OEUVRE PONTIFICALE POUR LES VOCATIONS ECCLÉSIASTIQUES
DE NOUVELLES VOCATIONS POUR UNE NOUVELLE EUROPE
(In verbo tuo...)
Document final du Congrès européen sur les vocations au
sacerdoce et à la vie consacrée en Europe
Rome, 5-10 mai 1997
*
Document émanant des Congrégations: pour l'Éducation
Catholique, pour les Églises Orientales, pour les Instituts
de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique
INTRODUCTION
Nous rendons grâces à Dieu
1. Béni soit le Dieu Tout-Puissant qui a béni la terre
d'Europe par toutes sortes de bénédictions spirituelles, dans le
Christ et dans l'Esprit Saint (cf. Ep 1, 3).
Nous lui rendons grâces pour avoir appelé ce continent, dès
le début de l'ère chrétienne, à être le centre
de rayonnement de la bonne nouvelle de la foi et à manifester au monde sa
paternité universelle. Nous lui rendons grâces parce qu'il a béni
ce sol par le sang des martyrs et par le don d'innombrables vocations au
sacerdoce, au diaconat, à la vie consacrée sous ses diverses
formes, de la vie monastique aux instituts séculiers. Nous lui rendons grâces
parce que son Saint Esprit ne cesse, aujourd'hui encore, d'appeler les fils de
cette Eglise pour annoncer le message du salut aux quatre coins de la terre, et
d'autres à témoigner la vérité de l'Evangile qui
sauve, dans leur vie conjugale et professionnelle, dans la culture et dans la
politique, dans l'art et dans le sport, dans les rapports humains et de travail,
chacun selon le don et la mission reçus. Nous lui rendons grâces
parce qu'il est la voix qui appelle et qui donne le courage de répondre;
il est le pasteur qui guide et qui soutient la fidélité de chaque
jour; il est le chemin, la vérité et la vie pour tous ceux qui
sont appelés à réaliser le projet du Père.
Le Congrès européen sur les vocations
2. Réunis à Rome, du 5 au 10 mai 1997, pour le Congrès
sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée en Europe,(1)
nous avons remis entre les mains du Maître de la moisson les travaux de ce
même Congrès, mais surtout l'inquiétude de l'Eglise qui est
en Europe en cette époque à la fois difficile et formidable, ainsi
que la gratitude envers Dieu qui est la source de toute consolation et l'auteur
de l'amour de l'Eternel.
De fait, ce Congrès a été un événement de
grâce : le partage fraternel, l'approfondissement doctrinal, la rencontre
des différents charismes, l'échange des diverses expériences
et efforts qui s'accomplissent dans les Eglises de l'Est et de l'Ouest ont
enrichi tous et chacun. Ils ont confirmé chez chaque participant la
volonté de continuer à travailler avec passion dans le domaine des
vocations, malgré les faibles résultats obtenus dans certaines
Eglises du vieux continent.
La force de l'espérance
3. Du Document de travail du Congrès aux Propositions
finales en passant par le Discours du Saint-Père aux
participants et par le Message pour les communautés ecclésiales,
des interventions en salle aux discussions en groupes d'étude en passant
par les échanges informels et par les témoignages, un fil
conducteur a relié entre eux tous les actes et tous les instants de ce
congrès: l'espérance. Une espérance plus forte que
toute crainte et que tout doute, cette espérance qui a soutenu la foi de
nos frères des Eglises de l'Est lorsqu'il était difficile et risqué
de croire et d'espérer, et qui est désormais récompensée
par une nouvelle floraison de vocations, comme elles ont pu en témoigner
au Congrès.
Nous savons profondément gré à ces frères, comme
à tous les croyants qui continuent à témoigner que «
l'espérance est le secret de la vie chrétienne et le souffle
absolument nécessaire sur le front de la mission de l'Eglise et, en
particulier, de la pastorale des vocations (...). Il faut donc la régénérer
chez les prêtres, les éducateurs, les familles chrétiennes,
les familles religieuses, dans les instituts séculiers; en somme chez
tous ceux qui doivent servir la vie aux côtés des nouvelles générations
».(2)
C'est à vous que nous écrivons, enfants, adolescents
et jeunes...
4. Fort de cette espérance, nous nous adressons à vous, enfants,
adolescents et jeunes, avant tout parce que dans le choix de votre avenir
vous accueillez le projet que Dieu a sur vous: vous ne serez heureux et
pleinement réalisés que si vous vous disposez à réaliser
le rêve du Créateur sur la créature. Comme nous aimerions
que ce document soit une lettre adressée à chacun de vous, où
vous puissiez sentir, avec l'aide de vos éducateurs, l'attention aimante
de votre Mère l'Eglise pour chacun de ses enfants, cette attention toute
particulière qu'une mère manifeste pour les plus jeunes de ses
enfants. Une lettre dans laquelle vous puissiez reconnaître vos problèmes,
les questions qui habitent votre jeune coeur et les réponses qui viennent
de Celui qui est l'ami éternellement jeune de vos âmes, le seul qui
puisse vous apporter la vérité! Sachez-le, chers jeunes, l'Eglise
suit anxieusement vos pas et vos choix. Comme ce serait beau si cette lettre
suscitait en vous une réponse, pour un dialogue à poursuivre avec
ceux qui vous guident...
... à vous, parents et éducateurs...
5. Riches de la même espérance, nous nous adressons à
vous parents, appelés par Dieu à collaborer à sa
volonté de donner la vie, et à vous éducateurs,
enseignants, catéchistes et animateurs, appelés par Dieu à
collaborer de différentes manières à son dessein de former à
la vie. Nous voudrions vous dire combien l'Eglise apprécie votre vocation
et combien elle compte sur elle pour encourager la vocation de vos enfants et
une véritable culture des vocations.
Vous, les parents, vous êtes aussi les premiers éducateurs
naturels en matière de vocation, tandis que vous, les formateurs, vous n'êtes
pas seulement des instructeurs qui introduisent aux choix existentiels : vous êtes
appelés à engendrer la vie chez les jeunes existences que vous
ouvrez à l'avenir. Votre fidélité à l'appel de Dieu
est une médiation précieuse et irremplaçable pour que vos
enfants et vos élèves puissent découvrir leur vocation
personnelle, afin qu'« ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance »
(Jn 10, 10).
... à vous, pasteurs et prêtres, personnes consacrées...
6. Le coeur toujours rempli d'espérance, nous nous adressons à
vous, prêtres, et à vous, personnes consacrées dans la vie
religieuse et dans les instituts séculiers. Vous avez entendu un appel
particulier à suivre le Seigneur dans une vie entièrement consacrée
à lui; vous êtes aussi spécialement appelés, tous
sans exception, à témoigner de la beauté de suivre le
Christ.
Nous savons combien cette annonce est difficile et combien il est facile de
succomber à la tentation du découragement quand la peine semble
inutile. « La pastorale des vocations représente le ministère
le plus difficile et le plus délicat ».(3) Mais nous voudrions aussi
vous rappeler qu'il n'y a rien de plus exaltant qu'un témoignage si
passionné de sa propre vocation qu'il sache la rendre contagieuse. Rien
n'est plus logique et cohérent qu'une vocation qui engendre d'autres
vocations et qui rende à plein titre « pères » et «
mères ». Nous voudrions surtout par ce document nous adresser non
seulement à ceux qui exercent une charge explicite dans le domaine des
vocations, mais aussi à ceux d'entre vous qui n'y sont pas impliqués
directement, ou qui estiment n'avoir aucune obligation particulière en ce
sens.
Nous voudrions rappeler à ceux-là que seul un témoignage
commun rend efficace l'animation des vocations et que ce qu'on désigne
sous le nom de crise des vocations est avant tout lié au laisser-aller de
certains témoins qui affaiblissent le message. Dans une Eglise entièrement
vocationnelle, tous sont animateurs des vocations. Alors heureux serez-vous
si vous savez dire, par votre vie, que c'est beau et gratifiant de servir Dieu,
et si vous savez dévoiler qu'en lui, le Vivant, se cache l'identité
de tout vivant (cf. Col 3, 3).
... à tout le peuple de Dieu qui est en Europe
7. Enfin, nous voudrions être des « Samaritains de l'espérance
» pour ces frères et soeurs avec lesquels nous partageons la fatigue
du chemin. Nous voudrions adresser à l'ensemble du peuple de Dieu, pèlerin
sur cette terre antique et bénie, dans les Eglises de l'Est et de
l'Ouest, le même message d'espérance. Jadis, l'annonce de la bonne
nouvelle partit d'ici, grâce au courage de nombreux évangélisateurs
qui payèrent leur témoignage de leur sang. Aujourd'hui encore,
nous voulons le croire, l'Esprit du Père appelle.
Il envoie de par les routes du monde les fils de cette terre généreuse
aux racines chrétiennes qui a cependant besoin d'une nouvelle évangélisation
et de nouveaux évangélisateurs. Alors nous aussi, nous nous présentons
au Seigneur, comme les Apôtres autrefois, avec la conscience de notre
pauvreté et des besoins de cette Eglise : « Maître, nous avons
peiné toute une nuit sans rien prendre » (Lc 5, 5). Mais
nous voulons surtout, « sur sa parole », croire et espérer que,
comme alors, le Seigneur peut remplir, aujourd'hui encore, grâce à
une pêche miraculeuse, les barques de ses apôtres, et transformer
tout croyant en pêcheur d'hommes.
Du Congrès à la vie
8. Dès lors, le but de ce document est de partager avec vous tous cet
événement de grâce que fut le Congrès. Sans prétendre
en faire une synthèse détaillée, ni présumer exposer
un traité systématique sur la vocation, nous voudrions
fraternellement mettre à la disposition de toute l'Eglise qui est en
Europe et hors d'Europe, sous ses diverses dénominations chrétiennes,
les fruits les plus significatifs de ce Congrès.
Le style tentera d'exprimer le plus possible la volonté de nous faire
comprendre de tous, car tous, indistinctement, sont appelés à réaliser
leur vocation et à promouvoir celle de leur prochain.
Il cherchera surtout à conjuguer la réflexion théologique
et la pratique pastorale, les propositions théoriques et les indications
pédagogiques, pour offrir une aide concrète et pratique à
tous ceux qui travaillent dans le domaine de l'animation des vocations.
Nous n'avons pas la prétention de dire tout, non seulement pour ne
pas répéter ce que d'autres documents ont déjà très
bien dit à cet égard,(4) mais pour demeurer ouverts au mystère,
à ce mystère qui entoure la vie et l'appel de chaque être
humain, à ce mystère qui est également le chemin du
discernement de la vocation et qui ne s'achèvera qu'au moment de la mort.
Ou la pastorale des vocations est mystagogique, et elle part et repart donc
du Mystère (de Dieu) pour ramener au mystère (de l'homme), ou elle
n'est pas.
Les différentes parties du document
9. Concrètement, ce texte suit la logique qui a présidé
aux travaux du Congrès : du concret de l'existence à la réflexion,
pour revenir au concret existentiel. C'est à l'aune de la réalité
de chaque jour que doit se mesurer la pastorale des vocations, précisément
parce qu'elle est pastorale en fonction et au service de la vie. Par conséquent,
nous partirons d'une tentative visant à relever la situation, pour
analyser ensuite le thème de la vocation du point de vue théologique
et donner un fondement, une structure de référence indispensable à
toute la suite du discours.
A ce moment-là commence la partie la plus concrète: avant tout
de type pastoral ou de grandes stratégies d'intervention, puis de
type pédagogique. Elle sera utile pour définir au moins
quelques pistes d'orientations sur le plan de la méthode et de la
pratique quotidienne. Or cet aspect est sans doute celui qui fait le plus défaut
et qui est le plus attendu des agents pastoraux.
PREMIÈRE PARTIE
LA SITUATION DES VOCATIONS AUJOURD'HUI EN EUROPE:
« La moisson est abondante mais les
ouvriers sont peu nombreux » (Mt 9, 37)
Cette première partie constitue un regard sapientiel sur
l'Europe, en étant conscient de sa complexité culturelle où
semble prédominer un modèle anthropologique d'« homme sans
vocation ». La nouvelle évangélisation doit réaffirmer
le sens fort de la vie comme « vocation », avec son appel fondamental à
la sainteté, en recréant une culture favorable aux différentes
vocations et capable de provoquer un véritable sursaut de qualité
dans la pastorale des vocations.
« Nouvelles vocations pour une nouvelle Europe »
10. Le thème du Congrès (« Nouvelles vocations pour une
nouvelle Europe ») va droit au coeur du problème : aujourd'hui, dans
une Europe nouvelle par rapport au passé, il y a besoin de vocations
toutes aussi « neuves ». Il est nécessaire de justifier cette
affirmation pour comprendre le sens de cette nouveauté et saisir son
rapport avec la pastorale « traditionnelle » des vocations au
sacerdoce et à la vie consacrée. Dès lors, nous ne nous
contenterons pas de photographier la situation et d'énumérer des
données, mais nous tenterons de comprendre dans quelle direction doivent
aller la nouveauté et le besoin de vocations qui en découle.
En même temps, nous lirons la situation à laquelle nous avons à
faire face actuellement, à partir de l'expression de Jésus face à
la mission qui l'attendait : « La moisson est abondante, mais les ouvriers
sont peu nombreux » (Mt 9, 37). Ces paroles continuent d'être
vraies et constituent une précieuse clef de lecture de l'actualité.
D'une certaine manière, nous retrouvons en elles la juste mesure de notre
action et la juste proportion (ou disproportion) entre une moisson qui semble être
en excédent et nos pauvres forces. En nous gardant bien de toute interprétation
pessimiste du présent et de toute prétention d'autosuffisance pour
demain.
Une nouvelle Europe
11. Le Document de travail avait déjà fourni un cadre
de la situation européenne concernant la problématique des
vocations, fortement marqué par des éléments de nouveauté.
Nous les résumons ici à grands traits, selon l'analyse qu'en a
fait le Congrès, en cherchant à saisir les plus significatifs qui
sont destinés à conditionner à long terme la mentalité
et la sensibilité des jeunes et donc également les pratiques
pastorales et les stratégies en matière de vocations.
a) Une Europe diversifiée et complexe
Avant tout, une donnée ressort avec évidence : il est
pratiquement impossible de définir la situation européenne d'une
manière statique et univoque sur le plan de la condition des jeunes et de
ses inévitables conséquences sur les vocations. Nous nous trouvons
devant une Europe diversifiée, rendue telle par les événements
sociopolitiques (voir la différence entre l'Est et l'Ouest), mais aussi
par la pluralité de ses traditions et de ses cultures (gréco-latine,
anglo-saxonne et slave).
En même temps, celles-ci constituent sa richesse et rendent
significatives, dans des contextes différents, ses expériences et
ses choix. Ainsi, si la manière de gérer la liberté retrouvée
constitue un problème sur le versant oriental, le versant occidental
s'interroge quant à lui sur la façon de vivre la liberté
authentique.
Cette hétérogénéité est également
confirmée par la courbe des vocations au sacerdoce et à la vie
consacrée, non seulement en raison de la différence très
forte entre la floraison des vocations de l'Europe de l'Est et la crise générale
dont souffre l'Occident, mais parce que, à l'intérieur même
de cette crise, on relève aussi des signes de reprise des vocations,
particulièrement dans les Eglises où un travail post-conciliaire
assidu et constant a tracé un sillon profond et efficace.(5)
Donc, si à l'Est il est nécessaire d'engager une véritable
pastorale organique au service de la promotion des vocations, de l'animation à
la formation des vocations surtout, à l'Ouest une attention différente
est indispensable. Nous devons nous interroger sur la consistance théologique
réelle et sur la linéarité d'application de certains
projets de vocation, sur le concept de vocation sur lequel ils reposent et sur
le type de vocations qui en découlent. Une demande est revenue avec
insistance lors du Congrès : « Pourquoi certaines théologies
ou pratiques pastorales ne 'produisent' pas de vocations, tandis que d'autres en
produisent? ».(6)
Un autre aspect caractérise l'actualité socio-culturelle européenne:
l'excédent des possibilités, des occasions, des sollicitations,
face au manque de concentration, de propositions et de projets. Nous avons
affaire ici à un autre contraste qui augmente le degré de
complexité de cette période de l'histoire, avec des retombées
négatives sur le plan des vocations. Comme la Rome antique, l'Europe
moderne ressemble à un panthéon, à un grand «
temple » où toutes les « divinités » sont présentes
ou dans lequel chaque « valeur » a sa place et sa niche.
Des « valeurs » différentes et contrastantes se mêlent
et coexistent, sans une hiérarchie précise; des codes de lecture
et d'évaluation, d'orientation et de comportement, tout à fait
dissemblables entre eux.
Dans ce contexte, il apparaît difficile d'avoir une conception ou une
vision unitaire du monde et la capacité de faire des projets de
vie devient faible elle aussi. En effet, quand une culture ne définit
plus ses possibilités suprêmes de sens ou ne parvient pas à
créer une convergence autour de certaines valeurs particulièrement
capables de donner un sens à la vie, mais place tout sur le même
plan, toute possibilité de choix de projet tombe en désuétude
et tout devient indifférent et plat.
b) Les jeunes et l'Europe
Les jeunes Européens vivent dans cette culture pluraliste et
ambivalente, « polythéiste » et neutre. D'un côté,
ils cherchent passionnément l'authenticité, l'affection, les
rapports personnels, la grandeur d'horizons, mais, de l'autre, ils sont profondément
seuls, « blessés » par le bien-être, déçus
par les idéologies, perdus par la désorientation éthique.
Et encore: « Dans plusieurs secteurs du monde des jeunes, on relève
une sympathie très claire pour la vie conçue comme valeur absolue,
sacrée... »,(7) mais souvent, et dans de nombreuses parties de
l'Europe, cette ouverture à l'égard de l'existence est démentie
par des politiques qui ne respectent pas le droit à la vie, surtout celle
des plus faibles. Des politiques qui risquent de rendre le « vieux
continent » toujours plus vieux. Donc, si d'un côté ces jeunes
représentent un capital remarquable pour l'Europe d'aujourd'hui
qui investit beaucoup sur eux pour construire son avenir de l'autre côté
les attentes des jeunes ne sont pas toujours accueillies d'une manière
cohérente par le monde des adultes ou des responsables de la société
civile.
Quoi qu'il en soit, deux aspects nous semblent capitaux pour comprendre
l'attitude des jeunes d'aujourd'hui: la revendication de la subjectivité
et le désir de liberté. Ce sont deux requêtes
dignes d'attention et typiquement humaines. Souvent, cependant, dans une culture
faible et complexe comme la nôtre, elles donnent lieu en se
rencontrant à des combinaisons qui déforment leur sens: la
subjectivité devient alors subjectivisme, tandis que la liberté
dégénère en arbitraire.
Dans ce contexte, le rapport que les jeunes Européens établissent
avec l'Eglise mérite une grande attention. Dans une de ses Propositions
finales, le Congrès relève avec courage et réalisme que: «
Souvent les jeunes ne considèrent pas l'Eglise comme l'objet de leur
recherche et le lieu de leur demande et attente. On remarque que ce n'est pas
Dieu qui pose problème, mais l'Eglise. L'Eglise a conscience de la
difficulté de communiquer avec les jeunes, du manque de véritables
projets pastoraux..., de la faiblesse théologico-anthropologique de
certaines catéchèses. De nombreux jeunes ont encore peur qu'une
expérience dans l'Eglise limite leur liberté »,(8) tandis que
pour beaucoup d'autres l'Eglise reste ou devient le point de repère le
plus qualifié.
c) « Homme sans vocation »
Ce jeu de contrastes se reflète inévitablement sur le plan de
la conception du futur, qui est considéré par les jeunes
dans une optique limitée à leurs propres vues, en fonction d'intérêts
strictement personnels (la réalisation de soi).
C'est une logique qui réduit l'avenir au choix d'une profession, au
bien-être économique ou à la satisfaction sentimentale et émotive,
à l'intérieur d'horizons qui, de fait, réduisent le désir
de liberté et les possibilités du sujet à des projets limités,
avec l'illusion d'être libre.
Ces choix ne présentent aucune ouverture au mystère et à
la transcendance ni même, peut-être, par rapport à leur
responsabilité face à la vie, la leur et celle d'autrui, à
la vie reçue en don et à engendrer chez les autres. En d'autres
termes, il s'agit d'une sensibilité et d'une mentalité qui
risquent de donner naissance à une sorte de culture
anti-vocationnelle. Ce qui revient à dire que dans une Europe
complexe du point de vue culturel et privée de points de repère précis,
semblable à un grand panthéon, le modèle
anthropologique dominant semble être celui de l'« homme sans
vocation ».
En voici une description possible : « Une culture pluraliste et
complexe tend à engendrer des jeunes caractérisés par une
identité inachevée et faible entraînant une indécision
chronique face à un choix de vocation. De nombreux jeunes ne possèdent
même pas la « grammaire élémentaire » de
l'existence; ce sont des nomades: ils circulent sans s'arrêter au niveau géographique,
affectif, culturel et religieux; ils « tentent »! Au milieu de la
grande quantité et diversité d'informations, mais avec une pauvreté
de formation, ils semblent dispersés, avec peu de références
et de points de repère. Voilà pourquoi ils ont peur de leur
avenir, les choix définitifs les angoissent et ils s'interrogent sur leur
être. Si, d'une part, ils cherchent l'autonomie et l'indépendance à
tout prix, de l'autre, ils tendent à être très dépendants
du milieu socio-culturel, comme un refuge, et à chercher la gratification
immédiate des sens: de ce qui « me va », de ce qui « me
fait sentir bien » dans un monde affectif fait sur mesure ».(9)
Il est très triste de rencontrer des jeunes, intelligents et doués,
chez qui le désir de vivre, de croire en quelque chose, de tendre vers de
grands objectifs, d'espérer dans un monde qui peut devenir meilleur,
notamment grâce à leurs efforts, semble éteint. Ces jeunes
semblent se sentir superflus dans le jeu ou dans le drame de la vie, démissionnant
pratiquement face à elle, perdus le long des sentiers interrompus et
adoptant le profil le plus bas de la tension vitale. Sans vocation, mais aussi
sans avenir, ou avec un avenir qui, tout au plus, sera une photocopie du présent.
d) La vocation de l'Europe
Et pourtant, cette Europe aux nombreuses âmes et à la culture
si faible (mais qui toutefois s'impose souvent avec force) qui manifeste des énergies
insoupçonnées, est on ne peut plus vivante et appelée à
jouer un rôle important sur la scène internationale.
Jamais autant qu'à notre époque le vieux continent, malgré
ses blessures dues aux récents conflits et aux heurts parfois violents en
son sein, n'a ressenti aussi fortement l'appel à l'unité.
Une unité qu'il faut encore construire, bien que certains murs soient
tombés, et qui devra s'étendre à toute l'Europe, ainsi qu'à
ceux qui lui demandent accueil et hospitalité. Une unité qui ne
pourra pas être seulement politique ou économique, mais aussi et
avant tout spirituelle et morale. Une unité, encore, qui devra dépasser
les vieilles rancoeurs et les anciennes méfiances et à laquelle
ses racines chrétiennes primitives pourraient précisément
fournir un motif de convergence et une garantie d'entente. Une unité, en
particulier, qu'il reviendra aux jeunes de la génération actuelle
de réaliser et de rendre complète et solide, de l'Ouest en Est, du
Nord au Sud, en la défendant contre toute tentation d'isolement et de
repli sur ses propres intérêts et en la proposant au monde entier
comme exemple de coexistence sereine dans la diversité.
Les jeunes seront-ils capables d'assumer cette responsabilité?
S'il est vrai que le jeune d'aujourd'hui risque d'être désorienté
et de se retrouver sans point de repère précis, la « nouvelle
Europe » qui est en train de naître pourrait bien devenir un objectif
et offrir un stimulant adéquat aux jeunes qui, en réalité, «
ont une nostalgie de la liberté et cherchent la vérité, la
spiritualité, l'authenticité, l'originalité personnelle et
la transparence », qui « nourrissent en même temps un désir
d'amitié et de réciprocité », qui cherchent de «
la compagnie » et veulent « construire une nouvelle société
fondée sur des valeurs comme la paix, la justice, le respect de
l'environnement, l'attention envers les diversités, la solidarité,
le volontariat et l'égale dignité de la femme ».(10)
En dernière analyse, les recherches les plus récentes décrivent
les jeunes Européens comme égarés, mais non pas désespérés;
imprégnés de relativisme éthique, tout en étant désireux
de vivre une « bonne vie »; conscients de leur besoin de salut, bien
que ne sachant pas où le trouver.
Leur plus grave problème est probablement la société
neutre sur le plan éthique et dans laquelle il leur est échu de
vivre, mais les ressources qui sont en eux ne sont pas épuisées.
Spécialement en un temps de transition vers de nouveaux objectifs comme
le nôtre. On en veut pour preuve les nombreux jeunes animés d'une
recherche sincère de spiritualité et courageusement engagés
dans le social, confiants en eux-mêmes et dans les autres et dispensateurs
d'espérance et d'optimisme.
Nous croyons que ces jeunes, malgré les contradictions et le «
poids » d'un certain milieu culturel, peuvent bâtir cette nouvelle
Europe. Dans la vocation de leur terre maternelle se profile aussi leur vocation
personnelle.
Une nouvelle évangélisation
12. Tout ceci ouvre de nouvelles voies et requiert de nouvelles impulsions
au processus d'évangélisation de la vieille et de la nouvelle
Europe. Depuis longtemps l'Eglise et le Pape actuel invitent à un profond
renouveau des contenus et de la méthode de l'annonce de l'Evangile, pour «
rendre l'Eglise du XXème siècle encore plus apte à annoncer
l'Evangile à l'humanité du XXème siècle ».(11)
Et, comme nous l'a rappelé le Congrès, « il ne faut pas avoir
peur d'être dans une période de passage d'une rive à l'autre
».(12)
a) Le « semper » et le « novum »
Il s'agit donc de conjuguer le « semper » et le « novum »
de l'Evangile pour l'offrir aux nouvelles demandes et conditions de l'homme et
de la femme d'aujourd'hui. Il est donc urgent de proposer à nouveau le
coeur ou le centre du kérygme comme « nouvelle éternellement
bonne », riche de vie et de sens pour le jeune qui vit en Europe, comme
annonce capable de répondre à ses attentes et d'éclairer sa
recherche.
C'est particulièrement autour des points qui suivent que se
concentrent la tension et le défi. L'image de l'homme que l'on veut réaliser
et les grandes décisions de la vie, de l'avenir de la personne et de
l'humanité dépendent de cela: de la signification de la liberté,
du rapport entre subjectivité et objectivité, du mystère de
la vie et de la mort, de l'amour et de la souffrance, du travail et de la fête.
Il faut clarifier la relation entre pratique et vérité, entre
instant historique personnel et futur définitif universel ou entre bien
reçu et bien donné, entre conscience du don et choix de vie. Nous
savons que c'est précisément autour de ces éléments
que se concentre aussi une certaine crise de signification dont découlent
ensuite une culture anti-vocationnelle et une image d'homme sans vocation.
Le cheminement de la nouvelle évangélisation doit donc partir
de là et c'est là qu'il doit aboutir pour évangéliser
la vie et le sens de la vie, l'exigence de liberté et de subjectivité,
le sens de l'être dans le monde et de la relation aux autres.
C'est de là que pourra émerger une culture des vocations et un
modèle d'homme ouvert à l'appel. La bonne nouvelle de la Pâque
du Seigneur ne doit pas faire défaut à une Europe qui doit profondément
remodeler son visage, car c'est dans son sang que les peuples dispersés
se sont réunis et que les lointains sont devenus proches, « en détruisant
la barrière qui les séparait, c'est-à-dire la haine »
(cf. Ep 2, 14). Nous pouvons aller jusqu'à dire que la
vocation est le coeur même de la nouvelle évangélisation au
seuil du troisième millénaire; elle est l'appel que Dieu
adresse à l'homme pour un nouveau printemps de vérité et de
liberté et pour une refondation éthique de la culture et de la
société européennes.
b) Une nouvelle sainteté
Dans ce processus d'inculturation de la bonne nouvelle, la Parole de Dieu
devient compagne de voyage de l'homme et le croise au long des routes pour lui révéler
le projet du Père comme condition de son bonheur. C'est exactement la
Parole tirée de la lettre de Paul aux chrétiens de l'Eglise d'Ephèse
qui nous conduit aujourd'hui, nous, peuple de Dieu en Europe, à découvrir
ce qui peut-être n'est pas immédiatement visible à l'oeil
nu, mais qui n'en est pas moins événement, don et vie nouvelle : «
Ainsi donc, vous n'êtes plus des étrangers ni des hôtes; vous
êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu » (Ep
2, 19).
Ce n'est évidemment pas une parole nouvelle, mais c'est une parole
qui nous fait regarder d'une nouvelle façon la réalité de
l'Eglise du vieux continent qui est bien autre chose qu'une « vieille
Eglise ». Elle est une communauté de croyants appelés à
la « jeunesse de la sainteté », à la vocation
universelle à la sainteté, soulignée avec force par le
Concile(13) et rappelée en diverses circonstances par le magistère
successif.
Il est temps désormais que cet appel retrouve sa vigueur et parvienne
à tout croyant, afin que chacun soit en mesure « de comprendre, avec
tous les saints, ce qu'est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur
» (Ep 3, 18) du mystère de grâce confié à
sa vie.
Il est temps désormais que cet appel suscite de nouveaux desseins de
sainteté, car l'Europe a surtout besoin de cette sainteté
particulière que requiert le moment présent, donc originale et,
d'une certaine façon, sans précédents.
Il faut des personnes capables de « jeter des ponts » pour
unir toujours davantage les Eglises et les peuples d'Europe et pour réconcilier
les âmes.
Il faut des « pères » et des « mères
» ouverts à la vie et au don de la vie; des époux et des épouses
qui célèbrent et témoignent de la beauté de l'amour
humain béni par Dieu; des personnes capables de dialogue et de «
charité culturelle » pour transmettre le message chrétien
à travers les langages de notre société; des
professionnels et des personnes simples capables d'imprimer à
l'engagement dans la vie civile et aux rapports de travail et d'amitié la
transparence de la vérité et l'intensité de la charité
chrétienne; des femmes qui redécouvrent dans la foi chrétienne
la possibilité de vivre pleinement leur génie féminin; des
prêtres au grand coeur, comme celui du Bon Pasteur; des diacres
permanents qui annoncent la Parole et la liberté de service pour les
plus pauvres; des apôtres consacrés capables de s'immerger
dans le monde et dans l'histoire avec un coeur de contemplatif et des mystiques
si familiers du mystère de Dieu qu'ils sachent célébrer
l'expérience du divin et indiquer la présence de Dieu dans le vif
de l'action.
L'Europe a besoin de nouveaux confesseurs de la foi et de la beauté
de croire, de témoins qui soient des croyants crédibles,
courageux jusqu'au sang, de vierges qui ne le soient pas que pour
elles-mêmes, mais qui sachent indiquer à tous cette virginité
qui est au coeur de chacun et qui renvoie immédiatement à
l'Eternel, source de tout amour.
Notre terre a soif non seulement de saints, mais de communautés
saintes, aimant tellement l'Eglise et le monde qu'elles sachent présenter
au monde une Eglise libre, ouverte, dynamique, présente dans l'histoire
contemporaine de l'Europe, proche des souffrances des gens, accueillante envers
tous, fer de lance de la justice, attentive aux pauvres, ne se souciant pas de
sa minorité numérique ni de mettre des limites à son
action, ne s'effrayant ni du climat de déchristianisation sociale (réelle,
mais sans doute pas aussi radicale et générale) ni du manque
(souvent seulement en apparence) de résultats.
Telle sera la nouvelle sainteté, capable de ré-évangéliser
l'Europe et d'édifier la nouvelle Europe!
De nouvelles vocations
13. Un nouveau discours sur la vocation et sur les vocations, sur la culture
et sur la pastorale des vocations s'impose donc. Le Congrès a voulu
accueillir une certaine sensibilité, désormais largement diffuse
sur ces thèmes, proposant toutefois en même temps un «
'sursaut' idéal pour ouvrir de nouveaux printemps dans nos Eglises ».(14)
a) Vocation et vocations
Tout comme la sainteté s'adresse à tous les baptisés en
JésusChrist, de même il existe une vocation spécifique pour
tout vivant. Et, de même que la première est enracinée dans
le Baptême, la seconde est liée au simple fait d'exister. La
vocation est la pensée providentielle du Créateur sur chaque créature,
elle est son idée-projet, comme un rêve qui tient à coeur à
Dieu parce que la créature lui tient à coeur. Dieu le Père
veut qu'elle soit différente et spécifique pour chaque vivant.
L'être humain, en effet, est « appelé » à la
vie et, quand il vient à la vie, il porte et retrouve en lui l'image de
Celui qui l'a appelé.
La vocation est la proposition divine pour se réaliser selon cette
image; elle est unique et singulière précisément parce que
cette image est inépuisable. Chaque créature dit et est appelée
à exprimer un aspect particulier de la pensée de Dieu. C'est là
qu'elle trouve son nom et son identité, qu'elle affirme et qu'elle met en
sécurité sa liberté et son originalité.
Donc, si chaque être humain possède sa propre vocation dès
le moment de sa naissance, il existe dans l'Eglise et dans le monde différentes
vocations qui, sur le plan théologique, expriment la ressemblance divine
imprimée dans l'homme et, au niveau pastoral et ecclésial, répondent
aux diverses exigences de la nouvelle évangélisation, en
enrichissant la dynamique et la communion ecclésiales: « L'Eglise
particulière est comme un jardin fleuri, possédant une grande variété
de dons et de charismes, de mouvements et de ministères. D'où
l'importance du témoignage de la communion entre eux, en laissant de côté
tout esprit de 'concurrence' ».(15)
Bien plus, le Congrès a explicitement affirmé qu'« il
faut s'ouvrir à de nouveaux charismes et ministères, peut-être
différents des charismes et ministères habituels. La place du laïcat
et sa mise en valeur sont un signe des temps qu'il nous faut encore découvrir.
Il se révèle toujours plus fructueux ».(16)
b) Une culture de la vocation
Ces éléments pénètrent peu à peu dans la
conscience des croyants mais pas encore assez pour créer une véritable
culture des vocations,(17) capable de franchir les limites de la communauté
des croyants. Voilà pourquoi le Saint-Père, dans son Discours aux
participants au Congrès, souhaite que l'attention patiente et constante
de la communauté chrétienne au mystère de l'appel divin
entraîne une « nouvelle culture des vocations chez les jeunes et dans
les familles ».(18)
Celle-ci est un élément de la nouvelle évangélisation.
Elle est culture de la vie et de l'ouverture à la vie, du sens de la vie,
mais aussi de la mort.
Elle se réfère en particulier à des valeurs, peut-être
un peu oubliées, d'une certaine mentalité émergente («
culture de mort » selon certains), comme la gratitude, l'accueil du mystère,
le sens de l'inachevé chez l'homme et en même temps de son
ouverture à la transcendance, sa disponibilité à se laisser
appeler par un autre (ou par un Autre) et interpeller par la vie, sa confiance
en soi et dans le prochain, sa liberté de s'émouvoir face au don
reçu, face à l'affection, à la compréhension, au
pardon, en découvrant que ce que l'on a reçu est toujours immérité,
excède toujours sa propre mesure et est source de responsabilité à
l'égard de la vie.
Font encore partie de cette culture des vocations la capacité à
rêver et à désirer en grand, la stupeur qui permet d'apprécier
la beauté et de la choisir pour sa valeur intrinsèque, parce
qu'elle rend la vie belle et vraie, l'altruisme qui n'est pas seulement
solidarité dans l'urgence, mais qui naît de la découverte de
la dignité de chaque frère.
A la culture de la distraction, qui risque de perdre de vue et d'annuler les
interrogations sérieuses dans la surabondance des mots, il faut opposer
une culture capable de retrouver le courage et le goût des grandes
questions, celles qui ont trait à l'avenir: ce sont les grandes
questions, en effet, qui rendent grandes aussi les petites réponses.
Mais ce sont ensuite les petites réponses au quotidien qui provoquent les
grandes décisions, comme celle de la foi, ou qui créent une
culture, comme celle des vocations.
Quoi qu'il en soit la culture des vocations, en tant qu'ensemble de valeurs,
doit passer toujours plus d'une conscience ecclésiale à une
conscience civile, de la conscience du croyant ou de la communauté
croyante à la conviction universelle de ne pouvoir construire aucun futur
pour l'Europe de l'an 2000 sur un modèle d'homme sans vocation. De fait,
le Pape ajoute : « Le malaise qui traverse le monde des jeunes révèle,
notamment chez les nouvelles générations, des questions pressantes
sur le sens de l'existence, confirmant ainsi que rien ni personne ne peut étouffer
la question du sens et le désir de vérité. Pour
beaucoup, c'est le terrain sur lequel se joue la recherche de vocation ».(19)
Ce sont précisément cette demande et ce désir qui font
naître une authentique culture de la vocation. Et, si demande et désir
sont au coeur de chaque homme, même de ceux qui les nient, alors cette
culture pourrait devenir une sorte de terrain commun où la conscience
croyante rencontre la conscience laïque et se confronte à elle. Elle
lui donnera, avec générosité et transparence, cette sagesse
qu'elle a reçue d'en haut.
Cette nouvelle culture deviendra ainsi un véritable terrain de
nouvelle évangélisation où pourrait naître un nouveau
modèle d'homme et où pourraient fleurir aussi une nouvelle sainteté
et de nouvelles vocations pour l'Europe de l'an 2000. En effet, la pénurie
des vocations spécifiques les vocations au pluriel est
surtout absence de conscience vocationnelle de la vie la vocation au
singulier , c'est-à-dire absence de culture de la vocation.
Cette culture devient probablement aujourd'hui le premier objectif de la
pastorale des vocations(20) ou, peut-être, de la pastorale en général.
Que serait, en effet, une pastorale qui ne cultiverait pas la liberté de
se sentir appelé par Dieu et qui ne ferait pas naître une nouveauté
de vie?
c) Pastorale des vocations : le « saut de qualité »
Un autre élément lie entre elles la réflexion d'avant
le congrès et l'analyse faite au cours de ce dernier. C'est la conscience
que la pastorale des vocations se trouve face à l'exigence d'un
changement radical, d'un « 'sursaut' idéal », selon le document
préparatoire,(21) ou d'un « saut de qualité », comme
l'a recommandé le Pape dans son Message à la fin du Congrès.(22)
Encore une fois, nous nous trouvons devant une convergence évidente
devant être comprise dans sa signification authentique, dans cette analyse
de la situation que nous proposons.
Il ne s'agit pas seulement d'une invitation à réagir à
une sensation de fatigue ou de méfiance au vu des faibles résultats.
Ces mots n'entendent pas non plus provoquer un simple renouvellement de
certaines méthodes ou encourager à retrouver l'énergie et
l'enthousiasme, mais ils veulent indiquer, en substance, que la pastorale des
vocations en Europe est arrivée à un tournant historique, à
un passage décisif. Il y a eu une histoire, avec une préhistoire,
puis des phases qui se sont lentement succédé, au long de ces
dernières années, comme des saisons naturelles, et qui doivent désormais
nécessairement évoluer vers l'état « adulte » et
mûr de la pastorale des vocations.
Il ne s'agit donc ni de sous-évaluer le sens de ce passage, ni
d'accuser quiconque pour ce qu'il n'aurait pas fait par le passé. Au
contraire! Notre sentiment, qui est le sentiment de toute l'Eglise, est un
sentiment de reconnaissance sincère envers nos frères et nos
soeurs qui, dans des conditions passablement difficiles, ont généreusement
aidé tant de jeunes gens et de jeunes filles à chercher et à
trouver leur vocation. Mais il s'agit, en tout cas, de comprendre encore une
fois la direction que Dieu, le Seigneur de l'histoire, imprime à notre
histoire et notamment à la riche histoire des vocations en Europe qui se
trouve à un carrefour difficile.
Si la pastorale des vocations est née comme une urgence liée
à une situation de crise et d'indigence vocationnelle, il est impossible
aujourd'hui de la penser avec la même précarité, motivée
par une conjoncture négative, mais au contraire elle apparaît
comme l'expression stable et cohérente de la maternité de
l'Eglise, ouverte au plan de Dieu, que nul ne peut arrêter et qui engendre
toujours la vie en elle.
Si, autrefois, la promotion des vocations se référait
seulement ou surtout à certaines vocations, aujourd'hui elle devrait
tendre toujours plus à la promotion de toutes les vocations, car
dans l'Eglise du Seigneur tous grandissent ensemble ou personne ne grandit.
Si, à ses débuts, la pastorale des vocations pourvoyait
à circonscrire son domaine d'intervention à certaines catégories
de personnes (« les nôtres », ceux qui étaient les plus
proches des milieux d'Eglise ou ceux qui semblaient manifester tout de suite un
certain intérêt, les meilleurs et les plus méritoires, ceux
qui avaient déjà fait une option de foi, et ainsi de suite),
aujourd'hui la nécessité se fait sentir d'étendre
courageusement et à tous, au moins en théorie, l'annonce
et la proposition d'une vocation, au nom de ce Dieu qui ne fait pas de préférence,
qui choisit les pécheurs dans un peuple de pécheurs, qui fait
d'Amos qui n'était pas fils de prophètes mais simple
cueilleur de sycomores un prophète, qui appelle Lévi, qui
va chez Zachée et qui est même capable de faire surgir des pierres
des fils à Abraham (cf. Mt 3, 9).
Si, autrefois, l'activité vocationnelle naissait pour une
bonne part de la peur (de l'extinction ou de moins compter) et du désir
de maintenir les présences et les oeuvres à des niveaux déterminés,
désormais la peur, qui est toujours mauvaise conseillère, cède
la place à l'espérance chrétienne, qui naît
de la foi et qui est projetée vers la nouveauté et le futur de
Dieu.
Si une certaine animation des vocations est, ou était, éternellement
incertaine et timide, jusqu'à sembler pratiquement en condition d'infériorité
par rapport à une culture anti-vocationnelle, aujourd'hui seul celui qui
est animé de la certitude qu'il existe en chaque personne
sans exclusion un don original de Dieu qui attend d'être découvert
peut faire une bonne pastorale des vocations.
Si l'objectif semblait autrefois être le recrutement, et la méthode
la propagande, souvent en forçant un peu la liberté de l'individu
et avec des épisodes de « concurrence », il doit toujours être
clair à présent que notre but est le service à rendre àla
personne, afin qu'elle sache discerner le projet de Dieu sur la vie pour l'édification
de l'Eglise et qu'elle se reconnaisse en lui et réalise sa propre vérité.(23)
Si, à une époque pas très lointaine, certains
s'imaginaient pouvoir résoudre la crise des vocations par des choix
discutables, par exemple en « important des vocations » d'ailleurs
(souvent en les déracinant de leur contexte), aujourd'hui personne ne
devrait s'imaginer pouvoir résoudre la crise des vocations en la
contournant, car le Seigneur continue à appeler dans chaque Eglise et
en tout lieu.
Ainsi, dans la même ligne, le « cyrénéen
vocationnel », improvisateur volontaire et souvent solitaire, devrait
passer toujours davantage d'une animation faite d'initiatives et d'expériences
épisodiques à une éducation à la vocation
s'inspirant de la sagesse d'une méthode éprouvée
d'accompagnement, pour pouvoir apporter une aide appropriée à
ceux qui sont en recherche.
Par conséquent, l'animateur des vocations devrait devenir
toujours plus un éducateur de foi et formateur de vocations et
l'animation sacerdotale devenir toujours plus une action collective,(24)
de toute la communauté, religieuse ou paroissiale, de tout l'institut ou
de tout le diocèse, de tout prêtre ou de toute personne consacrée
ou croyante, et pour toutes les vocations dans chaque phase de la vie.
Enfin, il est temps que l'on passe clairement de la « pathologie
de la fatigue »(25) et de la résignation, que l'on justifie en
attribuant à l'actuelle génération de jeunes la cause
unique de la crise des vocations, au courage de se poser les questions justes,
pour comprendre les erreurs éventuelles et les défaillances, pour
parvenir à un nouvel élan créatif fervent de témoignage.
d) Petit troupeau et grande mission(26)
C'est la cohérence avec laquelle on agira dans cette voie qui aidera
toujours plus à redécouvrir la dignité de la pastorale des
vocations et sa position centrale et de synthèse naturelle dans le
domaine pastoral.
Ici encore, nous venons d'expériences et de conceptions qui ont risqué
de marginaliser, d'une façon ou d'une autre, par le passé, cette même
pastorale des vocations, en la considérant comme moins importante. Elle
présente parfois un visage peu triomphant de l'Eglise actuelle ou est jugée
comme un secteur de la pastorale moins fondé, sur le plan théologique,
par rapport à d'autres, comme un produit récent d'une situation
critique et contingente.
La pastorale des vocations vit peut-être encore dans une situation
d'infériorité qui, d'un côté, peut nuire à son
image et indirectement à l'efficacité de son action mais, de
l'autre, peut aussi devenir un contexte favorable pour définir et expérimenter
avec créativité et liberté liberté aussi de
se tromper de nouveaux chemins pastoraux.
Surtout, cette situation peut rappeler cette autre « infériorité
» ou pauvreté dont parlait Jésus en regardant les foules qui
le suivaient : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu
nombreux » (Mt 9, 37). Face à la moisson du Royaume de Dieu,
face à la moisson de la nouvelle Europe et de la nouvelle évangélisation,
les « ouvriers » sont et seront peu nombreux, « petit troupeau et
grande mission », pour faire mieux ressortir que la vocation est initiative
de Dieu, don du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
DEUXIEME PARTIE
THEOLOGIE DE LA VOCATION:
« Il y a diversité de charismes
mais c'est le même esprit » (1 Co 12, 4)
Le but fondamental de cette partie théologique est de permettre
de saisir le sens de la vie humaine par rapport à Dieu, communion
trinitaire. Le mystère du Père, du Fils et du Saint-Esprit fonde
la pleine existence de l'homme, en tant qu'appel à l'amour dans le don de
soi et dans la sainteté et en tant que don dans l'Eglise pour le monde.
Toute anthropologie détachée de Dieu est illusoire.
Il s'agit maintenant de définir les éléments
structurels de la vocation chrétienne, son architecture essentielle qui, évidemment,
ne peut être que théologique. Cette réalité, qui a déjà
fait l'objet de multiples analyses, notamment de la part du Magistère,
est riche d'une tradition spirituelle, biblico-théologique, qui a formé
non seulement des générations d'appelés, mais aussi une
spiritualité de l'appel.
La demande de sens pour la vie
14. A l'école de la Parole de Dieu, la communauté chrétienne
accueille la réponse la plus élevée à la demande de
sens qui surgit, plus ou moins clairement, dans le coeur de l'homme. C'est une réponse
qui ne vient pas de la raison humaine, bien que toujours provoquée, de
manière dramatique, par le problème de l'existence et du destin;
mais de Dieu. C'est lui qui remet à l'homme la clef de lecture servant à
éclaircir et à résoudre les grandes interrogations qui font
de l'homme un sujet qui interroge: « Pourquoi sommes-nous au monde?
Qu'est-ce que la vie? Quelle est la destination finale au-delà du mystère
de la mort? ».
Il ne faut cependant pas oublier que dans la culture de la distraction dans
laquelle sont surtout plongés les jeunes de notre temps, les questions
fondamentales courent le risque d'être étouffées ou d'être
refoulées. Plus que cherché, aujourd'hui le sens de la vie est
imposé: soit par ce que l'on vit dans l'immédiat, soit par ce qui
gratifie les besoins qui, une fois satisfaits, rend la conscience toujours plus
obtuse, laissant les interrogations les plus vraies non élucidées.(27)
La théologie pastorale et l'accompagnement spirituel ont donc pour tâche
d'aider les jeunes à interroger la vie, pour parvenir à formuler,
dans un dialogue décisif avec Dieu, la question de Marie de Nazareth: «
Comment est-ce possible? » (cf. Lc 1, 34).
L'icône trinitaire
15. A l'écoute de la Parole, non sans stupeur, nous découvrons
que la catégorie biblico-théologique la plus compréhensible
et la plus à même d'exprimer le mystère de la vie, à
la lumière du Christ, est celle de la « vocation ».(28) «
Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère
du Père et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même
et lui découvre la sublimité de sa vocation ».(29)
Voilà pourquoi la figure biblique de la communauté de Corinthe
présente les dons de l'Esprit, dans l'Eglise, comme subordonnés à
la reconnaissance de Jésus comme le Seigneur. La christologie constitue véritablement
le fondement de toute anthropologie et ecclésiologie. Le Christ est
le projet de l'homme. Ce n'est qu'après que le croyant a reconnu que
Jésus est le Seigneur « sous l'action de l'Esprit Saint » (cf.
1 Co 12,3) qu'il peut accueillir le statut de la nouvelle communauté
des croyants: « Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais
c'est le même Esprit; diversité de ministères, mais c'est le
même Seigneur; diversité d'opérations, mais c'est le même
Dieu qui opère tout en tous » (1 Co 12, 4-6).
L'image paulinienne met clairement en évidence trois aspects
fondamentaux des dons de vocation dans l'Eglise, étroitement liés à
leur origine au sein de la communion trinitaire et en référence spécifique
avec chacune des Personnes.
A la lumière de l'Esprit, les dons sont l'expression de son infinie
gratuité. Il est lui-même charisme (Ac 2, 38),
source de tout don et expression de la créativité divine
incompressible.
A la lumière du Christ, les dons vocationnels sont « ministères
»; ils expriment la diversité multiforme du service que le Fils a vécu
jusqu'au don de sa vie. En effet, il « n'est pas venu pour être
servi, mais pour servir et donner sa vie » (Mt 20, 28). Jésus
est donc le modèle de tout ministère.
A la lumière du Père, les dons sont « opérations
» car c'est à partir de lui, source de la vie, que tout être déploie
son dynamisme de créature.
L'Eglise reflète donc, en tant qu'icône, le mystère de
Dieu Père, de Dieu Fils et de Dieu Esprit Saint. Et toute vocation porte
en elle les traits caractéristiques des trois Personnes de la communion
trinitaire. Les personnes divines sont source et modèle de tout appel.
Bien plus, la Trinité, en elle-même, est un entrelacement
mystérieux d'appels et de réponses. Ce n'est que là, à
l'intérieur de ce dialogue ininterrompu, que chaque vivant retrouve non
seulement ses racines, mais aussi son destin et son avenir, ce qu'il est appelé
à être et à devenir, dans la vérité et la
liberté, dans le concret de son histoire.
En effet, les dons, dans le statut ecclésiologique de la première
épître aux Corinthiens, ont une destination historique et concrète:
« A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien
commun » (1 Co 12, 7). Il existe un bien supérieur qui dépasse
naturellement le don personnel: construire le Corps du Christ dans l'unité;
rendre épiphanique sa présence dans l'histoire « afin que le
monde croie » (Jn 17, 21).
Par conséquent, la communauté ecclésiale est, d'une
part, enveloppée par le mystère de Dieu, elle en est l'icône
visible et, d'autre part, elle est totalement impliquée dans l'histoire
de l'homme dans le monde, en état d'exode, vers les « cieux nouveaux
».
L'Eglise et toute vocation en elle expriment un dynamisme identique: être
appelé à une mission.
Le Père appelle à la vie
16. L'existence de chacun est le fruit de l'amour créateur du Père,
de son désir efficace, de sa parole génératrice.
L'acte créateur du Père possède la dynamique d'un
appel, d'un appel à la vie. L'homme vient à la vie parce qu'il est
aimé, pensé et voulu par une Volonté bonne qui l'a préféré
à la non-existence, qui l'a aimé avant même qu'il soit,
connu avant même de le former dans le sein maternel, consacré avant
qu'il vienne à la lumière (cf. Jr 1, 5; Is 49,
1.5; Ga 1, 15).
a) « ... à son image »
Dans l'« appel créateur », l'homme apparaît immédiatement
dans toute la force de sa dignité en tant que sujet appelé à
la relation avec Dieu, à être devant lui, avec les autres, dans le
monde, avec un visage qui reflète les oeuvres divines: « Faisons
l'homme à notre image, comme notre ressemblance » (Gn 1,
26). Cette triple relation appartient au dessein originel, car le Père «
nous a élus en lui le Christ dès la fondation du
monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans
l'amour » (Ep 1, 4).
Reconnaître le Père signifie que nous existons à sa manière,
puisqu'il nous a créés à son image (Sg 2, 23).
C'est donc en cela qu'est contenue la vocation fondamentale de l'homme: la
vocation à la vie et à une vie immédiatement conçue à
la ressemblance de la vie divine. Si le Père est l'éternelle
source de vie, la gratuité totale, la source éternelle de
l'existence et de l'amour, l'homme est appelé, à la mesure de son être,
mesure petite et limitée, à être comme lui; il est donc
appelé à « donner la vie », à prendre en charge
la vie d'un autre.
Alors l'acte créateur du Père est ce qui permet de prendre
conscience que la vie est consignée à la liberté de l'homme
appelé à donner une réponse tout à fait personnelle
et originale, responsable et pleine de gratitude.
b) L'amour, sens plénier de la vie
Dans cette perspective de l'appel à la vie, il nous faut exclure
quelque chose: que l'homme puisse considérer l'existence comme une chose évidente,
due et casuelle.
Il n'est peut-être pas facile, dans la culture contemporaine, de s'émerveiller
devant le don de la vie.(30)
Alors qu'il est plus facile de percevoir le sens d'une vie donnée,
celle qui déborde vers les autres, il faut en revanche une conscience
plus mûre, une certaine formation spirituelle, pour percevoir que la vie
de chacun, dans tous les cas et avant tout autre choix, est amour reçu et
qu'en conséquence un projet de vocation est déjà caché
dans cet amour.
Le simple fait d'exister devrait avant tout nous émerveiller et nous
remplir d'une immense gratitude envers Celui qui, d'une façon entièrement
gratuite, nous a tirés du néant en prononçant notre nom.
Dès lors la perception que la vie est un don ne devrait pas seulement
susciter une attitude de reconnaissance, mais elle devrait lentement suggérer
la première grande réponse à la demande fondamentale de
sens: la vie est le chef-d'oeuvre de l'amour créateur de Dieu et est
en soi un appel à aimer: don reçu qui tend par nature à
devenir bien donné.
c) L'amour, vocation de tout homme
L'amour est le sens plénier de la vie. Dieu a tant aimé
l'homme qu'il lui a donné sa propre vie et l'a rendu capable de vivre et
d'aimer à la manière divine. C'est dans cet excès d'amour,
l'amour du commencement, que l'homme trouve sa vocation radicale, qui est «
vocation sainte » (2 Tm 1, 9), et découvre son
identité unique qui le rend immédiatement semblable à Dieu,
« à l'image du Saint » qui l'a aimé (1 P 1, 15).
« En créant l'humanité de l'homme et de la femme à son
image et en la conservant continuellement dans l'être commente
JeanPaul II Dieu inscrit en elle la vocation, et donc la capacité
et la responsabilité correspondantes, à l'amour et à la
communion. L'amour est donc la vocation fondamentale et innée de tout être
humain ».(31)
d) Le Père éducateur
Grâce à cet amour qui l'a créé, personne ne peut
se sentir « superflu », car chacun est appelé à répondre
selon un projet de Dieu pensé expressément pour lui.
L'homme sera donc heureux et pleinement réalisé en étant
à sa place, en accueillant la proposition éducative de Dieu, avec
toute la crainte qu'une telle intention suscite dans un coeur de chair. Dieu créateur
qui donne la vie est également le Père qui « éduque
», qui tire du néant ce qui n'est pas encore pour le faire être;
il tire du coeur de l'homme ce qu'il y a placé, afin qu'il soit
pleinement lui-même, et ce qu'il l'a appelé à être, à
sa manière.
D'où la nostalgie d'infini que Dieu a mis dans le monde intérieur
de chacun, comme un sceau divin.
e) L'appel du Baptême
Cette vocation à la vie et à la vie divine est célébrée
dans le Baptême. Dans ce sacrement, le Père se penche avec une
tendresse attentionnée sur la créature, fils ou fille de l'amour
d'un homme et d'une femme, pour bénir le fruit de cet amour et faire en
sorte qu'il devienne pleinement son fils. A partir de ce moment-là, la créature
est appelée à la sainteté des enfants de Dieu. Rien ni
personne ne pourra jamais effacer cette vocation.
Avec la grâce du Baptême, Dieu le Père intervient pour
manifester que lui, et lui seul, est l'auteur du plan du salut, à l'intérieur
duquel chaque être humain joue un rôle personnel. Son acte est sans
précédent, antérieur; il n'attend pas l'initiative de
l'homme, ne dépend pas de ses mérites, ni ne se modèle à
partir de ses capacités ou dispositions. C'est le Père qui connaît,
désigne, imprime une impulsion, met un sceau, appelle encore « dès
la fondation du monde » (Ep 1, 4). Puis il donne la force, chemine
près de nous, soutient les efforts, est Père et Mère pour
toujours...
La vie chrétienne acquiert ainsi une signification d'expérience
de réponse: elle devient réponse responsable pour faire grandir un
rapport filial avec le Père et un rapport fraternel dans la grande
famille des enfants de Dieu. Le chrétien est appelé à
favoriser, à travers l'amour, ce processus de ressemblance au Père
qui s'appelle vie théologale.
Aussi la fidélité au Baptême conduit-elle à poser
à la vie, et à soi-même, des questions toujours plus précises;
surtout pour se disposer à vivre l'existence non seulement en vertu
d'aptitudes humaines, qui sont autant de dons de Dieu, mais en vertu de sa
volonté; non pas selon des perspectives mondaines, trop souvent de petit
cabotage, mais selon les désirs et les projets de Dieu.
La fidélité au Baptême signifie dès lors regarder
vers le haut, en tant que fils, pour discerner sa volonté sur notre vie
et sur notre avenir.
Le Fils appelle à le suivre
17. « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit » (Jn
14, 8).
C'est ce que demande Philippe à Jésus, la veille de la
passion.C'est la nostalgie poignante de Dieu, présente dans le coeur de
tout homme: connaître ses racines, connaître Dieu. L'homme n'est pas
infini, il est immergé dans la finitude; mais son désir gravite
autour de l'infini.
La réponse de Jésus surprend les disciples: « Voilà
si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe? Qui m'a
vu a vu le Père » (Jn 14, 9).
a) Envoyé par le Père pour appeler l'homme
Le Père nous a créés dans le Fils, «
resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance » (He 1, 3),
nous destinant à être conformes à son image (cf. Rm
8, 29). Le Verbe est l'image parfaite du Père. Il est Celui dans lequel
le Père s'est rendu visible, le Logos par lequel il « nous a parlé
» (He 1, 2). Tout son être est d'« être envoyé
», pour rendre Dieu, en tant que Père, proche des hommes, pour dévoiler
son visage et son nom aux hommes (Jn 17, 6).
Si l'homme est appelé à être fils de Dieu, en conséquence
personne mieux que le Verbe Incarné ne peut « parler » de Dieu à
l'homme et représenter l'image réussie du fils. Voilà
pourquoi le Fils de Dieu, en venant sur cette terre, a appelé à Le
suivre, à être comme lui, à partager sa vie, sa parole, sa pâque
de mort et de résurrection; et même ses sentiments.
Le Fils, envoyé de Dieu s'est fait homme pour appeler l'homme:
l'envoyé du Père est celui qui appelle les
hommes.
Voilà pourquoi il n'existe aucun passage de l'Evangile ou une
rencontre ou un dialogue qui n'ait une signification vocationnelle, qui
n'exprime, directement ou indirectement, un appel de la part de Jésus.
C'est comme si ses rendez-vous humains, provoqués par les circonstances
les plus diverses, étaient d'une manière ou d'une autre une
occasion pour lui de placer la personne face à la question stratégique:
« Que dois-je faire de ma vie? », « Quel est mon chemin? ».
b) Le plus grand amour: donner la vie
A quoi Jésus appelle-t-il? A le suivre pour être et agir comme
lui. Plus particulièrement, à vivre la même relation qu'il
entretient avec le Père et avec les hommes: à accueillir la vie
comme un don venant des mains du Père pour « perdre » et
reverser ce don sur ceux que le Père lui a confiés.(32)
Il existe un trait unificateur dans l'identité de Jésus qui
constitue le sens plénier de l'amour: la mission. Celle-ci
exprime l'abnégation, qui atteint son épiphanie suprême sur
la croix. « Nul n'a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses
amis » (Jn 15, 13).
Aussi chaque disciple est-il appelé à répéter et
à revivre les sentiments du Fils, qui trouvent une synthèse dans
l'amour, motivation décisive de tout appel. Mais surtout chaque disciple
est appelé à rendre visible la mission de Jésus, il est
appelé pour la mission: « Comme le Père m'a envoyé,
moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). La structure de toute
vocation, et même sa maturité, consiste à continuer Jésus
dans le monde, pour faire, comme lui, de la vie un don. L'envoi en mission est
en effet la consigne du soir de Pâques (Jn 20, 21) et la dernière
parole avant de monter vers le Père (Mt 28, 16-20).
c) Jésus, le formateur
Chaque appelé est signe de Jésus: en quelque sorte son
coeur et ses mains continuent à embrasser les petits, à guérir
les malades, à réconcilier les pécheurs et à se
laisser clouer en croix par amour pour tous. Le fait d'être pour les
autres, avec le coeur du Christ, est le visage mûr de toute vocation. Voilà
pourquoi le Seigneur Jésus est le formateur de ceux qu'il
appelle, le seul qui puisse modeler en eux ses sentiments.
Chaque disciple, en répondant à son appel et en se laissant
former par lui, exprime les traits les plus vrais de son choix. C'est pourquoi «
le fait de Le reconnaître lui, comme le Seigneur de la vie et de
l'histoire, comporte aussi l'auto-reconnaissance du fait d'être disciple
(...) L'acte de foi allie nécessairement la reconnaissance christologique
et l'auto-reconnaissance anthropologique ».(33)
D'où la pédagogie de l'expérience vocationnelle chrétienne
évoquée par la Parole de Dieu: Jésus « en institua
Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher » (Mc
3, 14). Pour être vécue en plénitude, dans la dimension du
don et de la mission, la vie chrétienne a besoin de motivations fortes et
surtout de communion profonde avec le Seigneur: dans l'écoute, dans le
dialogue, dans la prière, dans l'intériorisation des sentiments,
en se laissant former par lui chaque jour et surtout dans le désir ardent
de communiquer au monde la vie du Père.
d) L'Eucharistie: l'investiture pour la mission
Dans toutes les catéchèses de la communauté chrétienne
primitive, la place centrale du mystère pascal est évidente. Le
message central du mystère pascal: annoncer le Christ mort et ressuscité.
Dans le mystère du pain partagé et du sang versé pour la
vie du monde, la communauté croyante contemple l'épiphanie suprême
de l'amour, la vie du Fils de Dieu offerte.
Voilà pourquoi dans la célébration de l'Eucharistie, «
sommet et source »(34) de la vie chrétienne, est célébrée
la révélation la plus haute de la mission de Jésus-Christ
dans le monde; mais l'Eucharistie célèbre aussi l'identité
de la communauté ecclésiale convoquée pour être envoyée,
appelée à la mission.
Dans la communauté qui célèbre le mystère
pascal, chaque chrétien entre et prend part au style du don de Jésus,
en devenant comme lui pain rompu pour l'offrande faite au Père et pour la
vie du monde.
L'Eucharistie devient ainsi la source de toute vocation chrétienne;
en elle, tout croyant est appelé à se conformer au Christ
Ressuscité totalement offert et donné. Il devient icône de
toute réponse de vocation; comme en Jésus, en toute vie et en
toute vocation il existe une fidélité difficile à vivre
jusqu'à la mesure de la croix.
Celui qui y prend part accueille l'invitation-appel de Jésus à
« faire mémoire » de lui, dans le sacrement et dans la vie, à
vivre « en rappelant » dans la vérité et la liberté
des choix quotidiens le mémorial de la croix, à remplir
l'existence de gratitude et de gratuité, à briser son corps et à
verser son sang. Comme le Fils.
L'Eucharistie engendre enfin le témoignage et prépare à
la mission: « Allez dans la paix ». On passe de la rencontre avec le
Christ sous le signe du Pain à la rencontre avec le Christ sous le signe
de chaque homme. L'engagement du croyant ne s'éteint pas à l'entrée,
mais à la sortie de l'église. La réponse à l'appel
rencontre l'histoire de la mission. La fidélité à sa
vocation puise aux sources de l'Eucharistie et se mesure dans l'Eucharistie de
la vie.
L'Esprit appelle au témoignage
18. Chaque croyant éclairé par l'intelligence de la foi est
appelé à connaître et à reconnaître Jésus
comme le Seigneur; et, en lui, à se reconnaître soi-même.
Mais cela n'est pas seulement le fruit d'un désir humain ou de la bonne
volonté de l'homme. Même après avoir vécu l'expérience
prolongée avec le Seigneur, les disciples ont toujours besoin de Dieu.
Bien plus, la veille de la passion, ils sont un peu perturbés (Jn
14, 1), ils redoutent la solitude. Jésus les encourage en leur faisant
une promesse inouïe: « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn
14, 18). Les premiers appelés de l'Evangile ne resteront pas seuls: Jésus
leur assure la compagnie diligente de l'Esprit.
a) Consolateur et ami, guide et mémoire
« Il est le "Consolateur", l'Esprit de bonté, que le Père
enverra au nom du Fils, don du Seigneur ressuscité »,(35) «
pour qu'il soit avec vous à jamais » (Jn 14, 16).
L'Esprit devient ainsi l'ami de chaque disciple, le guide au regard jaloux
sur Jésus et sur les appelés, pour faire d'eux des témoins à
contre-courant de l'événement plus bouleversant du monde: le
Christ est mort et ressuscité. Il est en effet la « mémoire »
de Jésus et de sa Parole: « Lui, vous enseignera tout et vous
rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26); et même «
il vous introduira dans la vérité tout entière » (Jn
16, 13).
La nouveauté permanente de l'Esprit consiste à guider vers une
intelligence progressive et profonde de la vérité, cette vérité
qui n'est pas une notion abstraite, mais le projet de Dieu dans la vie de chaque
disciple. C'est la transformation de la Parole en vie et de la vie selon la
Parole.
b) Animateur et accompagnateur des vocations
De la sorte, l'Esprit devient le grand animateur de toute vocation, Celui
qui accompagne le cheminement pour qu'il arrive au but, l'iconographe intérieur
qui modèle avec imagination le visage de chacun selon Jésus.
Il est toujours présent à côté de chaque homme et
de chaque femme, pour conduire tous les hommes au discernement de leur identité
de croyants et d'appelés, pour modeler cette identité exactement
selon le modèle de l'amour divin. Cette « empreinte divine »,
l'Esprit sanctificateur cherche à la reproduire en chacun de nous,
patient artisan de nos âmes et « consolateur parfait ».
Mais l'Esprit rend surtout les appelés capables de « témoigner
»: « il me rendra témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez
» (Jn 15, 26-27). Cette façon d'être de tout appelé
constitue la parole convaincante, le contenu même de la mission. Le témoignage
ne consiste pas seulement à suggérer les paroles de l'annonce
comme dans l'Evangile de Matthieu (Mt 10, 20), mais plutôt à
conserver Jésus dans son coeur et à l'annoncer, lui, comme la vie
du monde.
c) La sainteté, vocation de tous
La question concernant le saut de qualité à imprimer à
la pastorale des vocations aujourd'hui devient une interrogation qui engage sans
aucun doute à écouter l'Esprit: car c'est lui l'annonciateur des «
choses à venir » (Jn 16, 13); c'est lui qui donne une
intelligence spirituelle nouvelle pour comprendre l'histoire et la vie à
partir de la Pâque du Seigneur dont la victoire comporte l'avenir de tout
homme.
Il devient donc légitime de nous demander: En quoi réside
l'appel de l'Esprit Saint pour notre temps? Quelles corrections devons-nous
apporter aux chemins de la pastorale des vocations?
La réponse ne viendra que si nous accueillons le grand appel à
la conversion, adressé à la communauté ecclésiale et
à chacun de nous en elle, comme un véritable itinéraire
d'ascétique et de renaissance intérieure, pour que chacun retrouve
la fidélité à sa propre vocation.
Il existe une primauté de la vie dans l'Esprit qui est à
la base de toute pastorale des vocations. Cela exige de dépasser un
pragmatisme diffus et l'extériorisation qui conduit à oublier la
vie théologale de la foi, de l'espérance et de la charité.
L'écoute profonde de l'Esprit est le nouveau souffle de toute action
pastorale de la communauté ecclésiale.
La primauté de la vie spirituelle est la prémisse pour répondre
à cette nostalgie de sainteté qui, comme nous l'avons déjà
rappelé, traverse aussi l'époque qu'est en train de vivre l'Eglise
d'Europe. La sainteté est la vocation universelle de chaque homme,(36)
elle est la voie royale vers laquelle convergent les nombreux sentiers des
vocations particulières. Par conséquent, le grand rendez-vous de
l'Esprit pour ce tournant de l'histoire post-conciliaire est la sainteté
des appelés.
d) Les vocations au service de la vocation de l'Eglise
Mais tendre efficacement vers cet objectif signifie adhérer à
l'action mystérieuse de l'Esprit selon certaines directions précises,
qui préparent et constituent le secret d'une vraie vitalité de
l'Eglise de l'an 2000.
C'est à l'Esprit Saint que revient le rôle éternel de la
communion qui se reflète dans l'icône de la communauté
ecclésiale, visible à travers la pluralité des dons et
des ministères.(37) Car c'est précisément dans l'Esprit
que chaque chrétien découvre son originalité absolue,
l'unicité de son appel et, en même temps, sa tendance naturelle et
indélébile vers l'unité. C'est dans l'Esprit que les
vocations dans l'Eglise sont nombreuses tout en n'étant qu'une seule et même
vocation à l'unité de l'amour et du témoignage. C'est
encore l'action de l'Esprit qui rend possible la pluralité des vocations
dans l'unité de la structure ecclésiale: la variété
des vocations dans l'Eglise est nécessaire pour réaliser la
vocation de l'Eglise et, à son tour, la vocation de l'Eglise est de
rendre possibles et praticables les vocations de et dans l'Eglise. Les
diverses vocations sont donc tournées vers le témoignage de l'agapê,
vers l'annonce du Christ, unique Sauveur du monde.
Telle est précisément l'originalité de la vocation chrétienne:
faire coïncider la réalisation de la personne avec celle de la
communauté. Ce qui veut dire encore une fois faire prévaloir
la logique de l'amour sur celle des intérêts privés, la
logique du partage sur celle de l'appropriation narcissique des talents (cf.
1 Co 12-14).
La sainteté devient donc la véritable épiphanie de
l'Esprit Saint dans l'histoire. Si chaque Personne de la Communion Trinitaire a
son visage, et s'il est vrai que les visages du Père et du Fils sont
assez familiers, car Jésus en se faisant homme nous a révélé
le visage du Père, les saints deviennent l'icône la plus parlante
de l'Esprit. De même tout croyant fidèle à l'Evangile, selon
sa vocation particulière et suivant l'appel universel à la sainteté,
cache et révèle le visage de l'Esprit Saint.
e) Le « oui » à l'Esprit dans la Confirmation
Le sacrement de la Confirmation est le moment qui exprime de manière
la plus évidente et consciente le don et la rencontre avec l'Esprit
Saint.
Le confirmant face à Dieu et à son geste d'amour (« Reçois
le sceau de l'Esprit Saint qui t'est donné en don »),(38) mais face
aussi à sa conscience et à la communauté chrétienne,
répond « amen ». Il est important de retrouver le sens fort de
cet « amen » au niveau de la formation et de la catéchèse.(39)
Il veut avant tout signifier le « oui » à l'Esprit Saint
et, avec lui, à Jésus. Voilà pourquoi la célébration
du sacrement de Confirmation prévoit le renouvellement des promesses
baptismales et demande au confirmant de s'engager à renoncer au péché
et aux oeuvres du malin, toujours aux aguets pour défigurer l'image chrétienne;
et surtout de s'engager à vivre l'Evangile de Jésus et, en
particulier, le commandement de l'amour. Il s'agit de confirmer et de rénover
la fidélité de sa vocation à son identité de fils de
Dieu.
L'« amen » est également un « oui » à
l'Eglise. Par la Confirmation, le jeune déclare prendre en charge la
mission de Jésus que continue la communauté, en s'engageant dans
deux directions pour rendre concret son « amen »: le témoignage
et la mission. Celui qui reçoit la Confirmation sait que la foi
est un talent qu'il faut faire fructifier; c'est un message à transmettre
aux autres par la vie, par le témoignage cohérent de tout
son être; et par la parole, avec le courage missionnaire de
diffuser la bonne nouvelle.
Enfin, l'« amen » exprime la docilité à l'Esprit
Saint pour penser et décider de son avenir selon le projet de Dieu.
Non seulement selon ses aspirations et aptitudes; non seulement dans les espaces
mis à sa disposition par le monde; mais surtout en harmonie avec le
dessein, toujours inédit et imprévisible, que Dieu a sur chacun.
De la Trinité à l'Eglise dans le monde
19. Toute vocation chrétienne est « particulière »
car elle interpelle la liberté de chaque homme et engendre une réponse
tout à fait personnelle dans une histoire originale et unique. C'est
pourquoi chacun, dans sa propre expérience de vocation, trouve une
histoire qui ne peut être réduite à des schémas généraux.
L'histoire de chaque homme est une petite histoire, mais fait toujours partie,
d'une manière absolument unique, d'une grande histoire. Dans le rapport
entre ces deux histoires, entre sa petitesse et la grandeur qui lui appartient
et le dépasse, l'être humain joue sa liberté.
a) Dans l'Eglise et dans le monde, pour l'Eglise et le monde
Chaque vocation naît en un lieu précis, dans un contexte
concret et limité, mais ne se referme pas sur elle-même, ni ne tend
à une perfection privée ou à l'auto-réalisation
psychologique ou spirituelle de l'appelé; elle fleurit dans l'Eglise,
dans cette Eglise qui chemine dans le monde vers le Royaume accompli, vers la réalisation
d'une histoire qui est grande car c'est une histoire de salut.
La communauté ecclésiale elle-même possède une
structure profondément vocationnelle: elle est appelée pour la
mission; elle est le signe du Christ missionnaire du Père. Comme le dit
Lumen Gentium: « L'Eglise est, dans le Christ, en quelque sorte le
sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union
intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain ».(40)
D'une part, l'Eglise est le signe qui reflète le mystère de
Dieu; elle est l'icône qui renvoie à la communion trinitaire sous
le signe de la communauté visible et au mystère du Christ dans le
dynamisme de la mission universelle. De l'autre, l'Eglise est immergée
dans le temps des hommes, elle vit dans l'histoire dans une condition d'exode,
elle est en mission au service du Royaume pour transformer l'humanité en
la communauté des enfants de Dieu.
Aussi l'attention envers l'histoire demande-t-elle à la communauté
ecclésiale de se mettre à l'écoute des attentes des hommes,
de lire les signes des temps qui constituent le code et le langage de l'Esprit
Saint, d'entrer en un dialogue critique et fécond avec le monde
contemporain, en accueillant avec bienveillance les traditions et les cultures
pour révéler en elle le dessein du Royaume et y jeter le levain de
l'Evangile.
La petite grande histoire de chaque vocation se mêle à
l'histoire de l'Eglise dans le monde. De même qu'il est né dans
l'Eglise et dans le monde, chaque appel est au service de l'Eglise et du monde.
b) L'Eglise, communauté et communion de vocations
C'est dans l'Eglise, communauté de dons pour l'unique mission, que se
réalise le passage de la condition où se trouve le croyant inséré
dans le Christ par le Baptême à sa vocation « particulière
» comme réponse au don spécifique de l'Esprit. Dans cette
communauté, toute vocation est « particulière » et se spécifie
à travers un projet de vie; il n'existe pas de vocations générales.
Par ailleurs, dans sa particularité, chaque vocation est à la
fois « nécessaire » et « relative ». « Nécessaire
», parce que le Christ vit et se rend visible dans son corps qu'est
l'Eglise et dans le disciple qui en constitue une partie essentielle. «
Relative », parce qu'aucune vocation n'épuise à elle seule le
signe de témoignage du mystère du Christ, mais n'en exprime qu'un
aspect. Seul l'ensemble des dons manifeste l'ensemble du corps du Seigneur. Dans
l'édifice, chaque pierre a besoin de l'autre (1 P 2, 5); dans le
corps, chaque membre a besoin de l'autre pour faire grandir l'organisme tout
entier et profiter à l'utilité commune (1 Co 12, 7).
Cela demande que la vie de chacun soit conçue à partir de Dieu
qui en est la source unique et que tout pourvoit au bien de tout; cela exige que
l'on redécouvre que la vie n'est véritablement significative que
si elle accepte de se mettre sur les traces de Jésus.
Mais il est important aussi qu'il y ait une communauté ecclésiale
qui aide de fait tout appelé à découvrir sa vocation. Le
climat de foi, de prière, de communion dans l'amour, de maturité
spirituelle, de courage de l'annonce, d'intensité de la vie sacramentelle
fait de la communauté croyante un terrain adapté non seulement à
l'éclosion de vocations particulières, mais à la création
d'une culture des vocations et d'une disponibilité des individus à
recevoir leur appel personnel. Lorsqu'un jeune perçoit l'appel et décide
en son coeur d'accomplir le saint voyage conduisant à sa réalisation,
normalement il existe là une communauté qui a créé
les prémisses de cette disponibilité à l'obéissance.(41)
Ou si l'on veut: la fidélité d'une communauté
croyante à sa vocation est la condition primordiale et fondamentale de l'éclosion
de la vocation individuelle des croyants, en particulier des plus jeunes.
c) Signe, ministère, mission
Aussi chaque vocation, en tant que choix de vie stable et définitif,
s'ouvre sur une triple dimension: par rapport au Christ, tout appel est «
signe »; par rapport à l'Eglise, elle est « ministère
»; par rapport au monde, elle est « mission » et témoignage
du Royaume.
Si l'Eglise est « dans le Christ, en quelque sorte sacrement »,
toute vocation révèle la dynamique profonde de la communion
trinitaire, l'action du Père, du Fils et de l'Esprit, comme événement
qui fait être dans le Christ des créatures nouvelles modelées
sur lui.
Chaque vocation est dès lors un signe, une façon
particulière de révéler le visage du Seigneur Jésus.
« L'amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14). Jésus
devient ainsi le mobile et le modèle décisifs de toute réponse
aux appels de Dieu.
Par rapport à l'Eglise, toute vocation est ministère,
enraciné dans la pure gratuité du don. L'appel de Dieu est un don
pour la communauté, pour l'utilité commune, dans le dynamisme des
nombreux services ministériels. Cela est possible dans la docilité
à l'Esprit qui fait de l'Eglise la « communauté des visages »(42)
et engendre dans le coeur du chrétien l'agapê, non seulement comme éthique
de l'amour, mais aussi comme structure profonde de la personne, appelée
et habilitée à vivre en relation aux autres, dans une attitude de
service, selon la liberté de l'Esprit.
Enfin, toute vocation, par rapport au monde, est mission. Elle est vécue
en plénitude parce qu'elle est vécue pour les autres, comme celle
de Jésus; elle est donc génératrice de vie: « la vie
engendre la vie ».(43) D'où la participation intrinsèque de
toute vocation à l'apostolat et à la mission de l'Eglise, germe du
Royaume. Vocation et mission constituent deux faces du même prisme. Elles
définissent le don et la contribution de chacun au projet de Dieu, à
l'image et à la ressemblance de Jésus.
d) L'Eglise, mère de vocations
L'Eglise est mère de vocations car elle les fait naître en son
sein, avec la puissance de l'Esprit, elle les protège, les nourrit et les
soutient. En particulier, elle est mère car elle exerce une précieusefonction
médiatrice et pédagogique.
« L'Eglise, appelée par Dieu, constituée dans le monde
comme communauté d'appelés, est à son tour instrument de
l'appel de Dieu. L'Eglise est un appel vivant, par la volonté du Père,
par les mérites du Seigneur Jésus, par la force de l'Esprit Saint
(...). La communauté, qui prend conscience d'être appelée,
prend en même temps conscience qu'elle doit continuellement appeler ».(44)
C'est à travers et au long de cet appel, sous ses diverses formes, que
passe aussi l'appel qui vient de Dieu.
Elle l'exerce encore lorsqu'elle se fait l'interprète autorisé
de l'appel vocationnel explicite et qu'elle appelle elle-même, présentant
les nécessités liées à sa mission et aux exigences
du peuple de Dieu, et en invitant à répondre généreusement.
Elle l'exerce également lorsqu'elle demande au Père le don de
l'Esprit qui suscite la réponse dans le coeur des appelés et
lorsqu'elle les accueille et reconnaît en eux l'appel lui-même, en
leur donnant explicitement et en leur confiant avec ferveur une mission concrète
et toujours difficile parmi les hommes.
Nous pourrions enfin ajouter que l'Eglise manifeste sa maternité
lorsque, au-delà de l'appel et de la reconnaissance de l'aptitude des
appelés, elle pourvoit à leur formation adéquate, initiale
et permanente, et à leur accompagnement tout au long de la voie d'une réponse
toujours plus fidèle et radicale. La maternité ecclésiale
ne peut certes pas s'épuiser lors de l'appel initial. De même
qu'une communauté de croyants qui ne ferait qu'« attendre », ne
faisant reposer la responsabilité de l'appel que sur l'action divine,
craignant presque d'adresser des appels, ne saurait se dire mère. Tout
comme si elle donnait pour acquis le fait que des jeunes gens et des jeunes
filles, en particulier, sachent recevoir immédiatement l'appel à
une vocation; ou si elle n'offrait pas des cheminements visant à une
proposition et à un accueil de cette proposition.
La crise des vocations des appelés est également,
aujourd'hui, la crise de ceux qui appellent, désertant parfois ou
n'osant pas le faire. Si personne n'appelle, comment quelqu'un pourrait-il répondre?
La dimension oecuménique
20. L'Europe d'aujourd'hui a besoin de nouveaux saints et de nouvelles
vocations, de croyants capables de « jeter des ponts » pour unir
toujours davantage les Eglises. C'est un aspect typique de nouveauté, un
signe des temps de la pastorale des vocations de cette fin de millénaire.
Sur un continent marqué par une profonde aspiration unitaire, les Eglises
doivent être les premières à donner l'exemple d'une
fraternité plus forte que toutes les divisions et tout à
construire et à reconstruire. « La pastorale des vocations
aujourd'hui en Europe doit revêtir une dimension oecuménique.
Toutes les vocations, présentes dans chaque Eglise d'Europe, doivent
s'efforcer ensemble de relever le grand défi de l'évangélisation
au seuil du troisième millénaire, en donnant un témoignage
de communion et de foi en Jésus-Christ, unique sauveur du monde ».(45)
Dans cet esprit d'unité ecclésiale, il faut encourager le
partage des biens que l'Esprit de Dieu a semés un peu partout, ainsi que
l'aide réciproque entre les Eglises.
Les Eglises catholiques d'Orient
21. Les Eglises d'Europe occidentale doivent accorder une plus grande
attention aux cheminements spirituels et de formation des Eglises catholiques
orientales. Cela ne peut qu'exercer une influence bénéfique sur la
pastorale des vocations de toutes les Eglises.
La sainte liturgie revêt une importance particulière à
l'égard de la formation des vocations pour les Eglises d'Orient. Elle est
le lieu où se réalisent la proclamation et l'adoration du Mystère
du salut, où naît la communion et où se construit la
fraternité entre les croyants, jusqu'à devenir la véritable
formatrice de la vie chrétienne, la synthèse la plus complète
de ses différents aspects. Dans la liturgie, la confession joyeuse
d'appartenir à la tradition des Eglises d'Orient est unie à la
pleine communion avec l'Eglise de Rome.
C'est pourquoi les évêques, les supérieurs religieux et
les agents pastoraux des Eglises catholiques orientales d'Europe sont sollicités
à ressentir cette urgence pour toutes leurs Eglises, en retrouvant et en
conservant intégralement leur patrimoine liturgique respectif, patrimoine
qui contribue de façon unique à la naissance et au développement
de la théologie et de la catéchèse. Cela, à
l'exemple de la méthode mystagogique des Pères, ouvre à
l'expérience de l'appel et de la vie spirituelle et fait mûrir un
esprit oecuménique fort et sûr.(46)
Dans les expériences ecclésiales diversifiées, et à
travers des études qui présentent le patrimoine historique, théologique,
juridique et spirituel de leurs Eglises d'appartenance, les jeunes orientaux
peuvent opportunément trouver des milieux éducatifs capables de
faire mûrir le sens universel de leur dévouement au Christ et à
l'Eglise.
Les évêques ont pour tâche de promouvoir, d'approcher
avec sympathie et d'accompagner avec un soin paternel les jeunes qui,
individuellement ou en groupe, demandent à se consacrer à la vie
monastique en mettant en valeur le charisme des communautés monastiques,
riches de formateurs et de guides spirituels.
Le ministère ordonné et les vocations dans la réciprocité
de la communion
22. « Dans beaucoup d'Eglises particulières, la pastorale des
vocations a encore besoin de faire la clarté sur les rapports entre
ministère ordonné, vocation de consécration spéciale
et toutes les autres vocations. Une pastorale des vocations unitaire se fonde
sur la nature vocationnelle de l'Eglise et de toute vie humaine comme appel et réponse.
Ceci est à la base des efforts unitaires de toute l'Eglise pour toutes
les vocations et, en particulier, pour les vocations de consécration spéciale
».(47)
a) Le ministère ordonné
A l'intérieur de cette sensibilité générale, une
attention pastorale particulière semble devoir être accordée
aujourd'hui au ministère ordonné, qui représente la
première modalité spécifique d'annonce de l'Evangile. Il
représente « la garantie permanente de la présence
sacramentelle, dans la diversité des temps et des lieux, du Christ Rédempteur
»,(48) et exprime précisément la dépendance directe de
l'Eglise par rapport au Christ qui continue à envoyer son Esprit afin
qu'elle ne reste pas fermée sur elle-même, dans son cénacle,
mais qu'elle chemine sur les routes du monde pour annoncer la bonne nouvelle.
Cette modalité vocationnelle peut s'exprimer selon trois niveaux:
épiscopal (auquel est liée la garantie de la succession
apostolique), presbytéral (qui « représente
sacramentellement le Christ Tête et Pasteur »)(49) et diaconal
(signe sacramentel du Christ serviteur).(50) Le ministère de l'appel à
l'égard de ceux qui aspirent aux Ordres sacrés, pour devenir leurs
coopérateurs dans la charge apostolique, est confié aux évêques.
Le ministère ordonné fait être l'Eglise, surtout à
travers la célébration de l'Eucharistie, « culmen et fons »(51)
de la vie chrétienne et de la communauté appelée à
faire mémoire du Ressuscité. Toute autre vocation naît dans
l'Eglise et fait partie de sa vie. Par conséquent, le ministère
ordonné exerce un service de communion dans la communauté et, en
vertu de cela, possède la tâche inéluctable de
promouvoir toute vocation.
D'où la traduction pastorale: le ministère ordonné pour
toutes les vocations et toutes les vocations pour le ministère ordonné
dans la réciprocité de la communion. L'évêque, avec
son presbytérium, est donc appelé à discerner et à
cultiver tous les dons de l'Esprit. Mais en particulier l'attention accordée
au séminaire doit devenir la préoccupation de toute l'Eglise diocésaine
pour garantir la formation des futurs prêtres et la constitution de
communautés eucharistiques comme pleine expression de l'expérience
chrétienne.
b) L'attention accordée à toutes les vocations
Le discernement et l'attention de la communauté chrétienne
doivent s'appliquer à toutes les vocations, aussi bien à celles
qui font désormais partie de la tradition de l'Eglise qu'aux nouveaux
dons de l'Esprit: la consécration religieuse dans la vie monastique et
dans la vie apostolique, la vocation laïque, le charisme des Instituts séculiers,
les sociétés de vie apostolique, la vocation au mariage, les
diverses formes laïques d'agrégation-association liées aux
Instituts religieux, les vocations missionnaires, les nouvelles formes de vie
consacrée.
Ces différents dons de l'Esprit sont présents de diverse façon
dans les Eglises d'Europe; mais toutes ces Eglises, en tout cas, sont appelées
à donner un témoignage d'accueil et d'attention à toute
vocation. Une Eglise est d'autant plus vivante que l'expression des diverses
vocations en elle est riche et variée.
Par ailleurs, à une époque comme la nôtre, qui a besoin
de prophétie, il est sage de favoriser ces vocations qui sont un signe
particulier de « ce que nous serons et qui n'a pas encore été
manifesté » (1 Jn 3, 2), comme les vocations de consécration
spéciale; mais il est sage également et indispensable de
favoriser l'aspect prophétique typique de chaque vocation chrétienne,
y compris laïque, afin que l'Eglise soit toujours plus, face au
monde, signe des choses futures, de ce Royaume qui est « déjà
maintenant et pas encore ».
Marie, mère et modèle de toute vocation
23. Il existe une créature en qui le dialogue entre la liberté
de Dieu et la liberté de l'homme se réalise d'une manière
parfaite, de sorte que les deux libertés puissent agir entre elles en réalisant
pleinement le projet de vocation; une créature qui nous est donnée
afin qu'en elle nous puissions contempler un dessein parfait de vocation, celui
qui devrait s'accomplir en chacun de nous.
C'est Marie, l'image réussie du rêve de Dieu sur la créature!
Elle est, en effet, créature, comme nous, petit fragment où Dieu a
pu reverser son amour divin; espérance qui nous est donnée, pour
qu'en la voyant nous puissions nous aussi accueillir la Parole, afin qu'elle
s'accomplisse en nous.
Marie est la femme où la Très Sainte Trinité peut
manifester pleinement sa liberté élective. Comme le dit
Saint Bernard, commentant le message de l'ange Gabriel, lors de l'Annonciation:
« Ce n'est pas une Vierge trouvée au dernier moment, ni par hasard,
mais elle fut choisie avant les siècles; le Très-Haut l'a prédestinée
et se l'est préparée ».(52) Saint Augustin lui fait écho:
« Avant que le Verbe naisse de la Vierge, il l'avait déjà prédestinée
pour être sa mère ».(53)
Marie est l'image du choix divin de toute créature, choix fait depuis
toute éternité et souverainement libre, mystérieux et
aimant. Choix qui doit bien au-delà de ce que la créature peut
penser d'elle: qui lui demande l'impossible et qui lui demande simplement une
chose, le courage de faire confiance.
Mais la vierge Marie est aussi le modèle de la liberté
humaine dans la réponse à ce choix. Elle est le signe de ce
que Dieu peut faire lorsqu'il trouve une créature libre d'accueillir sa
proposition. Libre de dire son « oui », libre de se mettre en chemin
au long du pèlerinage de la foi, qui sera aussi le pèlerinage de
sa vocation de femme appelée à être Mère du Sauveur
et Mère de l'Eglise. Ce long voyage s'accomplira au pied de la croix, à
travers un « oui » encore plus mystérieux et douloureux qui la
rendra pleinement mère; puis une nouvelle fois au cénacle, où
elle engendre et continue aujourd'hui encore à engendrer, avec l'Esprit,
l'Eglise et chaque vocation.
Enfin, Marie est l'image parfaitement réalisée de la femme,
synthèse parfaite du génie féminin et de l'imagination de
l'Esprit, qui trouve et choisit en elle l'épouse, vierge mère de
Dieu et de l'homme, fille du Très-Haut et mère de tous les
vivants. En elle, chaque femme retrouve sa vocation, de vierge, d'épouse
et de mère!
TROISIÈME PARTIE
LA PASTORALE DES VOCATIONS:
« ...Chacun les entendait parler dans sa
propre langue » (Ac 2, 6)
Les orientations concrètes de la pastorale des vocations ne découlent
pas seulement d'une théologie correcte de la vocation, mais passent par
plusieurs principes opérationnels où la perspective de la vocation
est l'âme et le critère unificateur de toute la pastorale.
Nous indiquons ici les itinéraires de foi et les lieux concrets où
la proposition d'une vocation doit devenir un engagement quotidien de tout
pasteur et de tout éducateur.
L'analyse de la situation nous a offert, dans la première partie, le
cadre de la réalité européenne actuelle sur le plan des
vocations. En revanche, la seconde partie a proposé une réflexion
théologique sur la signification et sur le mystère de la vocation,
à partir de la réalité de la Trinité jusqu'à
saisir son sens dans la vie de l'Eglise.
C'est précisément ce second aspect que nous voudrions
maintenant approfondir, en particulier du point de vue de l'application pastorale.
Lors de l'audience accordée aux participants de notre Congrès,
Jean-Paul II a affirmé: « Les nouvelles conditions historiques et
culturelles exigent que la pastorale des vocations soit perçue comme un
des objectifs primordiaux de la communauté chrétienne tout entière
».(54)
L'icône de l'Eglise primitive
24. Les situations historiques changent, mais le point de référence
dans la vie du croyant et de la communauté croyante reste identique, ce
point de référence que constitue la Parole de Dieu, en particulier
lorsqu'elle raconte l'histoire de l'Eglise primitive. Cette histoire de la
communauté primitive et la façon dont elle l'a vécue
constituent pour nous l'exemplum, le modèle pour être
Eglise, notamment en ce qui concerne la pastorale des vocations. Voyons
simplement quelques éléments essentiels et particulièrement
exemplaires, tels que nous les propose le livre des Actes des Apôtres,
au moment où l'Eglise primitive était numériquement très
pauvre et faible. La pastorale des vocations a le même âge que
l'Eglise; elle naît alors avec elle, dans cette pauvreté habitée
à l'improviste par l'Esprit.
A l'aube de cette histoire singulière, en effet, qui est d'ailleurs
notre histoire à tous, il y a la promesse de l'Esprit Saint,
faite par Jésus avant de monter vers le Père. « Il ne vous
appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés
de sa seule autorité. Mais vous allez recevoir l'Esprit Saint qui
descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem,
dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités
de la terre » (Ac 1, 7-8). Les Apôtres sont réunis au
cénacle, « assidus à la prière avec... Marie, mère
de Jésus » (1, 14) et ils s'emploient tout de suite à
pourvoir la place laissée vide par Judas en choisissant quelqu'un parmi
eux qui a été dès le commencement avec Jésus: afin
qu'il devienne avec nous témoin de sa résurrection »
(1, 22). Et la promesse s'accomplit: l'Esprit descend, en grand fracas, et
remplit la maison et la vie de ceux qui, auparavant, étaient timides et
peureux, comme un vrombissement, un vent, un feu... Ils « commencèrent
à parler en d'autres langues... et chacun les entendait parler dans
son propre idiome » (2, 4.6). Pierre fait alors un discours dans lequel
il raconte l'Histoire du salut, « debout... élevant la voix »
(2, 14); un discours qui « transperce le coeur » de ceux qui l'écoutent
et provoque la question décisive de la vie: « Que devons-nous faire?
» (2, 37).
Les Actes décrivent alors la vie de la première communauté,
rythmée par plusieurs éléments essentiels, comme l'assiduité
dans l'écoute de l'enseignement des Apôtres, l'union fraternelle,
la fraction du pain, la prière, le partage des biens matériels;
mais avec aussi les sentiments et les biens de l'Esprit (cf. 2, 42-48).
Entre-temps, Pierre et les Apôtres continuent d'accomplir des prodiges
au nom de Jésus et d'annoncer le kérygme du salut, en risquant
leur vie, mais toujours soutenus par la communauté, au sein de laquelle
les croyants « n'a qu'un coeur et qu'une âme » (4, 32). En elle,
d'autre part, les exigences commencent aussi à augmenter et à se
diversifier, de sorte que des diacres sont institués pour faire face aux
nécessités, notamment matérielles, de la communauté,
en particulier des plus faibles (cf. 6, 1-7).
Le témoignage, fort et courageux, ne peut pas ne pas provoquer le
refus de l'autorité: voici dès lors le premier martyr,
Etienne, comme pour souligner que la cause de l'Evangile prend tout de l'homme,
même la vie (cf. 6, 8 - 7, 70). Saul, le persécuteur des chrétiens,
qui bientôt sera choisi par Dieu pour annoncer aux païens le mystère
caché dans les siècles et désormais révélé,
apporte même son soutien à la sentence qui condamne Etienne.
Et l'histoire continue, toujours plus comme une histoire sainte: histoire de
Dieu qui choisit et appelle les hommes au salut, de façon parfois imprévisible,
et histoire des hommes qui se laissent appeler et choisir par Dieu.
Ces quelques notes peuvent nous suffir pour saisir dans la communauté
des origines les traces fondamentales de la pastorale d'une Eglise entièrement
vocationnelle: sur le plan des méthodes et des contenus, des principes généraux,
des itinéraires à parcourir et des stratégies spécifiques
pour la réaliser.
Aspects théologiques de la pastorale des vocations
25. Mais quelle théologie fonde, inspire et motive la pastorale des
vocations en tant que telle?
La réponse est importante dans notre contexte, car elle sert d'élément
médiateur entre la théologie de la vocation et une pratique
pastorale cohérente avec celle-ci, qui naisse de cette théologie
et qui y retourne. De fait, sur cette interrogation, le Congrès a exprimé
l'exigence d'une réflexion et d'une étude ultérieures, dans
l'intention de découvrir les motifs qui lient intrinsèquement
personnes et communautés dans l'action en faveur des vocations et pour
mettre en évidence une meilleure relation entre théologie de la
vocation, théologie de la pastorale des vocations et pratique pédagogico-pastorale.
« La pastorale des vocations naît du mystère de l'Eglise
et se met à son service ».(55) Le fondement théologique de la
pastorale des vocations « ne peut (donc) se faire qu'à partir du
mystère de l'Eglise, comme mysterium vocationis ».(56)
Jean-Paul II rappelle clairement à cet égard que le «
thème de la vocation est connaturel et essentiel à la
pastorale de l'Eglise », c'est-à-dire à sa vie et à
sa mission.(57) La vocation définit donc, en un certain sens, l'être
profond de l'Eglise, avant même son action. Son nom même, «
Ecclesia », indique sa nature vocationnelle, car elle est vraiment
une assemblée d'appelés.(58) L'Instrumentum laboris
du Congrès relève alors, à juste titre, que « la
pastorale des vocations unitaire se fonde sur la nature vocationnelle de
l'Eglise ».(59)
En conséquence, la pastorale des vocations, par nature, est une
activité ordonnée à l'annonce du Christ et à l'évangélisation
de ceux qui croient au Christ. La réponse à notre question est
donc la suivante: c'est précisément dans l'appel de l'Eglise à
communiquer la foi qu'est enracinée la théologie de la pastorale
des vocations. Ceci concerne l'Eglise universelle, mais s'applique tout spécialement
à chaque communauté chrétienne,(60) spécialement en
cette période de l'histoire du vieux continent. « Pour cette mission
sublime consistant à faire fleurir une nouvelle saison d'évangélisation
en Europe, il faut aujourd'hui des évangélisateurs particulièrement
préparés ».(61)
A ce propos, il convient de rappeler plusieurs points clé mis en
relief par le magistère pontifical actuel, afin qu'ils deviennent des
points de départ de la pratique pastorale des Eglises particulières.
a) Une fois la dimension vocationnelle de l'Eglise mise en évidence,
on comprend que la pastorale des vocations n'est pas un élément
accessoire ou secondaire, tendant simplement au recrutement d'agents pastoraux,
ni un moment isolé ou sectoriel, déterminé par une
situation ecclésiale d'urgence, mais plutôt une activité liée
à l'être de l'Eglise et donc aussi intimement insérée
dans la pastorale générale de chaque Eglise.(62)
b) Toute vocation chrétienne vient de Dieu, mais arrive à
l'Eglise et passe toujours par sa médiation. L'Eglise (« ecclesia
»), qui par nature est vocation, est en même temps génératrice
et éducatrice de vocations.(63) Par conséquent, « la
pastorale des vocations a comme sujet actif, comme protagoniste, la communauté
ecclésiale comme telle, dans ses diverses expressions: de l'Eglise
universelle à l'Eglise particulière et, analogiquement, de
celle-ci à la paroisse et à tous les membres du peuple de Dieu ».(64)
c) Tous les membres de l'Eglise, sans exception, ont la grâce
et la responsabilité des vocations. C'est un devoir qui rentre dans
le dynamisme vital de l'Eglise et dans son processus de développement. Ce
n'est que sur la base de cette conviction que la pastorale des vocations pourra
manifester son visage véritablement ecclésial et développer
une action concordante, en se servant également d'organismes spécifiques
et d'instruments adéquats de communion et de co-responsabilité.(65)
d) L'Eglise particulière découvre sa dimension
existentielle et terrestre dans la vocation de tous ses membres à la
communion, au témoignage, à la mission, au service de Dieu et des
frères... Par conséquent, elle respectera et encouragera la
diversité des charismes et des ministères, donc des différentes
vocations, qui sont des manifestations de l'unique Esprit.
e) Le pilier de toute la pastorale des vocations est la prière
commandée par le Sauveur (Mt 9, 38). Elle engage non
seulement les individus mais aussi les communautés ecclésiales
tout entières.(66) « Nous devons adresser une prière instante
au Maître de la moisson, pour qu'il envoie des ouvriers dans son Eglise,
afin de faire face aux urgences de la nouvelle évangélisation ».(67)
Mais l'authentique prière pour les vocations, il est bon de le
rappeler, ne mérite ce nom et ne devient efficace que lorsqu'elle crée
une cohérence de vie avant tout chez l'orant lui-même, et
s'associe, dans le reste de la communauté croyante, à l'annonce
explicite et à la catéchèse adéquate, pour favoriser
chez ceux qui sont appelés au sacerdoce et à la vie consacrée,
comme à toute autre vocation chrétienne, une réponse libre,
disponible et généreuse, qui permette à la grâce de
la vocation d'opérer.(68)
Principes généraux de la pastorale des vocations
26. Un peu partout, le besoin se fait sentir de donner à la pastorale
une empreinte vocationnelle claire. Pour atteindre cet objectif programmatique,
tentons de définir plusieurs principes théoricopratiques, que nous
déduirons de la théologie de la pastorale et, en particulier, des «
points clé » qui lui sont liés. Concentrons ces principes
autour de plusieurs affirmations thématiques.
a) La pastorale des vocations est la perspective originelle de la
pastorale en général
L'Instrumentum laboris du Congrès sur les vocations l'affirme
de façon explicite: « Toute la pastorale, et en particulier celle
des jeunes, est naturellement une pastorale des vocations ».(69) En
d'autres termes, dire vocation signifie dire dimension constitutive et
essentielle de la pastorale ordinaire, car la pastorale tend, depuis le
commencement, par nature, au discernement des vocations. C'est un service
qu'elle rend à chaque personne, afin que celle-ci puisse comprendre le
cheminement qui doit être le sien pour réaliser un projet de vie
comme Dieu le veut, selon les nécessités de l'Eglise et du monde
d'aujourd'hui.(70)
C'est déjà ce qu'avait affirmé le Congrès
latino-américain sur les vocations, en 1994.
Mais il nous faut élargir cette perspective: la vocation n'est pas
seulement le projet existentiel, mais tous les appels individuels de Dieu, se référant
toujours, évidemment, à un plan de vie fondamental, et disséminés
tout au long de l'existence. La pastorale authentique rend le croyant vigilant,
attentif aux nombreux appels du Seigneur, prêt à capter sa voix et à
lui répondre.
La fidélité à ce type d'appels quotidiens rend précisément
le jeune d'aujourd'hui capable de reconnaître et d'accueillir «
l'appel » de sa vie, et l'adulte de demain non seulement capable de lui être
fidèle, mais aussi de découvrir toujours plus sa fraîcheur
et sa beauté. Chaque vocation, en effet, est « matinale »; elle
est la réponse de chaque matin à un appel nouveau chaque jour.
Voilà pourquoi la pastorale sera imprégnée d'attention à
la vocation, pour l'éveiller en chaque croyant. Elle partira de
l'intention explicite de placer le croyant face à la proposition de Dieu;
elle oeuvrera pour conduire le sujet à prendre ses responsabilités
à l'égard du don reçu ou de la Parole de Dieu entendue;
elle cherchera, de fait, à entraîner le croyant à se
compromettre face à ce Dieu.(71)
b) La pastorale des vocations est la vocation de la pastorale
aujourd'hui
En ce sens, on peut dire qu'il faut « vocationnaliser »
toute la pastorale, ou faire en sorte que chaque expression de la
pastorale manifeste d'une façon claire et sans équivoque un projet
ou un don de Dieu fait à la personne et stimule chez elle une volonté
de réponse et d'implication personnelle. Ou bien la pastorale chrétienne
conduit à cette confrontation avec Dieu, avec tout ce que cela implique
en terme de tension, de lutte, parfois de fugue, mais aussi de paix et de joie
liées à l'accueil du don, ou alors elle ne mérite pas ce
nom.
Cela se manifeste aujourd'hui d'une façon toute particulière,
au point de pouvoir affirmer que la pastorale des vocations est la vocation de
la pastorale: elle en constitue peut-être l'objectif principal, comme un défi
pour la foi des Eglises d'Europe. La vocation est l'affaire la plus sérieuse
de la pastorale contemporaine.
Alors, si la pastorale en général est « appelée »
à relever ce défi, et si c'est ce qu'on attend d'elle aujourd'hui,
elle doit être probablement plus courageuse et franche, plus explicite
pour aller au centre et au coeur du message-proposition, dirigée vers la
personne plus que vers le groupe, avec des implications plus concrètes et
non pas seulement de vagues rappels à une foi abstraite et éloignée
de la vie.
Ce devra sans doute être aussi une pastorale plus pro-vocante que
consolante; capable, en tout cas, de transmettre le sens dramatique de la vie de
l'homme, appelé à faire quelque chose que personne ne pourra faire
à sa place.
Dans le passage que nous avons cité, cette attention et cette tension
vocationnelles sont évidentes: dans le choix de Matthias, dans le
discours courageux (« debout en élevant la voix ») de Pierre à
la foule, dans la façon dont le message chrétien est annoncé
et reçu (« il transperce le coeur »).
Il apparaît surtout clairement dans sa capacité de changer la
vie de ceux qui y adhèrent, comme cela résulte des conversions et
du type de vie de la communauté des Actes.
c) La pastorale des vocations est graduelle et convergente
Nous avons déjà implicitement vu qu'il existe différentes
sortes d'appels chez l'homme, tout au long de sa vie: appel à la vie,
avant tout, puis à l'amour, à la responsabilité du don,
puis à la foi, à suivre Jésus, au témoignage
particulier de sa foi, à être père ou mère, et à
un service particulier pour l'Eglise ou pour la société.
Ceux qui tiennent compte, en premier lieu, de ce riche ensemble de valeurs
et de significations humaines et chrétiennes d'où naît le
sens de la vocation de la vie et de tout vivant font de l'animation de
vocations. Car ces valeurs permettent d'ouvrir la vie à de nombreuses
possibilités de vocations, convergeant ensuite vers un choix personnel définitif.
En d'autres termes, une pastorale des vocations correcte exige que les
choses se fassent graduellement, en partant des valeurs fondamentales et
universelles (le bien extraordinaire de la vie) et des vérités qui
sont telles pour tous (la vie est un bien reçu qui tend par nature à
devenir bien donné), pour passer ensuite à une spécification
progressive, toujours plus personnelle et concrète, croyante et révélée,
de l'appel.
Sur un plan plus précisément pédagogique, il est
important tout d'abord d'inculquer le sens de la vie et de la gratitude
pour celle-ci; pour transmettre ensuite cette attitude fondamentale de responsabilité
à l'égard de l'existence, et qui demande par nature une réponse
de la part de chacun dans la ligne de la gratuité. De là,
on peut ensuite passer à la transcendance de Dieu, Créateur et Père.
Ce n'est qu'à ce moment-là qu'une proposition forte et
radicale (comme devrait toujours l'être la vocation chrétienne)
devient possible, comme celle de se consacrer à Dieu dans la vie
sacerdotale ou consacrée.
d) La pastorale des vocations est à la fois générale
et spécifique
En somme, la pastorale des vocations part nécessairement d'une vaste
idée de la vocation (et d'un appel adressé à tous en vue de
celle-ci), pour se restreindre et se préciser selon l'appel de chacun. En
ce sens, la pastorale des vocations est d'abord générale, puis
spécifique, respectant un ordre qu'il ne semble pas raisonnable
d'inverser et qui déconseille, en général, de proposer immédiatement
une vocation particulière, sans aucune catéchèse
progressive.
D'un autre côté, toujours en vertu de cet ordre, la pastorale
des vocations ne se limite pas à souligner de façon globale le
sens de l'existence, mais conduit à une implication personnelle dans un
choix précis. Il n'y a pas de séparation, ni encore moins de
contraste, entre un appel qui souligne les valeurs communes et fondatrices de
l'existence et un appel à servir le Seigneur « selon la mesure de la
grâce reçue ».
L'animateur des vocations, chaque éducateur dans la foi, ne doit pas
craindre de proposer des choix courageux et de don total, bien que difficiles et
non conformes à la mentalité du siècle.
Par conséquent, si chaque éducateur est un animateur de
vocations, chaque animateur de vocations est éducateur, et éducateur
de toute vocation, en respectant le charisme spécifique. De fait, chaque
appel est lié à l'autre, il le suppose et le sollicite, tandis que
tous, ensemble, renvoient à la même source et au même
objectif qui est l'histoire du salut. Mais chacun possède une modalité
spécifique.
L'authentique éducateur des vocations n'indique pas seulement les
différences entre un appel et un autre, en respectant les diverses
tendances chez les individus appelés, mais il laisse entrevoir et évoque
ces « possibilités suprêmes », de radicalisme et de dévouement,
qui sont ouvertes à la vocation de chacun et contenues en elle.
Enseigner en profondeur les valeurs de la vie, par exemple, signifie
proposer (et apprendre à proposer) un cheminement qui débouche
naturellement sur la volonté de suivre le Christ et qui peut
conduire au choix d'une sequela typique de l'apôtre, du prêtre
ou du (de la) religieuxse, du moine qui abandonne le monde, ou du laïc
consacré dans le monde.
D'un autre côté, proposer de suivre le Christ de façon
précise comme objectif de vie exige, par nature, une attention et une
formation préalables pour acquérir les valeurs élémentaires
de la vie, de la foi, de la gratitude-gratuité et de l'imitation du
Christ requises de tout chrétien.
Il en résulte une stratégie vocationnelle théologiquement
mieux fondée et aussi plus efficace sur le plan pédagogique.
Certains craignent que l'élargissement de l'idée de vocation
puisse nuire à la promotion spécifique des vocations au sacerdoce
et à la vie consacrée; en réalité, c'est exactement
le contraire.
Le caractère graduel de l'annonce de la vocation permet, en effet, de
passer de l'objectif au subjectif et du général au particulier,
sans anticiper ni brûler les étapes des propositions, mais en les
faisant converger entre elles et vers la proposition décisive
pour la personne, qu'il faudra indiquer au moment opportun et mesurer
attentivement, selon un rythme qui tienne compte du destinataire en question.
L'ordre harmonieux et progressif rend beaucoup plus provocante et accessible
la proposition décisive faite à la personne. Concrètement,
plus on forme le jeune à passer naturellement de la gratitude pour le don
reçu de la vie à la gratuité du bien donné, plus il
sera possible de lui proposer de se donner totalement à Dieu comme résultat
naturel et, pour certains, inéluctable.
e) la pastorale des vocations est universelle et permanente
Il s'agit d'une double universalité: en référence aux
personnes auxquelles elle s'adresse et en référence àl'âge
de la vie auquel elle est faite.
Avant tout, la pastorale des vocations ne connaît pas de frontières.
Comme nous l'avons dit plus haut, elle ne s'adresse pas seulement à
quelques personnes privilégiées ou qui ont déjà fait
une option de foi, ni même uniquement à ceux de la part de qui il
semble licite de s'attendre à une réponse positive, mais elle est
adressée à tous, précisément parce qu'elle
est fondée sur les valeurs élémentaires de l'existence. Ce
n'est pas une pastorale d'élite, mais populaire; ce n'est pas une récompense
pour les plus méritants, mais une grâce et un don de Dieu pour
chaque personne, car tout vivant est appelé par Dieu. Elle ne doit pas
non plus être conçue comme quelque chose que seuls certains
pourraient comprendre ou estimer intéressante pour leur vie, car tout être
humain est inévitablement désireux de se connaître et de
connaître le sens de la vie et sa place dans l'histoire.
En outre, ce n'est pas une proposition qui est faite une seule fois dans la
vie (à l'enseigne du « à prendre ou à laisser »)
et qui est retirée, dans la pratique, après un refus de la part du
destinataire. Elle doit être, au contraire, comme une sollicitation
continuelle, faite de différentes façons, en la proposant avec une
intelligence qui ne se rend pas devant un désintéressement
initial, qui souvent n'est qu'apparent ou défensif.
Il faut également corriger l'idée que la pastorale des
vocations est exclusivement une pastorale de la jeunesse, car à tout âge
de la vie résonne une invitation du Seigneur à Le suivre; et ce
n'est qu'au moment de la mort qu'une vocation pourra être considérée
comme complètement réalisée. Bien plus, la mort est l'appel
par excellence, de même qu'il y a un appel dans la vieillesse, lors du
passage d'une saison de la vie à une autre, dans les situations de crise.
Il existe une jeunesse de l'esprit qui demeure dans le temps, dans la mesure
où l'individu se sent continuellement appelé et où il
cherche et trouve à chacun cycle vital une tâche différente à
accomplir, une manière spécifique d'être, de servir et
d'aimer, une nouveauté de vie et de mission à accomplir.(72) En ce
sens la pastorale des vocations est liée à la formation
permanente de la personne, et elle est elle-même permanente. «
Toute la vie et chaque vie sont une réponse ».(73)
Dans les Actes, Pierre et les Apôtres ne font absolument pas de différences
de personnes; ils parlent à tous, jeunes et vieux, juifs et étrangers:
tous les Parthes, Mèdes et Elamites indiquent la grande masse, sans différences
ni exclusions, à laquelle s'adressent l'annonce et la pro-vocation, avec
l'art de parler à chacun « dans son propre idiome », selon ses
exigences, problèmes, attentes, défenses, âges ou phases de
la vie.
C'est un miracle de Pentecôte et donc un don extraordinaire de
l'Esprit. Mais l'Esprit est toujours avec nous...
f) La pastorale des vocations est personnelle et communautaire
Cela peut sembler contradictoire, mais en réalité ce principe
décrit bien la nature ambivalente, en un certain sens, de la pastorale
des vocations, capable lorsqu'elle est authentique de composer
deux polarités du sujet et de la communauté. Du point de vue de
l'animation des vocations, il est urgent aujourd'hui de passer d'une pastorale
des vocations gérée par un agent pastoral seul à une
pastorale toujours plus conçue comme une action communautaire, de
toute la communauté sous ses diverses expressions: groupes, mouvements,
paroisses, diocèses, instituts religieux et séculiers...
L'Eglise est davantage appelée à être entièrement
vocationnelle: en son sein « chaque évangélisateur doit
prendre conscience qu'il devient une "lampe" pour les vocations,
capable de susciter une expérience religieuse qui conduise les enfants,
les adolescents, les jeunes et les adultes à un contact personnel avec le
Christ, à une rencontre où se révèlent les vocations
spécifiques ».(74)
De la même façon, le destinataire de la pastorale des
vocations est encore toute l'Eglise. Si c'est toute la communauté
ecclésiale qui appelle, c'est encore toute la communauté ecclésiale
qui est appelée, sans aucune exception. Le pôle émetteur et
le pôle récepteur s'identifient en quelque sorte à l'intérieur
des diverses articulations ministérielles du tissu ecclésial. Mais
le principe est important; il est le reflet de cette mystérieuse
identification entre celui qui appelle et l'appelé à l'intérieur
de la réalité trinitaire.
En ce sens, la pastorale des vocations est communautaire. Toujours
en ce sens il est beau que tous les Apôtres, le jour de la Pentecôte,
s'adressent à la foule et qu'ensuite Pierre prenne la parole au nom des
Douze. De même lorsqu'il s'agit de choisir Matthias, Etienne ou encore
Barnabé et Saul, toute la communauté prend part au discernement
par la prière, le jeûne et l'imposition des mains.
En même temps, cependant, c'est l'individu qui doit se faire
l'interprète de la proposition de vocation, c'est le croyant qui, en
vertu de sa foi, doit en quelque sorte prendre en charge la vocation de l'autre.
Le ministère de l'appel à la vocation ne revient donc pas
seulement aux prêtres ou aux personnes consacrées, mais à
tout croyant, aux parents, aux catéchistes et aux éducateurs.
S'il est vrai que l'appel doit être adressé à tous, il
est tout aussi vrai cependant que ce même appel doit être personnalisé,
adressé à une personne précise, à sa conscience, à
l'intérieur d'une relation tout à fait personnelle.
Il existe un moment dans la dynamique vocationnelle où la proposition
est faite par une personne à une personne et a besoin de tout le climat
particulier que seule la relation individuelle peut garantir. Il est vrai,
alors, qui Pierre et Etienne parlent à la foule; mais Saul a ensuite
besoin d'Ananie pour discerner ce que Dieu veut de lui (9, 13-17), de même
que l'eunuque avec Philippe (8, 26-39).
g) La pastorale des vocations est la perspective unitaire et de synthèse
de la pastorale
Le point de départ est aussi le point d'arrivée. Ainsi la
pastorale des vocations se pose en catégorie unificatrice de la
pastorale en général, destination naturelle de toute peine, lieu
d'abordage des diverses dimensions, presque comme une sorte d'élément
de vérification de la pastorale authentique.
Répétons-le: si la pastorale n'arrive pas à «
transpercer le coeur » et à placer l'auditeur face à la
question stratégique (« que dois-je faire? »), ce n'est pas une
pastorale chrétienne, mais une hypothèse de travail inoffensive.
En conséquence, la pastorale des vocations se situe et doit se situer
en rapport avec toutes les autres dimensions, par exemple avec la dimension
familiale et culturelle, liturgique et sacramentelle, avec la catéchèse
et le cheminement de foi dans le catéchuménat; avec les différents
groupes d'animation et de formation chrétiennes (non seulement avec les
enfants et les jeunes, mais avec les parents, les fiancés, les malades et
les personnes âgées...) et de mouvement (du mouvement pour la vie
aux diverses initiatives de solidarité sociale).(75)
La pastorale des vocations est surtout la perspective unificatrice de la
pastorale de la jeunesse.
Il ne faut pas oublier que l'âge évolutif est une période
riche en projets. Une authentique pastorale de la jeunesse ne peut donc pas éluder
la dimension de la vocation; au contraire, elle doit l'assumer, car proposer Jésus-Christ
signifie proposer un projet de vie précis.
D'où une collaboration pastorale féconde, bien qu'en
distinguant les deux milieux de vie: parce que la pastorale de la jeunesse
englobe d'autres problématiques que la problématique purement
vocationnelle, et parce que la pastorale des vocations ne concerne pas seulement
le monde des jeunes, mais un horizon beaucoup plus large ayant des problématiques
spécifiques.
En outre, pensons à l'importance que pourrait avoir une pastorale
des vocations et familiale qui éduquerait progressivement les
parents à être les premiers animateurs-éducateurs des
vocations. Ou aux bienfaits que pourrait présenter une pastorale des
vocations parmi les malades, qui ne les invite pas seulement à
offrir leurs souffrances pour les vocations sacerdotales, mais qui les aide à
vivre l'événement de la maladie, avec toute la charge de mystère
qu'elle contient, comme vocation personnelle, que le malade-croyant a le «
devoir » de vivre pour et dans l'Eglise et le « droit » d'être
aidé à vivre dans l'Eglise.
Ce lien facilite le dynamisme pastoral car, de fait, il lui est congénital:
les vocations, comme les charismes, se cherchent entre eux, s'éclairent réciproquement,
sont complémentaires les uns des autres. En revanche, isolés ils
deviennent incompréhensibles; de même que celui qui reste enfermé
dans son secteur de spécialisation ne fait pas une pastorale d'Eglise.
Naturellement, ce discours vaut dans les deux sens: c'est la pastorale, en général,
qui doit converger dans l'animation des vocations pour favoriser l'option
vocationnelle; mais c'est la pastorale des vocations qui doit, à son
tour, demeurer ouverte aux autres dimensions, en s'insérant et en
cherchant des débouchés dans ces directions.
Elle constitue donc le point d'aboutissement qui résume les diverses
provocations pastorales et qui permet de les faire fructifier dans l'histoire
existentielle du croyant. En définitive, la pastorale des vocations
requiert
beaucoup d'attention, mais elle offre en échange une dimension destinée
à rendre vraie et authentique l'initiative pastorale de chaque secteur.
La vocation est le coeur battant de la pastorale unitaire!(76)
Itinéraires de la pastorale des vocations
27. L'icône biblique autour de laquelle nous avons bâti notre réflexion
nous permet de faire un pas en avant, en passant des principes théoriques
à la définition de plusieurs itinéraires de pastorale des
vocations.
Ce sont des cheminements de foi communautaires, correspondant à des
fonctions ecclésiales précises et à des dimensions
classiques du croyant, au long desquels la foi mûrit et devient toujours
plus manifeste ou qui permettent à la vocation de l'individu de se
confirmer progressivement, au service de la communauté ecclésiale.
La réflexion et la tradition de l'Eglise indiquent que normalement le
discernement d'une vocation advient en suivant plusieurs chemins communautaires
précis: la liturgie et la prière, la communion ecclésiale,
le service de la charité ou l'expérience de l'amour de Dieu reçu
et offert à travers le témoignage. Dans la communauté décrite
dans les Actes, c'est grâce à eux que « le nombre des
disciples augmentait considérablement à Jérusalem » (Ac
6, 7).
La pastorale devrait aussi emprunter ces routes aujourd'hui pour stimuler et
accompagner le cheminement vocationnel des croyants. Une expérience
personnelle et communautaire, systématique et engageante dans ces
directions, pourrait et devrait aider le croyant à découvrir
l'appel à sa vocation.
Cela ferait véritablement de la pastorale une pastorale des
vocations.
a) La liturgie et la prière
La liturgie signifie et indique à la fois l'expression, l'origine et
l'aliment de chaque vocation et ministère dans l'Eglise. Dans les célébrations
liturgiques, on fait mémoire de l'action de Dieu par le Christ dans
l'Esprit à laquelle renvoient toutes les dynamiques de la vie du chrétien.
Dans la liturgie, qui culmine avec l'Eucharistie, s'exprime la vocation-mission
de l'Eglise et de tout croyant dans sa plénitude.
Un appel à la vocation est toujours adressé par la liturgie à
ceux qui y participent.(77) Chaque célébration est un événement
vocationnel. Dans le mystère célébré, le croyant ne
peut pas ne pas reconnaître sa vocation personnelle; il ne peut pas ne pas
entendre la voix du Père qui, dans le Fils, par la puissance de l'Esprit,
l'appel à se donner à son tour pour le salut du monde.
La prière aussi devient une voie de discernement d'une vocation, non
seulement parce que Jésus a invité à prier le maître
de la moisson, mais parce que c'est seulement en étant à l'écoute
de Dieu que le croyant peut parvenir à découvrir le projet que
Dieu a pensé pour lui: dans le mystère contemplé, le
croyant découvre son identité, « cachée avec le Christ
en Dieu » (Col 3, 3).
Et c'est encore dans la prière que peuvent se mettre en place des
attitudes de confiance et d'abandon indispensables pour prononcer le « oui »
et surmonter les peurs et les incertitudes. Toute vocation naît de
l'in-vocation.
Mais l'expérience personnelle de la prière, en tant que
dialogue avec Dieu, appartient aussi à cette dimension: même si
elle est « célébrée » dans l'intimité de
sa « cellule », elle est relation avec cette paternité d'où
dérive toute vocation. Cette dimension est on ne peut plus évidente
dans l'expérience de l'Eglise des origines, dont les membres se
montraient assidus « à la fraction du pain et aux prières »
(Ac 2, 42). Toute décision, dans cette communauté, était
précédée par la prière; chaque choix, surtout pour
la mission, survenait dans un contexte liturgique (Ac 6, 1-7; 13, 1-5).
C'est la logique orante que la communauté avait apprise de Jésus
lorsque, face aux foules « lasses et prostrées comme des brebis qui
n'ont pas de berger, il leur dit ?La moisson est abondante, mais les ouvriers
peu nombreux; priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à
sa moisson' » (Mt 9, 36-38; Lc 10, 2).
Ces dernières années, les communautés chrétiennes
d'Europe ont multiplié les initiatives de prière pour les
vocations, qui ont trouvé un vaste écho durant le Congrès.
La prière à l'intérieur des communautés diocésaines
et paroissiales, bien souvent rendue « incessante », jour et nuit, est
une des voies les plus suivies pour créer une nouvelle sensibilité
et une nouvelle culture des vocations favorable au sacerdoce et à la vie
consacrée.
L'icône évangélique du « Maître de la moisson
» mène au coeur de la pastorale des vocations: la prière. Une
prière qui sait « regarder » le monde avec une sagesse évangélique
et chaque homme dans la réalité de ses besoins de vie et de salut.
Une prière qui exprime la charité et la « compassion » (Mt
9, 36) du Christ vers l'humanité, qui aujourd'hui encore apparaît
comme « un troupeau sans berger » (Mt 9, 36). Une prière
qui exprime la foi en la voix puissante du Père, qui seul peut appeler et
envoyer travailler dans sa vigne. Une prière qui exprime l'espérance
vive en Dieu qui ne laissera jamais l'Eglise manquer d'« ouvriers » (Mt
9, 38) nécessaires pour mener à bien sa mission.
Durant le Congrès, les témoignages sur l'expérience de
lectio divina dans une perspective de vocation ont suscité
beaucoup d'intérêt. Dans certains diocèses, les « écoles
de prière » ou les « écoles de la Parole » sont très
répandues. Le principe dont elles s'inspirent est le principe classique
contenu dans la constitution Dei Verbum: « Le saint Concile exhorte
de façon insistante et spéciale tous les chrétiens (...) à
apprendre, par la lecture fréquente des divines Ecritures, 'la science éminente
de Jésus-Christ' ».(78)
Quand cette science devient sagesse qui se nourrit par fréquentation
habituelle, les yeux et les oreilles des croyants s'ouvrent pour reconnaître
la Parole qui appelle sans cesse. Alors le coeur et l'esprit sont en mesure de
l'accueillir et de la vivre sans peur.
b) La communion ecclésiale
La première fonction vitale qui jaillit de la liturgie est la
manifestation de la communion qui se vit à l'intérieur de
l'Eglise, comme peuple réuni dans le Christ par sa croix, comme communauté
où toute division est pour toujours dépassée dans l'Esprit
de Dieu qui est esprit d'unité (Ep 2, 11-22; Ga 3, 26-28;
Jn 17, 9-26).
L'Eglise se propose comme espace humain de fraternité où
chaque croyant peut et doit faire l'expérience de cette union entre les
hommes et avec Dieu qui est don d'en haut. Les Actes des Apôtres, qui décrivent
une communauté de croyants profondément marquée par l'union
fraternelle, par la mise en commun des biens matériels et spirituels, des
affections et des sentiments (Ac 2, 42-48), au point de n'avoir «
qu'un seul coeur et qu'une âme » (Ac 4, 32), constituent un
splendide exemple de cette dimension ecclésiale.
Si toute vocation dans l'Eglise est un don à vivre pour les
autres, comme service de charité dans la liberté, alors elle est également
un don à vivre avec les autres. Mais on ne le découvre
qu'en vivant en fraternité.
La fraternité ecclésiale n'est pas seulement une vertu au
niveau du comportement, mais un itinéraire de vocation. Ce n'est qu'en la
vivant qu'on peut la choisir comme élément fondamental d'un projet
de vocation, ou seulement en la goûtant qu'il est possible de s'ouvrir à
une vocation qui, quoi qu'il en soit, sera toujours vocation à la
fraternité.(79) Au contraire, il est impossible d'être attiré
par une vocation si l'on n'expérimente aucune fraternité et si
l'on se ferme au rapport avec les autres ou si l'on n'interprète la
vocation que comme perfection privée et personnelle.
La vocation est relation; elle est manifestation de l'homme que Dieu a créé
pour être ouvert à la relation. Et même la vocation à
l'intimité avec Dieu dans la vie monacale implique une capacité
d'ouverture et de partage que l'on ne peut acquérir qu'avec l'expérience
d'une réelle fraternité. « Le dépassement d'une vision
individualiste du ministère et de la consécration, de la vie dans
les diverses communautés chrétiennes, représente une
contribution historique décisive ».(80)
La vocation est dialogue; c'est se sentir appelé par un Autre et
avoir le courage de lui répondre. Comment peut mûrir cette capacité
de dialogue chez celui qui n'a pas appris, dans la vie de tous les jours et dans
les rapports quotidiens, à se laisser aimer, à répondre, à
distinguer le je du tu? Comment celui qui ne se soucie pas de répondre à
son frère pourrait-il se faire appeler par le Père?
Le partage avec le frère et avec la communauté des croyants
devient alors chemin au long duquel on apprend à faire en sorte que les
autres participent à ses projets, pour accueillir enfin sur soi le plan
pensé par Dieu, plan qui sera toujours, quoi qu'il en soit, projet de
fraternité.
Les centres d'écoute, c'est-à-dire des groupes de
croyants qui se rencontrent périodiquement chez eux pour redécouvrir
le message chrétien et faire part les uns aux autres de leurs expériences
respectives et de leurs dons d'interprétation de la Parole elle-même,
constituent une expérience de partage de la Parole, signalée par
plusieurs Eglises européennes.
Pour les jeunes, ces centres revêtent un aspect vocationnel grâce
à l'écoute de la Parole qui appelle, à la catéchèse
et à la prière vécues d'une manière personnelle, qui
les implique, plus libre et plus créatrice. Le centre d'écoute les
stimule ainsi à la co-responsabilité ecclésiale, car ils
peuvent découvrir ici les différentes façons de servir la
communauté et, souvent, y faire mûrir leurs vocations spécifiques.
Une autre expérience positive d'itinéraire de vocation dans
les Eglises particulières et dans les différents Instituts de vie
consacrée est la communauté d'accueil, qui répond à
l'invitation de Jésus: « Venez et voyez ». Le Souverain Pontife
définit la « règle d'or de la pastorale des vocations ».(81)
Dans ces communautés ou centres d'orientation des vocations, grâce à
une expérience très spécifique et immédiate, les
jeunes peuvent accomplir un véritable chemin de discernement progressif.
Ils sont donc accompagnés pour leur permettre, au moment opportun, non
seulement de percevoir clairement le projet de Dieu, mais de décider de
le choisir et de s'y identifier.
c) Le service de la charité
C'est une des fonctions les plus typiques de la communauté ecclésiale.
Elle consiste à vivre l'expérience de la liberté dans le
Christ, dans ce sommet suprême qui consiste à servir. « Celui
qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur » (Mt 20,
26), « Si quelqu'un veut être le premier, il sera le serviteur de
tous » (Mc 9, 35). Dans l'Eglise primitive, cette leçon
semble avoir été très bien apprise, étant donné
que le service apparaît comme un de ses éléments
structurels, au point que des diacres sont institués pour « le
service des tables ».
C'est précisément parce que le croyant vit par grâce
l'expérience de liberté dans le Christ qu'il est appelé à
être témoin de liberté et agent de libération pour
les hommes; de cette libération qui se réalise non par la violence
et la domination, mais par le pardon et l'amour, par le don de soi et le
service, à l'exemple du Christ Serviteur.
C'est sans doute la voie royale, dans un itinéraire de vocation, pour
discerner sa propre vocation, car l'expérience de service, en particulier
si elle est bien préparée, conduite et pénétrée
de son sens le plus vrai, est une expérience d'une grande humanité
qui porte à mieux se connaître et à mieux connaître la
dignité d'autrui, ainsi que la beauté de se consacrer aux autres.
Dans l'Eglise, l'authentique serviteur est celui qui a appris que c'est un
privilège de laver les pieds de ses frères les plus pauvres, c'est
celui qui a conquis la liberté de perdre de son temps pour les besoins
d'autrui. L'expérience du service est une expérience de grande
liberté dans le Christ.
Celui qui sert son frère rencontre inévitablement Dieu et
entre en harmonie particulière avec lui. Il ne lui sera pas difficile de
découvrir sa volonté sur lui et, surtout, de se sentir attiré
à l'accomplir. Ce sera en tout cas une vocation de service pour l'Eglise
et pour le monde.
Il en a été ainsi pour de très nombreuses vocations au
cours de ces dernières décennies. L'animation des vocations de
l'après-Concile est progressivement passée de la « pastorale
de la propagande » à la « pastorale du service », en
particulier des plus pauvres et des plus nécessiteux.
De nombreux jeunes ont vraiment retrouvé Dieu et se sont retrouvés
eux-mêmes, ils ont retrouvé le but de leur vie et le vrai bonheur,
en donnant de leur temps et en prêtant attention à leurs frères,
allant jusqu'à décider de leur consacrer non pas une partie de
leur vie, mais toute leur existence. De fait, la vocation chrétienne est
existence pour les autres.
d) Le témoignage-annonce de l'Evangile
Il s'agit de proclamer que Dieu est proche de l'homme tout au long de
l'histoire du salut, en particulier dans le Christ, et donc aussi les merveilles
de miséricorde du Père pour l'homme, afin qu'il ait la vie en
abondance. Cette annonce est à l'origine du cheminement de foi de tout
croyant. En effet, la foi est un don reçu de Dieu et manifesté par
l'exemple de la communauté croyante et de tant de frères et soeurs
en son sein, ainsi que par le biais de l'instruction catéchétique
sur les vérités de l'Evangile.
Mais la foi doit être transmise et vient un moment où chaque témoignage
devient don actif: le don reçu devient don donné à
travers le témoignage et l'annonce personnels.
Le témoignage de la foi implique l'homme tout entier et ne peut être
fait que dans la totalité de son existence et de son humanité, de
tout son coeur, de tout son esprit, de toutes ses forces, jusqu'au don de sa vie
et même de son sang.
Ce crescendo de significations de ce terme est intéressant; c'est un
crescendo que nous retrouvons, au fond, dans le passage biblique qui nous guide:
il suffit de voir le témoignage-catéchèse de Pierre et des
Apôtres le jour de la Pentecôte et, par la suite, la courageuse catéchèse
d'Etienne qui culmine lors de son martyre (Ac 6, 8; 7, 60) et des Apôtres
« tout joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des
outrages pour le Nom (de Jésus) » (Ac 5, 41).
Mais il est plus intéressant encore de découvrir combien ce témoignage-annonce
peut devenir un itinéraire spécifique de vocation.
La conscience reconnaissante d'avoir reçu le don de la foi devrait se
traduire normalement par un désir et par la volonté de transmettre
aux autres ce que l'on a reçu, aussi bien par l'exemple de sa propre vie
que par le ministère de la catéchèse. Celle-ci est
d'ailleurs « destinée à éclairer les multiples
situations de la vie en enseignant à chacun à vivre sa vocation
chrétienne dans le monde ».(82) Et, si le catéchiste est également
avant tout un témoin, cette dimension de vocation n'en sera que plus évidente.(83)
Le Congrès a confirmé l'importance de la catéchèse
dans la perspective des vocations et considéré que la célébration
du sacrement de la Confirmation représentait un extraordinaire
itinéraire vocationnel pour les pré-adolescents et les
adolescents. L'âge de la Confirmation pourrait précisément être
« l'âge de la vocation », période qualifiée de
l'orientation théologique et pédagogique pour la découverte
et la réalisation du don reçu et pour en témoigner.
L'action catéchétique devrait susciter la capacité de
reconnaître et de manifester le don de l'Esprit.(84)
La rencontre directe de croyants qui vivent avec fidélité et
courage leur vocation, de témoins crédibles qui offrent des expériences
concrètes de vocations réussies, peut être décisifs
pour aider les confirmants à découvrir et à accueillir
l'appel de Dieu.
En tout cas, la vocation est toujours engendrée par la conscience
d'un don et par une conscience si reconnaissante qu'elle trouve tout à
fait logique de mettre son existence au service des autres pour se charger de
leur croissance dans la foi.
Ceux qui vivent avec attention et générosité le témoignage
de la foi ne tarderont pas à saisir le projet de Dieu sur eux pour se
consacrer à sa réalisation avec toutes leurs énergies.
Des itinéraires pastoraux à l'appel personnel
28. Nous pourrions dire, en résumé, que la condition
existentielle de tout croyant se condense dans les dimensions de la liturgie, de
la communion ecclésiale, du service de la charité et du témoignage
de l'Evangile. C'est sa dignité, sa vocation fondamentale, mais c'est
aussi la condition pour que chacun puisse découvrir son identité
particulière.
Tout croyant doit donc vivre l'événement commun de la
liturgie, de la communion fraternelle, du service caritatif et de l'annonce de
l'Evangile, car ce n'est qu'à travers cette expérience qu'il
pourra identifier sa façon de vivre particulière avec ces
dimensions de la vie chrétienne. Par conséquent, ces itinéraires
ecclésiaux doivent être privilégiés car ils représentent
en quelque sorte la voie royale de la pastorale des vocations, grâce à
laquelle le mystère de la vocation de chacun peut se révéler.
Il s'agit d'ailleurs des itinéraires classiques, qui appartiennent à
la vie même de toute communauté voulant se dire chrétienne;
ils en révèlent en même temps la solidité ou la précarité.
C'est justement pour cela qu'ils représentent non seulement une voie
obligée, mais qu'ils offrent surtout une garantie de l'authenticité
de la recherche et du discernement.
De fait, ces quatre dimensions et fonctions entraînent, d'un côté,
une implication globale du sujet et, de l'autre, elles le conduisent au seuil
d'une expérience très personnelle, d'une confrontation pressante,
d'un appel impossible à ignorer, d'une décision à prendre,
qu'il ne peut pas retarder indéfiniment. Voilà pourquoi la
pastorale des vocations devra expressément aider à faire oeuvre de
discernement par le biais d'une expérience profondément et
globalement ecclésiale, qui conduise tout croyant « à la découverte
de sa responsabilité dans l'Eglise et à l'assumer ».(85) Les
vocations qui ne naissent pas de cette expérience et de cette insertion
dans l'action ecclésiale communautaire risquent d'être viciées
à la racine et d'une authenticité douteuse.
Naturellement, ces dimensions seront toutes présentes, coordonnées
de manière harmonieuse, pour une expérience qui ne pourra être
décisive que si elle englobe tout.
Souvent, en effet, certains jeunes privilégient spontanément
l'une ou l'autre de ces fonctions (soit uniquement engagés dans le
volontariat, soit trop attirés par la dimension liturgique ou par les
grandes théories un peu idéalistes). Dès lors, il sera
important que l'éducateur des vocations conduise à un engagement
qui ne corresponde pas sur mesure aux goûts du jeune, mais qui corresponde
à la mesure objective de l'expérience de foi qui ne peut
pas, par définition, être réduite. Seul le respect de cette
mesure objective peut laisser entrevoir la mesure subjective.
En ce sens, l'objectivité précède la subjectivité
et le jeune doit apprendre à lui donner la priorité s'il veut
vraiment se découvrir et découvrir ce qu'il est appelé à
être. Ou encore: il doit d'abord réaliser ce qui est requis à
tous s'il tient à être lui-même.
Ce n'est pas tout! Car ce qui est objectif, réglé sur la base
d'une norme et d'une tradition, visant un objectif précis qui transcende
la subjectivité, comporte une force d'attraction et d'attrait vocationnel
considérable. Naturellement l'expérience objective devra également
devenir subjective ou être reconnue par l'individu comme sienne. Toujours,
cependant, à partir d'une source ou d'une vérité que le
sujet ne détermine pas lui-même mais qui se prévaut de la
riche tradition de la foi chrétienne. En définitive, « la
pastorale des vocations possède les étapes fondamentales d'un itinéraire
de foi ».(86) Cela implique aussi la progressivité et la convergence
de la pastorale des vocations.
Des itinéraires aux communautés chrétiennes
a) La communauté paroissiale
29. Le Congrès européen s'est, entre autres, fixé un
objectif: amener la pastorale des vocations au coeur des communautés
paroissiales, là où les gens vivent et où les jeunes, en
particulier, sont impliqués de manière plus ou moins significative
dans une expérience de foi.
Il s'agit de faire sortir la pastorale des vocations des ornières réservées
aux spécialistes pour atteindre la périphérie de l'Eglise
particulière.
Mais en même temps il est désormais urgent de dépasser
la phase d'expérimentation que traversent de nombreuses Eglises d'Europe
pour passer à de véritables cheminements pastoraux, greffés
dans le tissu des communautés chrétiennes, en mettant en valeur ce
qui est déjà éloquent du point de vue des vocations.
Une attention particulière doit être accordée à
l'année liturgique qui est une école de foi permanente où
tout croyant, aidé par l'Esprit Saint, est appelé à grandir
selon Jésus. De l'Avent, temps de l'espérance, à la Pentecôte,
en passant par le temps ordinaire, le chemin de l'année liturgique, qui
revient de façon cyclique, célèbre et annonce un modèle
d'homme appelé à se mesurer au mystère de Jésus, l'«
aîné d'une multitude de frères » (Rm 8, 29).
L'anthropologie que l'année liturgique porte à explorer est un
authentique dessein vocationnel qui invite chaque croyant à répondre
toujours plus à l'appel, en vue d'une mission précise et
personnelle dans l'histoire. D'où l'attention accordée aux itinéraires
quotidiens où chaque communauté chrétienne est impliquée.
La sagesse pastorale requiert en particulier des pasteurs, guides des communautés
chrétiennes, une attention minutieuse et un discernement attentif pour
faire parler les signes liturgiques, les vécus de l'expérience de
foi; car c'est de la présence du Christ aux temps ordinaires de l'homme
que viennent les appels de l'Esprit en vue d'une vocation.
Il ne faut pas oublier que le pasteur, surtout le prêtre, responsable
d'une communauté chrétienne, est celui qui « cultive
directement » toutes les vocations.
En vérité, on ne reconnaît pas partout à plein
titre la dimension vocationnelle de la communauté paroissiale; alors
qu'au contraire « les Conseils Pastoraux diocésains et paroissiaux,
en lien avec les centres nationaux des vocations (sont précisément)
les organes compétents dans toutes les communautés et dans tous
les secteurs de la pastorale ordinaire ».(87)
Il faut donc encourager l'initiative des paroisses qui ont constitué
en leur sein des groupes de responsables de l'animation des vocations et des
différentes activités pour résoudre « un problème
vital qui est au coeur même de l'Eglise »(88) (groupes de prière,
journées et semaines pour les vocations, catéchèses et témoignages
et tout ce qui peut contribuer à accorder une grande attention aux
vocations).(89)
b) Les « lieux-signe » de la vie-vocation
Pour ce passage délicat et urgent d'une pastorale des vocations basée
sur les expériences à une pastorale des vocations basée sur
le cheminement, il est nécessaire de faire parler non seulement les
appels à la vocation provenant des itinéraires qui traversent la
vie quotidienne de la communauté chrétienne, mais il est sage de
rendre significatifs les lieux-signe de la vie comme vocation et les
lieux pédagogiques de la foi. Une Eglise est vivante si, grâce
aux dons de l'Esprit, elle sait percevoir ces lieux et les mettre en valeur.
Les lieux-signe de la nature vocationnelle de l'existence dans une
Eglise particulière sont les communautés monastiques, témoins
de visage priant de la communauté ecclésiale; les communautés
religieuses apostoliques et les fraternités des instituts séculiers.
Dans un contexte culturel fortement attiré par les choses proches et
immédiates, à travers le vent glacé de l'individualisme,
les communautés orantes et apostoliques ouvrent de vraies horizons de vie
authentiquement chrétienne, surtout pour les dernières générations
manifestement plus attentives aux signes qu'aux paroles.
La communauté du séminaire diocésain ou
interdiocésain est un signe particulier de la nature vocationnelle de la
vie. Il vit une histoire singulière au sein de nos Eglises. D'une part,
c'est un signe fort car il constitue une promesse de futur. Les jeunes
qui y entrent, fils de cette génération, seront les prêtres
de demain. Mais ce n'est pas tout: le séminaire rappelle concrètement
la nature vocationnelle de la vie et l'urgence du ministère ordonné
pour l'existence de la communauté chrétienne.
D'autre part, le séminaire est un signe faible: car il
requiert une attention constante de l'Eglise particulière, il sollicite
une sérieuse pastorale des vocations pour repartir chaque année
avec de nouveaux candidats. La solidarité économique peut aussi être
une sollicitation pédagogique pour éduquer le peuple de Dieu à
la prière pour toutes les vocations.
c) Les lieux pédagogiques de la foi
En plus des lieux-signe, les lieux pédagogiques de la
pastorale des vocations sont précieux. Ils sont constitués par les
groupes, les mouvements, les associations et même par l'école.
Au-delà de la différence de physionomie sociologique de telles
formes d'agrégation, surtout au niveau des jeunes, il faut apprécier
leur valeur pédagogique comme lieux où les gens peuvent être
pleinement aidés à atteindre une véritable maturité
de foi.
Ce but peut être efficacement poursuivi si l'on prend garde à
ne pas négliger trois dimensions de l'expérience chrétienne:
la vocation de chacun, la communion de l'Eglise et la mission avec l'Eglise.
d) Des figures de formateurs et de formatrices
Une autre attention pédagogico-pastorale est proposée avec une
particulière insistance en ce moment précis de l'histoire: la
formation de figures éducatives précises.
La faiblesse et le caractère problématique des lieux pédagogiques
de la foi, mis à dure épreuve par la culture de l'individualisme,
de l'associationnisme spontané ou par la crise des institutions, est bien
connu.
Par ailleurs, le besoin se fait surtout sentir chez les jeunes d'une
confrontation, d'un dialogue, de points de référence. Les signaux à
cet égard sont nombreux. En somme, il existe une urgence de maîtres
de vie spirituelle, de figures significatives, capables d'évoquer le mystère
de Dieu et disposés à l'écoute pour aider les personnes à
entrer dans un dialogue sérieux avec le Seigneur.
Les personnalités spirituelles fortes ne se réduisent pas
seulement à quelques personnes particulièrement dotées de
charisme, mais elles sont le résultat d'une formation particulièrement
attentive à la primauté absolue de l'Esprit.
Pour former les figures éducatives de notre communauté, il
faut accorder une attention particulière dans deux directions: d'une
part, il s'agit de rendre explicite et vigilante la conscience d'éducation
à la vocation chez toutes les personnes qui sont déjà appelées
à oeuvrer dans la communauté aux côtés des enfants et
des jeunes (prêtres, religieuxses et laïcs).
De l'autre, il faut soigneusement encourager et former le caractère
ministériel éducatif de la femme pour qu'elle soit surtout
à côté des jeunes une figure de référence et
un guide sage. De fait, la femme est largement présente dans les
communautés chrétiennes et chacun connaît la capacité
intuitive du « génie féminin » et la vaste expérience
de la femme dans le domaine éducatif (famille, école, groupes,
communautés).
L'apport de la femme doit donc être considéré comme précieux,
pour ne pas dire décisif, dans le cadre du monde de la jeunesse féminine,
que l'on ne peut pas traiter comme le monde masculin, car il a besoin d'une réflexion
plus attentive et plus spécifique, surtout dans le domaine des vocations.
Cela fait peut-être partie aussi du tournant qui caractérise la
pastorale des vocations. Alors que par le passé les vocations féminines
étaient également engendrées par des figures significatives
de pères spirituels, guides authentiques des personnes et des communautés,
aujourd'hui les vocations au « féminin » ont besoin de se référer
à des figures féminines, individuelles et communautaires, capables
de fournir des propositions de modèles concrets et de valeurs.
e) Les organismes de pastorale des vocations
Pour se présenter comme une perspective unitaire et synthétique
de la pastorale en général, la pastorale des vocations doit
d'abord exprimer en son sein la synthèse et la communion des charismes et
des ministères.
Depuis longtemps déjà, l'Eglise ressent la nécessité
de cette coordination(90) qui, grâce à Dieu, a déjà
porté des fruits remarquables: organismes paroissiaux et centres diocésains
et nationaux des vocations fonctionnent déjà depuis plusieurs années,
procurant de multiples bienfaits.
Mais il n'en va pas partout de même. Le Congrès qui vient de se
réunir a regretté dans certains cas l'absence ou le manque
d'incidence de ces structures dans plusieurs nations européennes(91) et
forme des voeux pour que celles-ci soient créées ou amplifiées
de façon adéquate le plus tôt possible.
Plusieurs observateurs relèvent aussi que, tandis que les centres
nationaux semblent stimuler de façon notoire et constructive la pastorale
des vocations dans son ensemble, les centres diocésains ne paraissent pas
partout animés de la même volonté de travailler et de
collaborer vraiment pour les vocations de tous. Il existe un certain projet
global de pastorale unitaire qui tarde encore à devenir une pratique
d'Eglise locale et qui semble, d'une certaine façon, s'enrayer lorsqu'il
s'agit de passer des propositions générales à la traduction
effective dans la réalité diocésaine ou paroissiale. De
fait, des perspectives et des pratiques particulières et moins ecclésiales
n'ont pas encore tout à fait disparu.(92)
En ce qui concerne les centres diocésains et nationaux, plutôt
que de rappeler ici ce que soulignent déjà d'une manière
exemplaire divers documents quant à leur fonction, il semble nécessaire
de rappeler qu'il ne s'agit pas tant d'une question d'organisation pratique que
d'une cohérence avec le nouvel esprit qui doit imprégner la
pastorale des vocations dans l'Eglise et, en particulier, dans les Eglises
d'Europe. La crise des vocations est également crise de communion pour
encourager et faire croître les vocations. Les vocations ne peuvent pas naître
là où il n'existe pas d'esprit ecclésial authentiquement vécu.
Le Congrès et ce Document recommandent donc non seulement un regain
d'efforts dans ce domaine, en lien plus étroit entre centre national,
centres diocésains et organismes paroissiaux, mais ils souhaitent aussi
que ces organismes prennent davantage à coeur deux questions: la
promotion d'une authentique culture des vocations dans la société
civile et ecclésiale, que nous avons déjà soulignée,
et la formation d'éducateurs-formateurs des vocations, élément
véritablement central et stratégique de l'actuelle pastorale des
vocations.(93)
Le Congrès demande en outre que soit sérieusement prise en
considération la constitution, pour l'Europe, d'un organisme ou Centre
unitaire supranational de la pastorale des vocations, comme signe et
expression concrète de communion et de partage, de coordination et d'échange
d'expériences et de personnes entre les différentes Eglises
nationales,(94) tout en sauvegardant les particularités de chacune.
QUATRIÈME PARTIE
PÉDAGOGIE DES VOCATIONS:
« Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au-dedans
de nous » (Lc 24, 32)
Cette partie pédagogique est puisée au sein même de
l'Evangile, s'inspirant de l'exemple de cet extraordinaire animateur-éducateur
des vocations qu'est Jésus, et en vue d'une animation des vocations rythmée
par des attitudes pédagogico-évangéliques précises:
semer, accompagner, éduquer, former, discerner.
Nous voici parvenus à la dernière section, celle qui, dans la
logique du document, devrait représenter la partie méthodologique
et applicative. De fait, nous sommes partis de l'analyse de la situation concrète,
pour définir ensuite les éléments théologiques
porteurs du thème des vocations, avant de revenir à la vie concrète
de nos communautés pour préciser le sens et la direction de la
pastorale des vocations.Il nous reste maintenant à considérer la
dimension pédagogique de la pastorale des vocations.
Il nous reste maintenant à considérer la dimension pédagogique
de la pastorale des vocations.
Crise des vocations et crise d'éducation
30. Très souvent, dans nos Eglises, les objectifs sont clairs, tout
comme les stratégies fondamentales, mais les pas à accomplir
restent trop vagues pour susciter chez nos jeunes la disponibilité de
vocation. Et cela parce que la structure éducative, à l'intérieur
comme à l'extérieur de l'Eglise, est trop faible, cette structure
qui devrait offrir, en plus de la précision de l'objectif à
atteindre, les parcours pédagogiques qui y conduisent. L'Instrumentum
laboris le dit encore avec son réalisme habituel: « Nous
constatons... la faiblesse de nombreux lieux pédagogiques (groupe,
communauté, patronage, école et surtout famille).(95) La crise des
vocations est certainement aussi une crise de proposition pédagogique et
de chemin éducatif.
Nous tenterons donc d'indiquer, toujours à partir de la Parole de
Dieu, cette convergence entre la fin et la méthode, convaincus qu'une
bonne théologie se laisse normalement traduire dans la pratique, devient
pédagogie et fait entrevoir des parcours, avec le désir sincère
d'offrir aux différents agents pastoraux une aide, un instrument utile à
tous.
L'Evangile de la vocation
31. Chaque rencontre ou dialogue avec l'Evangile revêt une
signification vocationnelle: lorsque Jésus chemine sur les routes de
Galilée, il est toujours envoyé par le Père pour appeler
l'homme au salut et lui révéler le projet du Père. La bonne
nouvelle l'Evangile est précisément celle-ci: le Père
a appelé l'homme par le Fils dans l'Esprit, il l'a appelé non
seulement à la vie mais à la rédemption, et pas seulement à
une rédemption méritée par d'autres, mais à une rédemption
qui le touche directement, le rendant responsable du salut des autres.
Ce salut actif et passif, reçu et partagé, renferme le sens de
toute vocation; il renferme le sens même de l'Eglise, comme communauté
de croyants, de saints et de pécheurs, tous « appelés » à
participer au même don et à la même responsabilité.
C'est l'Evangile de la vocation.
La pédagogie de la vocation
32. A l'intérieur de cet Evangile cherchons une pédagogie qui
lui corresponde, celle de Jésus, authentique pédagogie de la
vocation. C'est la pédagogie que tout animateur des vocations ou tout
évangélisateur devrait savoir appliquer pour amener le jeune à
reconnaître le Seigneur qui l'appelle et à lui répondre.
Si le point de référence de la pédagogie des vocations
est le mystère du Christ, le Fils de Dieu fait homme, il existe de
multiples aspects et dimensions significatives dans son action «
vocationnelle ».
Avant tout, Jésus nous est présenté dans les Evangiles
beaucoup plus comme un formateur que comme un animateur, précisément
parce qu'il oeuvre en lien très étroit avec le Père, qui
répand la semence de la Parole et éduque (en
tirant du néant), et avec l'Esprit qui accompagne sur le chemin
de la sanctification.
Ces aspects ouvrent des perspectives importantes à ceux qui
travaillent dans la pastorale des vocations et qui sont appelés par conséquent
à être non seulement des animateurs des vocations, mais avant tout
semeurs du bon grain de la vocation, puis accompagnateurs sur le
chemin qui conduit le coeur à « brûler », éducateurs
de la foi et de l'écoute de Dieu qui appelle, formateurs des
attitudes humaines et chrétiennes de réponse à l'appel de
Dieu;(96) il est enfin appelé à discerner la présence
du don qui vient d'en haut.
Ce sont les cinq caractéristiques centrales du ministère
vocationnel ou les cinq dimensions du mystère de l'appel qui
arrive à l'homme à travers la médiation d'un frère,
d'une soeur ou d'une communauté.
Semer
33. « Voici que le semeur est sorti pour semer. Et comme il semait, des
grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout
manger. D'autres sont tombés sur les endroits rocheux où ils
n'avaient pas beaucoup de terre, et aussitôt ils ont levé, parce
qu'ils n'avaient pas de profondeur de terre; mais, une fois le soleil levé,
ils ont été brûlés et, faute de racine, se sont desséchés.
D'autres sont tombés sur les épines, et les épines ont monté
et les ont étouffés. D'autres sont tombés sur la bonne
terre et ont donné du fruit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente »
(Mt 13, 3-8).
Ce passage indique en quelque sorte la première étape d'un
cheminement pédagogique, la première attitude de la part de celui
qui se place comme médiateur entre le Dieu qui appelle et l'homme qui est
appelé, et qui s'inspire nécessairement de l'action de Dieu. Le
semeur, c'est Dieu le Père; l'Eglise et le monde sont les lieux où
il continue à répandre la semence en abondance, avec une liberté
absolue et sans exclusions d'aucune sorte, une liberté qui respecte celle
du terrain où tombe le grain.
a) Deux libertés en dialogue
La parabole du semeur montre que la vocation chrétienne est un
dialogue entre Dieu et la personne humaine. L'interlocuteur principal est Dieu
qui appelle qui il veut, quand il veut et comme il veut « conformément
à son propre dessein et à sa grâce » (2 Tm 1,
9); qui appelle tous les hommes au salut, sans se laisser limiter par les
dispositions de celui qui reçoit l'appel. Mais la liberté de Dieu
rencontre la liberté de l'homme, en un dialogue mystérieux et
fascinant, fait de paroles et de silences, de messages et d'actions, de regards
et de gestes, une liberté qui est parfaite, celle de Dieu, et l'autre
imparfaite, celle de l'homme. La vocation est donc totalement activité de
Dieu, mais aussi réellement activité de l'homme: travail et pénétration
de Dieu au coeur de la liberté humaine, mais aussi peine et lutte de
l'homme pour être libre d'accueillir le don.
Celui qui se place à côté d'un frère au long du
chemin de discernement d'une vocation entre dans le mystère de la liberté
et sait qu'il ne pourra apporter son aide que s'il respecte ce mystère. Même
si cela devait correspondre, du moins en apparence, à un moindre résultat.
Comme pour le semeur de l'Evangile.
b) Le courage de semer partout
Le respect des deux libertés signifie précisément et
avant tout le courage de semer le bon grain de l'Evangile, de la Pâque du
Seigneur, de la foi et enfin de la sequela pour se mettre à la
suite du Christ. Telle est la condition préalable. Aucune pastorale des
vocations ne peut se faire sans ce courage. Et ce n'est pas tout: il faut semer
partout, dans le coeur de quiconque, sans aucune préférence
ni exception. Si chaque être humain est créature de Dieu, il est également
porteur d'un don, d'une vocation particulière qui attend d'être
reconnue.
On se plaint souvent dans l'Eglise du manque de réponses au niveau
des vocations, mais on ne s'aperçoit pas que souvent la proposition est
faite à l'intérieur d'un cercle restreint de personnes et, peut-être,
retirée aussitôt après le premier refus. Il est bon de
rappeler ici ce que réclamait Paul VI: « Que personne, par notre
faute, ignore ce qu'il doit savoir, pour orienter sa vie, différemment et
mieux ».(97) Et pourtant, combien de jeunes n'ont jamais entendu de
proposition chrétienne quant à leur vie et leur avenir!
Il est singulier d'observer le semeur de la parabole, avec son ample geste
de la main qui sème « partout »; il est émouvant de
reconnaître en cette image le coeur de Dieu le Père. C'est l'image
de Dieu qui sème un plan de salut dans le coeur de tout vivant;
ou, si l'on préfère, c'est l'image du « gaspillage » de
la générosité divine qui s'étend sur tous car elle
veut sauver et appeler tous les hommes à elle.
C'est cette même image du Père qui revient de façon évidente
dans l'action de Jésus qui appelle à lui les pécheurs, qui
choisit de construire son Eglise avec des gens apparemment inadaptés à
cette mission, qui ne connaît pas de barrières et n'établit
pas de préférences de personnes.
C'est en se reflétant dans cette image qu'à son tour l'agent
des vocations annonce, propose, secoue, avec une générosité
identique. Et c'est précisément la certitude de la semence déposée
par le Père dans le coeur de chaque créature qui lui donne la
force d'aller partout et de semer le bon grain des vocations, de ne pas rester à
l'intérieur des espaces habituels et d'affronter de nouveaux
environnements, pour tenter des approches insolites et s'adresser à toute
personne.
c) Semer au bon moment
La sagesse du semeur le conduit à répandre le bon grain de la
vocation au moment propice. Ce qui signifie qu'il ne s'agit pas du tout d'accélérer
les temps du choix ou prétendre qu'un pré-adolescent ait la
maturité de décision d'un jeune, mais comprendre et respecter le
sens de la vocation de la vie humaine.
Chaque saison de l'existence a une signification vocationnelle, à
commencer par l'instant où le garçonla fille s'ouvre à la
vie et a besoin d'en saisir le sens et tente de s'interroger sur son rôle
dans cette vie. Méconnaître cette demande au moment opportun
pourrait empêcher le grain de germer: « l'expérience pastorale
montre que la première manifestation de la vocation naît, dans la
plupart des cas, dans l'enfance et dans l'adolescence. Voilà pourquoi il
semble important de retrouver ou de proposer des formules qui puissent susciter,
soutenir et accompagner cette première manifestation de vocation »,(98)
sans toutefois se limiter à celle-ci. Chaque personne a ses rythmes et
ses temps de maturation. L'important est d'avoir un bon semeur à côté
de soi.
d) Le plus petit de tous les grains
L'oeuvre du « semeur de vocations » n'est certes pas simple
aujourd'hui. Pour les raisons que nous savons: il n'existe pas, à
proprement parler, une culture des vocations; le modèle anthropologique
dominant semble être celui de l'« homme sans vocation »; le
contexte social est neutre sur le plan éthique et privé d'espérance
et de modèles de projets. Tous ces éléments semblent
concourir à affaiblir la proposition de vocation et nous permettent,
peut-être, de lui appliquer ce que Jésus dit à propos du
Royaume de Dieu (cf. Mt 13, 31 et suiv.): le grain de la vocation est
comme un grain de sénevé qui, lorsqu'il est semé, ou quand
il est proposé ou indiqué, est le plus petit de tous les grains;
il ne suscite très souvent aucun attrait immédiat; il est même
refusé ou démenti, comme étouffé par d'autres
attentes et d'autres projets, pas pris au sérieux; ou encore il est
considéré comme suspect et avec méfiance, presque comme une
semence de malheur.
Alors le jeune refuse, déclare qu'il n'est pas intéressé,
qu'il a déjà hypothéqué son avenir (ou que d'autres
l'ont fait pour lui); ou encore que cela lui plairait et l'intéresse,
mais qu'il n'est pas sûr, que c'est trop difficile et que ça lui
fait peur...
Rien d'étranger ni d'absurde dans cette réaction craintive et
négative; au fond, le Seigneur l'avait prédit. Le grain de la
vocation est le plus petit de tous les grains, il est faible et ne s'impose pas,
précisément parce qu'il est l'expression de la liberté de
Dieu qui entend respecter jusqu'au bout la liberté de l'homme.
La liberté de celui qui guide le chemin de l'homme est alors nécessaire,
elle aussi: une liberté du coeur qui permette de ne pas renoncer devant
le refus ou le désintérêt initial.
Jésus dit, toujours dans la brève parabole du grain de sénevé,
que « quand il a poussé, c'est la plus grande des plantes potagères
» (Mt 13, 32). C'est donc un grain qui possède une force qui
n'est pas immédiatement évidente et éclatante et qui a même
besoin de beaucoup de soin pour mûrir. Il existe une sorte de secret élémentaire
qui fait partie de la sagesse paysanne: pour garantir une récolte à
la bonne saison, il faut s'occuper de tout, absolument de tout, du terrain au
grain; il faut faire attention à tout, de ce qui le fait croître à
ce qui empêche sa croissance; il faut même tenir compte des intempéries
impondérables des saisons. Il se passe quelque chose de semblable dans le
domaine des vocations. Les semailles ne sont qu'une première étape
qui doit être suivie de bien d'autres attentions précises pour que
les deux libertés entrent dans le mystère du dialogue de vocation.
Accompagner
34. « Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient
route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de
soixante stades, et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé.
Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus
en personne s'approcha, et il faisait route avec eux; mais leurs yeux étaient
empêchés de le reconnaître » (Lc 24, 13-16).
Pour décrire les articulations pédagogiques de
l'accompagnement, de l'éducation, de la formation, nous choisissons l'épisode
des deux disciples d'Emmaüs. C'est un passage significatif car, en plus de
la sagesse du contenu et de la méthode pédagogique adoptée
par Jésus, il nous semble voir chez les deux disciples l'image de
nombreux jeunes d'aujourd'hui, un peu tristes et démotivés, qui
semblent avoir perdu le goût de chercher leur vocation.
Le premier pas, ou la première attention dans ce cheminement, est de
s'approcher: le semeur, ou celui qui a réveillé chez le
jeune la conscience du grain semé sur le terrain de son coeur, devient dès
lors accompagnateur.
Dans la partie théologique de cette réflexion, le ministère
de l'accompagnement a été désigné comme une caractéristique
typique de l'Esprit; c'est en effet l'Esprit du Père et du Fils qui
demeure à côté de l'homme pour lui rappeler la Parole du Maître;
c'est encore l'Esprit qui demeure dans l'homme pour susciter en lui la
conscience qu'il est fils du Père. L'Esprit est donc le modèle
auquel doit s'inspirer le grand frère ou la grande soeur qui accompagne
un petit frère ou une petite soeur en recherche.
a) Itinéraire de vocation
Une fois défini l'itinéraire pastoral de vocation,
demandons-nous maintenant : qu'est-ce qu'un itinéraire de vocation sur le
plan pédagogique?
L'itinéraire pédagogique d'une vocation est un voyage orienté
vers la maturité de la foi, comme un pèlerinage vers le
stade adulte du croyant, appelé à décider de lui-même
et de sa vie dans la liberté et la responsabilité, selon
la vérité du mystérieux projet pensé par Dieu
pour lui. Ce voyage procède par étapes en compagnie d'une
soeur ou d'un frère aîné dans la foi, qui connaît la
route, la voix et les pas de Dieu, qui aide à reconnaître le
Seigneur qui appelle et à discerner au long du chemin la route qui mène
à lui pour lui répondre, le tout dans une relation de
disciple.
Un itinéraire de vocation est donc avant tout un cheminement avec
lui, le Seigneur de la vie, ce « Jésus en personne », comme le
note Luc avec beaucoup de précision, qui s'approche du chemin de l'homme,
emprunte le même parcours et entre dans son histoire. Mais souvent les
yeux de chair ne savent pas le reconnaître. Alors le chemin de l'homme
reste solitaire et le discours inutile, tandis que la recherche risque de se
perpétuer, en un désir interminable et parfois narcissique de «
faire des expériences », notamment celle de la vocation, sans aucun
résultat décisif. La première tâche de
l'accompagnateur d'une vocation consiste peut-être à indiquer
la présence d'un Autre ou de confesser la nature relative de
son accompagnement, pour être médiation de cette présence,
ou itinéraire vers la découverte de Dieu qui appelle et se fait
proche de tout homme.
Comme les deux disciples d'Emmaüs, ou comme Samuel au coeur de la nuit,
souvent nos jeunes n'ont pas d'yeux pour voir, pas d'oreilles pour entendre
Celui qui marche à côté de chacun et, à la fois avec
insistance et délicatesse, prononce leur nom. Le frère qui
accompagne est signe de cette insistance et de cette délicatesse; sa tâche
consiste à aider à reconnaître la provenance de la voix mystérieuse;
il ne parle pas de lui, mais il annonce un Autre qui est déjà présent;
comme le faisait Jean-Baptiste.
Le ministère de l'accompagnement des vocations est un ministère
humble, de cette humilité sereine et intelligente qui naît de la
liberté dans l'Esprit et qui s'exprime « avec le courage de l'écoute
de l'amour et du dialogue ». Grâce à cette liberté, la
voix de Celui qui appelle résonne avec plus de clarté et de force.
Le jeune se trouve alors en face de Dieu, il découvre avec surprise que
c'est l'Eternel qui chemine dans le temps à côté de lui et
qui l'appelle à un choix pour toujours!
b) Les puits d'eau vive
« Jésus, fatigué par la marche, se tenait assis près
du puits... » (Jn 4, 6): c'est le début de ce que nous
pourrions considérer comme un colloque vocationnel inédit: la
rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Cette femme, en effet, à
travers cette rencontre, accomplit un itinéraire vers la découverte
d'elle-même et du Messie, et devient même, d'une certaine façon,
son annonciatrice.
Ce passage fait encore une fois ressortir la liberté souveraine de Jésus
qui cherche ses messagers partout et chez tous; mais l'attention, de la
part de Celui qui est le chemin de l'homme vers le Père, à croiser
la créature sur ses chemins ou à l'attendre là où
son attente est plus évidente et intense, est également singulière.
C'est ce que l'on peut déduire de l'image symbolique du « puits ».
Les puits, dans l'antique société juive, étaient source de
vie, condition fondamentale de survie pour un peuple toujours aux prises avec la
pénurie d'eau; or c'est précisément autour de ce symbole,
l'eau pour et de la vie, que Jésus construit avec une pédagogie
très fine son approche de la femme.
Accompagner un jeune veut dire savoir identifier « les puits »
d'aujourd'hui: les lieux et les moments, les provocations et les attentes où,
tôt ou tard, tous les jeunes doivent passer avec leurs amphores vides,
avec leurs questions non posées, avec leur insuffisance affichée
et qui n'est bien souvent qu'apparente, avec leur désir profond et ineffaçable
d'authenticité et d'avenir.
La pastorale des vocations ne peut pas être « attentiste »,
mais action de ceux qui cherchent, qui ne s'avouent pas vaincus tant qu'ils
n'ont pas trouvé et qui se font trouver au bon endroit ou au bon puits, là
où le jeune donne rendez-vous à la vie et à l'avenir.
De ce point de vue, l'accompagnateur des vocations doit être «
intelligent », quelqu'un qui n'impose pas nécessairement ses
questions, mais qui part de celles du jeune, quelles qu'elles soient. Ou qui est
capable si nécessaire - de « susciter et de découvrir
la demande de vocation qui habite le coeur de chaque jeune, mais qui attend d'être
creusée par de véritables formateurs de vocations ».(99)
c) Partage et con-vocation
Faire l'accompagnement d'une vocation signifie avant tout partager:
le pain de la foi, de l'expérience de Dieu, de la difficulté de la
recherche, jusqu'à partager aussi la vocation: ne pas l'imposer, évidemment,
mais pour confesser la beauté d'une vie qui se réalise selon le
projet de Dieu.
Le registre communicatif typique de l'accompagnement d'une vocation n'est
pas un registre didactique ou d'exhortation, ni même un registre amical,
d'un côté, et de directeur spirituel, de l'autre (entendu comme
celui qui imprime tout de suite une direction précise à la vie
d'un autre), mais c'est le registre de la confessio fidei.
Celui qui s'adonne à l'accompagnement des vocations témoigne
de son propre choix, ou mieux, du choix que Dieu a fait de lui, il raconte
pas nécessairement en paroles le cheminement de sa vocation et la
découverte continuelle de son identité dans le charisme
vocationnel; il raconte donc aussi ou laisse comprendre la peine, la nouveauté,
le risque, la surprise, la beauté.
Il en résulte une catéchèse vocationnnelle de personne à
personne, de coeur à coeur, riche d'humanité et d'originalité,
de passion et de force de conviction, une animation des vocations sage,
s'inspirant de l'expérience. Un peu comme l'expérience des
premiers disciples de Jésus, qui « vinrent donc et virent où
il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là »
(Jn 1, 39). Ce fut une expérience profondément touchante
puisque Jean, bien des années plus tard, se souvient encore que « c'était
environ la dixième heure ».
L'animation des vocations se fait seulement par contagion, par
contact direct, parce que le coeur est plein et l'expérience de la beauté
continue à fasciner. « Les jeunes sont très intéressés
par le témoignage de vie des personnes qui suivent déjà un
cheminement spirituel. Prêtres et religieuxses doivent avoir le courage
d'offrir des signes concrets au long de leur chemin spirituel. Voilà
pourquoi il est important de passer du temps avec les jeunes, de cheminer à
leur niveau, là où ils se trouvent, les écouter et répondre
aux questions qui surgissent dans cette rencontre ». (100)
C'est pourquoi l'accompagnateur des vocations est aussi enthousiaste de sa
propre vocation et de la possibilité de la transmettre à d'autres;
il est le témoin non seulement convaincu, mais content, et donc
convaincant et crédible.
Ce n'est qu'ainsi que le message touche la totalité spirituelle de la
personne, coeur-esprit-volonté, en proposant quelque chose qui est
vrai-beau-bon.
Tel est le sens de la con-vocation: personne ne peut passer à
côté d'un annonciateur d'une si « bonne nouvelle » et ne
pas se sentir touché, « totalement » appelé, à
chaque niveau de sa personnalité, et continuellement appelé, par
Dieu, bien sûr, mais aussi par de multiples personnes, idéaux,
situations inédites, provocations variées, médiations
humaines de l'appel divin.
Alors le signal vocationnel peut être mieux perçu.
Eduquer
35. « Il leur dit: « Quels sont donc ces propos que vous échangez
en marchant? ». Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre. Prenant
la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit: « Tu es bien
le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé
ces jours-ci! ». « Quoi donc? » leur dit-il. Il lui dirent: «
Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un
prophète puissant en oeuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le
peuple, comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être
condamné à mort et l'ont crucifié. Nous espérions,
nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël; mais avec
tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont
arrivées! Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est
vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau
et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles
ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant. Quelques-uns des nôtres
sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les
femmes avaient dit; mais lui, ils ne l'ont pas vu! ». Alors il leur dit: «
O coeurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé
les Prophètes! Ne fallait-il pas que le Christ endurât toutes ces
souffrances pour entrer dans la gloire? ». Et, commençant par Moïse
et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes
les Ecritures ce qui le concernait. Quand ils furent près du village où
ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. Mais ils le pressèrent
en disant: « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour touche déjà
à son terme ». Il entra donc pour rester avec eux » (Lc
24, 17-29).
Après avoir semé, au long du chemin d'accompagnement, il
s'agit d'éduquer le jeune. Eduquer au sens étymologique du
verbe, comme pour extraire (e-ducere)de lui sa vérité , ce
qu'il a dans son coeur, même ce qu'il ne sait pas et ne connaît pas
de lui-même: faiblesses et aspirations, pour encourager la liberté
de la réponse à la vocation.
a) Eduquer à la connaissance de soi
Jésus s'approche des deux hommes et leur demande de quoi ils parlent.
Il le sait, mais il veut que tous deux se manifestent à eux-mêmes
et, en disant leur tristesse et leurs espoirs déçus, que cela les
aide à prendre conscience de leur problème et de la véritable
raison de leur inquiétude. Ainsi les deux hommes sont pratiquement
contraints à relire l'histoire récente, en faisant transparaître
le vrai motif de leur tristesse.
« Nous espérions, nous... »; mais l'histoire paraît
avoir pris une direction différente de celle de leurs attentes. Bien
plus, en réalité ils ont fait toutes les expériences
significatives au contact de Jésus, « puissant en oeuvres et en
paroles »; mais c'est comme si ce chemin de foi s'était soudain
interrompu face à un événement incompréhensible
comme la passion et la mort de Celui qui aurait dû libérer Israël.
« Nous espérions, nous, mais... »: comment ne pas reconnaître
en cette histoire inachevée l'histoire de tant de jeunes qui semblent intéressés
par un discours de vocation, qui se laissent provoquer et manifestent de bonnes
dispositions, mais qui s'arrêtent ensuite face au choix à faire?
D'une certaine façon, Jésus contraint les deux hommes à
admettre l'abîme qui existe entre leurs espérances et le plan de
Dieu tel qu'il s'est concrétisé en Jésus : entre leur façon
de concevoir le Messie et sa mort sur la croix, entre leurs attentes si humaines
et intéressées et le sens d'un salut qui vient d'en haut.
De même, il est important et décisif d'aider les jeunes à
mettre au jour une équivoque fondamentale: cette interprétation de
la vie trop terrestre et centrée sur le moi qui rend difficile ou même
impossible le choix d'une vocation, ou qui fait sentir les exigences de l'appel
comme excessives, comme si le projet de Dieu était l'ennemi du besoin de
bonheur de l'homme.
Combien de jeunes n'ont pas accueilli l'appel à la vocation, non pas
parce qu'ils n'étaient pas généreux ou parce qu'ils étaient
indifférents, mais simplement parce qu'ils n'ont pas été
aidés à se connaître, à découvrir la
racine ambivalente et païenne de certains schémas mentaux et
affectifs; et parce qu'ils n'ont pas été aidés à
se libérer de leurs peurs et de leurs défenses,
conscientes et inconscientes, à l'égard de la vocation même!
Combien d'avortements de vocations à cause de ce vide éducatif!
Eduquer signifie avant tout faire ressortir la réalité du moi,
tel qu'il est, si l'on veut ensuite le conduire à être comme il
doit être: la sincérité est un passage fondamental pour
parvenir à la vérité, mais en tout cas une aide extérieure
est nécessaire pour voir bien l'intérieur. L'éducateur doit
alors connaître les souterrains du coeur humain, pour accompagner le jeune
et l'aider à construire son vrai moi.
b) Eduquer au mystère
Le paradoxe naît ici. Lorsque le jeune est conduit aux sources de
lui-même et peut voir en face ses faiblesses et ses craintes, il a la
sensation de mieux comprendre certains de ses comportements et certaines de ses
réactions et, en même temps, il saisit toujours davantage la réalité
du mystère comme clef de lecture de la vie et de sa personne.
Il est indispensable que le jeune accepte de ne pas savoir, de ne
pas se connaître à fond.
La vie n'est pas entièrement entre ses mains, parce que la vie
est mystère et que, d'autre part, le mystère est vie.
Ou encore: le mystère est cette partie du moi qui n'a pas encore été
découverte, qui n'a pas encore été vécue, qui doit
attendre d'être déchiffrée et réalisée; le
mystère est cette réalité personnelle qui doit encore
grandir, riche de vie et de possibilités existentielles encore intactes:
c'est la partie du moi qui doit encore germer.
Dès lors, accepter le mystère est un signe d'intelligence, de
liberté intérieure, de désir de futur et de nouveauté,
de refus d'une conception répétitive et passive, ennuyeuse et
banale de la vie. Voilà pourquoi nous avons dit au début que la
pastorale des vocations doit être mystagogique et donc partir et repartir
du Mystère de Dieu pour ramener au mystère de l'homme.
La perte du sens du mystère est une des principales causes de la
crise des vocations.
En même temps, la catégorie du mystère devient catégorie
propédeutique de la foi. Il est possible, et dans certains cas naturel,
qu'à ce moment-là le jeune sente naître en lui comme un
besoin de révélation, c'est-à-dire le désir que
l'Auteur de la vie lui révèle le sens et la place qu'il doit
occuper. Qui d'autre, en dehors du Père, peut accomplir cette révélation?
Par ailleurs, il n'est pas important que le jeune découvre tout de
suite (ou que le guide ait tout de suite l'intuition de) la route qu'il doit
suivre: ce qui compte c'est qu'il découvre et décide de placer
en dehors de lui, en Dieu le Père, la recherche du fondement de
son existence. Un authentique chemin de vocation porte toujours et dans tous les
cas à la découverte de la paternité et de la maternité
de Dieu!
c) Eduquer à lire la vie
Dans l'Evangile, Jésus invite en quelque sorte les deux disciples
d'Emmaüs à revenir à la vie, à ces événements
qui avaient causé leur tristesse à travers une méthode de
lecture savante: capable non seulement de recomposer entre eux les événements
autour d'une signification centrale, mais de déchiffrer, dans le tissu
mystérieux de l'existence humaine, le fil conducteur d'un projet divin.
C'est la méthode que l'on pourrait appeler génético-historique,
qui fait chercher et trouver dans sa propre biographie les pas et les traces du
passage de Dieu et donc aussi sa voix qui appelle. Cette méthode
est à la fois déductive et inductive, ou
historico-biblique: elle part en effet de la vérité révélée
et, avec la réalité historique, favorise ainsi le dialogue
ininterrompu entre vécu subjectif (les faits cités par les deux
disciples) et référence à la Parole (« Et, commençant
par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta
dans toutes les Ecritures ce qui le concernait », Lc 24, 27).
indique l'aspect normatif de la Parole et l'aspect central du
mystère pascal du Christ mort et ressuscité comme des points
précis d'interprétation des événements existentiels,
sans refuser aucun événement, spécialement les plus
difficiles et douloureux (« Ne fallait-il pas que le Christ endurât
toutes ces souffrances pour entrer dans la gloire? », Lc 24, 26).
La lecture de la vie devient ainsi une opération hautement
spirituelle pas seulement psychologique car elle conduit à
reconnaître en elle la présence lumineuse et mystérieuse de
Dieu et de sa Parole. (101) Et, à l'intérieur de ce mystère,
elle permet petit à petit d'apercevoir le grain de la vocation que le Père-semeur
a déposé dans les sillons de la vie. Ce grain, bien que petit,
commence désormais à être visible et à croître.
d) Eduquer à in-voquer
Si la lecture de la vie est une opération spirituelle, elle conduit nécessairement
la personne, non seulement à reconnaître son besoin de révélation,
mais à le célébrer, par la prière d'invocation.
Eduquer veut dire é-voquer la vérité du moi. Cette évocation
naît exactement de l'in-vocation priante, d'une prière qui est plus
une prière de confiance que de demande, prière de surprise et de
gratitude, mais conçue aussi comme une lutte et une tension, comme une
recherche difficile de ses ambitions pour saisir les attentes, les demandes, les
désirs de l'Autre: du Père qui, dans le Fils, peut parler à
celui qui cherche la voie à suivre.
Alors la prière devient le lieu du discernement de la vocation,
pour apprendre à écouter le Dieu qui appelle, car
l'origine de toute vocation réside dans une prière d'invocation,
patiente et confiante, soutenue non pas par la prétention d'une réponse
immédiate, mais par la certitude ou par l'espérance que
l'invocation ne peut pas être accueillie, et fera découvrir sa
vocation, au moment voulu, à celui qui invoque.
Dans l'épisode d'Emmaüs, tout cela est révélé
par une expression essentielle, peut-être la plus belle prière
jamais prononcée par un coeur humain: « Reste avec nous, car le soir
tombe et le jour touche déjà à son terme » (Lc
24, 29). C'est la supplique de ceux qui savent que sans le Seigneur il fait nuit
dans notre vie, que sans sa parole, il n'y a qu'incompréhension et que
confusion d'identité. La vie apparaît sans sens et sans vocation.
C'est encore l'invocation de ceux qui n'ont peut-être pas découvert
leur route, mais qui ont l'intuition qu'en demeurant avec lui ils se retrouvent
eux-mêmes, parce que lui seul a « les paroles de la vie éternelle
» (Jn 6, 67-68).
Ce type de prière d'in-vocation ne s'apprend pas spontanément,
mais a besoin d'un lieu d'apprentissage. Il ne s'apprend pas tout seul, mais
avec l'aide de ceux qui ont appris à écouter les silences de Dieu.
De même que n'importe qui ne peut pas enseigner cette prière, mais
seulement celui qui est fidèle à sa vocation.
Alors, si la prière est la voie naturelle de la recherche d'une
vocation, aujourd'hui comme hier ou plus qu'hier, il est nécessaire
d'avoir des éducateurs des vocations qui prient, qui enseignent à
prier, qui éduquent à l'invocation.
Former
36. « Et il advint, comme il était à table avec eux,
qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur
donna. Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de
devant eux. Et ils se dirent l'un à l'autre: « Notre coeur n'était-il
pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand
il nous expliquait les Ecritures? » (Lc 24, 30-32).
La formation est en quelque sorte le moment culminant du processus pédagogique,
parce que c'est le moment où le jeune se voit proposer une forme,
une façon d'être, dans laquelle il reconnaît son
identité, sa vocation, sa norme.
Le Fils, Celui qui est l'empreinte du Père, est le formateur des
hommes car il représente l'image selon laquelle le Père a créé
les hommes. Voilà pourquoi il invite ceux qui appellent à avoir
les mêmes sentiments que lui et à partager sa vie, à avoir
sa « forme ». Il est à la fois le formateur et la forme.
Le formateur des vocations est ainsi en tant que médiateur de
l'action divine et se place à côté du jeune pour l'aider à
« reconnaître » son appel dans cette action et à se faire
former en elle.
a) Reconnaître Jésus
Le moment décisif de l'épisode d'Emmaüs est sans aucun
doute celui où Jésus prend le pain, le rompt et le leur donne: «
Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ». Il y a ici une série
d'actes de « reconnaissance » liés entre eux.
Avant tout les deux disciples reconnaissent Jésus, ils découvrent
la véritable identité du voyageur qui s'est uni à eux, précisément
parce que lui seul pouvait faire ce geste, comme tous deux le savaient bien.
Dans une perspective de vocation, cela souligne l'importance de poser des
gestes forts, des signaux sans équivoques, des propositions élevées,
des projets pour suivre totalement le Christ. (102)
Le jeune a besoin d'être stimulé par de grands idéaux,
en vue de quelque chose qui le dépasse et qui est au-dessus de ses
moyens, quelque chose pour laquelle il vaut la peine de donner sa vie. L'analyse
psychologique le rappelle aussi: demander à un jeune quelque chose qui
est en dessous de ses possibilités signifie offenser sa dignité et
empêcher sa pleine réalisation. En termes positifs, il faut
proposer aux jeunes le maximum de ce qu'il peut donner pour qu'il devienne et
soit lui-même.
Et si Jésus est reconnu quand il rompt le pain, la dimension
eucharistique devrait sous-tendre chaque chemin de vocation: comme « lieu »
typique de la sollicitation de la vocation, comme mystère qui dit le sens
général de l'existence humaine, comme objectif final de toute
pastorale des vocations qui veuille être chrétienne.
b) Reconnaître la vérité de la vie
Mais alors, dans un processus authentique de formation pour choisir une
vocation, une deuxième « reconnaissance » doit avoir lieu: la
reconnaissance-découverte, à l'intérieur du signe
eucharistique, de la signification de la vie. Si l'Eucharistie est sacrifice
du Christ qui sauve l'humanité et si ce sacrifice est corps brisé
et sang versé pour le salut de l'humanité, la vie du croyant aussi
est appelée à se modeler sur la même corrélation de
significations: la vie aussi est un bien reçu qui tend, par
nature, à devenir bien donné, comme la vie du Verbe. C'est la
vérité de la vie, de chaque vie.
Les conséquences sur le plan des vocations sont évidentes.
S'il y a un don au début de l'existence de l'homme, qui le constitue dans
son être, alors la vie a un chemin tracé. S'il est don, il
ne sera pleinement lui-même que s'il se réalise dans la perspective
qui porte à se donner; il ne sera heureux qu'à condition de
respecter sa nature. Il pourra faire le choix qu'il veut, mais toujours dans la
logique du don, autrement il deviendra un être en contradiction avec lui-même,
une réalité « monstrueuse »; il sera libre de décider
de l'orientation spécifique, mais il ne sera pas libre de se penser
en dehors de la logique du don.
Toute la pastorale des vocations est construite sur cette catéchèse
élémentaire du sens de la vie. Si cette vérité
anthropologique passe, alors on peut faire n'importe quelle proposition de
vocation. La vocation au ministère ordonné ou à la consécration
religieuse ou séculière, avec tout ce qu'elle comporte de mystère
et de mortification, devient alors la pleine réalisation de l'humain et
du don que tout homme a et est au plus profond de lui.
c) La vocation comme reconnaissance
Mais si c'est dans le geste eucharistique que les deux disciples d'Emmaüs
« reconnaissent » le Seigneur et chaque croyant le sens de la vie,
alors la vocation naît de la « reconnaissance ». Elle naît
sur le terrain fécond de la gratitude, car la vocation est réponse
et non pas initiative de l'individu: il s'agit d'être choisis, non
pas de choisir.
C'est précisément à cette attitude intérieure de
gratitude que devrait porter la lecture de toute la vie passée. La découverte
d'avoir reçu, sans aucun mérite et par surcroît, devrait «
contraindre » psychologiquement le jeune à concevoir l'offrande de
soi, dans l'option de la vocation, comme une conséquence inévitable,
comme un acte libre, certes, parce que déterminé par
l'amour, mais en un certain sens aussi dû, car en face de l'amour
reçu de Dieu il sent qu'il ne peut pas ne pas se donner. Il est bon et
tout à fait logique qu'il en aille ainsi; cela n'a rien d'extraordinaire
en soi.
La pastorale des vocations tend à enseigner cette logique de la
reconnaissance-gratitude; une logique beaucoup plus saine et convaincante,
sur le plan humain, et plus fondée sur le plan théologique que la
soi-disant « logique du héros », de celui qui n'a pas assez mûri
la conscience d'avoir reçu et qui se sent lui-même auteur du don et
du choix. Cette logique a bien peu de prise sur la sensibilité du jeune
d'aujourd'hui, car elle renverse la vérité de la vie comme bien reçu
qui tend naturellement à devenir bien donné.
C'est la sagesse évangélique du « Vous avez reçu
gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8) (103) adressée
par Jésus aux disciples annonciateurs de sa parole, qui dit la vérité
de chaque être humain: personne ne pourrait ne pas se reconnaître
en elle.
C'est de cette vérité que dérive la forme que
la vie est ensuite appelée à prendre ou c'est de cette figure
unique de la foi que naissent ensuite les différentes représentations
vocationnelles de la foi.
Alors il devient aussi possible de demander des choix forts et radicaux,
comme un appel de consécration spéciale, au sacerdoce et à
la vie consacrée. Voilà pourquoi la proposition de Dieu, aussi
difficile et singulière qu'elle puisse paraître (et elle l'est en réalité),
devient aussi une promotion inouïe des aspirations humaines authentiques et
garantit le maximum du bonheur, un bonheur, comblé de gratitude que
chante Marie dans le « Magnificat ».
d) Reconnaître Jésus en se reconnaissant disciple
Les yeux des disciples d'Emmaüs s'ouvrent en présence du geste
eucharistique de Jésus.
C'est en présence de ce geste que Cléophas et son compagnon
perçoivent aussi le sens de leur cheminement, non seulement comme un
voyage qui porte à reconnaître Jésus, mais aussi à
se reconnaître: « Notre coeur n'était-il pas tout brûlant
au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les
Ecritures? » (Lc 24, 32).
Il n'y a pas seulement une certaine émotion chez les deux pèlerins
qui écoutent l'explication du Maître, mais la sensation que sa vie,
son Eucharistie, sa Pâque et son mystère feront toujours plus
partie de leur vie, eucharistie, pâque, mystère.
Dans le coeur brûlant, il y a la découverte de la vocation et
l'histoire de toute vocation, toujours liée à une expérience
de Dieu où la personne se découvre et découvre aussi son
identité.
Former une personne à faire un choix de vocation veut dire faire découvrir
toujours plus le lien entre expérience de Dieu et découverte du
moi, entre théophanie et auto-identité. Ce qu'affirme l'Instrumentum
laboris est tout à fait vrai: « Le fait de Le reconnaître
Lui, comme le Seigneur de la vie et de l'histoire, comporte aussi
l'auto-reconnaissance du fait d'être disciple ». (104) Lorsque l'acte
de foi parvient à conjuguer la « reconnaissance christologique »
et la « reconnaissance anthropologique », le grain de la vocation est
déjà mûr. Bien plus, il est déjà en train de
fleurir.
Discerner
37. « A cette heure même, ils partirent et s'en retournèrent
à Jérusalem. Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs
compagnons, qui dirent: « C'est bien vrai! le Seigneur est ressuscité
et il est apparu à Simon! ». Et eux de raconter ce qui s'était
passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du
pain » (Lc 24, 33-35).
Pour que le chemin d'Emmaüs devienne un itinéraire de vocation,
il faut un passage de conclusion après la série de «
reconnaissances » et « auto-reconnaissances »: le choix
effectif du jeune, auquel correspond, de la part de celui qui l'accompagne
le long de son cheminement vocationnel, le processus de discernement. Un
discernement qui ne s'achèvera certes pas au moment de l'orientation de
la vocation, mais qui devra se poursuivre jusqu'à la maturation d'une décision
définitive, « pour toute la vie ». (105)
a) Le choix effectif de celui qui est appelé
Capacité de décision
Dans l'épisode évangélique dont s'est inspiré
notre réflexion, le choix est bien exprimé au verset 33: « A
cette heure même, ils partirent... ».
La note temporelle (« A cette heure même ») montre bien la détermination
des deux hommes, provoquée par la parole et par la personne de Jésus,
par la rencontre avec lui, et mise en acte par un choix qui comporte une rupture
par rapport avec ce qu'ils étaient ou faisaient auparavant; elle indique
donc une nouveauté de vie.
C'est précisément cette décision qui fait souvent défaut
chez les jeunes d'aujourd'hui.
Pour cette raison, afin d'« aider les jeunes à surmonter l'indécision
face aux engagements définitifs, il semble utile de les préparer
progressivement à assumer des responsabilités personnelles, (...),
leur confier des tâches appropriées à leurs capacités
et à leur âge, (...) favoriser une éducation progressive qui
leur enseigne à faire de petits choix quotidiens par rapport aux valeurs
(gratuité, constance, sobriété, honnêteté...) ».
(106)
D'un autre côté, il faut rappeler que très souvent ces
peurs et indécisions indiquent non seulement la faiblesse de la structure
psychologique de la personne, mais aussi de l'expérience spirituelle et,
en particulier, de l'expérience de la vocation comme choix qui vient de
Dieu.
Lorsque cette certitude est faible, le sujet s'en remet inévitablement
à lui-même et à ses ressources, et quand il constate leur précarité,
il n'est pas étrange qu'il se laisse étouffer par la peur de faire
un choix définitif.
L'incapacité de prendre une décision n'est pas nécessairement
caractéristique de la génération des jeunes d'aujourd'hui:
il n'est pas rare qu'elle soit la conséquence d'un accompagnement
vocationnel qui n'a pas assez souligné la primauté de Dieu dans le
choix ou qui ne lui a pas enseigné à se laisser choisir par lui.
(107)
« Retour chez soi »
Le choix d'une vocation indique la nouveauté de vie, mais en réalité
c'est également le signe que l'on a retrouvé son identité,
presque un « retour chez soi », aux racines du moi. Dans le passage
d'Emmaüs, il est symbolisé par l'expression: « ...et s'en
retournèrent à Jérusalem » (cf. Mt 10, 22).
Combien de fois aussi les attitudes des adultes, y compris des parents, ont
contribué à créer une image négative de la vocation,
en particulier au sacerdoce et à la vie consacrée, créant
notamment des obstacles à sa réalisation et décourageant
ceux qui se sentaient appelés! (108)
Ce problème ne se résout pas par une banale propagande opposée,
qui mettrait en relief les aspects positifs et gratifiants de la vocation, mais
surtout en soulignant l'idée que la vocation est la pensée de Dieu
sur la créature, que c'est le nom donné par Dieu à la
personne.
Découvrir et répondre à la vocation des croyants veut
dire trouver la pierre sur laquelle est écrit son nom (cf. Ap 2,
17-18) ou retourner aux sources du moi.
Témoignage personnel
A Jérusalem, les deux « trouvèrent réunis les Onze
et leurs compagnons, qui dirent: « C'est bien vrai! le Seigneur est
ressuscité et il est apparu à Simon! ». Et eux de raconter ce
qui s'était passé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à
la fraction du pain » (Lc 24, 33-35).
L'élément le plus significatif de ce passage, en relation au
choix de vocation, est le témoignage des deux hommes, un témoignage
particulier, parce qu'il survient dans un contexte communautaire et revêt
un sens vocationnel précis.
De fait, lorsque les deux disciples arrivent, l'assemblée est en
train de proclamer sa foi par une formule (« C'est bien vrai! le Seigneur
est ressuscité et il est apparu à Simon! ».) dont nous savons
qu'elle figure parmi les témoignages les plus anciens de la foi
objective. Cléophas et son compagnon ajoutent, en quelque sorte, leur expérience
subjective, qui confirme ce que la communauté était en train de
proclamer et qui confirme aussi leur cheminement personnel de croyants et leur
cheminement vocationnel.
C'est comme si ce témoignage était le premier fruit de la
vocation découverte et retrouvée, qui est tout de suite mise au
service de la communauté ecclésiale, comme le veut la nature même
de la vocation chrétienne.
Nous retrouvons par ailleurs ce que nous avons déjà dit quant
au rapport entre itinéraires ecclésiaux objectifs et itinéraire
personnel subjectif, dans un rapport de synergie et de complémentarité:
le témoignage de l'individu aide et fait croître la foi de
l'Eglise, la foi et le témoignage de l'Eglise suscitent et encouragent le
choix de vocation de l'individu.
b) Le discernement effectué par le guide
Dans l'Exhortation Apostolique post-synodale Pastores dabo vobis,
Jean-Paul II affirme: « La connaissance de la nature et de la mission du
sacerdoce ministériel est le présupposé nécessaire
et en même temps le guide le plus sûr et le stimulant le plus fort
pour développer dans l'Eglise l'action pastorale, en vue de la promotion
et du discernement des vocations sacerdotales et de la formation de ceux qui
sont appelés au ministère ordonné ». (109)
Par analogie, on pourrait en dire de même lorsqu'il s'agit du
discernement de toute vocation à la vie consacrée. Le présupposé
incontournable pour discerner ces vocations consiste, avant tout, à tenir
compte de la nature et de la mission de cet état de vie dans l'Eglise.
(110)
Ce présupposé dérive directement de la certitude que
c'est Dieu qui appelle et donc de la recherche des signes qui indiquent l'appel
divin.
Nous indiquons maintenant quelques critères de discernement, que l'on
peut répartir selon quatre catégories.
L'ouverture au mystère
Si la fermeture au mystère, caractéristique d'une certaine
mentalité moderne, empêche d'être disponible à la
vocation, son contraire, c'est-à-dire l'ouverture au mystère,
est non seulement une condition positive pour la découverte de sa
vocation, mais elle constitue le signe d'une saine option vocationnelle.
a) La certitude subjective authentique d'une vocation est celle qui
laisse une place au mystère et à la sensation que sa décision,
bien qu'étant ferme, devra continuer à scruter le mystère.
La certitude non authentique, en revanche, est une certitude non seulement
faible et incapable d'engendrer une décision, mais aussi son contraire, à
savoir la prétention d'avoir déjà tout compris, d'avoir
exploré les profondeurs du mystère personnel, prétention
qui ne peut que créer des raideurs et une certitude qui, bien souvent,
est démentie dans la suite de la vie.
b) L'attitude typiquement d'une vocation est l'expression de la
vertu de prudence, plus que l'exhibition d'une capacité
personnelle. C'est la raison pour laquelle la sécurité de cette
lecture de son propre avenir est celle de l'espérance qui naît
de la confiance placée dans un Autre, dont on peut se fier; elle n'est
pas le résultat d'une garantie basée sur la certitude que ses
propres capacités correspondent aux exigences du rôle choisi.
c) Les capacités d'accueillir et d'intégrer
les polarités opposées qui constituent la dialectique naturelle du
moi et de la vie humaine sont aussi un bon indice de vocation. Par exemple, un
jeune qui est suffisamment conscient de ses aspects positifs et négatifs,
de ses idéaux et de ses contradictions, de la partie saine et moins saine
de son projet de vocation, et qui ne présume ni ne désespère
face à ses aspects négatifs, possède cette capacité.
d) Le jeune qui découvre les signes de l'appel de Dieu, non
seulement dans des événements extraordinaires, mais dans son
histoire, dans les événements qu'il a appris à lire en
tant que croyant, dans ses interrogations, ses angoisses et ses aspirations,
entretient une bonne familiarité avec le mystère de la vie comme
lieu où il peut percevoir une présence et un appel.
e) Une autre caractéristique fondamentale de celui qui est
authentiquement appelé rentre dans cette catégorie: celle de lagratitude.
La vocation naît sur le terrain fécond de la gratitude et doit être
interprétée avec un élan de générosité
et de radicalisme, précisément parce qu'elle naît de la
conscience de l'amour reçu.
L'identité dans la vocation
Le second ordre de critères tourne autour du concept d'« identité
». L'option vocationnelle indique et implique en effet la définition
de son identité; elle est choix et réalisation du moi idéal,
plus que du moi actuel, et devrait conduire la personne à avoir un sens
substantiellement positif et stable de son moi.
a) La première condition est que la personne montre qu'elle
est en mesure de se détacher de la logique de l'identification aux
niveaux corporel (= le corps comme source d'identité positive) et
psychique (= ses talents comme garantie unique et prédominante
d'estime personnelle) et qu'elle découvre en revanche la positivité
radicale liée de manière stable à l'être reçu
en don de Dieu (c'est le niveau ontologique), et non pas à la précarité
de l'avoir ou du paraître. La vocation chrétienne est ce qui permet
à cette positivité de s'accomplir en réalisant au plus haut
degré les possibilités du sujet, selon un projet qui normalement
le dépasse car il est pensé par Dieu.
b) « Vocation » veut dire fondamentalement « appel »:
il y a donc un sujet extérieur, un appel objectif et une
disponibilité intérieure à se laisser appeler et à
se reconnaître dans un modèle qui n'a pas été créé
par l'appelé.
c) Quant à la motivation ou à la modalité du
choix de vocation, le critère fondamental est celui de la totalité
(ou loi de la totalité), à savoir que la décision est
l'expression d'une implication totale des fonctions psychiques
(coeur-esprit-volonté) et décision en même temps
mentale, éthique et émotive.
d) En particulier, il existe une maturité vocationnelle
lorsque la vocation est vécue et interprétée comme un don,
mais aussi comme un appel exigeant: à vivre pour les autres, non
seulement pour sa propre perfection, et avec les autres, dans l'Eglise mère
de toutes les vocations, dans un « sequela Christi » spécifique.
Un projet de vocation riche de mémoire de foi
La troisième dimension sur laquelle l'attention de celui qui discerne
devrait se concentrer est relative à la qualité du rapport entre
passé et présent, entre mémoire et projet.
a) Avant tout, il est important que le jeune soit substantiellement
réconcilié avec son passé: avec l'inévitable
partie négative de celui-ci, quelle qu'elle soit, qui fait partie de lui,
et avec la partie positive, qu'il devrait être en mesure de reconnaître
avec gratitude; réconcilié aussi avec les figures significatives
de son passé, avec leurs richesses et leurs faiblesses.
b) Il faut alors considérer avec attention le type de mémoire
de son histoire que le jeune entretient, quelle interprétation il donne à
sa vie: en termes de remerciements ou de lamentation? S'il se sent consciemment
ou inconsciemment encore en attente de recevoir ou ouvert pour donner?
c) L'attitude du jeune face aux traumatismes, plus ou moins graves,
de sa vie passée, est particulièrement significative. Projeter de
se consacrer à Dieu veut dire, dans tous les cas, se réapproprier
de la vie que l'on veut donner, sous tous ses aspects; tendre à intégrer
ces éléments moins positifs, en les reconnaissant avec réalisme,
en adoptant une attitude responsable et non pas d'autocommisération par
rapport à eux. Un jeune « responsable » est un jeune qui
s'engage à adopter une attitude active et créative par
rapport à un événement négatif ou qui cherche à
exploiter de façon intelligente une expérience négative
personnelle.
Il faut accorder beaucoup d'attention aux vocations qui naissent des
souffrances, des déceptions ou d'incidents variés qui ne sont pas
encore bien intégrés. Dans ce cas, un discernement plus attentif
est nécessaire, notamment en ayant recours à des spécialistes,
pour ne pas faire porter des fardeaux trop lourds sur des épaules trop
faibles.
La docilité à la vocation
La dernière phase de l'itinéraire d'une vocation est celle de
la décision. Pour cette phase, les critères de maturité
d'une vocation semblent être les suivants:
a) la qualité fondamentale est le degré de docibilitas
de la personne, c'est-à-dire la liberté intérieure de se
laisser conduire par un(e) frèresoeur aîné(e); en
particulier lors des phases stratégiques de la ré-élaboration
et de la ré-appropriation de son passé, surtout celui qui pose le
plus de problèmes et, par conséquent, la liberté
d'apprendre et de savoir changer.
b) La docilité est au fond la qualité de la jeunesse,
non pas tant sur le plan de l'état civil que comme attitude
existentielle globale. Il est important que celui qui demande à entrer au
séminaire ou dans la vie consacrée soit vraiment « jeune »,
avec les vertus et les vulnérabilités typiques de cette période
de la vie, avec le désir de faire et le désir de donner le maximum
de soi, capable d'établir des rapports sociaux et d'apprécier la
beauté de la vie, conscient de ses défauts et de ses potentialités,
conscient du don d'avoir été choisi.
c) Un domaine particulièrement digne d'attention, aujourd'hui
plus qu'hier est le secteur affectif et sexuel. (111) Il est important
que le jeune manifeste les dispositions nécessaires pour acquérir
les deux certitudes qui rendent la personne libre sur le plan affectif,
c'est-à-dire la certitude qui vient de l'expérience d'avoir déjà
été aimé et la certitude, toujours acquise par l'expérience,
de se savoir aimé. Concrètement, le jeune devrait faire
preuve d'un équilibre humain qui lui permette de savoir rester debout
tout seul; il devrait posséder une assurance et une autonomie qui lui
facilitent les rapports sociaux et l'amitié cordiale, ainsi qu'un sens de
responsabilité qui lui permette de vivre les rapports sociaux en adulte,
libre de donner et de recevoir.
d) En ce qui concerne les inconsistances, toujours dans le
domaine affectif et sexuel, un discernement circonspect devrait tenir compte du
caractère central de ce domaine dans l'évolution générale
du jeune et dans la culture (ou sous-culture) actuelle. Il n'est pas si étrange
ou si rare que le jeune manifeste des faiblesses spécifiques dans ce
secteur.
A quelles conditions peut-on accueillir prudemment la requête de
vocation de jeunes présentant ce type de problèmes? La condition
est de rencontrer en même temps chez lui trois autres qualités:
1) Que le jeune soit conscient de la racine de son problème,
qui très souvent n'est pas sexuel à l'origine.
2) La seconde condition est que le jeune ressente sa faiblesse comme un
corps étranger à sa personnalité, comme quelque chose qu'il
ne voudrait pas, qui jure avec son idéal et contre lequel il lutte de
toutes ses forces.
3) Enfin, il est important de vérifier si le sujet est en mesure de
contrôler cette faiblesse, en vue de la dépasser, soit
parce que, de fait, il tombe moins souvent, soit parce que ces inclinations
perturbent de moins en moins sa vie (notamment psychique) et lui permettent
d'accomplir ses devoirs normaux sans créer de tension excessive ni
occuper indûment son attention. (112) Ces trois critères doivent
tous êtres présents pour permettre un discernement positif.
e) Enfin, la maturité d'une vocation est déterminée
par un élément essentiel qui donne véritablement son sens à
tout: l'acte de foi. L'option vocationnelle authentique est de tout
point de vue l'expression d'une adhésion de foi, et est d'autant plus
authentique qu'elle fait partie et constitue l'épilogue d'un cheminement
de formation vers la maturité de la foi. A l'intérieur de la
logique qui fait une place au mystère, l'acte de foi représente précisément
le point central qui permet de maintenir un équilibre entre les polarités
parfois opposées de la vie, éternellement en tension entre la
certitude de l'appel et la conscience de son inaptitude, entre la sensation de
se perdre et de se trouver, entre la grandeur des aspirations et la pesanteur
des limites, entre la grâce et la nature,entre Dieu qui appel et l'homme
qui répond. Le jeune authentiquement appelé devrait faire preuve
de la solidité de l'acte de foi en parvenant à vivre de manière
équilibrée avec ces différents pôles d'attraction.
CONCLUSION
Vers le Jubilé
38. Ce document est adressé aux Eglises d'Europe à un moment où
le peuple de Dieu se prépare à célébrer un temps de
grâce et de miséricorde, de conversion et de renouveau lors du
Jubilé de l'an 2000. Le Congrès sur les vocations fait lui aussi
partie de ce chemin de préparation et il contribue en quelque sorte à
l'orienter, dans deux directions.
La première est une invitation à la conversion. La
crise des vocations que nous avons vécue et à laquelle nous avons
encore à faire face, ne peut pas ne pas nous faire réfléchir
sur nos responsabilités, en tant que croyants appelés à
diffuser le don de la foi et à encourager en chaque frère la
disponibilité à l'appel.
Tous, de différentes façons, nous devons admettre que nous
n'avons pas répondu pleinement à cet appel, que nous avons rendu
l'Eglise, l'église de nos familles et de nos milieux de travail, de nos
paroisses et de nos diocèses, de nos congrégations religieuses et
de nos instituts séculiers, moins fidèle à sa tâche
consistant à faire entendre la voix du Père qui appelle à
suivre le Fils dans l'Esprit. Nous ne sortirons de la crise des vocations que si
ce processus de conversion est sincère et porte des fruits de nouveauté
de vie.
La seconde direction que ce document voudrait contribuer à imprimer
au long du pèlerinage de l'Eglise vers le Jubilé est une
invitation à l'espérance. Invitation qui émerge de
l'ensemble du Congrès et que nous voudrions maintenant réaffirmer
avec toute la force de notre foi. Peut-être n'existe-t-il aucun secteur de
la vie de l'Eglise qui ait autant besoin de s'ouvrir à l'espérance
que la pastorale des vocations, en particulier là où la crise se
fait le plus sentir.
Voilà pourquoi nous réaffirmons, au terme de cette réflexion,
notre certitude que le Maître de la moisson ne laissera pas son Eglise
manquer d'ouvriers pour sa moisson. Bien plus, si l'espérance repose non
pas sur nos prévisions et sur nos calculs, que le passé a souvent
démentis, mais « sur Ta parole », alors nous pouvons et voulons
croire en une nouvelle floraison de vocations pour les Eglises d'Europe.
Ce document veut être comme un hymne à l'optimisme de la foi
remplie d'espérance, pour le réveiller chez les enfants, les
adolescents et les jeunes, chez les parents et les éducateurs, chez les
pasteurs et les prêtres, chez les personnes consacrées et chez tous
ceux qui servent la vie aux côtés des nouvelles générations,
dans l'ensemble du peuple de Dieu qui est en Europe.
Prions le Maître de la moisson
39. Notre document, qui a commencé par une action de grâces au
Seigneur notre Dieu, ne peut pas s'achever sans une prière à la
sainte Trinité, source et destin de toute vocation.
« Dieu le Père, source de l'amour, qui de toute éternité
appelle à la vie et qui la donne en abondance, tourne ton regard sur
cette terre d'Europe. Appelle-la encore, comme tu l'as appelée autrefois;
mais fais surtout en sorte qu'elle soit consciente de Ton appel, de ses racines
chrétiennes, de la responsabilité qui en découle. Rends-la
consciente de sa vocation à promouvoir une culture de la vie, à
respecter l'existence de chaque homme sous toutes ses formes et à chaque
instant de cette existence, à unir les peuples, à accueillir l'étranger,
à favoriser les formes de vie sociale civiles et démocratiques,
afin qu'elle soit toujours davantage une Europe unie dans la paix et la
fraternité.
Verbe éternel, qui de toute éternité accueille
l'amour du Père et répond à son appel, ouvre le coeur et
l'esprit des jeunes de cette terre afin qu'ils apprennent à se laisser
aimer par Celui qui les a pensés à l'image de son Fils et, se
laissant aimer, qu'ils aient le courage de réaliser cette image qui est
la Tienne. Rends les forts et généreux, capables de risquer sur Ta
parole, libres de voler haut, fascinés par la beauté de Te suivre.
Suscite parmi eux les annonciateurs de Ton Evangile: des prêtres, des
diacres, des personnes consacrées, des religieux et des laïcs, des
missionnaires, des moines et des moniales qui sachent à leur tour, par
leur vie, appeler et proposer de suivre le Christ Sauveur.
Esprit Saint, amour toujours jeune de Dieu, voix de l'Eternel qui ne
cesse de résonner et d'appeler, libère le vieux continent de tout
esprit de suffisance, de la culture de l'« homme sans vocation », de
la peur qui empêche de risquer et rend la vie plate et insipide, du
minimalisme qui crée une accoutumance à la médiocrité
et qui tue tout élan intérieur et l'authentique esprit de jeunesse
dans l'Eglise. Fais redécouvrir à nos jeunes le sens plénier
de la « sequela » comme appel à être pleinement eux-mêmes,
pleinement et pour toujours jeunes, chacun selon un projet pensé expressément
pour lui, unique individu incomparable. Dans une Europe qui risque de devenir
toujours plus vieille, fais le don de nouvelles vocations qui sachent témoigner
de la « jeunesse » de Dieu et de l'Eglise, universelle et locale,
d'Est en Ouest, et qui sachent formuler et encourager des projets de nouvelle
sainteté, pour la naissance d'une nouvelle Europe.
Vierge Sainte, jeune fille d'Israël, que le Père a
choisie comme épouse de l'Esprit pour engendrer son Fils sur la terre,
engendre chez les jeunes d'Europe ce même courage hardi qui fut le tien;
ce courage qui, un jour, te rendit libre de croire à un projet plus grand
que toi, libre d'espérer que Dieu allait le réaliser. Toi qui es
la mère du Prêtre Eternel, nous te confions les jeunes appelés
au sacerdoce; toi qui es la première consacrée du Père,
nous te confions les jeunes gens et les jeunes filles qui choisissent
d'appartenir totalement au Seigneur, unique trésor et bien suprêmement
aimé, dans la vie religieuse et consacrée; toi qui as vécu
comme aucune créature la solitude de l'intimité la plus entière
avec le Seigneur Jésus, nous te confions ceux qui quittent le monde pour
se consacrer toute leur vie à la prière de la vie monastique;
toi qui as engendré et assisté l'Eglise naissante avec un amour
maternel, nous te confions toutes les vocations de cette Eglise, afin
qu'elles annoncent à toutes les nations, aujourd'hui comme alors, que Jésus-Christ
est le Seigneur, dans l'Esprit Saint, à la gloire de Dieu le Père!
Amen ».
Rome, le 6 janvier 1998, Solennité de l'Epiphanie de Notre
Seigneur Jésus-Christ.
Pio Card. Laghi Président
José Saraiva Martins Archevêque tit. de
Tuburnica Vice-Président
(1) Ont participé à ce Congrès: 253 délégués
provenant de 37 nations européennes et des représentants des différentes
catégories vocationnelles (laïcs, personnes consacrées, prêtres,
évêques), ainsi que quelques représentants des Eglises
soeurs (protestants, orthodoxes et anglicans).
(2) Oeuvre Pontificale pour les vocations ecclésiastiques, La
pastorale des vocations dans les Eglises particulières d'Europe. Document
de travail du Congrès sur les vocations au sacerdoce et à la vie
consacrée en Europe, Rome 1996, n. 88. Désormais ce texte sera
cité sous le sigle IL (Instrumentum Laboris).
(3) Ibidem, 15.
(4) Voir notamment Développements de la pastorale des vocations
dans les Eglises particulières, expériences du passé et
programmes pour l'avenir, Document final du IIème Congrès
international des évêques et autres responsables des vocations ecclésiastiques
(document émanant des Congrégations pour les Eglises Orientales,
pour les Religieux et les Instituts Séculiers, pour l'Evangélisation
des Peuples, pour l'Education Catholique), Rome 10-16 mai 1981; Oeuvre
Pontificale pour les vocations ecclésiastiques, Développement
de la pastorale des vocations dans les Eglises particulières
(document émanant des Congrégations pour l'Education Catholique et
pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie
Apostolique), Rome 1992; Déclaration finale du Ier Congrès
continental latinoaméricain sur les vocations, Itaici 1994 (publiée
in « Seminarium », 31994643-655).
(5) IL, 18.
(6) Cf. Propositions finales du Congrès européen sur les
vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, 8. A partir de
maintenant, nous citerons ce texte en le désignant par le terme Propositions.
(7) IL, 32.
(8) Propositions, 7.
(9) Propositions, 3.
(10) Propositions, 4.
(11) Paul VI, Evangelii Nuntiandi, 2. Voir aussi, à ce sujet,
de Jean-Paul II, Christifideles laici, 33-34, et Redemptoris missio,
33-34.
(12) Propositions, 19.
(13) Lumen Gentium, 32; 39-42 (chap. V).
(14) IL, 6.
(15) Propositions, 16.
(16) Propositions,19.
(17) La « culture des vocations » fut le thème du Message
pontifical pour la 30ème Journée mondiale de prière pour
les vocations, célébrée le 2V1993 (cf. « L'Osservatore
Romano », 18XII1992; cf. aussi Congrégation pour l'Education
Catholique, O.P.V.E., Messages pontificaux pour la Journée mondiale
de prière pour les vocations, Rome 1994, pp. 241-245).
(18) Jean-Paul II, Discours aux participants au Congrès sur les
vocations en Europe, in « L'Osservatore Romano », 11V1997, 4.
(19) Ibidem.
(20) Cf. Propositions, 12.
(21) IL, 6.
(22) Discours du Saint-Père, in « L'Osservatore Romano »,
11 mai 1997, n. 107.
(23) Cf. Propositions, 20.
(24) Cf. Jean-Paul II, Vita consecrata, 64.
(25) IL, 85.
(26) Une expression analogue a déjà été utilisée
dans le Document final du IIème Congrès international des
Evêques et autres responsables des vocations ecclésiastiques, cf.
Sviluppi, 3. A partir de maintenant, nous citerons ce document sous le
sigle DF (Document final).
(27) Propositions, 3.
(28) Paul VI, Populorum progressio, 15.
(29) Gaudium et spes, 22.
(30) A ce propos, une thèse finale du Congrès affirmait: "Dans
le contexte européen, il est important de faire ressortir le premier
moment vocationnel, celui de la naissance. L'accueil de la vie montre que l'on
croit en ce Dieu qui 'voit' et qui 'appelle' dès le sein maternel" (Propositions,
34).
(31) Jean-Paul II, Familiaris consortio, 11.
(32) C'est pourquoi, comme l'affirme une thèse du Congrès, "ce
n'est qu'au contact vivant de Jésus-Christ Sauveur que les jeunes peuvent
développer la capacité de communion, faire mûrir leur
personnalité et décider de Le suivre" (Propositions,
13).
(33) IL, 55.
(34) Sacrosanctum Concilium, 10.
(35) Cf. Veritatis splendor, 23-24.
(36) Cf. Lumen gentium, chap. V.
(37) Cf. Propositions, 16.
(38) Rite de la Confirmation.
(39) Cf. Propositions, 35.
(40) Lumen gentium, 1.
(41) Cf. Propositions, 21.
(42) II Epiclèse.
(43) DF, 18.
(44) DF, 13.
(45) Cf. Propositions, 28.
(46) Ceci fait partie de l'enseignement dispensé avec insistance par
Jean-Paul II dans les Lettres Encycliques « Slavorum Apostoli »
(1985) et « Ut unum sint » (1995), ainsi que dans
l'Exhortation Apostolique « Orientale lumen » (1995).
(47) IL, 58.
(48) Jean-Paul II, Christifideles laici, 55.
(49) Jean-Paul II, Pastores dabo vobis, 15.
(50) « Dans la pastorale spécifique des vocations, une place
doit être faite à la vocation au diaconat permanent. Les diacres
permanents constituent déjà une présence précieuse
dans diverses paroisses et il serait réducteur de ne pas les inclure au
nombre des nouvelles vocations de la nouvelle Europe » (Propositions,
18).
(51) Sacrosanctum Concilium, 10.
(52) « In laudibus Virginus Matris », Homilia II, 4: Sancti
Bernardi opera, IV, Romae, Editiones Cistercenses, 1966, p. 23.
(53) « In Iohannis Evangelium Tractatus » VIII, 9: CCL 36, p. 87.
(54) Discours de Jean-Paul II aux participants au Congrès sur
le thème: « De nouvelles vocations pour une nouvelle Europe »
in « L'Osservatore Romano », 11 mai 1997, no 107.
(55) DF, 5.
(56) Cette expression se trouve dans l'Exhortation Apostolique de Jean-Paul
II Pastores dabo vobis, no 34. Ce même document indique bien les
motifs fondateurs qui lient intrinsèquement la pastorale des vocations à
l'Eglise.
(57) Ibidem.
(58) Ibidem.
(59) IL, 58.
(60) L'expression « communauté chrétienne »
est, en soi, une expression générale qui entend indiquer une
Eglise particulière ou locale, comme par exemple une paroisse. Elle est
l'équivalent d'un groupe de chrétiens vivant en un lieu et représente
l'Eglise d'une manière actuelle, lorsqu'elle se rassemble pour prier et
servir, pour rendre témoignage de l'amour et de la présence du
Christ au milieu d'eux. En revanche, l'expression « communauté
ecclésiale » possède un sens plus précis, car elle
met en évidence la présence des éléments qui
constituent l'Eglise, à partir du caractère central du mystère
eucharistique. Elle s'applique en propre aux diocèses et aux paroisses
qui sont des communautés ecclésiales eucharistiques grâce à
la présence du ministère ordonné; les autres le sont par
extension de sens. Cf. à ce propos DF, 13-16.
(61) Jean-Paul II, Discours au VIème Symposium des Conférences
Episcopales Européennes, 11.10.1985.
(62) Pastores dabo vobis, 34.
(63) Ibidem, 35.
(64) Ibidem, 41.
(65) Cf. ibidem, 41.
(66) Ibidem, 66.
(67) Vita consecrata, 64.
(68) Ibidem.
(69) IL, 59.
(70) Cf. Déclaration, 26.
(71) Cf. Propositions, 25.
(72) Cf. Vita consecrata, 70.
(73) Propositions, 4.
(74) Propositions, 13.
(75) Cf. Propositions, 10.
(76) Cf. Propositions, 10.
(77) « La liturgie apparaît en soi comme un appel. C'est le lieu
privilégié où l'ensemble du peuple de Dieu se retrouve
d'une manière visible et où se réalise le mystère de
la foi » (Propositions, 13).
(78) Dei Verbum, 25.
(79) « Le premier lieu de témoignage est la vie d'une Eglise qui
se redécouvre "communion" et où les paroisses et les réalités
associatives sont vécues comme communion de communauté » (Propositions,
14).
(80) Propositions, 21.
(81) Vita consecrata, 64.
(82) Lumen gentium, 12; 35; 40-42.
(83) Cf. Catechesi tradendae, 186.
(84) Propositions, 35, où les Evêques se voient une
nouvelle fois rappeler la grande opportunité que leur offre la célébration
de la Confirmation pour « appeler » les jeunes qui reçoivent ce
sacrement.
(85) Propositions, 10.
(86) Propositions, 11.
(87) Propositions, 10.
(88) Pastores dabo vobis, 41.
(89) Cf. les sages indications sur ce thème du Document Final
du IIème Congrès International de 1981, DF, 40.
(90) Cf. Optatam totius, 2; DF, 57-59; cf. aussi Développements
de la pastorale, 89-91.
(91) Cf. Propositions, 10.
(92) « Parfois a-t-on remarqué lors du Congrès
on constate une certaine difficulté dans les rapports entre Eglise locale
et vie religieuse. Il est important de sortir d'une lecture fonctionnelle de la
vie religieuse, même si l'on entrevoit déjà des signes
d'orientations nouvelles après le Synode sur la vie consacrée.
Cela vaut également pour les Instituts séculiers » (Propositions,
16).
(93) « Dans une situation religieuse et culturelle qui évolue
rapidement, il devient indispensable de former des animateurs de base: catéchistes,
paroisses, diacres, personnes consacrées, évêques... et de
prendre soin de leur formation permanente » (Propositions, 17).
(94) Cf. Propositions, 29, où, parlant de ce Congrès
européen pour les vocations, s'exprime le désir que celui-ci,
comme geste de charité et d'échange de dons, "pourvoit aussi à
une ?banque' de personnes qualifiées pour collaborer à la
formation des formateurs". Quant à la constitution de cet organisme,
on trouve aussi une sollicitation en ce sens dans l'Instrumentum laboris,
83 et 90h. Une expérience positive se déroule déjà
depuis plusieurs années en Amérique latine. A Bogotà
(Colombie), au siège du Conseil épiscopal latino-américain
(CELAM), le "Departimento de Vocaciones y Ministerios" (DEVYM)
oeuvre de façon stable. Cet organisme a également constitué
le point de référence pour la préparation et la célébration
du premier Congrès continental pour l'Amérique latine, qui s'est déroulé
à Itaici (Sao Paulo, Brésil) du 23 au 27 mai 1994.
(95) IL, 86.
(96) Cf. Propositions, 9.
(97) Paul VI, Regardez le Christ et l'Eglise, Message pour la XVème
Journée mondiale de prière pour les vocations (16IV1978), in Insegnamenti
di Paolo VI, XVI, 1978, pp. 256-260 (cf. aussi Congrégation pour
l'Education Catholique, O.P.V.E., Messages Pontificaux, 127).
(98) Propositions, 15.
(99) Propositions, 9.
(100) Propositions, 22. Et encore: « La naissance de l'intérêt
pour l'Evangile et pour une vie qui lui est radicalement consacrée, dépend
en grande mesure du témoignage personnel de prêtres et de
religieuxses heureux de leur condition. La majorité des candidats à
la vie consacrée et au sacerdoce déclarent attribuer leur vocation
à une rencontre avec un prêtre ou une personne consacrée »
(ibidem, 11).
(101) Propositions, 12.
(102) Ainsi, la Proposition 23 affirme: « Il est important de
souligner que les jeunes sont ouverts aux défis et aux propositions forts
(qui sont "supérieurs à la moyenne", c'est-à-dire
qui ont quelque chose "de plus"!) ».
(103) Qui revient sous forme de provocation dans les paroles de Paul aux
Corinthiens : "Qu'as-tu que tu n'aies reçu?" (1 Co 4,
7).
(104) IL, 55.
(105) Propositions, 27.
(106) Propositions, 25.
(107) Cf. Propositions, 25.
(108) Cf. Propositions, 14.
(109) Pastores dabo vobis, 11.
(110) Cf. Jurado, Il discernimento, 262. Cf. aussi L. R. Moran, «
Orientaciones doctrinales para una pastoral eclesial de las vocaciones »,
in Seminarium, 4 (1991), 697-725.
(111) Nous parlons ici d'une maturité affectivo-sexuelle de base,
comme condition préalable à l'admission aux voeux religieux et au
ministère ordonné, selon les deux voies des Eglises catholiques
d'Europe, au ministère comportant le célibat (Eglise occidentale)
et au ministère marié (Eglises orientales). Il est important que
de la pastorale des vocations à la formation proprement dite les
programmes pédagogiques soient cohérents et précis, pour
que la préparation au ministère ordonné soit adaptée
dans un cas comme dans l'autre, en particulier sur le plan de la solidité
affective, et que l'exercice du ministère puisse ainsi atteindre
l'objectif de l'annonce de l'amour de Dieu comme origine et terme de l'amour
humain.
(112) Voir en ce sens la recommandation du Potissimum Institutioni
d'écarter, en ce qui concerne l'homosexualité, non pas ceux qui
ont cette tendance, mais "ceux qui ne parviendront pas à maîtriser
ces tendances" (39), même si le verbe "maîtriser"
doit être compris selon nous au sens plénier, non pas
simplement comme effort de la volonté, mais avec la liberté
progressive à l'égard des tendances elles-mêmes, dans le
coeur et en esprit, au niveau de la volonté et des désirs.
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