services dans le domaine de la
santé et de l’éducation et mis en place d’imposantes institutions,
ont fait avancer les réformes sociales, introduit des sociétés
entières à la modernité, semé des idées dans le cœur des personnes
afin qu’elles puissent conduire la société vers la liberté et offrir
une direction dans l’Église et dans le reste de la société. Ce sont
enfin ces mêmes âmes qui ont amorcé une réflexion théologique dans
différents contextes culturels, avec une certaine dose
d’autocritique édifiante, en posant ainsi les fondements de la
pensée missiologique d’aujourd’hui. L'Église actuelle en Asie est ce
qu'elle est grâce à leurs services si généreux [2]. La poursuite de
ce travail est aujourd’hui entre nos mains.
La Parole traduite dans le vécu: témoignage
8. Depuis les débuts du christianisme, les évangélisateurs chrétiens
avaient un pouvoir de persuasion car leur Parole se traduisait en
action. Mère Teresa en est un exemple récent. Les missionnaires sont
restés créatifs et ont continué à pénétrer dans de nouveaux
secteurs. Leurs services dans les domaines de l’éducation et de la
santé sont énormément appréciés. Allant au-delà de ces domaines, ils
sont entrés dans les secteurs des nouvelles formes de pauvreté:
l’analphabétisme, le chômage, la violence urbaine, l’inégalité des
sexes et des castes, le foeticide féminin et la toxicomanie. Ils ont
intensifié leurs services au profit des enfants des rues et des
mères célibataires, des familles divisées, des handicapés, des
patients atteints du SIDA, des malades terminaux, des victimes de
violences, des migrants, des habitants des bidonvilles, des
sans-terre et des détenus. Ils sont actifs dans la lutte en faveur
de la justice pour les groupes opprimés, dans le travail pour le
changement social, la promotion culturelle, la protection de
l'environnement, la défense de la vie et de la famille, mais aussi
dans la défense des faibles, des opprimés et des marginalisés, et en
donnant la voix aux sans voix.
9. Même là où l’Évangile trouve plus de résistance, le témoignage
évangélique d’oeuvres socialement importantes est le bienvenu. Le
service silencieux mais sincère a sa propre éloquence. “Non point
récit, non point langage, nulle voix qu’on puisse entendre, mais
pour toute la terre en ressortent les lignes et les mots jusqu'aux
limites du monde” (Ps 19,3-4). Il y a des endroits en Asie où le
message est mieux “dit à l’oreille dans les pièces les plus
retirées” que “proclamé sur les toits” (Lc 12,3). Il s’agit d’un
choix stratégique dans des situations où la liberté de religion est
limitée, et non point d’une renonciation à son propre devoir,
puisque le devoir de communiquer le message demeure. A cet égard,
certains sont allés jusqu’au bout et ont témoigné les valeurs
évangéliques et la cause du Christ au prix de leur propre vie.
La Parole continue à être proclamée
10. De grands efforts ont été accomplis en Asie pour rapprocher la
Parole de Dieu des personnes. Depuis Vatican II, ces efforts ont été
intensifiés . On connaît davantage la Bible et on a multiplié les
traductions [3], dont maintes sont le produit d’une collaboration
oecuménique. L’enthousiasme pour le message biblique a augmenté. Les
dimanches bibliques sont plus observés. Les groupes d’étude
bibliques sont devenus plus nombreux: communautés chrétiennes de
base, communautés ecclésiales de base, petites communautés
chrétiennes, groupes charismatiques, associations de laïcs, groupes
de jeunes, regroupements familiaux. De petits groupes de croyants
lisent la Parole de Dieu, réfléchissent, appliquent le message à
leur situation propre et prient (certains en suivant les méthodes
LUMKO et ASIPA). Ils ont besoin d’être aidés car, sans conseils, un
excès d’enthousiasme peut pousser les personnes à une libre
interprétation des Écritures, et même les croyants de longue date
peuvent en arriver au point de quitter l'Église et de rejoindre
certains groupes fondamentalistes. C’est un défi aussi pour les
prêtres et les religieux à s'enraciner davantage dans les Écritures.
11. Les études bibliques sont poursuivies grâce à des cours par
correspondance, même en dialecte. Les Bibles et les traités
bibliques sont disponibles pour les étudiants dans nos écoles, pour
les patients dans nos hôpitaux et, en général, pour les personnes
vivant dans les situations les plus diverses. Les écoles bibliques
offrent un service innovant. Les livres concernant la Bible
continuent à augmenter dans de nombreuses bibliothèques. Des cours
bibliques et théologiques planifiés de façon créative sont offerts
aux religieux, aux laïcs et aux jeunes engagés. Les cours du
week-end deviennent populaires [4]. Des outils pédagogiques sont
produits à grande échelle (matériel audiovisuel, peintures, oeuvres
d’art, films, CD, cassettes, cours via internet et messages sur
portable, affiches publiques). Des semaines d'étude biblique et des
dimanches bibliques sont observés. L’utilisation pastorale de la
Bible se renforce. La Bible occupe une place primordiale dans les
familles. Un intérêt croissant est porté à la tradition appelée
Lectio divina. Des homélies rompent la Parole de Dieu pendant la
liturgie. Il faut sans doute qu’elles soient moins académiques et
plus adaptées au vivre en chrétien.
12. Des moyens de communication populaires (danses, sketch, pièces
de théâtre, récitations, narration) sont habilement utilisés pour
raconter à nouveau les histoires bibliques. La presse écrite donne
une interprétation chrétienne de l'actualité. Les médias
électroniques (Radio Veritas, Shalom TV) apportent les nouvelles et
les points de vue catholiques aux villages les plus éloignés. Les
centres d’information catholique ont augmenté en nombre et certaines
personnes se tournent vers le Christ à la recherche d’un sens.
L'ancrage au message biblique favorise un terrain commun aux
initiatives œcuméniques.
13. De grands efforts sont déployés pour transmettre en toute
fidélité aux générations futures l’enseignement chrétien. On
enseigne aux enfants le catéchisme traditionnel au moyen de
compétitions, de jeux de questions-réponses et de spectacles afin de
rendre l’apprentissage intéressant. Cependant, il faut donner une
plus grande importance à des modes de communication qui soient
culturellement significatifs. De jeunes adultes étudient la Bible.
Ils cherchent à approfondir leur compréhension des messages centraux
de la Bible et essayent de les appliquer à leur situation sociale.
Ils veulent partager avec enthousiasme la Bonne Nouvelle. Il est
intéressant de souligner que les jeunes en Asie représentent 65% de
la population.
La Parole nourrit la vie de prière et promeut la croissance de
l’Église
“Athéniens, à tous égards vous êtes, je le vois, les plus religieux
des hommes” (Ac 17,22).
14. Ces mots s’adressent à juste titre aux Asiatiques d’aujourd’hui,
puisqu'ils continuent à donner de l'importance à leurs religions
dans un monde qui se sécularise rapidement. “Malgré l'influence de
la modernisation et de la sécularisation, les religions asiatiques
donnent des signes d'une grande vitalité et sont capables de
renouveau, comme on l'a vu dans des mouvements de réforme à
l'intérieur des divers groupes religieux” (EA 6). Dialoguer avec les
membres de religions vivantes peut stimuler la foi de chacun. Le
sens du sacré qu’ils favorisent est une grande ressource humaine.
15. Nous remercions Dieu de la présence nombreuse et encourageante
dans les églises de notre continent. Les dimanches continuent à être
considérés comme saints. Dans les villages les plus éloignés où il
n’est pas possible de célébrer la Messe tous les dimanches, les
fidèles se recueillent autour de la Parole de Dieu avec grande
dévotion. La vie de prière, dans la liturgie ou dans d’autres
situations, est enrichie par les lectures de la Bible. Les groupes
de prière continuent à augmenter. La Parole de Dieu fournit une
forte motivation pour l'apostolat et rend notre engagement
évangélique plus fructueux. Nombreux sont ceux qui affluent aux
retraites charismatiques où la Parole de Dieu est annoncée dans
toute sa puissance. Leur vie change. La guérison par la prière
attire aussi des multitudes de non-chrétiens. On assiste à de vrais
miracles, tant de guérison que de conversion.
16. On enregistre une croissance importante de l'Église là où notre
personnel apostolique (prêtres, soeurs et catéchistes) est
activement engagé dans le travail missionnaire auprès de
‘communautés réceptives’, visite des villages et des foyers, prend
des contacts personnels et de groupe à travers une interaction
directe. Parmi de tels groupes, nous pouvons mentionner beaucoup de
minorités ethniques (tribus) de différentes régions de Chine, des
îles indonésiennes, du Myanmar du nord, de la Thaïlande, du nord-est
de l'Inde et d'autres endroits ayant répondu avec enthousiasme à
cette façon de transmettre la Parole de Dieu. Et le message de Jésus
résonne des cimes de l’Himalaya jusqu’aux océans les plus éloignés.
Il résonne à nouveau en Asie centrale.
Préparation de ceux qui annoncent la Parole: foisonnement des
vocations en Asie
17. Il est évident que ceux qui annoncent la “Parole” doivent
recevoir une formation théologique et spirituelle sérieuse. La
moisson est en effet abondante et, Dieu merci, le nombre d’ouvriers
ne cesse d’augmenter. En Asie, les vocations naissent même dans les
nouvelles communautés chrétiennes. Les séminaires et les maisons de
formation se multiplient, ainsi que les instituts théologiques, les
centres de formation pour catéchistes et d'autres institutions pour
la formation de religieux et de laïcs. Ceux qui existent déjà
élargissent leur champ d’action et diversifient leurs services.
18. En Asie, on comprend la vie religieuse, on reconnaît son
importance, on apprécie sa contribution, et on respecte ses
représentants. En effet, il existe des modèles indigènes de vie
religieuse appartenant à d'autres religions asiatiques. Les valeurs
religieuses comme la renonciation, l'austérité, le silence, la
prière, la contemplation et le célibat jouissent d’une grande
considération. De nouvelles congrégations et de nouveaux instituts
de vie apostolique apparaissent, et de nouveaux mouvements religieux
continuent à se développer parce qu'une telle tendance correspond au
climat général dominant dans la société, où chaque religion se
renouvelle et les guides spirituels sont très recherchés. En Asie,
les religieux sont considérés comme les gardiens de la sagesse
religieuse et humaine. Avec une formation adéquate, les jeunes
religieux peuvent grandir et devenir des communicateurs efficaces du
message chrétien.
Approfondir la réflexion théologique
“Dans le processus de rencontre entre les diverses cultures du
monde, l'Église non seulement transmet ses vérités et ses valeurs,
et renouvelle les cultures de l'intérieur, mais elle prend aussi en
elles les éléments positifs qui y sont déjà présents”(EA 21).
19. Le renforcement de la formation théologique implique aussi
l'approfondissement d’une réflexion sur la Parole de Dieu dans le
contexte asiatique marqué par la pauvreté et l'injustice, ainsi que
par une pluralité de religions, de civilisations et de cultures. Il
implique le recours à des catégories de pensée, des symbolismes, des
traditions spirituelles qui ont un sens pour les Asiatiques. Il
s’agit là d’un vrai défi pour celui qui enseigne la “Parole”.
20. Comme nous le savons, les mots ont une connotation différente
selon le contexte culturel. Si celui qui enseigne est trop proche
des expressions chrétiennes traditionnelles, le message pourrait ne
pas être très compréhensible pour ceux qui sont en dehors du cercle
des fidèles. Si son principal souci est de se faire comprendre par
ces derniers, il risque de trop s’écarter des expressions originales
et de donner lieu à des malentendus.
21. Or, il ne s’agit pas d’obstacles insurmontables. Et quand cela
est fait après une étude sérieuse et une réflexion mûre,
l’inculturation a lieu à un niveau très profond, puisque
l’inculturation, ce n'est pas une question de signes extérieurs.
Historiquement, l'Évangile a franchi beaucoup de barrières
culturelles dans différentes parties du monde hellénique,
germanique, celtique, slave, syrien et égyptien. Chaque pas a
favorisé le développement de la théologie et enrichi la vie de
l'Église. Mais il a fallu une grande sensibilité envers la culture
concernée et les sentiments de la communauté de croyants; de même,
un sens profond de responsabilité envers l’Église locale et
universelle a été nécessaire, ainsi que la fidélité à la “Parole”.
Le Magistère a toujours été une aide importante. C’est pour aller
plus loin dans cet effort que des journaux théologiques asiatiques
continuent d’offrir une large sélection de réflexions théologiques
autochtones. Et de cette façon, l'Église asiatique cherche à
contribuer à “la croissance de la Parole” (Ac 6,7; 12,24; 19,20).
22. Quand une civilisation est étroitement liée à une religion
majeure (par exemple, celle islamique, hindoue, confucéenne,
shintoïste), il faudra être prudent dans l’emprunt à ces religions
d’éléments convenus pour la foi et l'adoration. Si celui qui
enseigne la “Parole” commence à utiliser des expressions que les
adeptes de ces grandes religions considèrent comme les leurs, ces
derniers pourraient interpréter une telle attitude comme une
violation de ce qui est sacré à leurs yeux, et la communauté
chrétienne pourrait être perçue comme une imposition ou comme
quelque chose d’étranger. L’initiative pourrait offenser aussi bien
une communauté que l’autre. Au contraire, les expressions
chrétiennes traditionnelles pourraient n’avoir aucun attrait pour la
psyché collective d’une societé à laquelle le message est adressé.
Il n’est pas dans notre intention d’abandonner nos efforts
d’inculturation en raison de ces difficultés.
23. Quand une attention respectueuse aux cultures et aux communautés
se combine avec la hardiesse apostolique et la fidélité à la
“Parole”, un nouveau terrain est exploré, et l’espace pour une
nouvelle foi et des expressions d'adoration dans ce monde
civilisationnel s'étend. “Grâce à cette action dans les Églises
locales, l'Église universelle elle-même s’enrichit d’expressions et
de valeurs nouvelles”(RM 52). Et le Christ s’incarne dans cette
culture. Mais nous devons procéder avec prudence, parce que nous
avons à faire ici à des questions extrêmement sensibles pour les
communautés asiatiques qui ont un sens profond du sacré.
24. Alors que la société moderne cherche une importance dans la
religion pour y voir un sens, les Asiatiques cherchent
principalement la profondeur. Le Pape Jean-Paul II a dit: «Le
contact avec les représentants des traditions spirituelles non
chrétiennes, en particulier celles de l'Asie, m'a confirmé que
l'avenir de la mission dépend en grande partie de la contemplation.»
(RM 91). C'est la profondeur spirituelle qui provient de
l’expérience de Dieu que les Asiatiques recherchent. Celui qui
pourra leur offrir cela, attirera leur attention. L’expérience de
Dieu dans ce contexte ne signifie pas une sorte d’expérience
d’extase, mais se réfère à la sincérité et à l’authenticité, à la
pureté, aux actes qui correspondent aux mots, à une humilité prouvée
par un engagement en faveur du bien commun. De telles personnes sont
toujours écoutées lorsqu’elles parlent sous l’influence de l’esprit.
Partager la Parole de Dieu dans les contextes de vie
25. La Bonne Nouvelle de Jésus a plus d’impact lorsqu’elle est
partagée dans des contextes de vie réels. Une bonne partie de
l’enseignement de Jésus qui est arrivé jusqu’à nous, nous a été
donné à l'occasion de rencontres humaines ordinaires. Les coeurs ont
été touchés, les vies ont été changées et un plus grand nombre de
personnes ont rejoint la communauté de croyants. C'est ce qui se
passe en Asie, d'une façon discrète mais efficace, grâce à l'effort
de croyants chrétiens: un message de paix est apporté dans les
situations de conflict, un message de justice aux communautés
opprimées, de probité aux sociétés corrompues, d'égalité aux
situations injustes (liées aux castes, aux classes, aux sexes, aux
races ou à l’appartenance ethnique), un message d'aide aux affamés
et aux pauvres. Ces efforts diffèrent d'une présentation littéraire
du Christ fondée sur des revendications de vérité, des débats et des
arguments, mais ils expliquent les enseignements de l'Évangile avec
plus d’éloquence. Ils traduisent le message chrétien dans le vécu.
26. Dans de nombreux pays d’Asie, les chrétiens subissent une forte
pression. La liberté est restreinte, les nouveaux convertis sont
persécutés et la communauté de croyants l’est également, comme cela
est arrivé dernièrement dans l’Etat indien de l’Orissa. Or, la
patience manifestée par la communauté, la maîtrise dont elle a fait
preuve, la modération de sa réaction, l’esprit de pardon … tous ces
éléments ont un pouvoir évangélisateur. L’engagement de la
communauté chrétienne envers le bien commun et le vif intérêt porté
aux questions fondamentales de l'humanité (la justice, la paix, la
famille, l'environnement, la liberté, la loyauté, la solidarité, la
sincérité, l'honnêteté, le respect de la vie, l’aide aux pauvres, le
sens profond de responsabilité pour les affaires humaines) sont
eux-mêmes éloquents. Ces questions ont un attrait universel et
fournissent un langage que tout le monde comprend; ils deviennent
des porteurs efficaces du message de l'Évangile.
27. La communauté chrétienne d’Asie remercie Dieu pour les laïcs
actifs qui poursuivent leurs efforts d’apporter l’Évangile dans les
domaines de l’éducation, du gouvernement, de l’administration, de la
législation, de la justice, de la science, de la technologie, de la
famille, des services aux jeunes, de l’art et de la musique. Ce sont
eux qui rapprochent les cultures, les identités ethniques, les
idéologies, les philosophies et les intérêts politiques et
économiques, même si la tâche demeure ardue.
28. Pierre a exhorté: “Soyez toujours prêts à la défense contre
quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous, mais
que ce soit avec douceur et respect” (1 P 3, 15-16).
Une grande partie de la première théologie chrétienne est issue des
écritures des Pères de l'Église qui ont essayé d'expliquer la Foi à
leurs amis mais aussi à leurs adversaires. C’est ce que l’on fait
également aujourd'hui. En Asie, nos théologiens et nos penseurs
chrétiens cherchent à adresser leur message tout aussi bien aux
détracteurs de la religion qu’aux fondamentalistes, aux
ultra-modernistes, aux penseurs radicaux, aux activistes, chrétiens
ou non-chrétiens. Ces opérateurs méritent nos remerciements, tout
comme le reste de l'équipe des évangélisateurs. Ces exercices, faits
de façon responsable, peuvent conduire à de nouvelles formulations,
voire à une compréhension de soi plus profonde au sein de la
communauté chrétienne.
L’Évangile produit des personnes spirituellement motivées
29. Les historiens commencent à remarquer que, à des périodes
données de l'histoire, l'athéisme peut naître d'un sens profond
d'injustice dans une société croyante; donc, certaines formes
d'anticléricalisme et d'apostasie ont pu surgir à cause des échecs
des hommes d'Église. Les hérésies et les schismes ont pu être
aggravés par des distances culturelles. Dans les périodes de
déséquilibres sociaux de l'histoire humaine, des transitions rapides
ont lieu, conduisant même à des révolutions. Dans son histoire,
l’Asie est en pleine phase de changements rapides et d’incertitudes:
rejet de l'exploitation coloniale et acceptation des formes
d’exploitation auto-imposées, affirmation de son indépendance et
acceptation de nouvelles formes de dépendance, avancement vers la
démocratie et vers l’égalité économique et éloignement de celles-ci,
passage à la modernité parallèlement à une réaffirmation puissante
de sa culture traditionnelle.
30. Des changements ont lieu dans la société et les cultures
traditionnelles, et les valeurs sont mises en question. Malgré tout
cela, la religion ne semble pas s'affaiblir en Asie. Elle se
manifeste sous de nouvelles formes, de temps en temps avec une
touche politique. Le pluralisme de la pensée en Asie n'a pas mené à
une sécularisation totale ni à un nihilisme, il nous a seulement
appris le respect de l'un pour l'autre. Cependant, il ne devrait pas
mener à l'indifférence.
31. Au milieu de toutes ces incertitudes politiques et sociales, la
petite Église d’Asie n'offre pas aux personnes les illusions d'une
nouvelle Utopie et ne promet pas de produire des Surhommes. Elle
recherche plutôt les façons de créer des personnes qui soient
éthiquement et spirituellement motivées et des équipes de personnes
qui soient sincèrement engagées à faire le bien de l’humanité. Et
elle continuera à rappeler aux personnes leur éternel destin dans le
Christ. L'Évangile continue à révéler sa force intérieure même au
milieu de ces tensions sociales.
La Parole sacrée en Asie
32. Revenons à notre point de départ: la Parole de Dieu. Si les
personnes admirent la grandeur et la force des oeuvres chrétiennes,
elles ne sont touchées et transformées que par la puissance de la
Parole de Dieu. “La Parole sacrée” a un sens pour les Asiatiques
parce qu'ils possèdent des textes antiques que l'on considère comme
sacrés et faisant autorité, qui influencent profondément leur vie et
leur culture: croyances, conduites, relations, cultes, principes
moraux. On leur attribue la capacité d’indiquer la voie du salut.
Ces textes que l'on considère comme saints ont un canon définitif et
ne peuvent être interprétés que par des personnes autorisées
(prêtres, moines, savants et conciles). Ils sont lus, chantés,
psalmodiés, médités, répétés, mémorisés, représentés dans les icônes
et calligraphiés. Ils doivent être compris par l'esprit, acceptés de
coeur et permettent de transformer les réalités humaines.
Une chose est sûre: l’Asie a toujours faim de religion . Cette
ferveur toute asiatique pour la religion est un atout pour
l’ensemble de l'humanité et non pas simplement pour le continent
oriental. Les mouvements religieux sont plus profondément enracinés
dans la psyché collective des communautés asiatiques que les
mouvements politiques. Même les personnes qui ne veulent pas changer
leur foi recherchent avidement une plus grande profondeur
spirituelle. Les Asiatiques sont ouverts à la Parole de Dieu et la
pensée biblique continue de toucher la vie des personnes, d’affecter
les valeurs communautaires, de transformer les relations, de
corriger les philosophies, d’influencer les plans pour
l'amélioration sociale, car les Asiatiques savent que “ce n’est pas
de pain seul que vivra l’homme; mais de toute parole qui sort de la
bouche de Dieu” (Mt 4, 4).
Puissent ces paroles se réaliser pour l'Asie d'aujourd'hui, “Il se
fera dans les derniers jours que je répandrai de mon Esprit sur
toute chair, alors vos fils et vos filles prophétiseront” (Ac 2,17).
Puisse ce message toucher les limites du monde.
Notes
[1] Étant donné le déplacement récent de la population chrétienne
dans d'autres parties du monde, l'image mentionnée ci-dessus
pourrait changer.
[2] Certains voudraient souligner seulement l’association des
missionnaires avec les pouvoirs coloniaux. Ceci serait tout à fait
injuste puisqu’on leur imposa beaucoup de contraintes et on ne leur
accorda que quelques rares opportunités. Ils étaient eux-mêmes
souvent persécutés par des autorités coloniales anticléricales. Il
leur a fallu une foi profonde pour continuer à affronter
d’insurmontables difficultés et poursuivre la mission de diffuser
l'Évangile.
[3] Il a été récemment rapporté qu’à Nanjing (Chine), les éditions
Amity Printing ont imprimé 6 millions de Bibles en 2007. La société
a l’intention d'augmenter sa capacité à 12 millions de Bibles par
an, ce qui signifiera l’impression de 23 Bibles par minute (SAR
News, 16-30 juin 2008, p. 22). De telles initiatives ont commencé en
1987. Plus de 50 millions de Bibles ont déjà été imprimées. Une
édition japonaise du Dictionnaire de Théologie biblique est
disponible sur support électronique. Il existe également un cours
très suivi appelé « la Bible en 100 semaines ».
[4] Certains se plaignent que le style d’enseignement actuel des
Écritures reste trop académique et insuffisamment orienté vers un
emploi spirituel et pastoral de la Bible.
[00013-03.30] [NNNNN] [Texte original: anglais]
-
Pour l’Amérique: S.Em. le Card. Oscar Andrés RODRÍGUEZ MARADIAGA,
S.D.B., Archevêque de Tegucigalpa, Président de la Conférence
Épiscopale (HONDURAS)
Le texte de l’Intervention ne nous est pas parvenu avant la
fermeture de la rédaction du Bulletin.
-
Pour l’Europe: S.Em.le Card. Josip BOZANIĆ, Archevêque de Zagreb
(CROATIE)
1. Le Saint-Père Benoît XVI, rencontrant au mois de septembre
dernier le monde de la culture au Collège des Bernardins, à Paris,
concluait ainsi son discours: “Ce qui a fondé la culture de
l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter,
demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable”.
Évoquant le rapport entre la Parole de Dieu et l’Europe, on pourrait
prendre en considération chaque époque historique et exposer les
influences de la Bible sur les différents aspects culturels,
économiques et politiques. Mais ceci n’est pas le but de mon
intervention, ni de par sa durée ni de par son contenu. Je pars du
principe incontestable qu’il est impossible de dissocier l’Europe du
christianisme, surtout dans la mesure où le christianisme est la
clef de lecture privilégiée pour comprendre notre continent dans sa
totalité.
En effet, si nous considérons l’Europe d’un point de vue
géographique, il est difficile de la délimiter, de définir ses
frontières, surtout avec l’Est et le Sud-est. Si nous considérons
ensuite l’Europe sous l’angle de la politique et des visions qui la
sous-tendent, nous nous trouvons face à la même difficulté, parce
que l’héritage européen est bien plus vaste que les organisations
politiques pour vivre ensemble dans un lieu déterminé.
Il est évident que le processus de christianisation a uni les
éléments déterminants du tissu européen, mais la christianisation
signifie, simplement, l’annonce de la Parole de Dieu qui peut
éclairer les différents aspects de la vie des hommes. Certes, au
cours de son évolution historique, l’Europe n’a pas été marquée
seulement par le christianisme. Toutefois, on peut affirmer à juste
titre que l’Europe est née grâce au christianisme et que l’Église a
contribué à la construction de l’Europe, grâce à l’engagement
inlassable des annonciateurs du salut du Christ, comme l’attestent
de manière exemplaire les saints Patrons Benoît, Cyrille et Méthode.
Il est vrai que son histoire ne manque pas de pages sombres, qui
semblent aujourd’hui en nette opposition avec la Bonne Nouvelle de
l’Évangile; mais, tout en étant liées à la diffusion de la
Chrétienté, elles n’en représentent que le revers négatif et
douloureux, expression du péché qui habite dans le coeur de l’homme.
Nous touchons ici cette partie de l’histoire européenne qui
appartient au mysterium iniquitatis.
Il existe un lien indissoluble entre la Bible et l’Europe. Tout ce
qui a rendu grande la culture européenne et sa civilisation –
l’Europe aux mille cathédrales, l’Europe gardienne des trésors de
l’art, de la littérature et de la musique chrétienne, l’Europe qui a
su, par la force impétueuse de la charité chrétienne, exprimer des
signes concrets de solidarité et de service aux pauvres – a son
point de départ dans la Bible. Des thèmes tels que la dignité de la
personne, la reconnaissance des droits de l’homme, la séparation
entre l’Église et l’État – pour ne citer que quelques exemples -
trouvent leur source dans la Bible. La justice sociale, le droit, la
critique de tout type d’idolâtrie, le rejet des fausses images de
Dieu, ont leur fondement dans la Bible. La Bible unit l’Orient et
l’Occident, le Nord et le Sud du continent et les différentes
Églises et communautés chrétiennes.
2. Il peut être utile de lire le rapport entre la Parole de Dieu et
l’Europe en se basant sur le plan de l’Instrument de travail, dont
la structure est tripartite: Le mystère de Dieu qui nous parle - La
Parole de Dieu dans la vie de l’Église - La Parole de Dieu dans la
mission de l’Église. Cette articulation thématique offre des
contenus et des méthodes en vue d’un itinéraire qui, appliqué à la
réalité européenne, peut certainement favoriser une prise de
conscience renouvelée de la centralité de la Parole dans la vie de
nos communautés. J’essayerai de suivre un parcours en trois étapes:
révélation - interprétation - célébration, toutes centrées sur la
pratique de la Lectio divina.
La Parole de Dieu révélée nous manifeste Dieu qui vient à la
rencontre de l’homme, lui offrant la possibilité de Le découvrir et
de Le connaître dans le mystère de sa propre vie. Le Dieu de
l’alliance, le Dieu de Jésus Christ et du mystère pascal qui
accomplit les promesses de l’Ancien Testament – dans le sillon de
l’héritage spirituel judaïque – a été annoncé sur le sol européen
d’abord aux peuples grecs et romains, dans des circonstances qui ont
souvent requis le témoignage du martyre. La révélation a impliqué
nécessairement la prise de distance et le dépassement des normes en
vigueur dans la vie de la société en question, et toutefois, cette
“révolution” et cette “reculturation” ont eu lieu en s’adaptant à
l’intelligibilité et au langage de l’époque.
À des époques ultérieures aussi, l’action missionnaire – puisant
d’une Révélation dont elle était porteuse – a eu pour conséquence,
et non point pour but premier, l’inculturation, en offrant à la
Parole de Dieu, interprétée par le biais de la Tradition et du
Magistère de l’Église, la possibilité de donner une nouvelle forme à
la vie des hommes. Ce processus s’est répété dans le contact de la
culture romaine avec la culture franco-germanique, avec les peuples
slaves et les autres peuples peu à peu évangélisés. Cette dynamique
a imprégné la formation de la conscience européenne au Moyen-Âge,
même si les conditions extérieures n’étaient pas les mêmes.
L’interprétation a progressé certainement au cours de chaque époque
– comment ne pas rappeler la saison féconde de la Patristique – mais
c’est au deuxième millénaire, et surtout avec la Réforme, qu’ont eu
lieu les tournants importants, mais qui parfois ont abouti, hélas, à
des divergences d’approche. Tout cela a conduit à des conflits, mais
l’interprétation – compagne indispensable de l’évangélisation et
fruit de l’Esprit oeuvrant dans l’Église et dans le coeur des
croyants – a permis de se détacher d’une manière féconde de ces
fractures, et d’en éviter de nouvelles. La théologie européenne et
la pastorale dans leurs visions herméneutiques en ont tirées un
enrichissement réciproque. Il est donc nécessaire, aujourd’hui plus
que jamais, de promouvoir la connaissance de la Bible pour éviter
aussi le danger de nouvelles lectures “fondamentalistes” et de
dérives idéologiques.
La Révélation n’est donc pas quelque chose de statique, pas plus
qu’elle n’est séparée chronologiquement d’autres processus: la
révélation est donc toujours accompagnée par l’interprétation qui
est mise en oeuvre, à la fin, dans la célébration. C’est toujours
Dieu qui nous parle, il s’agit de la découverte de la vérité sur
l’homme et sur le monde, qui devient Parole vécue et célébrée et
donne à la mission et à l’action de l’Église leur raison d’être.
3. Aujourd’hui en Europe, on perçoit les signes d’un intérêt
renouvelé pour la Bible. Il est donc nécessaire de repartir de Dieu
et de l’événement de sa Révélation et, en même temps, avoir le
courage de proposer une Lectio divina nouvelle et plus mûre. En
parlant de Lectio divina, je ne pense pas seulement à la
fréquentation du texte sacré, qui demeure toujours la référence
fondamentale pour le discernement ecclésial. Je ne pense pas non
plus à la lecture limitée à l’espace restreint de la subjectivité.
Je pense plutôt à l’accueil de Dieu qui agit continuellement dans
l’histoire, en découvrant sa présence dans tout événement. Ceci
permettra de “lire” la vie de l’Église en Europe comme lieu dans
lequel Il se révèle. C’est ainsi que la Lectio divina, comme lecture
dans l’Esprit, devient une expérience divine et humaine, dont le
sujet est Dieu Lui-même à l’oeuvre dans le corps ecclésial.
Dans une telle perspective, une question se pose: comment
interpréter les divergences d’opinion au sein de l’Église, les
conflits entre les peuples; et comment aborder la question de la
marginalisation culturelle du christianisme, de la recherche de
liberté en dehors de la présence de Dieu. Or, si le christianisme
est le principe fondateur qui embrasse et unifie l’Europe, nous
devrons reconnaître l’action de Dieu qui se révèle aussi bien dans
nos égarements, dans nos discordes et nos conflits que dans la
communion, dans le respect et dans l’altruisme. Aussi sommes-nous
sollicités à un christianisme qui ne se laisse pas impliquer dans le
jeu de la politique et de l’économie, jusqu’à en devenir
méconnaissable. Les chrétiens en Europe devraient assumer leur
responsabilité et faire en sorte qu’il n’y ait pas une lecture
exclusivement politique et économique des événements . Ne pas
assumer la méthode qui nous est offerte par la Lectio divina – et au
travers de laquelle nous laissons que “Dieu nous lise” – a des
conséquences directes tant sur la célébration de Dieu, mystère
révélé et donné, que sur la mission de l’Église. En effet, dans la
conception chrétienne, la célébration est toujours l’actualisation
de l’événement du Dieu qui s’est révélé en Jésus Christ, la capacité
de se faire présent de nouveau ici et maintenant dans l’histoire des
hommes (représentation). La Célébration devient en cela Lectio
divina dans le sens le plus profond du terme. Et c’est dans l’Église
qui célèbre le Seigneur ressuscité que la Parole de Dieu se fait
chair, devenant instrument du salut pour tous les hommes.
4. L’Europe vit sa crise d’identité à chacun des trois niveaux
considérés. Il semble qu’elle veuille fuir le Dieu révélé et soit en
train de chercher la source de son identité en se refermant dans
l’humanum, concept intentionnellement vague. Quand l’homme n’écoute
pas ce que Dieu dit, il commence immanquablement à parler à sa place
mais, au fond de ce discours, c’est la peur qui se cache. L’Europe
sans Dieu risque de devenir un nid de préoccupations et de
construire une civilisation de la peur. La Parole de Dieu rend
l’espérance et la joie.
L’Europe, en outre, entre en crise quand elle n’accepte pas la force
interprétante de la Parole de Dieu qui trouve dans la foi et dans
l’inspiration son fondement ultime. C’est une mission ardue pour
toutes les disciplines scientifiques et spécialement pour la
théologie. L’Europe se vante, avec juste raison, du développement de
sa propre pensée théologique, mais il faut un effort supplémentaire
pour une confrontation plus profitable avec les nouvelles
interprétations et les nouvelles recherches scientifiques qui sont
souvent volontairement séparées des paradigmes herméneutiques de la
vérité chrétienne. Le refus de la Parole de Dieu comme instance
interprétative conduit l’Europe vers la culture du découragement et
de l’insécurité.
En effet, une culture qui rompt avec la célébration chrétienne,
c’est-à-dire avec la célébration du Mystère de la bonté de Dieu et
du salut réalisé dans le Christ, risque sa propre joie et pousse
l’Europe dans la civilisation de l’affliction et de la tristesse,
qui sent le poids de la vieillesse et de la mort. La Parole de Dieu
rend à l’homme européen la capacité de célébrer la vie. Là où on
célèbre les mystères chrétiens, l’Église est jeune, et ceci garantit
également la jeunesse de l’Europe.
5. La Lectio divina ne constitue pas seulement la force intérieure
en vue d’une nouvelle inspiration à l’apostolat, mais est également
le fondement du mouvement oecuménique et du dialogue interreligieux.
Elle est la voie pour comprendre la Parole de Dieu pour laquelle est
nécessaire la transcendance. Elle est aussi le lieu de la liberté
dans laquelle la réponse humaine est recherchée. En sa dynamique
humaine et divine, la Lectio divina présente donc une force
transfigurante. On peut même affirmer que le Christ lui-même est
Divina Lectio. Être chrétiens, être christoformes, vivre le
christianisme, signifie “être Lectio divina”. C’est pourquoi
l’invitation à pratiquer la Lectio divina demeure pressante, tout
comme la lecture priée et méditée de la Parole de Dieu. Il est
nécessaire de partir de l’Écriture Sainte, même dans les actions
pastorales les plus ordinaires, parce que c’est en elle que demeure
la force de la métaphoricité (de la signification au-delà du texte)
et de la transfiguration (de l’expérience du don, expérience au-delà
de l’autosuffisance). Seulement alors, on peut arriver à dire avec
saint Paul: “Pour moi, vivre c’est le Christ”.
Cette année, nous aurons la possibilité de revenir souvent sur la
vie et sur les écrits de saint Paul. L’Apôtre des Nations interprète
sa mission comme un “appel”, comme un don de Grâce et jamais comme
une initiative autonome. Saint Paul pose les fondements pour que la
spiritualité chrétienne ne soit pas seulement une spiritualité de
l’imitation, mais aussi une spiritualité de la conformation. Au sein
de la première, l’acteur principal est le moi, la norme est la loi
et la vertu de fonds est l’effort constant de l’individu. Dans la
spiritualité de la conformation, en revanche, le sujet est l’Esprit
Saint qui façonne le Christ dans le croyant; la norme est la
reconnaissance de la Grâce qui la précède toujours; la vertu de
fonds est la disponibilité à laisser que le Christ prenne forme dans
notre propre expérience de vie.
6. Puisque je viens de Zagreb, de Croatie, où nous avons célébré au
cours de ces derniers jours les dix ans de la béatification du
Cardinal Alojzije Stepinac, je désire ajouter encore une réflexion
Le concernant. Le Secrétaire d’État, Son Éminence le Cardinal
Tarcisio Bertone a illustré, dans l’homélie, un parallélisme
particulièrement suggestif entre saint Paul et le Bienheureux
Alojzije Stepinac. Il a tout d’abord parlé de leur rencontre avec le
Christ Ressuscité et a ensuite souligné: “Ce qui nous frappe tant
aussi bien chez l’Apôtre Paul que chez le Cardinal Stepinac, c’est
que, alors que ceux qui les persécutaient étaient esclaves
d’idéologies mensongères et violentes, eux-mêmes demeuraient
intimement libres, bien qu’extérieurement privés de leur liberté:
libres d’encourager et de guider les amis, sereins dans leur soutien
aux frères dans la foi, prêts à pardonner et à prier pour leurs
ennemis et pour ceux qui leur faisaient du mal”.
Nous qui provenons de cette partie d’Europe qui a été dominée par
différents régimes dictatoriaux, dont le dernier a été le
communisme, nous avons compris que les pasteurs et les fidèles ont
pu résister face aux cruautés et aux horreurs des idéologies
seulement en faisant confiance à la Parole de Dieu.
Comblés de l’Esprit Saint puisé dans les Écritures Saintes, de
nombreux catholiques et chrétiens européens du vingtième siècle ont
pu discerner entre le bien et le mal, ont pu résister au défi des
totalitarismes, en révélant la perfidie et la déviation satanique de
ces derniers. L’Écriture Sainte leur a permis de découvrir non
seulement les faiblesses des autres et les leurs propres, mais
d’abord et avant tout l’espérance qui jaillit de cette même Parole
de Dieu. L’espérance dans la vie qui est plus forte que la mort et
la destruction, l’espérance dans le sens qui est plus fort que le
non sens, l’espérance dans le soin de Dieu en faveur des opprimés et
des pauvres, envers ceux qui se trouvent aux marges de la société,
l’espérance qui les a poussés à construire un monde meilleur et plus
juste.
Refaire siens la mémoire et l’héritage chrétiens – en tirant profit
des générations passées – cela signifie donc, pour nous en tant
qu’européens, revenir aux racines de notre identité historique en
puisant à la source vive de la Parole de Dieu. Comme européens, la
profession de foi, nourrie par l’écoute de la Parole et par
l’expérience ecclésiale, doit se proposer comme témoignage qui
provoque tout un chacun, croyants et non croyants – pour reprendre
le souhait avec lequel Jean-Paul II concluait l’Exhortation
Apostolique Ecclesia in Europa – “ tracer des chemins toujours
nouveaux qui ouvrent sur l’ “Europe de l’Esprit”, pour en faire une
véritable “maison commune” où l’on trouve la joie de vivre” (EE,
121).
[00018-03.09] [NNNNN] [Texte original: italien]
-
Pour l’Océanie: S.Exc. Mgr Michael Ernest PUTNEY, Évêque de
Townsville (AUSTRALIE)
La Parole de Dieu en Océanie
Durant la Messe d’ouverture de la Journée Mondiale de la Jeunesse à
Sydney, pour la procession du Livre des Évangiles, de jeunes
étudiants provenant du Détroit des Iles Torres, situé au nord-est de
l’Australie, ont célébré une cérémonie appelée “L’arrivée de la
lumière”. Cette cérémonie représente l’arrivée d’un missionnaire
européen apportant la Bible. Son offre de la Parole de Dieu est tout
d’abord refusée par la population locale. Puis, ils changent d’avis
et acceptent la Parole de Dieu qui transforme leur vie. Après
quelques premiers contacts au cours des siècles passés, des
missionnaires tant protestants que catholiques apportèrent, au cours
du dix-neuvième siècle, la Parole de Dieu en Océanie.
Les cultures de l’Océanie, différentes de la culture de l’Ouest de
l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, vont de la culture lettrée
aux prédominantes cultures orales. Au début, les écritures étaient
précieuses et lues dans les foyers, plus souvent même qu’elles
auraient dû l’être en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Par la
suite, même aujourd’hui le message de la Parole de Dieu est beaucoup
mieux partagée par le conte, le rituel, la chanson et le théâtre que
simplement par la lecture du texte.En de nombreux lieux, la
procession de la Parole de Dieu dans la liturgie représente une
expression culturelle très vibrante de foi en la Parole de Dieu.
Nous avons pu le constater à nouveau pour la bienvenue du Saint-Père
à la Journée Mondiale de la Jeunesse et lors de la messe finale, au
cours desquelles la Parole de Dieu a été portée en procession par
des pèlerins provenant, respectivement de Tokelau et de Fidji. Cette
respectueuse reconnaissance de la Parole a beaucoup à enseigner aux
Australiens et aux Néo-Zélandais qui peuvent, parfois, prendre le
privilège de lire la Parole de Dieu comme acquis.
Le travail de dévouement incroyable et souvent héroïque des
missionnaires qui ont partagé la Parole de Dieu par la prédication
des Évangiles, par les Sacrements, et par l’enseignement de la
Tradition de l’Église à un si grand nombre de personnes dans tout le
Pacifique, a donné d’énormes fruits. Ces fruits comportaient aussi
leurs ambiguïtés car, comme Ecclesia in Oceania l’avait souligné,
parfois les missionnaires introduisaient souvent des éléments qui
étaient culturellement étrangers à ces populations (3). Il est aussi
vrai que, quelquefois, les éléments de la culture d’accueil
incompatibles avec la Parole de Dieu continuent d’influencer la vie
de ces populations. Face à ces défis, il y a toujours un besoin de
personnel compétent pour enseigner dans les séminaires et les
instituts d’enseignement supérieur dans les nombreux pays d’Océanie.
Les nouvelles églises du Pacifique affrontent maintenant les défis
liés à la transition culturelle du fait qu’elles se déplacent en
différents lieux, de communautés de villages à la vie urbaine, et
qu’elles participent à l’économie mondiale. En raison de cette
transition, il arrive que la vie de famille soit tendue et que le
tissu social se détériore. De même, elles peuvent parfois
difficilement supporter les processus politiques de l’Occident que
la plupart ont hérité de leurs colonisateurs européens, et les
menaces environnementales grandissantes à cause des changements
climatiques.
De plus, il y a dans de nombreux pays d’Océanie un nombre incroyable
de langues dans lesquelles la Parole de Dieu serait parfaitement
communicable. Par exemple, dans la seule Papouasie-Nouvelle-Guinée,
on trouve huit cent quarante sept idiomes différents. En tout, on
trouve à peu près mille deux cents langues différentes en Océanie.
En Australie et en Nouvelle-Zélande, la Parole de Dieu est arrivée
avec les premiers Européens qui se sont installés sur ces îles.
L’Église y a grandi et fleuri. Mais la Parole de Dieu peine
désormais souvent à se faire entendre dans une culture de
l’indifférence. L’Australie est l’un des pays les plus sécularisés
au monde. La Nouvelle-Zélande abrite de nombreux peuples insulaires
du Pacifique qui ont un fort appétit religieux, mais la culture
européenne prédominante est aussi séculaire qu’elle l’est en
Australie.
Toutefois, lors de cette semaine mémorable qu’a été la Journée
Mondiale de la Jeunesse, les rues de la séculière Sydney se sont
remplies de signes vibrants de la Parole de Dieu, et la culture de
la résistance s’est effondrée devant le pouvoir de l’Esprit Saint
présent dans les visages et les voix de 200.000 jeunes.
Beaucoup de catholiques en Australie et en Nouvelle-Zélande vivent
des vies modelées par leur foi dans la Parole de Dieu, mais ce n’est
pas toujours visible jusqu’à devenir presque un secret pour notre
culture séculière dominante. Ce n’est pas parce que les gens ne sont
pas pleinement fidèles, mais parce que l’existence de Dieu n’est pas
reconnue partout dans la vie ordinaire des Australiens et de
beaucoup de Néo-Zélandais. La majorité d’entre eux vivent la plupart
du temps comme si Dieu n’existait pas, même s’ils sont croyants.
Après la Journée Mondiale de la Jeunesse, certains Australiens et
Néo-Zélandais ont le sentiment que la promesse d’une nouvelle
évangélisation pourrait finalement être lancée malgré l’apparente
imperméabilité de la culture séculière. Dans sa propre description
du contexte dans lequel la Parole de Dieu peut être prêchée en
Australie, étendue à la Nouvelle-Zélande, le Saint-Père parla, lors
de la Journée Mondiale de la Jeunesse, du “sinistre” phénomène de
liberté et d’intolérance si souvent séparé de la vérité, et d’un
relativisme qui a détaché toute “expérience” d’importance de toute
considération de ce qui est bien ou mal. Il a décrit avec précision
la culture séculière en Australie et en Nouvelle-Zélande quand il a
parlé d’un “désert spirituel” et dit : “Combien de nos contemporains
se sont creusés des citernes fissurées et vides (cf. Jr 2, 13) en
cherchant désespérément le sens, la signification ultime que seul
l’amour peut donner ? C’est là le don immense et libérateur que
l’Évangile apporte”.
Le défi regardant l’Australie et une grande partie de l’Océanie est
de trouver de nouvelles voies pour permettre à ce don de l’Évangile
d’être entendu. Quand on regarde les recommandations d’Ecclesia in
Oceania, comme la pratique de la lectio divina et la formation
biblique des fidèles, il est évident qu’elles ne sont que
partiellement appliquées.
L’Exhortation Apostolique post-synodale prévoyait également que la
Parole de Dieu soit une “source inépuisable d’évangélisation” (10).
Avec une intensité sans cesse croissante, les Églises qui sont en
Australie et en Nouvelle-Zélande et dans les autres pays de
l’Océanie concentrent leur attention vers le besoin de s’engager
dans une nouvelle évangélisation dans cette partie du monde,
notamment dans les cultures séculières d’Australie et de
Nouvelle-Zélande. Cependant, aucune méthode n’a émergé pour le
moment, pas même de compréhension partagée sur ce qu’il faut faire
pratiquement.
À leur retour de la Journée Mondiale de la Jeunesse, nombre de
jeunes pèlerins australiens demandèrent à avoir l’occasion dans leur
diocèse d’écouter la catéchèse et de participer à des séances de
questions-réponses avec leur Évêque, conscients qu’ils étaient de
leur ignorance mais avides qu’ils étaient d’écouter le message de
l’Évangile et les enseignements de l’Église, après leur expérience
de la Journée Mondiale de la Jeunesse. Cela fournit une nouvelle
occasion aux Évêques et aux Prêtres d’aider les jeunes à atteindre
une meilleure compréhension de la Parole de Dieu, telle qu’elle est
fondée dans la tradition apostolique et dans les enseignements de
l’Église.
L’Église qui est en Océanie proclame la Parole de Dieu dans une
culture où d’autres tentent également de faire de même. Certains
groupes protestants ont une approche de l’évangélisation qui ignore
le contexte culturel et s’appuie parfois sur une compréhension
fondamentaliste de la Parole de Dieu. À cause de cela,
l’évangélisation catholique peut être rejetée parce qu’aucune
différence n’est faite avec cette version alternative.
En même temps, les relations oecuméniques avec les principales
Églises catholiques, et les relations avec la communauté juive, la
communauté islamique et les autres religions du monde sont une
expérience positive pour l’Église dans la majeure partie de
l’Océanie. Nous cherchons à nous maintenir dans notre culture
séculière afin d’affirmer la valeur fondamentale de la croyance en
Dieu et le droit des croyants à apporter leur contribution à notre
culture séculière.
Alors que ce sont là quelques-uns des défis que doit affronter
l’Église qui est en Océanie, de nombreux signes d’une vie nouvelle
apparaissent, ainsi que le témoignage de dizaines de milliers de
Catholiques engagés qui sont restés fidèles malgré l’impact de la
sécularisation. La Journée Mondiale de la Jeunesse nous a donné un
grand espoir. Il nous reste maintenant à en récolter les fruits.
[00016-03.09] [NNNNN] [Texte original: anglais]
RAPPORT DE S.ÉM. LE CARD. ALBERT VANHOYE, S.I., RECTEUR ÉMÉRITE DE
L’INSTITUT PONTIFICAL BIBLIQUE DE ROME (FRANCE)
Le document de la Commission Biblique Pontificale sur “Le peuple
juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne”
En 1996, après son renouvellement partiel, la Commission Biblique
Pontificale a été invitée par son président, le Cardinal Joseph
Ratzinger, à choisir un nouveau sujet de recherche, qui soit
important pour la vie et la mission de l'Église dans le monde
actuel. Plusieurs sujets ont été proposés. Un vote a été effectué.
Le sujet qui a obtenu le plus grand nombre de voix a été
“l’antijudaïsme et la Bible”. Le terme “antijudaïsme” a été préféré
à “antisémitisme”, parce qu’il est plus précis ; il y a, en effet,
d’autres peuples sémites que le peuple juif.
La Commission Biblique s’est ensuite montrée fidèle au choix de ce
terme, mais elle ne l’a pas maintenu dans le titre de son travail.
Elle a adopté une perspective plus ouverte et plus positive et a
défini son sujet par une autre formulation: “Le peuple juif et ses
Écritures dans la Bible chrétienne.” Un collègue a fait alors
remarquer que l’expression “ses Écritures” a un sens trop large,
car, en plus de la Bible hébraïque, elle s’applique aussi à la
Mishna, à la Tosephta, au Talmud. On a donc précisé en mettant
“saintes Écritures”, expression employée par l’apôtre Paul au début
de sa Lettre aux Romains et qui a l’avantage d’exprimer un respect
religieux pour les écrits désignés de cette façon.
“Le peuple juif et ses Saints Écritures dans la Bible chrétienne”:
dans ce titre sont indiqués deux thèmes distincts et
complémentaires, qui correspondent à deux questions. La première est
de quelles façons “le peuple juif” est-il présenté dans la Bible
chrétienne, c’est-à-dire dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau?
La seconde question est: quelle place les “saintes Écritures” du
peuple juif occupent-elles dans la Bible chrétienne ? Le document
traite ses deux questions dans l’ordre inverse. - Il traite d’abord
de la place occupée par l'Ancien Testament dans la Bible chrétienne
et ensuite des façons dont le peuple juif est présenté dans les deux
parties de cette Bible, Ancien et Nouveau Testament. Disons tout de
suite que cette façon plus ouverte et plus positive de poser les
questions a eu pour conséquence que le mot “antijudaïsme” ne se
trouve plus dans aucun des titres du document, ni dans les titres
des chapitres, ni dans ceux des paragraphes. Par contre, il se
trouve en plus d'un endroit dans le texte, car le problème n'a
aucunement été éludé; il a été clairement affronté, mais sans
occuper toute la perspective, qui est restée avant tout positive, ce
qui fait - remarquons-le - que le document constitue un antidote
plus efficace contre l’antijudaïsme.
Le travail de la Commission Biblique s’est effectué, comme
d'habitude, en trois étapes. Des études monographiques ont d’abord
été rédigées par chaque membre de la commission et discutées en
assemblée plénière. Ensuite, après l’établissement d'un plan pour le
document, la rédaction des diverses parties de ce plan a été confiée
à divers collègues et soumise ensuite à une discussion. Enfin,
troisième étape, les différentes contributions ont été unifiées dans
une rédaction d'ensemble, qui a été discutée, révisée, soumise au
vote. La rédaction finale est donc vraiment le fruit d’un travail
collégial.
Ce travail a été réalisé avec rigueur scientifique et dans un esprit
de respect et d'amour pour le peuple juif. On ne s’est pas contenté
d'un examen superficiel des textes, mais on les a étudiés et
approfondis. Le document n'est donc pas toujours de lecture facile.
Et ce sont les textes eux-mêmes qui inspirent respect et amour pour
le peuple juif. “Dans l’Ancien Testament,” en effet, “le projet de
Dieu est un projet d'union d'amour avec son peuple, amour paternel,
amour conjugal, et quelles que soient les infidélités d’Israël, Dieu
n’y renonce jamais, mais en affirme la perpétuité (Is 54,8 ; Jr
31,3). Dans le Nouveau Testament, l’amour de Dieu surmonte les pires
obstacles. Même s’ils ne croient pas en son Fils, qu’il leur a
envoyé pour être leur Messie sauveur, les Israélites restent “aimés”
[saint Paul l’affirme dans sa Lettre aux Romains 11,28]. Qui veut
être uni à Dieu, doit donc également les aimer” (n° 86, fin). La
Commission Biblique s'est mise explicitement dans l’orientation
indiquée par le Pape Paul VI dans son homélie du 28 octobre 1965,
jour de la promulgation du document conciliaire Nostra Aetate, qui
traite des rapports avec les religions non-chrétiennes, en
particulier la religion juive. Parlant des Juifs, Paul VI a souhaité
“qu’on ait pour eux respect et amour” et il a même ajouté “et qu’on
ait espoir en eux”. Extrêmement positive, cette orientation ne
laisse aucune place à l’antijudaïsme. Elle devrait être plus
fidèlement maintenue.
Le document se compose de 3 grands chapitres. Le premier s’intitule
“Les Saintes Écritures du peuple juif, partie fondamentale de la
Bible chrétienne”. On avait d'abord mis “partie intégrante”, ce qui
aurait signifié que sans les Saintes Écritures du peuple juif, la
Bible chrétienne ne serait pas complète. Cela est tout à fait exact,
mais reste insuffisant. L’Ancien Testament n’est pas simplement un
morceau entre autres de la Bible chrétienne. Il en est la base, la
partie fondamentale. Si le Nouveau Testament s'était établi sur une
autre base, il serait sans vraie valeur. Sans sa conformité aux
Saintes Écritures du peuple juif, il n’aurait pas pu se présenter
comme l’accomplissement du dessein de Dieu. Quand l’apôtre Paul veut
exprimer l’essentiel de la foi chrétienne, il souligne deux fois
cette conformité, en disant : “Christ est mort pour nos péchés,
conformément aux Écritures et il a été enseveli ; il est ressuscité
le troisième jour, conformément aux Écritures, et il est apparu” (1
Co 15,3-5). La foi chrétienne n’est donc pas basée seulement sur des
événements, mais sur la conformité de ces événements à la révélation
contenue dans les Saintes Écritures du peuple juif (n° 7). Cela
constitue évidemment un lien très fort entre les chrétiens et le
peuple juif.
Le 1er chapitre présente une longue démonstration de l’affirmation
contenue dans son titre. Il montre d'abord que “le Nouveau Testament
reconnaît l’autorité des Saintes Écritures du peuple juif”. Il la
reconnaît implicitement en utilisant constamment le même langage que
ces Saintes Écritures et en faisant souvent allusion à des passages
de ces textes. Il la reconnaît aussi en la citant souvent
explicitement. Le Document rappelle en détail les multiples façons
dont sont présentées dans le Nouveau Testament ces citations
explicites. Le lecteur peut en être fatigué, mais c’est cette
attention aux détails précis qui donne toute sa valeur à la
démonstration.
“Très souvent, le Nouveau Testament utilise des textes de la Bible
juive pour argumenter”.
“À une argumentation basée sur les Écritures du peuple juif, le
Nouveau Testament reconnaît une valeur décisive. Dans le IVème
évangile, Jésus déclare à ce propos que “ l’Écriture ne peut être
abolie” (Jn 10,35). Sa valeur vient de ce qu’elle est “parole de
Dieu” (ibid.). “Dans ses argumentations doctrinales, l’apôtre Paul,
en particulier, s’appuie constamment sur les Écritures de son peuple
et il met une nette distinction entre les argumentations
scripturaires et les raisonnements humains. Aux argumentations
scripturaires, il attribue une valeur incontestable. Pour lui, les
Écritures juives ont une valeur toujours actuelle pour guider la vie
spirituelle des chrétiens. Dans sa Lettre aux Romains, il leur écrit
: “Tout ce qui a été écrit auparavant l’a été pour notre
instruction, afin que, par la persévérance et l'encouragement des
Écritures, nous possédions l’espérance” (Rm 15,4 ; cf. 1 Co 10,11).
Le document montre ensuite que “le Nouveau Testament s’affirme
conforme aux Écritures du peuple juif”. Le Nouveau Testament
manifeste, en effet, une double conviction : “d’une part, ce qui est
écrit dans la Bible juive doit nécessairement s'accomplir, car cela
révèle le dessein de Dieu, qui ne peut manquer de se réaliser, et
d’autre part, la vie, la mort et la résurrection du Christ
correspondent pleinement à ce qui était dit dans ces Écritures”.
Le document approfondit beaucoup le thème de l'accomplissement des
Écritures, car c’est un thème très important pour les rapports entre
les chrétiens et les Juifs et il est très complexe. Ce thème est
traité d'abord dans le paragraphe 8 ; il est repris plus longuement
dans le 2ème chapitre, paragraphes 19 à 21. L’accomplissement des
Écritures comprend nécessairement trois aspects: un aspect
fondamental de continuité avec la révélation de l’Ancien Testament,
mais en même temps un aspect de différence sur certains points et un
aspect de dépassement. Une simple répétition de ce qui existait dans
l’Ancien Testament ne suffit pas pour qu’on puisse parler
d’accomplissement. Un progrès décisif est indispensable. Prenons,
par exemple, le thème de l'habitation de Dieu au milieu de son
peuple. Une première réalisation a été le Temple de Jérusalem,
construit par Salomon. Toute splendide qu’elle était, cette première
réalisation était imparfaite. Au moment même de la dédicace, Salomon
le reconnaissait, en disant à Dieu : “Les cieux et les cieux des
cieux ne peuvent te contenir, encore moins cette maison que je t’ai
construite” (1 R 8,27). Souillé par les péchés du peuple, le Temple
de Salomon a été détruit et les Juifs ont été déportés en exil. Au
retour de l’exil, le Temple a été reconstruit. Était-ce alors
l'accomplissement du projet de Dieu ? Nullement, car il s’agissait
de nouveau d’un édifice matériel, construit par des hommes, qui ne
pouvait pas être réellement la maison de Dieu. Il était différent du
Temple de Salomon, mais au lieu d'aller dans le sens d’un progrès
décisif, la différence allait dans le sens d’une infériorité. C'est
ce que constatait le prophète Aggée, lorsqu’il demandait aux Juifs
rapatriés : “Quel est parmi vous le survivant qui a vu cette Maison
dans son ancienne splendeur ? Et comment la voyez-vous à présent ?
N’apparaît-elle pas à vos yeux comme un rien ?” (Ag 2,3). Le
prophète annonçait donc une intervention de Dieu. Cette intervention
s'est effectuée dans le mystère pascal du Christ. Jésus l'avait
annoncé en disant aux Juifs : “Détruisez ce sanctuaire et, en trois
jours, je le relèverai” (Jn 2,20). L’évangéliste ajoute cette
précision : “Il parlait du sanctuaire de son corps” (Jn 2,21). Cette
fois, la différence est radicale. Comme le dit S. Marc, au lieu d’un
“sanctuaire fait de main d'homme”, il s’agit d'un “sanctuaire non
fait de main d'homme” (Mc 14,58) et cette différence va dans le sens
d’une infinie supériorité. Le corps glorifié du Christ est vraiment
la demeure de Dieu ; “en lui habite toute la plénitude de la
divinité”, comme le proclame la Lettre aux Colossiens (Col 2,9).
Dans son paragraphe 8, le Document précise donc que la conformité du
Nouveau Testament aux Écritures du peuple juif n’est pas totale,
mais est “accompagnée de quelques aspects de non-conformité”. C’est
le cas, par exemple, dans les Lettres de S. Paul. “Dans la Lettre
aux Galates et dans celle aux Romains, l’apôtre argumente à partir
de la Loi” - c’est-à-dire de l’Ancien Testament - “pour démontrer
que la foi au Christ a mis fin au régime de la Loi. Il montre que la
Loi comme révélation a annoncé sa propre fin comme institution
nécessaire au salut”.
On peut remarquer qu’en réalité, il n’y a pas “non-conformité” aux
Écritures du peuple juif prises dans leur ensemble, mais
non-conformité à leur aspect institutionnel et conformité à leur
aspect prophétique, lequel est présent dans la Torah elle-même.
L’Ancien Testament, en effet, est rempli de tensions entre ces deux
aspects. Dans les Lettres de S. Paul, “la phrase la plus
significative à ce sujet, est celle de Rm 3,21 où l'apôtre affirme
que la manifestation de la justice de Dieu, dans la justification
par la foi au Christ, s'est faite “indépendamment de la Loi”, mais
est cependant “conforme au témoignage de la Loi et des prophètes”.
De façon analogue, la Lettre aux Hébreux montre que le mystère
pascal du Christ est conforme aux prophéties et à l’aspect
préfiguratif des Écritures, mais comporte, du même coup, un aspect
de non-conformité aux institutions anciennes”. Le sacrifice
personnel du Christ est conforme aux oracles prophétiques qui
dénonçaient l’insuffisance des immolations d’animaux, bien qu’elles
soient prescrites par la Loi. La situation du Christ glorifié est
conforme à l’oracle du Ps 109 (110),4 sur le sacerdoce “selon
l’ordre de Melchisédeq” ; elle est, par là-même, non conforme au
sacerdoce lévitique. Il y a donc souvent à la fois conformité et
non-conformité.
Dans le paragraphe 21, le Document revient sur la notion
d’accomplissement et déclare que c’est “une notion extrêmement
complexe, qui peut facilement être faussée, si on insiste
unilatéralement soit sur la continuité, soit sur la discontinuité”.
La pastorale doit donc être attentive à ne pas fausser la notion
d’accomplissement des Écritures. Le Document continue en disant que
“la foi chrétienne reconnaît l’accomplissement, dans le Christ, des
Écritures et des attentes d’Israël, mais elle ne comprend pas cet
accomplissement comme la simple réalisation de ce qui était écrit.
Une telle conception serait réductrice. En réalité, dans le mystère
du Christ crucifié et ressuscité, l’accomplissement s’effectue d’une
manière imprévisible. Il comporte un dépassement. Jésus ne se limite
pas à jouer un rôle déjà fixé - le rôle de Messie [victorieux] -
mais il confère aux notions de Messie et de salut une plénitude
qu'on ne pouvait pas imaginer à l’avance ; il les remplit d’une
réalité nouvelle ; on peut même parler, à ce sujet de “nouvelle
création” (2 Co 5,17 ; Ga 6,15). […] Le messianisme de Jésus a un
sens nouveau et inédit. […] Il y a donc lieu de renoncer à
l’insistance excessive, caractéristique d’une certaine apologétique,
sur la valeur de preuve attribuée à l’accomplissement des
prophéties. Cette insistance a contribué à rendre plus sévère le
jugement des chrétiens sur les Juifs et sur leur lecture de l’Ancien
Testament : plus on trouve évidente la référence au Christ dans les
textes de l’Ancien Testament et plus on trouve inexcusable et
obstinée l’incrédulité [de la grande majorité] des Juifs”.
Plus loin, le Document déclare : “Lorsque le lecteur chrétien
perçoit que le dynamisme interne de l'Ancien Testament trouve son
aboutissement en Jésus, il s’agit d'une perception rétrospective,
dont le point de départ ne se situe pas dans les textes comme tels,
mais dans les événements du Nouveau Testament proclamés par la
prédication apostolique”. Le Document tire alors une conclusion qui
concernent les Juifs qui ne croient pas au Christ : “On ne doit donc
pas dire que le Juif ne voit pas ce qui était annoncé dans les
textes, mais que le chrétien, à la lumière du Christ et dans
l’Esprit, découvre dans les textes un surplus de sens qui y était
caché”. L’expression, vous le remarquez, est très nuancée.
L’interprétation chrétienne dépasse le sens littéral de certains
textes ; elle leur confère “un surplus de sens”, mais elle ne le
fait pas de façon arbitraire ; elle découvre ce “surplus de sens”
dans les textes mêmes, car il “y était caché”.
Dans le paragraphe 64, le Document exprime la même idée en d'autres
termes. Il déclare : “Les lecteurs chrétiens sont convaincus que
leur herméneutique de l’Ancien Testament, fort différente,
assurément, de celle du judaïsme, correspond cependant à une
potentialité de sens effectivement présente dans les textes. À la
manière d’un “révélateur” au cours du développement d’une pellicule
photographique, la personne de Jésus et les événements qui la
concernent ont fait apparaître dans les Écritures une plénitude de
sens qui, auparavant, ne pouvait pas être perçue”.
Il s’ensuit, selon le Document, que “les chrétiens peuvent et
doivent admettre que la lecture juive de la Bible, est une lecture
possible”, une lecture “qui se trouve en continuité avec les Saintes
Écritures juives de l‘époque du second Temple, une lecture analogue
à la lecture chrétienne, qui s’est développée parallèlement”. Mais
le Document fait nettement comprendre que, possible pour les Juifs
qui ne croient pas au Christ, cette lecture n'est pas possible pour
les chrétiens, car elle implique l’acceptation de tous les
présupposés du judaïsme, en particulier ceux “qui excluent la foi en
Jésus comme Messie et Fils de Dieu”. “Chacune des deux lectures est
solidaire de la vision de foi respective dont elle est un produit et
une expression. Elles sont, par conséquent, irréductibles l’une à
l’autre”. Cette prise de position vaut pour la lecture juive dans
son ensemble. Elle ne vaut pas pour la lecture de tous les détails
des textes bibliques, car souvent cette lecture juive des détails
n'implique nullement le refus de la foi au Christ. Elle correspond
simplement à une lecture faite avant la venue du Christ.
Le Document peut donc déclarer que “sur le plan concret de
l’exégèse, les chrétiens peuvent, néanmoins, apprendre beaucoup de
l’exégèse juive pratiquée depuis plus de deux mille ans et, de fait,
ils ont appris beaucoup au cours de l’histoire”. Le Document ajoute
que, réciproquement, les exégètes chrétiens “peuvent espérer que les
Juifs pourront tirer profit, eux aussi, des recherches exégétiques
chrétiennes” (n. 22).
Pour compléter l’étude des rapports entre le Nouveau Testament et
l’Ancien, le Document étudie les relations qui existent, dans le
judaïsme et le christianisme primitif, entre l’Écriture et la
Tradition. Il note des correspondances : “la Tradition donne
naissance à l’Écriture” et ensuite l’accompagne, car “les textes
écrits ne peuvent jamais exprimer la Tradition de façon exhaustive”.
La Tradition a déterminé, en particulier, le canon de l’Écriture.
Cette détermination s’est faite progressivement et n’a pas abouti au
même résultat pour les Juifs et pour les chrétiens. En plus des
livres de l’Ancien Testament, les chrétiens ont les écrits du
Nouveau Testament et, pour l’Ancien Testament lui-même, le canon
chrétien est plus étendu que le canon juif des Écritures; il
comporte des livres écrits en grec dont le texte ne se trouve pas
dans la Bible hébraïque. Le Document rend compte de cette situation.
Il note, d’autre part, que la réception des Écritures n’est pas
identique dans le judaïsme et dans le christianisme. “Pour tous les
courants du judaïsme de la période correspondant à la formation du
canon, la Loi était au centre. En elle, en effet, se trouvent les
institutions essentielles révélées par Dieu lui-même et chargées de
gouverner la vie religieuse, morale, juridique et politique de la
nation juive après l’exil”. Dans le Nouveau Testament, au contraire,
“la tendance générale […] est de donner plus d’importance aux textes
prophétiques, compris comme annonçant le mystère du Christ. L’apôtre
Paul et la Lettre aux Hébreux n’hésitent pas à polémiquer contre la
Loi”. Cette différence de perspectives est due au fait que l’Église
du Christ n’est pas une nation. L’apôtre Paul a lutté vigoureusement
pour qu’on n’impose pas aux chrétiens originaires des nations
païennes la législation et les coutumes particulières de la nation
juive.
Le deuxième chapitre du document examine la situation de façon plus
détaillée. Il prend en considération les “Thèmes fondamentaux des
Écritures du peuple juif et leur réception dans la foi au Christ”
(nos. 19-65).
Les Écritures du peuple juif sont reçues dans la Bible chrétienne
sous le nom d’Ancien Testament. Le Document fait aussitôt remarquer
à ce sujet qu’ “en les nommant ‘Ancien Testament’, l’Église
chrétienne n’a aucunement voulu suggérer que les Écritures du peuple
juif étaient périmées et qu’on pouvait désormais s’en passer. Elle a
toujours affirmé, au contraire, qu’Ancien Testament et Nouveau
Testament sont inséparables. Lorsque, au début du IIème siècle,
Marcion voulut rejeter l’Ancien Testament, il se heurta à une
complète opposition de l’Église post-apostolique”.
“Le nom d’Ancien Testament […] est une expression forgée par
l’apôtre Paul [dans la 2e aux Corinthiens 3,14-15] pour désigner les
écrits attribués à Moïse”. Paul y parle de “la lecture de l’Ancien
Testament” et dit ensuite “lorsqu’on lit Moïse”. Le sens de
l’expression a été élargi, dès la fin du IIème siècle, pour
l’appliquer aussi aux autres saintes Écritures du peuple juif
accueillies dans la Bible chrétienne. “Actuellement, dans certains
milieux, on tend à répandre l‘appellation “Premier Testament”, pour
éviter la connotation négative qui pourrait être attachée à “Ancien
Testament”. Mais “Ancien Testament” est une expression biblique et
traditionnelle, qui n’a pas par elle-même de connotation négative;
l’Église reconnaît pleinement la valeur de l’ “Ancien Testament”
comme Parole de Dieu. Quant à l’expression “Premier Testament”, elle
se trouve en latin sous la forme “prius testamentum” ou “primum”
dans la traduction de la Lettre aux Hébreux (9,15 ; “primum” en
9,18), mais il ne s’agit pas alors des Écritures ; il s’agit de
l’alliance conclue au Sinaï ; et de cette “première alliance” il est
dit que Dieu l’a “rendue ancienne”, lorsqu’il en a annoncée une
“nouvelle”, et qu’elle était dès lors vouée à sa disparition (He
8,13).
Il se trouve donc que, dans le Nouveau Testament, c’est l’expression
“Primum Testamentum” qui a une connotation négative et non
l'expression “ancien testament”.
Pour le dire tout de suite, le texte polémique de la Lettre aux
Hébreux est, en général, consciemment ou inconsciemment, ignoré dans
les déclarations lénifiantes sur la permanente validité de la
première alliance. Le Document ne cite pas ce texte, mais il en
tient compte, car il se garde d'affirmer la permanente validité de
l'alliance du Sinaï ; il parle de la permanente validité de
“l’alliance-promesse de Dieu”, qui n'est pas un pacte bilatéral
comme l‘alliance du Sinaï, souvent rompue par les Israélites. Elle
est “toute de miséricorde” et “ne peut pas être annulée” (n. 41) ;
elle “est définitive et ne peut pas être abolie” ; c’est en ce sens
que, selon le Nouveau Testament, “Israël continue à se trouver dans
une relation d’alliance avec Dieu” (n. 42).
Dans son deuxième chapitre, le document passe en revue non moins de
neuf thèmes fondamentaux des Écritures du peuple juif, qui sont
reçus dans la foi au Christ. Les deux premiers ont une immense
ampleur, car il s’agit de la “révélation de Dieu” et de la situation
de “la personne humaine” sous ses deux aspects contrastés de
“grandeur et de misère”. Les thèmes suivants précisent le dessein de
Dieu, dessein “libérateur et sauveur”, qui se réalise par
“l’élection d’Israël”, peuple auquel Dieu offre “l’alliance” et “la
Loi”. Les derniers thèmes concernent “la prière et le culte,
Jérusalem et le Temple” ; ensuite, les oracles divins de “reproches
et [de] condamnations” ; enfin les oracles de “promesses”.
Le document constate que “le Nouveau Testament assume pleinement
tous les grands thèmes de la théologie d’Israël”, mais il ne se
contente pas de répéter à leur sujet ce qui était déjà écrit ; il
les approfondit, ce qui exige un dépassement en vue d'une
progression. “La personne et l’œuvre du Christ ainsi que l’existence
de l'Église se situent [nettement] dans le prolongement de
l’histoire d‘Israël”. “On ne saurait nier, cependant, que le passage
de l’un à l’autre Testament entraîne des ruptures. Celles-ci ne
suppriment pas la continuité. Elles la présupposent [au contraire]
sur ce qui est essentiel. Elles atteignent, cependant, des pans
entiers de la Loi : [c’est-à-dire] des institutions, comme le
sacerdoce lévitique et le Temple de Jérusalem ; des formes de culte,
comme les immolations d’animaux ; des pratiques religieuses et
rituelles, comme la circoncision, les règles sur le pur et l‘impur,
les prescriptions alimentaires ; des lois imparfaites, comme celle
sur le divorce ; des interprétations légales restrictives,
concernant le sabbat, par exemple. Il est manifeste que, d’un
certain point de vue - celui du judaïsme - ce sont des éléments de
grande importance qui s’en vont. Mais il est tout aussi évident que
le déplacement radical d'accents réalisé dans le Nouveau Testament
était déjà amorcé dans l’Ancien Testament et en constitue ainsi une
lecture potentielle légitime” (n. 64).
“La discontinuité sur plusieurs points n’est que la face négative
d’une réalité dont la face positive s’appelle progression. Le
Nouveau Testament atteste que Jésus, bien loin de s’opposer aux
Écritures israélites, de leur mettre un terme et de les révoquer,
les porte [au contraire] à leur achèvement, dans sa personne, dans
sa mission et, tout particulièrement, dans son mystère pascal. […]
aucun des grands thèmes de la théologie de l’Ancien Testament
n’échappe au rayonnement de la lumière christologique” (n. 65).
En particulier, le Nouveau Testament assume comme une réalité
irrévocable l’élection d'Israël, peuple de l‘alliance : celui-ci
conserve intactes ses prérogatives [énumérées par l’apôtre Paul, en]
(Rm 9,4) et son statut prioritaire, dans l’histoire, par rapport à
l’offre du salut (Ac 13,23 ; [Rm 1,16]) et de la Parole de Dieu (Ac
13,46). Mais à Israël Dieu a offert une “alliance nouvelle” (Jr
31,31) ; celle-ci a été fondée dans le sang de Jésus [Lc 22,20 ; 1
Co 11,25]. L’Église se compose des Israélites qui ont accepté cette
nouvelle alliance et d’autres croyants qui se sont joints à eux.
Peuple de la nouvelle alliance, l’Église a conscience de n’exister
que grâce à son adhésion au Christ Jésus, [descendant de David et]
Messie d’Israël, et grâce à ses liens avec les apôtres, tous
Israélites. Loin donc de se substituer à Israël, elle reste
solidaire avec lui. Jamais le Nouveau Testament n’appelle l’Église
“le nouvel Israël”. Aux chrétiens venus des nations [païennes],
l’apôtre Paul déclare qu’ils ont été greffés sur le bon olivier qui
est Israël (Rm 11,16.17). Mais l’Église a conscience [d’autre part]
que le Christ lui donne une ouverture universelle, conformément à la
vocation d’Abraham, dont la descendance s’élargit désormais à la
faveur dune filiation fondée sur la foi au Christ (Rm 4,11-12 [; Ga
3,28-29]) (n. 65).Ainsi donc, le Nouveau Testament se situe par
rapport aux saintes Écritures du peuple juif dans une ligne de
profonde fidélité, mais de fidélité qui est en même temps créatrice,
conformément aux oracles prophétiques qui annonçaient “une nouvelle
alliance” (Jr 31,31) et le don d’un “cœur nouveau” et d’un “esprit
nouveau” (Ez 36,26).
Le 3ème chapitre du document s’intitule “Les Juifs dans le Nouveau
Testament”. Mais il commence par un exposé préalable, qui ne manque
pas d’utilité, sur les “Points de vue divers” qui existaient “dans
le judaïsme d’après l’exil” (nos. 66-69). Ce serait, en effet, une
erreur de concevoir le judaïsme de cette époque comme une réalité
monolithique. On doit, au contraire, constater l’existence de
différents courants de pensée et de comportement, qui souvent
s’opposaient entre eux. L’historien juif Josèphe distingue trois
“partis” ou écoles de pensée, les Pharisiens, les Saducéens et les
Esséniens ; cette liste n’est pas exhaustive. “Les relations entre
les divers groupes étaient par moments extrêmement tendues, allant
jusqu’à l’hostilité […] Les écrits de Qumram [par exemple] couvrent
d’injures la hiérarchie sadducéenne de Jérusalem, mauvais prêtres
accusés de violer les commandements, et ils dénigrent également les
Pharisiens”. Le document rend compte de cette situation, qui se
reflète dans les écrits du Nouveau Testament; il distingue plusieurs
périodes successives : d’abord, “les derniers siècles avant
Jésus-Christ”, ensuite le Ier siècle après Jésus-Christ, divisé en
trois tiers. Le premier tiers est l’époque de la vie de Jésus, “qui
a commencé cependant un peu plus tôt, puisque Jésus est né avant la
mort d’Hérode le Grand, survenue en l’an 4 avant [le début de] notre
ère”.
Le document estime “probable que Jésus n’a appartenu à aucun des
partis qui existaient alors au sein du judaïsme. Il était simplement
solidaire du commun du peuple. Des recherches récentes ont tenté de
le situer en divers contextes de son temps : rabbis charismatiques
de Galilée, prêcheurs cyniques itinérants ou même zélotes
révolutionnaires. Il ne se laisse enfermer dans aucune de ces
catégories. “Quant au groupe de ses disciples, il “pouvait refléter
le pluralisme qui existait alors en Palestine” (n. 67).
Le 2ème tiers du Ier siècle est l’époque “où les disciples du Christ
ressuscité devinrent très nombreux et s'organisèrent en Églises”. Le
3ème tiers commence avec “la révolte juive de 66-70" qui provoqua la
guerre juive, la défaite et la destruction du Temple de Jérusalem.
“Lorsqu’ils parlent du judaïsme, les écrits chrétiens datant de
cette époque auront été influencés, de façon croissante, par les
rapports avec le judaïsme rabbinique en voie de formation. Dans
certains secteurs, le conflit entre les dirigeants des synagogues et
les disciples de Jésus était aigu” (n. 69).
Après cet exposé préalable, le document examine la façon dont les
Juifs sont présentés dans les Évangiles et les Actes des apôtres ;
ensuite, dans les lettres de Paul, celles de Jacques, Pierre et Jude
et dans l’Apocalypse. La première phrase est très significative.
Elle déclare que “sur les Juifs, les Évangiles et les Actes ont une
perspective fondamentale très positive, car ils reconnaissent le
peuple juif comme le peuple choisi par Dieu pour réaliser son
dessein de salut. Ce choix divin trouve sa plus haute confirmation
dans la personne de Jésus, fils d’une mère juive, né pour être le
sauveur de son peuple et qui mène à bien sa mission […]. L’adhésion
à Jésus d’un grand nombre de juifs, durant sa vie publique et après
sa résurrection, confirme cette perspective, et de même le choix par
Jésus de douze Juifs pour participer à sa mission et continuer son
œuvre” (n. 70).
Un autre aspect de la situation est ensuite exprimé dans les termes
suivants : “Accueillie positivement au début par beaucoup de Juifs,
la Bonne Nouvelle [annoncée au nom de Jésus] s’est heurtée à
l’opposition des dirigeants, qui ont été suivis, en fin de compte,
par la plus grande partie du peuple. Il en est résulté, entre les
communautés juives et les communautés chrétiennes, une situation
conflictuelle, qui a évidemment laissée sa marque sur la rédaction
des Évangiles et des Actes” (n. 70).Ces deux aspects de la
situation, le premier, très positif, le second, négatif, se
retrouvent dans tous les écrits du Nouveau Testament. Le second
aspect a provoqué des expressions de reproches et la production de
textes polémiques. Mais le document fait remarquer que “dans le
Nouveau Testament, les reproches adressés aux Juifs ne sont ni plus
fréquents, ni plus virulents que les accusations exprimées contre
les Israélites dans la Loi et les prophètes. Ils ne doivent donc pas
davantage servir de base à de l’antijudaïsme. Les utiliser à cet
effet va contre l’orientation d’ensemble du Nouveau Testament. Un
antijudaïsme véritable, c’est-à-dire une attitude de mépris,
d’hostilité et de persécution contre les Juifs en tant que Juifs,
n’existe en aucun texte du Nouveau Testament et est incompatible
avec l’enseignement du Nouveau Testament. Ce qui existe, ce sont des
reproches adressés à certaines catégories de Juifs pour des motifs
religieux et, d’autre part, des textes polémiques visant à défendre
l’apostolat chrétien contre des Juifs qui lui faisaient opposition”
(n. 87).
Les reproches ne correspondent jamais à une attitude de haine. Le
document rappelle que, dans les Actes des Apôtres, “la faute des
“Israélites” [qui] a été d’avoir “fait mourir le prince de la vie”
(3,15) […] n’est rappelée que pour fonder un appel à la conversion
et à la foi. [L’apôtre] Pierre, d'ailleurs, atténue la culpabilité,
non seulement des “Israélites”, mais même celle de leurs “chefs”, en
disant qu’il s’agit d’une faute commise “par ignorance” (3,17).
Pareille indulgence est impressionnante. Elle correspond à
l’enseignement “[de Jésus, qui nous a dit d’aimer nos ennemis] (Lc
6,36-37) et à son exemple [il a prié pour ceux qui le crucifiaient]
(Lc 23,34)” (n. 75). Saint Étienne, le premier des martyrs a suivi
fidèlement cet exemple (Ac 7,60).
Quant aux textes polémiques, provoqués alors par l’opposition des
Juifs à l’apostolat chrétien, le document fait remarquer que “la
situation ayant radicalement changé, “ils n’ont” plus à intervenir
dans les rapports entre chrétiens et Juifs” (n. 71).
En terminant, le document constate que le Nouveau Testament “se
trouve en grave désaccord avec la grande majorité du peuple juif”,
parce qu’il “est essentiellement une proclamation de
l'accomplissement, en Jésus Christ, du dessein de Dieu [annoncé dans
l’Ancien Testament]” et la grande majorité du peuple juif “ne croit
pas à cet accomplissement. […] Si profond qu’il soit, un tel
dissentiment n'implique nullement une hostilité réciproque.
L’exemple de [l’apôtre] Paul en Rm 9-11 montre qu'au contraire, une
attitude de respect, d’estime et d’amour pour le peuple juif est la
seule attitude vraiment chrétienne dans cette situation qui fait
mystérieusement partie du dessein, tout positif, de Dieu”.
“Le dialogue reste possible, puisque Juifs et chrétiens possèdent un
riche patrimoine commun qui les unit, et il est grandement
souhaitable, pour éliminer progressivement, d’un côté comme de
l’autre, préjugés et incompréhensions, pour favoriser une meilleure
connaissance du patrimoine commun et pour renforcer les liens
mutuels” (n. 87).
C’est dans cette direction qu’une entière docilité à la Parole de
Dieu pousse l’Église à progresser.
[00014-03.09] [NNNNN] [Texte original: français]
BRIEFING POUR LES GROUPES LINGUISTIQUES
Le premier Briefing pour les groupes linguistiques aura lieu demain,
mardi 7 octobre 2008 à 14h00 environ (dans les lieux de briefing et
avec les Attachés de Presse indiqués dans le Bulletin N°2) en
conclusion du Briefing de l’American Bible Society à 13h00 dans la
salle Jean-Paul II de la Salle de Presse du Saint-Siège (à l’origine
prévu pour mercredi 8 octobre 2008).
Nous rappelons que les opérateurs TV (cameramen et techniciens) et
les photoreporters sont priés de s’adresser au Conseil Pontifical
pour les Communications Sociales pour l’autorisation d’accès (très
limitée).
Au Briefing de l’American Bible Society participeront S.Ém. le Card.
Peter Kodwo Appiah TURKSON, Archevêque de Cape Coast (GHANA) ; le R.
P. Thomas ROSICA, C.S.B.,Directeur Exécutif de la Chaîne de
Télévision Catholique du Canada “Salt and Light” (CANADA) ; le R. P.
Dennis DICKERSON, Président, Board of Trustees, American Bible
Society ; le R. P. Giuseppe COSTA, Directeur de la Librairie
Éditrice du Vatican.
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