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S. Congrégation pour le Clérgé
Directoire Catéchétique Général
(édition 1971)
Traduction par les soins du CNER sous le
contrôle de Mgr Gand.
Ce Directoire Catéchétique Général Paraît
conformément au Décret Christus Dominus, n. 44.
La préparation de ce document a demandé
beaucoup de temps, en raison non seulement des difficultés inhérentes à ce
genre de travail, mais aussi de la méthode employée pour le réaliser.
Après avoir constitué une commission
spéciale composée d’hommes particulièrement compétents en matière
catéchétique - provenant de diverses Nations et choisis d’après les
indications recueillies auprès de plusieurs Épiscopats - on a d’abord
sollicité les conseils et les avis d’Épiscopats différents.
Compte tenu de ces conseils et de ces avis, on
a commencé par esquisser dans ses grandes lignes un schéma de Directoire, et
on l’a soumis à l’examen de la Sacrée Congrégation pour le Clergé,
réunie en séance plénière extraordinaire. Ensuite, on a établi un schéma
plus détaillé sur lequel, de nouveau, les Conférences Épiscopales ont été
invitées à exprimer leur sentiment. D’après les conseils et les remarques
formulés par les Évêques en cette seconde consultation, on a procédé à l’élaboration
du schéma définitif de Directoire, lequel, avant de devenir de droit public, a
cependant été révisé par une commission spéciale de théologiens et par la
Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
Ce Directoire vise à fournir les principes
fondamentaux théologico-pastoraux, tirés du Magistère ecclésiastique et
particulièrement du Concile Œcuménique Vatican II, qui sont de nature à
orienter et coordonner de manière convenable l’action pastorale du ministère
de la parole. C’est ce qui explique pourquoi, dans ce Directoire, domine l’aspect
théorique, bien que de toute évidence l’aspect pratique ne soit aucunement
absent. Cette voie et cette méthode ont été choisies surtout pour la raison
suivante : c’est seulement quand on a, dès le départ, une connaissance
exacte de la nature et des fins de la catéchèse, et des vérités qu’elle a
à transmettre - compte tenu des destinataires de la catéchèse et des
situations dans lesquelles ils se trouvent - qu’il est possible d’éviter
les défauts et les erreurs qu’il n’est pas rare de rencontrer aujourd’hui
en matière catéchétique. Quant à l’application concrète des propositions
et des principes contenus dans ce Directoire, c’est la fonction spécifique
des divers Épiscopats : ils s’en acquittent par des Directoires nationaux et
régionaux, des catéchismes, et tous autres moyens aptes à promouvoir
efficacement l’œuvre du ministère de la parole.
Il est évident que toutes les parties de ce
Directoire n’ont pas la même importance. Ce qui est dit de la révélation
divine, de la nature de la catéchèse, des critères de l’annonce du message
chrétien, ainsi que de ses éléments principaux, s’impose à l’attention
de tous. Par contre, ce qui est dit de la situation présente, de la
méthodologie, de la catéchèse selon les âges, est à considérer plutôt
comme des suggestions et des indications, étant donné que bien des choses sont
nécessairement tirées des sciences humaines théoriques ou pratiques et sont
susceptibles d’une certaine évolution.
Ce Directoire est principalement destiné aux
Évêques, aux Conférences Épiscopales et, en général, à tous ceux qui,
sous leur direction et leur contrôle, ont une responsabilité dans le domaine
de la catéchèse. Le but, que se propose dans l’immédiat ce Directoire, est
d’apporter une aide à la composition des directoires catéchistiques et des
catéchismes. C’est précisément pour aider à la préparation de ces
documents qu’on a proposé certains traits fondamentaux des situations
actuelles, afin de susciter, dans les diverses parties de l’Église, des
recherches attentives et diligentes sur les conditions et les nécessités
pastorales de chaque pays ; en outre, on a indiqué quelques principes
généraux de méthodologie et d’application de la catéchèse aux différents
âges, pour souligner à quel point il est nécessaire d’apprendre l’art et
la sagesse de l’éducation ; enfin, dans une troisième partie, on a apporté
un soin particulier à déterminer les critères d’après lesquels il faut
proposer les vérités que doit transmettre la catéchèse ; en même temps, on
y donne une vue d’ensemble des éléments essentiels de la foi chrétienne,
afin qu’apparaisse en pleine lumière le but que doit nécessairement garder
la catéchèse : proposer intégralement le message chrétien.
Ce Directoire étant destiné à des Nations
où les conditions et les nécessités pastorales sont très différentes, il
est évident que seules ont pu être prises en considération les situations
communes ou, comme on dit, moyennes. C’est pourquoi on devra, pour juger et
apprécier ce Directoire, tenir compte de cette structure et de ce caractère
particuliers. Il faut en dire tout autant de la description du travail pastoral,
que propose la sixième partie. Il s’agit des moyens à employer pour
promouvoir l’action pastorale, et l’on s’est contenté d’en dessiner les
grands traits. Cela ne suffira peut-être pas dans les régions où la
catéchèse a déjà fait de grands progrès, mais sans doute cela
apparaîtra-t-il trop exigeant là où la catéchèse a encore peu progressé.
Au moment où paraît ce document, nouveau
témoignage de la sollicitude de l’Église envers un ministère absolument
indispensable au bon accomplissement de sa mission dans le monde, il est à
souhaiter qu’il reçoive bon accueil, et qu’il soit examiné et étudié
avec grand soin, compte tenu des nécessités pastorales de chacune des
communautés ecclésiales ; qu’il puisse aussi stimuler des recherches
ultérieures plus approfondies, qui répondent fidèlement aux exigences du
ministère de la parole et aux normes du Magistère ecclésiastique.
PRINCIPALES ABRÉVIATIONS
AA = Apostolicam Actuositatem
AG = Ad Gentes divinitus
CD = Christus Dominus
DH = Dignitatis Humanae
DV = Dei Verbum
GE = Gravissimum Educationis
GS = Gaudium et Spes
IM = Inter Mirifica
LG = Lumen Gentium
NA = Nostra Aetate
OT = Optatam Totius
PC = Perfectae Caritatis
PO = Presbyterorum Ordinis
SC = Sacrosanctum Concilium.
UR = Unitatis Redintegratio.
PREMIÈRE PARTIE
L’actualité du problème
NATURE ET BUT DE CETTE PARTIE
1. Le projet essentiel de l’Église étant d’annoncer
la foi aux hommes d’aujourd’hui et de la promouvoir au cœur d’une société
secouée par de profondes mutations socioculturelles, il importe, en ayant sous
les yeux les enseignements du Concile Vatican II, de dégager certains traits ou
caractères de la situation actuelle, en indiquant leurs répercussions
spirituelles et les devoirs nouveaux qui incombent à l’Église. Ce faisant,
il ne s’agit pas d’épuiser une matière qui offre, dans les diverses
parties de l’Église, des éléments particuliers et souvent fort différents.
Il reviendra aux directoires nationaux de compléter ces esquisses et de les
adapter aux nécessités de chaque nation ou de chaque région.
Par rapport au monde
NOTRE MONDE EN CONTINUELLE ÉVOLUTION
2. " Le genre humain vit aujourd’hui un
âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et
rapides qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe... A tel point que
l’on peut déjà parler d’une véritable métamorphose sociale et culturelle
dont les effets se répercutent jusque sur la vie religieuse " (GS, 4).
A titre d’exemple, voici deux incidences sur
la vie de foi qui concernent plus particulièrement la catéchèse :
a) Dans le passé, la tradition culturelle
favorisait plus qu’aujourd’hui la transmission de la foi ; elle a tellement
changé que, désormais, on peut de moins en moins s’appuyer sur cette
continuité de la tradition culturelle. Dès lors, pour transmettre aux
nouvelles générations la même foi, il est indispensable de rénover, en
quelque sorte, l’évangélisation.
b) Il faut remarquer que la foi chrétienne,
si elle veut s’enraciner dans l’évolution culturelle, requiert des
approfondissements et de nouvelles formes d’expression. Même si les
aspirations et les requêtes profondes de la nature et de la condition humaines
demeurent fondamentalement les mêmes, il reste que nos contemporains posent des
questions nouvelles sur le sens et la valeur de la vie.
Les croyants de notre époque ne sont pas
absolument semblables à ceux d’autrefois. D’où la nécessité d’affirmer
la pérennité de la foi, mais aussi de proposer l’annonce du salut selon des
modes renouvelés.
Aujourd’hui, il faut aussi tenir compte de l’immense
rayonnement des moyens de communication sociale, dont l’efficacité dépasse
les frontières des nations et fait, pour ainsi dire, de chaque individu un
citoyen du monde (cf. IM, 22).
Ces moyens d’information exercent sur la vie
des fidèles une extrême influence, tant par ce qu’ils leur apprennent que
par la mentalité et les manières d’agir qu’ils leur inculquent. Il est
indispensable de traiter ce fait avec toute l’attention qu’il mérite.
LE PLURALISME ACTUEL
3. " De ce fait, il se produit des
changements, de jour en jour plus importants, dans les communautés locales
traditionnelles (familles patriarcales, clans, tribus, villages), dans les
différents groupes et dans les rapports sociaux " (GS, 6)
Dans la chrétienté de jadis, la religion
était considérée comme le principe essentiel de l’unité des peuples. Les
choses se présentent différemment de nos jours ; le rapprochement des peuples,
qui tire son origine du phénomène démocratique, tend à développer la
concorde entre diverses familles spirituelles ; le " pluralisme ",
comme on dit, n’est plus considéré comme un mal à écarter, mais comme un
fait dont il faut tenir compte ; chacun peut se comporter comme il l’entend,
sans s’exclure de la société ni faire figure d’étranger.
Ceux donc qui s’adonnent au ministère de la
parole ne doivent jamais oublier que la foi est une réponse libre à la grâce
de Dieu qui révèle. Ils ont, plus encore qu’autrefois, à proposer la bonne
nouvelle du Christ dans son admirable caractère à la fois de clé mystérieuse
expliquant la condition humaine tout entière, et de don gratuit de Dieu que l’homme,
dans l’aveu de sa propre insuffisance, ne peut recevoir que de la grâce
céleste (cf. GS, 10).
LE DYNAMISME DE NOTRE ÉPOQUE
4. La construction de la cité humaine, le
progrès de l’humanité et la réalisation croissante des projets des hommes
stimulent les énergies de nos contemporains (cf. GS, 4). La foi ne doit
absolument pas se considérer comme étrangère à ce progrès humain, même s’il
comporte parfois de graves déviations. Aussi, le messager de l’Évangile
doit-il savoir discerner cet état de choses et en montrer la signification.
Le ministère de la parole, en développant sa
réflexion sur la vocation humaine et divine de l’homme, doit faire en sorte
que l’Évangile répande ses germes vitaux d’authentique liberté et de
progrès (cf. AG, 8, 12). Il doit également stimuler le désir de promouvoir le
progrès de la personne humaine et de lutter contre cette manière de penser et
d’agir qui favorise le fatalisme.
Ces réflexions veulent simplement montrer
comment, aujourd’hui, le ministère de la parole doit orienter son action vers
ce monde : " ... il est maintenant demandé à l’Église de transfuser la
force éternelle, vitale, divine de l’Évangile dans les veines de la
communauté humaine, telle qu’elle est aujourd’hui " (Jean XXIII, Const.
Apost. Humanae salutis, AAS, 1962, page 6).
SITUATION ACTUELLE DU SENS RELIGIEUX
5. Il n’est pas rare que cette forme de
civilisation, dite scientifique, technique et urbaine, détourne des choses
divines l’attention des hommes et rende plus malaisées de véritables
préoccupations d’ordre religieux. Pour beaucoup, Dieu semble moins présent,
moins nécessaire, moins efficace pour expliquer les choses de la vie, tant
personnelle que sociale : d’où naît aisément une crise religieuse (cf. GS,
5, 7).
La foi chrétienne fait l’expérience, tout
comme les autres religions, d’une crise de ce genre parmi ses adeptes. Elle a
donc le devoir pressant de témoigner de sa vraie nature qui transcende tout
progrès culturel, et de marquer sa nouveauté dans les cultures sécularisées
et désacralisées.
La fonction du ministère de la parole
réclame que l’on sache découvrir, purifier et promouvoir les valeurs
réelles qui existent dans le patrimoine spirituel des cultures humaines où le
sens religieux demeure encore vivant et vigoureux, imprégnant en profondeur et
en totalité l’existence humaine.
Autrefois, les opinions contestables ou les
erreurs sur la foi et sur le sens chrétien de la vie ne touchaient le plus
souvent qu’un nombre restreint d’hommes ; elles se limitaient plus nettement
qu’aujourd’hui aux milieux intellectuels. Maintenant, les progrès de l’humanité
et les moyens de communication sociale font, en réalité, que ces opinions se
répandent à une vitesse accrue et influencent chaque jour davantage les
chrétiens, surtout les jeunes qui traversent des crises graves et sont souvent
enclins à admettre des manières de penser et d’agir opposées à la religion.
Ces circonstances requièrent -véritablement des remèdes pastoraux adaptés.
Par rapport à l’Église
Les signes particuliers, qui caractérisent l’état
spirituel du monde, se retrouvent également dans la vie de l’Église.
FOI " TRADITIONNELLE "
6. Pour beaucoup, la foi chrétienne s’est
trouvée gravement en péril, là où la religion semblait surtout favoriser les
prérogatives de certaines classes sociales, ou bien lorsqu’elle s’appuyait
plus que de raison sur des coutumes ancestrales ou sur l’unanimité de la
pratique religieuse dans la région.
Ces foules glissent peu à peu dans l’indifférence
religieuse ou sont exposées au danger de ne garder qu’une foi privée de son
nécessaire dynamisme, incapable de pénétrer efficacement la vie réelle.
Plutôt que de s’en tenir à des coutumes religieuses traditionnelles, il s’agit,
par-dessus tout, à l’heure actuelle, de s’appliquer à une
ré-évangélisation des hommes, de les amener à une nouvelle conversion, de
les éduquer au partage d’une foi plus profonde et plus personnelle.
Cela ne veut pas dire, toutefois, qu’il
faille négliger la foi originelle conservée dans les groupes de culture
chrétienne traditionnelle ou faire peu de cas du sens religieux populaire. Le
sens religieux, nonobstant les progrès de la sécularisation, continue d’être
bien vivant dans certaines parties de l’Église. Personne ne peut en faire fi,
puisque, la plupart du temps, il s’exprime avec sincérité et authenticité
dans la vie courante d’une multitude d’hommes. Bien plus, le sens religieux
populaire est l’occasion, l’amorce d’une annonce de la foi. Il s’agit
seulement, en réalité, de le purifier et d’apprécier correctement les
éléments de valeur qu’il sous-tend, de façon à ne pas s’attacher à des
formes d’action pastorale aujourd’hui insuffisantes, inadaptées, peut-être
même hors de propos.
INDIFFÉRENCE RELIGIEUSE ET ATHÉISME
7. Nombre de baptisés se sont éloignés de
la religion, au point de faire preuve d’un certain indifférentisme, voire
presque d’athéisme. " Beaucoup de nos contemporains ne perçoivent pas
du tout ou même rejettent explicitement le rapport intime et vital qui unit l’homme
à Dieu : à tel point que l’athéisme compte parmi les faits les plus graves
de ce temps et doit être soumis à un examen très attentif " (GS, 19).
Le Concile Vatican II a pris sérieusement en
considération ce problème (cf. GS, 19-20) et il a indiqué, sans équivoque,
les remèdes à y apporter. " Quant au remède à l’athéisme, on doit l’attendre
d’une part d’une présentation adéquate de la doctrine, d’autre part de
la pureté de vie de l’Église et de ses membres. C’est à l’Église qu’il
revient, en effet, de rendre présents et comme visibles Dieu le Père et son
Fils incarné, en se renouvelant et en se purifiant sans cesse, sous la conduite
de l’Esprit-Saint. Il y faut surtout le témoignage d’une foi vivante et
adulte, c’est-à-dire d’une foi formée à reconnaître lucidement les
difficultés et capable de les surmonter " (GS, 21).
Il y a même des cas où l’on rencontre une
foi chrétienne contaminée par une forme nouvelle de paganisme, bien qu’il
reste un certain sens religieux et une certaine croyance en l’Être suprême.
Une mentalité religieuse peut être éloignée de l’influence de la parole de
Dieu, de la pratique des sacrements, et même tirer profit d’une pratique
superstitieuse ou magique ; la vie morale peut régresser vers une éthique
pré-chrétienne. Dans la religion chrétienne, s’introduisent parfois des
éléments empruntés au culte de la nature, à l’animisme, à la divination,
et c’est ainsi qu’en certains endroits on en arrive au syncrétisme. Il
arrive même que se propagent des sectes religieuses qui mêlent aux mystères
chrétiens des éléments d’une mythologie antique.
Dans ces cas, il importe au plus haut point de
renouveler le ministère de la parole, surtout l’évangélisation et la
catéchèse, selon les directives du Décret Ad Gentes divinitus, n. 13, 14, 21,
22.
FOI ET DIVERSITÉ DES CULTURES
8. Il ne manque pas de fidèles, ayant reçu
une excellente éducation chrétienne, qui éprouvent de la difficulté
concernant une manière d’exprimer la foi qu’ils estiment trop attachée à
des formules vieillies et surannées, ou trop liée à la culture occidentale.
Aussi cherchent-ils à exprimer les vérités religieuses d’une manière
nouvelle qui parle à l’esprit des contemporains, dans l’espoir que la foi
éclaire les réalités qui touchent aujourd’hui les hommes, et que l’Évangile
puisse passer dans les cultures diverses. C’est assurément le devoir de l’Église
d’examiner, avec la plus grande attention, cette aspiration des hommes.
Ce que le Décret Ad Gentes divinitus
recommande pour les églises de fondation récente vaut aussi pour tous ceux à
qui incombe le ministère de la parole : " ... (les églises) empruntent
aux coutumes et aux traditions de leurs peuples, à leur sagesse, à leur
science, à leurs arts, à leurs disciplines, tout ce qui peut contribuer à
confesser la gloire du Créateur, mettre en lumière la grâce du Sauveur, et
ordonner comme il le faut la vie chrétienne " (n. 22 ; cf. n. 21 ; Paul
VI, Alloc. du 6 août 1969).
Pour cette raison, " en proposant d’une
manière renouvelée le message évangélique, le ministère de la parole doit
montrer l’unité du dessein salvifique de Dieu. Confusions et connaissances
trop sommaires ayant été écartées, il doit toujours montrer la
correspondance intime qui existe entre le projet salvifique de Dieu, accompli
dans le Christ Seigneur, et les aspirations des hommes, entre l’histoire du
salut et l’histoire humaine, entre l’Église peuple de Dieu et les
communautés humaines, entre l’action révélatrice de Dieu et l’expérience
de l’homme, entre les dons ou charismes surnaturels et les valeurs humaines
" (Comm. 5, s/comm. 2. Conférence Générale de l’Épiscopat
Latino-Américain, 1968).
LE RENOUVEAU
9. Ce nouvel état de choses, penseront
peut-être certains, constitue une entrave à l’ardeur apostolique que l’Église
s’efforce actuellement de promouvoir. En tout cas, on ne peut accuser ni le
zèle des pasteurs ni celui des fidèles : en vérité, il est grand. Les
obstacles viendraient plutôt, soit d’un manque trop fréquent de préparation
suffisante pour affronter des tâches nouvelles et difficiles, soit de quelque
réflexion sommaire qui s’exprime en des théories plus opposées que
favorables à l’œuvre d’évangélisation.
Après avoir bien examiné cette situation, le
Concile Vatican II a multiplié ses encouragements pour un renouveau du
ministère de la parole dans l’Église. Ce renouveau paraît être mis en
question aujourd’hui, surtout :
- par ceux qui ne sont pas capables de voir la
profondeur de la rénovation entreprise, comme s’il ne s’agissait que de
supprimer l’ignorance de la doctrine. Le remède serait, à leur avis, de
renforcer l’institution catéchétique. A bien considérer les choses, on
comprend tout de suite que le remède est loin d’être à la mesure du
problème. En réalité, la proposition catéchétique doit être rénovée du
dedans, et cette rénovation concerne l’éducation permanente de la foi, non
seulement chez les enfants, mais chez les adultes.
- par ceux qui sont portés à réduire le
message évangélique à ses conséquences pour la vie temporelle des hommes.
Certes, l’Évangile avec sa loi d’amour
exige que les fidèles collaborent, autant qu’ils le peuvent, - dans l’exercice
de leurs obligations et de leurs charges séculières - à instaurer de plus en
plus la justice et la fraternité parmi les hommes. Cela, toutefois, ne saurait
suffire pour témoigner de Jésus-Christ, le Fils de Dieu et notre Sauveur, qui
nous a révélé l’ineffable amour de Dieu (cf. 1 Jn 4,9) et dont le mystère
doit être clairement et intégralement annoncé aux hommes et reconnu par eux.
La doctrine de la Constitution Gaudium et Spes
et de la Déclaration Dignitatis humanae ne conduit aucunement à minimiser l’importance
du ministère de la parole dans la pastorale de la foi. Dans l’un et l’autre
document apparaît le souci de porter remède à la situation que l’on vient
de décrire. En tout cas, le renouveau du ministère de la parole, notamment de
la catéchèse, ne peut être séparé du renouveau de l’ensemble de la
pastorale.
Pour obtenir un bon résultat, des moyens
difficiles, mais d’une très grande importance doivent être mis en œuvre
jusqu’au bout : promouvoir le progrès des formes habituelles du ministère de
la parole et en susciter de nouvelles ; évangéliser et catéchiser les hommes
d’un moindre niveau culturel ; prendre contact avec les classes instruites et
pourvoir à leurs besoins ; améliorer les formes traditionnelles de présence
chrétienne et en trouver de nouvelles ; rassembler toutes les ressources
actuelles de l’Église et, en même temps, écarter tout ce qui semble moins
conforme à l’Évangile.
Pour mener à bien cette tâche, l’Église
compte sur tous les membres du peuple de Dieu. Chacun dans sa fonction -
évêques, prêtres, religieux et religieuses, laïcs - doit remplir
entièrement sa mission. Et, qui plus est, la remplir en tenant compte de l’état
du monde qui bouleverse profondément la vie de foi.
Pour apporter à ces ouvriers évangéliques
une aide efficace, le renouveau catéchétique doit utiliser les secours que
peuvent lui apporter les sciences sacrées, la théologie, les études bibliques,
la réflexion pastorale, ainsi que les sciences humaines, sans oublier les
techniques actuelles de diffusion des idées et des opinions, notamment les
moyens de communication sociale.
DEUXIÈME PARTIE
Le ministère de la parole
CHAPITRE PREMIER
Le ministère de la parole et la révélation
LA RÉVÉLATION : DON DE DIEU
10. Dans le Décret Dei Verbum, le Concile Œcuménique
a considéré la révélation comme un acte par lequel Dieu se communique
personnellement : " Il a plu à Dieu, dans sa bonté et sa sagesse, de se
révéler lui-même et de faire connaître le mystère de sa volonté... pour
inviter les hommes à entrer en communion avec lui et les recevoir en cette
communion " (DV, 2). Dieu apparaît là comme celui qui veut se communiquer
lui-même, réalisant ainsi un dessein d’amour.
La catéchèse doit donc prendre son point de
départ dans ce don de l’amour divin. La foi est l’acceptation et la mise en
valeur de ce don divin en nous. Ce signe distinctif, par lequel la foi doit
être regardée comme un don, affecte tout ce qui regarde le ministère de la
parole.
LA RÉVÉLATION : FAITS ET PAROLES
11. Dieu agit de telle sorte que les hommes
parviennent à la connaissance de son dessein, à la fois par les événements
de l’histoire du salut et par les paroles divinement inspirées qui
accompagnent et illustrent ces événements : " Cette économie de la
révélation se fait par des actions et des paroles si étroitement liées entre
elles, que les œuvres accomplies par Dieu dans l’histoire du salut rendent
évidentes et corroborent la doctrine et l’ensemble des choses signifiées par
les paroles, et que les paroles proclament les œuvres et font découvrir le
mystère qui s’y trouve contenu " (DV, 2).
La révélation consiste donc en des faits et
des paroles qui s’éclairent mutuellement. Le ministère de la parole doit les
annoncer de façon à mettre en lumière et à communiquer les profonds
mystères qu’ils contiennent. Ainsi, non seulement le ministère de la parole
reprend la révélation des merveilles de Dieu faite dans le temps et conduite
à sa perfection dans le Christ, mais en même temps, à la lumière de cette
révélation, il interprète la vie des hommes de notre époque, les réalités
de ce monde et les signes des temps, car c’est en eux que s’accomplit le
dessein de Dieu pour le salut des hommes.
JÉSUS-CHRIST, MÉDIATEUR ET PLÉNITUDE DE
TOUTE LA RÉVÉLATION
12. " Par cette révélation, la vérité
profonde... resplendit à nos yeux dans le Christ, qui est à la fois le
médiateur et la plénitude de la révélation tout entière " (DV, 2).
Le Christ n’est pas seulement le plus grand
des prophètes qui a, par sa doctrine, accompli ce que Dieu avait dit et fait
dans les siècles passés. Il est lui-même le Fils éternel de Dieu, fait homme,
et par le fait même, l’événement majeur vers lequel convergent tous les
événements de l’histoire du salut ; il est aussi celui qui accomplit et
manifeste les desseins définitifs de Dieu. " C’est pourquoi lui-même...
a donné à la révélation son dernier achèvement " (DV, 4 ; cf. LG, 9).
Le ministère de la parole doit mettre en
lumière ce caractère admirable, propre à l’économie de la révélation. Le
Fils de Dieu entre dans l’histoire des hommes, assume la vie et la mort
humaines et réalise, dans cette histoire, son dessein d’alliance.
A l’exemple de l’Évangéliste Luc, le
ministère de la parole doit d’abord rappeler aux croyants l’événement
Jésus, en montrer la signification, et chercher à creuser de plus en plus ce
fait unique et irréversible : " Puisque beaucoup ont entrepris de composer
un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous... j’ai décidé,
moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines,
d’en écrire pour toi l’exposé suivi " (Lc 1, 1-3).
C’est pourquoi le ministère de la parole
doit se fonder sur le commentaire divinement inspiré que nous ont donné de l’Incarnation
rédemptrice Jésus lui-même, les premiers disciples et particulièrement les
apôtres qui furent témoins des événements. " Il n’échappe à
personne que parmi toutes les Écritures... les Évangiles l’emportent à
juste titre, du fait qu’ils sont le témoignage principal sur la vie et l’enseignement
du Verbe Incarné, notre Sauveur " (DV, 18).
Il faut rappeler, en outre, que Jésus, Messie
et Seigneur, est toujours présent à son Église par son Esprit (cf. Jn 14, 26
; 15, 26 ; 1,6, 13 ; Ap 2, 7). Dès lors, le ministère de la parole présente
le Christ, non seulement comme son objet, mais aussi comme celui qui ouvre le cœur
des auditeurs à l’accueil et à l’intelligence du message divin (cf. Act
16, 14).
LE MINISTÈRE DE LA PAROLE OU PRÉDICATION DE
LA PAROLE DE DIEU : ACTE DE LA TRADITION VIVANTE
13. " Ce qui a été transmis par les
apôtres embrasse tout ce qui contribue à diriger saintement la vie du peuple
de Dieu et à accroître sa foi ; ainsi l’Église, dans sa doctrine, sa vie et
son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu’elle
est elle-même, tout ce qu’elle croit " (DV, 8).
Cette tradition est liée à des paroles, mais
elle va plus loin, elle est plus profonde que ces paroles. C’est une tradition
vivante, parce qu’en elle Dieu continue sa conversation avec les hommes.
" Ainsi Dieu, qui a parlé jadis, ne cesse de converser avec l’Épouse de
son Fils bien-aimé, et l’Esprit-Saint, par qui la voix vivante de, l’Évangile
retentit dans l’Église, et par l’Église dans le monde... " (DV, 8).
C’est pourquoi on peut regarder le
ministère de la parole comme le héraut de cette vivante tradition, dans l’ensemble
de toute la tradition. " Cette Tradition qui vient des Apôtres se
développe dans l’Église sous l’assistance de l’Esprit-Saint : grandit,
en effet, la perception des réalités et des paroles transmises, soit par la
contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur, soit
par l’intelligence intime qu’ils éprouvent des réalités spirituelles,
soit par la proclamation qu’en font ceux qui, avec la succession épiscopale,
ont reçu un charisme assuré de vérité " (DV, 8).
D’une part, la révélation divine, objet de
la foi catholique, qui s’est achevée au temps des Apôtres, doit être
nettement distinguée de la grâce du Saint-Esprit sans l’inspiration et l’illumination
duquel nul ne peut croire. D’autre part, Dieu qui autrefois, à travers des
faits divins et le message des prophètes, du Christ et des Apôtres, a parlé
au genre humain en se révélant lui-même, continue encore maintenant, par l’Esprit-Saint,
de diriger secrètement l’Église son Épouse dans la Sainte Tradition par la
lumière et le sens de la foi, et de converser avec elle ; ainsi le peuple de
Dieu, sous la conduite du Magistère, peut-il parvenir à une intelligence plus
ample de la révélation.
Les Pasteurs de l’Église, non seulement
proclament et expliquent directement au peuple de Dieu le dépôt de la foi qui
leur a été confié, mais, en ce qui concerne les expressions et explications
que les fidèles recherchent et proposent, ils décident avec autorité, si bien
que " dans le maintien de la foi transmise, dans sa pratique et sa
confession, s’établit, entre évêques et fidèles, une singulière unité d’esprit
" (DV, 10).
C’est la raison pour laquelle il est
indispensable que le ministère de la parole rapporte la révélation divine
telle que le Magistère l’enseigne et telle que, sous la vigilance du
Magistère, elle s’exprime dans la conscience et la foi vivantes du peuple de
Dieu. De cette façon, le ministère de la parole n’est pas la simple
répétition de la doctrine du passé, mais sa reproduction fidèle avec une
adaptation aux problèmes nouveaux et une intelligence croissante de cette
doctrine.
LA SAINTE ÉCRITURE
14. La révélation divine, sous l’inspiration
particulière de l’Esprit-Saint, a été exprimée aussi par écrit, dans les
livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui contiennent et présentent la
vérité divinement révélée (cf. DV, 11).
L’Église, gardienne et interprète des
Saintes Écritures, est instruite par celles-ci, grâce à une méditation
assidue et une perception de plus en plus profonde de leur doctrine. Restant
toujours fidèle à la tradition, le ministère de la parole trouve dans la
Sainte Écriture sa nourriture et sa règle (cf. DV, 21, 24, 25). Dans les
Livres saints, en effet, le Père des Cieux vient avec tout son amour à la
rencontre de ses fils et engage conversation avec eux (cf. DV, 21).
Mais s’il est vrai que l’Église tire de
la Sainte Écriture sa règle de pensée, c’est elle-même animée par l’Esprit
qui l’interprète : " C’est en elle que les Saintes Lettres
elles-mêmes sont comprises de façon plus pénétrante et sont rendues
indéfiniment actives " (DV, 8).
Ainsi, le ministère de la parole tire-t-il
son principe des Lettres Sacrées et de la prédication des Apôtres, en tant
que c’est de l’Église qu’elles reçoivent compréhension, explication et
application aux situations concrètes.
LA FOI : RÉPONSE A LA PAROLE DE DIEU
15. Par la foi, l’homme accueille la
révélation et, par elle, il participe au don de Dieu, de manière consciente.
A Dieu qui révèle, il faut apporter cette
obéissance de la foi, par laquelle l’homme adhère librement à l’Évangile
de la grâce de Dieu (cf. Act 20, 24), par l’hommage total de son intelligence
et de sa volonté. Instruit par la foi et grâce au don de l’Esprit, l’homme
parvient à contempler et à goûter l’amour de Dieu qui a révélé dans le
Christ les richesses de sa gloire (cf. Col 1, 26) ; bien plus, la foi vivante
est en nous le commencement de la vie éternelle où les profondeurs de Dieu (cf.
1 Cor 2, 10) seront enfin connues sans voile. La foi, instruite du dessein
salvifique de Dieu, conduit l’homme à discerner pleinement la volonté divine
sur nous en ce monde et à coopérer à sa grâce. " La foi, en effet,
éclaire toutes choses d’une lumière nouvelle et nous fait connaître la
volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme, orientant ainsi l’esprit
vers des solutions pleinement humaines " (GS, 11).
LA CHARGE DU MINISTÈRE DE LA PAROLE
16. En somme, le ministre de la parole doit
avoir pleine conscience de la charge qui lui est confiée : il s’agit de
stimuler une foi vigoureuse, capable de tourner l’esprit vers Dieu, d’amener
à obéir à son action, de conduire à une connaissance vivante des expressions
de la tradition, de dire et de manifester le sens véritable du monde et de l’existence
humaine.
Le ministère de la parole est la
communication de l’annonce du salut : il apporte l’Évangile aux hommes. Le
mystère annoncé et livré atteint en profondeur cette volonté de vivre, ce
désir intime de plénitude, cette attente de la félicité future, que Dieu a
inscrits au cœur de tout homme et qu’il a élevés, par sa grâce, à l’ordre
surnaturel.
Les vérités à croire portent en elles l’amour
de Dieu qui a tout créé pour le Christ et nous a ressuscités dans le Christ
Jésus. Les divers aspects du mystère doivent être présentés de telle sorte
que le fait central, Jésus, en tant qu’il est le plus précieux don de Dieu
aux hommes, occupe la première place et qu’à partir de lui, les autres
vérités de la doctrine catholique reçoivent leur place et leur hiérarchie,
dans une perspective pédagogique (cf. nn. 43 et 39).
CHAPITRE II
La catéchèse dans la mission pastorale de l’Église
(Nature, fin, efficacité)
LE MINISTÈRE DE LA PAROLE DANS L’ÉGLISE
17. Le ministère de la parole revêt de
nombreuses formes, selon les diverses situations dans lesquelles il s’exerce
et les buts qu’il se propose ; la catéchèse en est une.
Il y a la forme appelée évangélisation, ou
prédication missionnaire, qui a pour but d’éveiller initialement la foi (cf.
CD, 11, 13 ; AG, 6, 13, 14), de façon à susciter l’adhésion des hommes à
la parole de Dieu.
Ensuite vient la catéchèse " dont le
but est de rendre chez les hommes la foi vivante, explicite et active, en l’éclairant
par la doctrine " (CD, 14).
Puis la forme liturgique, au cours de la
célébration liturgique, et surtout eucharistique (par exemple l’homélie) (cf.
SC, 33, 52 ; Inter Œcum., 54).
Enfin, la forme théologique, c’est-à-dire
l’exposé systématique et l’étude scientifique des vérités de foi.
Pour notre propos, il importe de distinguer
ces diverses formes qui sont régies par des lois particulières. Cependant,
dans la réalité concrète du ministère pastoral, elles sont étroitement
liées.
En conséquence, tout ce qui a été dit jusqu’ici
du ministère de la parole en général doit être également appliqué à la
catéchèse.
CATÉCHÈSE ET ÉVANGÉLISATION
18. La catéchèse suppose, de soi, une
adhésion globale à l’Évangile du Christ, proposé par l’Église. Souvent,
cependant, elle a pour destinataires des hommes qui, tout en ayant quelque lien
avec l’Église, n’ont jamais donné, de fait, une véritable adhésion
personnelle au message de la révélation.
Ceci montre que l’évangélisation peut
précéder ou accompagner, selon les circonstances, l’acte de catéchèse
proprement dit. Mais, dans tous les cas, il ne faut pas perdre de vue que la
conversion est un élément toujours présent dans le dynamisme de la foi ; pour
cette raison, toute forme de catéchèse doit inclure aussi certaines démarches
qui relèvent de l’évangélisation.
FORMES DE CATÉCHÈSE
19. Vu la variété des circonstances et la
multiplicité des besoins, l’activité catéchistique prend nécessairement
des formes variées.
Dans les régions de vieille chrétienté, la
catéchèse prend souvent la forme d’une instruction religieuse donnée aux
enfants et aux adolescents dans les écoles ou en dehors. On y trouve aussi des
organisations variées pour la catéchèse des adultes, ainsi qu’une
institution catéchuménale à l’intention de ceux qui se préparent au
baptême, ou de ceux qui, bien que baptisés, manquent d’une initiation
chrétienne suffisante. Le plus souvent, l’état réel dans lequel se trouvent
un grand nombre de fidèles exige, de toute nécessité, une certaine forme d’évangélisation
des baptisés, antérieure à la catéchèse.
Dans les églises de fondation récente, on
donne une importance particulière au travail d’évangélisation au sens
strict ; c’est pourquoi on adopte une forme caractérisée de catéchuménat
à l’intention de ceux qui sont initiés à la foi en vue de la réception du
baptême (cf. AG, 4).
En un mot, l’action catéchistique peut
prendre des formes et des structures fort variées : systématiques ou
occasionnelles, individuelles ou communautaires, organisées ou spontanées, etc...
20. Que les pasteurs aient constamment
présent à l’esprit le devoir qui leur incombe, d’assurer et de promouvoir
l’illumination de l’existence chrétienne par la parole de Dieu, à tous les
âges de la vie et dans toutes les conjonctures historiques (cf. CD, 14), en
sorte que n’importe quel individu ou collectivité puisse être atteint dans l’état
spirituel où il se trouve.
Qu’ils se souviennent aussi que la
catéchèse des adultes, s’adressant à des hommes capables d’une adhésion
pleinement responsable, doit être considérée comme la forme privilégiée de
catéchèse, à laquelle toutes les autres - évidemment toujours nécessaires -
sont d’une certaine manière ordonnées. Qu’ils s’appliquent, en outre,
avec le plus grand soin, obéissant aux règles du Concile Vatican II, " à
restaurer ou à aménager le catéchuménat des adultes " (CD, 14 ; cf. AG,
14).
FONCTIONS DE LA CATÉCHÈSE
21. Dans l’ensemble de l’activité
pastorale, la catéchèse est la forme d’action ecclésiale qui conduit à la
maturité de la foi les communautés et les personnes chrétiennes.
Par la catéchèse, les communautés
chrétiennes acquièrent une connaissance plus parfaite et vivante de Dieu et de
son dessein salvifique dont le centre est le Christ, Verbe de Dieu Incarné ;
elles s’édifient en s’efforçant de parvenir à une foi éclairée et
adulte, et de la faire partager par ceux qui en éprouvent le désir.
Pour tout homme ouvert à l’annonce de l’Évangile,
la catéchèse est un moyen particulièrement adapté pour comprendre dans sa
propre vie le dessein de Dieu, et pour discerner le sens dernier de l’existence
et de l’histoire ; en sorte que la vie de tout homme et de la société soit
éclairée par la lumière du Royaume de Dieu, qu’elle obéisse à ses
exigences, et que puisse être reconnu le mystère de l’Église, comme
communauté de ceux qui croient en l’Évangile.
Tout ceci détermine les fonctions propres de
la catéchèse.
CATÉCHÈSE ET GRACE DE LA FOI
22. La foi est un don de Dieu qui suscite la
conversion de l’homme. " Pour apporter cette foi, l’homme a besoin de
la grâce de Dieu qui fait les premières avances et qui l’aide, et du secours
intérieur de l’Esprit-Saint qui touche son cŒur et le tourne vers Dieu, qui
ouvre les yeux de son âme, et donne à tous la joie profonde de croire et de
consentir à la vérité " (DV, 5).
La communauté chrétienne vit dans la foi
adulte en écoutant religieusement la parole de Dieu, elle s’applique avec
zèle à sa conversion et à son renouveau, elle se fait attentive à ce que l’Esprit
dit à l’Église.
La catéchèse a pour fonction (par la parole,
toujours accompagnée du témoignage de la vie, et de la prière) de disposer
les hommes à s’ouvrir à l’action de l’Esprit-Saint et à se convertir.
CATÉCHÈSE ET EXERCICE DES TÂCHES DE LA FOI
23. L’homme adulte dans la foi adhère
pleinement à l’invitation contenue dans le message évangélique, qui le
pousse à entrer en communion avec Dieu et avec ses frères ; il traduit
également dans sa vie les obligations liées à cette invitation (cf. AG, 12).
La catéchèse a pour fonction d’aider les
hommes à réaliser effectivement cette communion avec Dieu, de proposer le
message chrétien de manière qu’on puisse discerner en lui ce qui assure la
suprême valeur de la vie humaine ; ceci demande que la catéchèse soit
attentive aux aspirations légitimes des esprits, aux progrès et aux bons
fruits des valeurs qu’ils possèdent.
L’union et l’adhésion à Dieu entraînent,
comme conséquences nécessaires, l’exercice des tâches humaines et le devoir
de solidarité, en réponse à la volonté du Dieu Sauveur (cf. GS, 4).
C’est pourquoi la catéchèse doit favoriser
et éclairer l’accroissement de la charité théologale, dans chaque chrétien
et dans les communautés ecclésiales, tout comme les témoignages de cette
vertu, qu’il s’agisse des tâches concernant les individus ou la communauté.
CATÉCHÈSE ET CONNAISSANCE DE LA FOI
24. L’homme adulte dans la foi connaît le
mystère du salut révélé dans le Christ, ainsi que les œuvres et les signes
divins qui attestent l’accomplissement de ce mystère dans l’histoire
humaine. Que la catéchèse se contente de susciter une expérience religieuse,
fût-elle authentique, n’est donc pas suffisant ; elle doit encore tendre à
faire percevoir peu à peu la vérité tout entière du dessein divin, en
formant les chrétiens à la lecture des Saintes Écritures et à la
connaissance de la Tradition.
CATÉCHÈSE ET VIE DE PRIÈRE LITURGIQUE ET
PRIVÉE
25. " Toute célébration liturgique, en
tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action
sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre
l’efficacité au même titre et au même degré " (SC, 7). Plus la
communauté chrétienne devient adulte dans la foi, plus elle vit son culte en
esprit et en vérité (cf. Jn 4, 23) dans les célébrations liturgiques et
surtout eucharistiques.
Aussi, la catéchèse doit-elle favoriser la
participation active, consciente, authentique à la liturgie de l’Église, non
seulement en éclairant la signification des rites, mais encore en formant l’esprit
des fidèles à la prière, à l’action de grâce, à la pénitence, aux
prières faites avec confiance, au sens communautaire, à la saisie correcte de
la signification des symboles : toutes choses nécessaires à une véritable vie
liturgique.
" Cependant, la vie spirituelle ne se
réduit pas à la participation à la seule liturgie. Car le chrétien, appelé
à prier en commun, doit aussi entrer dans sa chambre pour prier le Père dans
le secret (cf. Mt 6, 6), et même, enseigne l’Apôtre (cf. 1 Thess 5, 17), il
doit prier sans relâche " (SC, 12).
La catéchèse doit donc encore apprendre aux
chrétiens la méditation de la parole de Dieu et la prière personnelle.
CATÉCHÈSE ET ILLUMINATION CHRÉTIENNE DE L’EXISTENCE
HUMAINE
26. L’homme adulte dans la foi est capable
de reconnaître, dans les diverses circonstances de sa vie et dans ses
rencontres avec le prochain, l’invitation de Dieu qui l’appelle à accomplir
son dessein de salut.
Il appartient dès lors à la catéchèse de
mettre en lumière cette tâche, en apprenant aux fidèles à interpréter
chrétiennement les réalités humaines, surtout les signes des temps, en sorte
que tous " puissent apprécier et interpréter toutes choses avec un sens
chrétien authentique " (GS, 62).
CATÉCHÈSE ET UNITÉ DES CHRÉTIENS
27. Les communautés chrétiennes doivent,
selon les circonstances oÙ elles se trouvent, participer au dialogue œcuménique
et aux autres entreprises qui visent à restaurer l’unité des chrétiens (cf.
UR, 5).
C’est pourquoi la catéchèse doit apporter
son aide à cette cause (cf. UR, 6), en exposant clairement la doctrine
intégrale de l’Église (cf. UR, 11), en favorisant une juste connaissance des
autres confessions, aussi bien dans leur accord que dans leurs différences avec
la foi catholique ; ce faisant, on évitera les propos et les façons d’exposer
la doctrine susceptibles " d’induire en erreur les frères séparés, ou
toute autre personne, sur la véritable doctrine de l’Église " (LG, 67)
; on respectera l’ordre et la hiérarchie des vérités de la doctrine
catholique (cf. UR, 11 ; AG, 15 ; Ad Ecclesiam totam, 14 mai 1967, AAS, 1967,
pages 574-592). Quant aux arguments en faveur de la doctrine catholique, on les
exposera avec charité, en même temps qu’avec la fermeté requise.
CATÉCHÈSE ET MISSION DE L’ÉGLISE DANS LE
MONDE
28. L’Église est, dans le Christ, comme le
sacrement ou le signe et l’instrument du salut et de l’unité du genre
humain tout entier (cf. LG, 1). Elle est d’autant mieux reconnue comme telle,
que chacune des communautés chrétiennes devient plus adulte dans la foi.
La catéchèse doit aider ces communautés à
faire rayonner la lumière de l’Évangile et à instaurer un dialogue
fructueux avec les personnes et les cultures non chrétiennes, dans le respect
de la liberté religieuse bien comprise (cf. DH ; AG, 22).
CATÉCHÈSE ET ESPÉRANCE ESCHATOLOGIQUE
29. L’homme adulte dans la foi oriente ses
pensées et ses désirs vers l’achèvement total du Royaume dans la vie
éternelle.
La catéchèse a donc pour fonction d’orienter
l’espérance des hommes d’abord vers les biens futurs de la Jérusalem
céleste, tout en les invitant à apporter leur concours fraternel aux
entreprises de leurs proches et du genre humain, afin de rendre meilleure la
société humaine (cf. GS, 39, 40-43).
CATÉCHÈSE ET PROGRÈS DE LA VIE DE FOI
30. Une même foi habite le cœur des fidèles,
mais plus ou moins intense selon la grâce donnée à chacun par l’Esprit-Saint,
- grâce qu’il faut constamment solliciter par la prière (cf. Mt 9, 23) - et
selon la réponse que chacun lui apporte. De plus, la vie de foi revêt des
conditions diverses selon l’évolution de l’existence de l’homme, tandis
qu’il s’achemine vers la maturité et remplit les devoirs de sa vie. Aussi,
la vie de foi admet divers degrés, soit dans l’acceptation globale de toute
la parole de Dieu, soit dans son explication et son application aux divers
devoirs de la vie humaine, selon la maturité et les modes particuliers d’existence
de chacun (cf. n. 38). De fait, l’accueil de la parole de Dieu, son
explication et son application à la ‘vie humaine sont différents selon qu’il
s’agit de petits enfants, d’enfants, d’adolescents, de jeunes ou d’adultes.
La catéchèse a pour fonction d’aider, durant tout le cours de l’existence
humaine, l’éveil et le progrès de cette vie de foi, jusqu’à ce que soit
fournie l’explication intégrale de la vérité révélée et que l’homme en
ait fait l’application à sa vie.
RICHESSE DE L’ACTE CATÉCHISTIQUE
31. La catéchèse vise la communauté, niais
elle ne néglige pas les fidèles pris individuellement. Elle est associée à d’autres
charges pastorales de l’Église, sans perdre pour autant son caractère
spécifique. Elle remplit simultanément des tâches d’initiation, d’éducation
et d’enseignement.
Il est très important que la catéchèse
conserve cette richesse d’aspects variés, et ne sépare pas un aspect des
autres, à leur détriment.
EFFICACITÉ DE LA PAROLE DE DIEU DANS LA
CATÉCHÈSE
32. " Vivante est, en effet, la parole de
Dieu, et efficace " (Heb 4, 15). Cette phrase de l’Écriture s’applique
aussi à la catéchèse.
La parole divine devient présente dans la
catéchèse par la parole humaine. Or, pour porter du fruit en l’homme, pour
engendrer ces mouvements intérieurs qui dissipent l’indifférence ou l’incertitude
et poussent l’homme à embrasser la foi, la catéchèse doit exprimer
fidèlement la parole de Dieu, et la présenter de manière adaptée. En outre,
c’est le témoignage de la vie, tant du catéchiste que de la communauté
ecclésiale, qui contribue le plus à l’efficacité de la catéchèse (cf. n.
35).
Par conséquent, la catéchèse doit traduire
la parole de Dieu telle qu’elle est proposée par l’Église, dans le langage
des hommes à qui elle est adressée (cf. DV, 13 ; OT, 16). Lorsque Dieu s’est
révélé au genre humain, il a fait connaître sa parole par une parole humaine,
l’exprimant dans le langage qui convenait à une culture particulière (cf. DV,
12). L’Église, à qui le Christ a confié le dépôt de la révélation, s’efforce,
jusqu’à la consommation des siècles, de le transmettre d’une manière
vivante, de l’expliquer et de l’interpréter, pour les peuples de toute
culture et pour les hommes de toute condition.
PÉDAGOGIE DE DIEU DANS LA RÉVÉLATION ET DE
L’ÉGLISE DANS LA CATÉCHÈSE
33. Dans l’histoire de la révélation, Dieu
a utilisé une pédagogie : il a annoncé son dessein de salut dans l’ancienne
Alliance, de manière prophétique et par la médiation de figures ; il a
préparé ainsi la venue de son Fils, l’auteur de la nouvelle Alliance, qui
conduit la foi à la perfection (cf. Heb 12, 2).
Maintenant, la révélation étant achevée, l’Église
doit communiquer aux catéchisés la totalité du mystère de notre salut dans
le Christ. Se souvenant de la pédagogie divine, elle pratique elle aussi une
pédagogie, une pédagogie nouvelle qui répond aux exigences nouvelles de son
message. Proposant ce message sans altération ni mutilation, elle prend soin de
l’adapter à la capacité des catéchisés.
D’un côté, donc, pour tenir compte du
niveau assez faible de certains esprits, elle expose les choses simplement et
brièvement, en utilisant les formules succinctes qui conviennent et qui seront
développées dans la suite. D’un autre côté, pour les intelligences plus
vives et plus ouvertes, elle s’efforce de répondre à leurs besoins par des
explications plus poussées.
FIDÉLITÉ A DIEU, ÉGARDS POUR L’HOMME
34. C’est surtout par la catéchèse que l’Église
s’acquitte de cette fonction (cf. DV, 24). Puisant la vérité dans la parole
de Dieu, témoignant de son attachement fidèle à l’expression sûre de cette
parole, la catéchèse s’applique à enseigner avec une parfaite fidélité
cette parole de Dieu. Cependant, son rôle ne peut se réduire à une simple
répétition des formules reçues ; il requiert que ces formules soient
comprises et que, même en usant de modes nouveaux quand cela convient, elles
soient exprimées fidèlement dans un langage à la portée des auditeurs. Ce
langage sera différent selon les âges, les conditions sociales, les cultures
et les formes de civilisation.
NÉCESSITÉ DU TÉMOIGNAGE ECCLÉSIAL
35. Finalement, la catéchèse réclame, soit
des catéchistes, soit de l’ensemble de la communauté ecclésiale, un
témoignage de foi, joint à un exemple authentique de vie chrétienne et à une
disposition au sacrifice (cf. LG, 12, 17 ; NA, 2).
La rencontre de l’homme avec le Christ, en
effet, ne se fait pas seulement par le ministère sacré, mais aussi par chaque
fidèle et par les communautés chrétiennes (cf. LG, 35), qui ont dès lors le
devoir de porter témoignage. L’absence de ce témoignage est, pour les
auditeurs, un obstacle à l’accueil de la parole de Dieu.
La catéchèse doit être étayée par le
témoignage de la communauté ecclésiale. Car la catéchèse parle avec plus d’efficacité
de ce qui existe réellement dans la vie, même extérieure, de la communauté.
Le catéchiste est, d’une certaine façon, l’interprète de l’Église
auprès des catéchisés. Il lit et apprend à lire les signes de la foi, dont
le principal est l’Église elle-même (cf. Concile Vatican I, Const. Dei
Filius, Dz. - Sch. 3014).
On voit par là combien il est nécessaire que
la communauté ecclésiale, selon l’esprit de l’Église et sous la conduite
de ses Pasteurs, écarte ou corrige tout ce qui défigure le visage de l’Église
et empêche les hommes d’embrasser la foi (cf. GS, 19).
Ainsi, la fonction des catéchistes ne
consiste pas seulement à communiquer directement la catéchèse, mais encore à
contribuer à l’animation de la communauté ecclésiale, afin qu’elle puisse
elle-même porter un témoignage authentiquement chrétien.
L’action catéchistique fait donc partie de
cette action pastorale générale dans laquelle sont judicieusement ordonnés et
liés entre eux tous les éléments de la vie ecclésiale (cf. GS, 4, 7, 43).
TROISIÈME PARTIE
Le message chrétien
SIGNIFICATION ET BUT DE CETTE PARTIE
36. La foi, que la catéchèse doit conduire
à maturité (cf. n. 21), peut être envisagée sous deux aspects : soit comme l’adhésion
entière de l’homme à Dieu qui se révèle, adhésion donnée sous l’influence
de la grâce (fides qua), soit comme le contenu même de la révélation et du
message chrétien (fides quae). Ces deux aspects, de par leur nature, ne peuvent
être dissociés et le développement normal de la foi suppose leur progression
cohérente ; cependant, il est possible de les distinguer pour des raisons de
méthode.
Dans cette troisième partie, il s’agit du
contenu de la foi. Le premier chapitre concerne les règles ou critères que
doit observer la catéchèse pour découvrir et exposer son contenu propre. Le
second chapitre traite du contenu même de la foi. Il n’est cependant pas
question d’énumérer ici chacune des vérités chrétiennes qui constituent l’objet
de la foi et de la catéchèse, ni de passer en revue les principales erreurs de
notre temps, ou les vérités de foi qu’on néglige ou qu’on nie plus
nettement de nos jours. Le Magistère ordinaire et extraordinaire de l’Église
y pourvoit avec autorité dans ses communications officielles.
Il est encore moins question, dans ce chapitre,
d’indiquer la manière adéquate de présenter les vérités de foi selon un
ordre organique, en une sorte de synthèse qui tiendrait compte équitablement
de leur hiérarchie objective, ou de ce que les hommes d’aujourd’hui
demandent le plus ardemment, que ces hommes soient considérés en fonction de
leur âge ou en fonction de leur état social et culturel. Cela relève de la
théologie et des divers modes d’exposition de la doctrine chrétienne.
Dans ce second chapitre, au contraire, il a
paru opportun - en employant des formules globales qui impliquent des
développements ultérieurs - d’exposer un certain nombre de points plus
importants, inclus dans le message du salut et liés entre eux de façon très
organique, en soulignant les traits particuliers que doit clairement mettre en
valeur une catéchèse nouvelle et appropriée, fidèle à la poursuite de sa
fin.
CHAPITRE PREMIER
Règles et critères
LE CONTENU DE LA CATÉCHÈSE PAR RAPPORT AUX
DIVERSES FORMES DE VIE ECCLÉSIALE ET AUX DIFFÉRENTES CULTURES ET MANIÈRES DE
S’EXPRIMER DES HOMMES
37. La révélation est la manifestation du
mystère de Dieu et de son action salvifique dans l’histoire ; elle est le
fait d’une communication personnelle de Dieu à l’homme. Le contenu de cette
communication constitue le message du salut qui doit être annoncé à tous les
hommes.
Aussi, la première et la plus nécessaire
fonction du ministère prophétique de l’Église est-elle de rendre le contenu
de ce message intelligible aux hommes de tous les temps, afin que, par le Christ,
ils se convertissent à Dieu, qu’ils interprètent toute leur vie à la
lumière de la foi, compte tenu des circonstances particulières de lieu et de
temps où se déroule leur vie, et qu’ils puissent mener une vie conforme à
cette dignité que le message du salut leur a apportée et que la foi leur a
révélée.
Pour atteindre ce but, la catéchèse, si elle
est vraiment un moment privilégié du ministère prophétique de l’Église,
ne doit pas seulement entretenir une liaison ferme et soutenue avec les diverses
préoccupations vitales de la communauté ecclésiale, elle doit encore chercher
à favoriser un rapprochement plus étroit entre les formulations possibles du
message divin et les diverses cultures ou manières de s’exprimer des peuples.
LE BUT DE LA CATÉCHÈSE EST DE PROPOSER LA
TOTALITÉ DU MESSAGE
38. Le message du salut se compose d’éléments
qui forment un tout cohérent, bien que la révélation ait été faite
progressivement, de la part de Dieu, autrefois par les prophètes, et en dernier
lieu dans le Fils (cf. Heb 1, 1). Comme la fin de la catéchèse, a-t-on dit,
consiste à promouvoir une foi adulte, tant chez les chrétiens pris
individuellement que dans les communautés, elle doit apporter le plus grand
soin à proposer fidèlement tout le trésor du message chrétien. Elle doit le
faire à l’exemple de la pédagogie divine (cf. n. 33), mais en tenant compte
de la plénitude de la révélation faite par Dieu, pour que le peuple de Dieu s’en
nourrisse et en vive.
Ainsi, la catéchèse part d’une proposition
assez simple de la structure intégrale du message chrétien (en employant même
des formules succinctes ou globales), et elle la propose de la manière qui
correspond aux diverses situations culturelles et spirituelles des catéchisés.
Elle ne peut cependant pas s’arrêter à cette proposition initiale ; elle
doit avoir à cœur de proposer son contenu de manière toujours plus ample et
explicite ; ainsi chaque fidèle et la communauté chrétienne pourront accéder
à une connaissance toujours plus profonde et vitale du message chrétien, et
juger des situations ou des conduites concrètes de la vie humaine à la
lumière de la révélation.
Cette fonction délicate, il est nécessaire
que la catéchèse l’accomplisse sous la conduite du Magistère de l’Église
dont la mission est de préserver la vérité du message divin et de veiller, au
surplus, à ce que le ministère de la parole utilise des moyens appropriés d’expression
et tienne compte avec prudence de l’aide que la recherche théologique et les
sciences humaines peuvent lui apporter.
LE CONTENU DE LA CATÉCHÈSE FAIT, EN QUELQUE
SORTE, UN CORPS ORGANIQUE ET VITAL
39. L’objet de la foi embrasse un contenu
qui, par nature, est complexe : Dieu dans son mystère et son intervention
salvifique dans l’histoire ; tout ceci étant connu par la révélation que
Dieu a faite de lui-même et de ses œuvres. Dans l’intervention salvifique de
Dieu, comme dans sa manifestation aux hommes, l’événement central est le
Christ. Dès lors, l’objet de la catéchèse réside dans le mystère et les
œuvres de Dieu, celles que Dieu a faites, qu’il fait et qu’il fera, pour
nous les hommes et pour notre salut. Tout cela constitue, dans une cohésion
juste et étroite, l’économie du salut.
Une catéchèse qui néglige une telle
connexion, une telle harmonie du contenu, peut devenir tout à fait incapable d’atteindre
son but.
CHRISTOCENTRISME DE LA CATÉCHÈSE
40. Le Christ Jésus, Verbe de Dieu Incarné,
est le centre du message évangélique dans l’ensemble de l’histoire du
salut, puisque c’est par lui d’abord que Dieu intervient dans le monde et se
manifeste aux hommes.
Il est lui-même " l’image du Dieu
invisible, premier-né de toute créature : car c’est en lui qu’ont été
créées toutes choses " (Col 1, 15). C’est lui, en réalité et en
vérité, le seul médiateur puissant par qui Dieu vient à l’homme et par qui
l’homme parvient jusqu’à Dieu (cf. 1 Tim 2, 5). C’est en lui que l’Église
a son fondement ; en lui que toutes choses sont renouvelées (cf. Eph 1, 10).
Ainsi, les réalités créées, la conscience des hommes, les valeurs
authentiques qu’on relève dans les autres religions, les divers signes des
temps, doivent être regardés comme des chemins et des étapes - compte tenu de
l’analogie - par lesquels, sous l’influence de la grâce et non sans une
certaine ordonnance à l’Église du Christ, il est possible de s’approcher
de Dieu (cf. LG, 16).
C’est la raison pour laquelle la catéchèse
doit nécessairement être christocentrique.
THÉOCENTRISME TRINITAIRE DE LA CATÉCHÈSE
41. De même que le Christ est le centre de l’histoire
du salut, le mystère de Dieu est le centre d’où cette histoire tire son
origine et auquel elle est ordonnée comme à sa fin dernière. Le Christ
crucifié et ressuscité conduit les hommes vers le Père en envoyant l’Esprit-Saint
au peuple de Dieu. C’est pourquoi la structure de tout le contenu de la
catéchèse doit être théocentrico-trinitaire : par le Christ, vers le Père,
dans l’Esprit.
Par le Christ : Toute l’économie du salut
reçoit sa signification du Verbe Incarné, dont elle a préparé la venue, dont
elle montre et étend le règne sur la terre, depuis sa mort et sa résurrection,
jusqu’à son second avènement glorieux qui achèvera l’œuvre de Dieu.
Ainsi, le mystère du Christ éclaire le contenu total de la catéchèse. Les
divers éléments - bibliques, évangéliques, ecclésiaux et même humains et
cosmiques - que l’enseignement catéchétique doit assumer et expliquer, sont
donc à rapporter au Fils de Dieu Incarné.
Vers le Père : La fin suprême de l’Incarnation
du Verbe et de toute l’économie du salut, c’est que tous les hommes
parviennent au Père. La catéchèse, dont le rôle est de permettre une
intelligence de plus en plus vive de ce dessein d’amour du Père Céleste,
doit donc veiller à montrer que le sens suprême de la vie humaine consiste en
ceci : connaître Dieu, lui rendre gloire, en faisant sa volonté, comme le
Christ nous l’a enseigné par ses paroles et l’exemple de sa vie, et
parvenir ainsi à la vie éternelle.
Dans l’Esprit : La connaissance du mystère
du Christ et le chemin vers le Père s’accomplissent dans l’Esprit-Saint.
Aussi, la catéchèse, dans la présentation du contenu du message chrétien,
doit toujours mettre en lumière cette présence de l’Esprit-Saint qui ne
cesse d’inciter les hommes à entrer en communion avec Dieu et leurs frères,
et à s’acquitter de leurs devoirs.
Si la catéchèse ne fait pas état de ces
trois éléments, ou néglige leur liaison intime, le message chrétien peut
assurément perdre son caractère propre.
POUR NOUS LES HOMMES ET POUR NOTRE SALUT
42. La fin théocentrico-trinitaire de l’économie
du salut ne peut être séparée de son objet, qui consiste en ce que les hommes,
libérés du péché et de ses conséquences, soient configurés au Christ
autant que cela est possible (cf. LG, 39). Comme l’Incarnation du Verbe, toute
vérité a été révélée pour nous les hommes et pour notre salut. L’une
des conditions pour comprendre avec le meilleur fruit les différentes vérités
chrétiennes, c’est de les regarder dans leur rapport avec la fin dernière de
l’homme (cf. Concile Vatican I, Const. Dei Filius, Dz. - Sch., 3016).
La catéchèse doit donc montrer nettement le
lien très étroit du mystère de Dieu et du Christ avec l’existence et la fin
dernière de l’homme. En agissant ainsi, on ne méprise absolument pas les
fins terrestres que les hommes sont divinement appelés à poursuivre par un
effort personnel et collectif ; mais on montre explicitement que la fin
dernière de l’homme n’est pas limitée à ces fins temporelles, qu’elle
les dépasse bien plutôt, au-delà de toute attente, d’une façon que seul l’amour
de Dieu pour les hommes a pu concevoir.
HIÉRARCHIE DES VÉRITÉS À RESPECTER EN
CATÉCHÈSE
43. Dans le message du salut, il y a une
certaine hiérarchie des vérités (cf. UR, 11) ; l’Église l’a toujours
reconnue lorsqu’elle a composé les symboles et les résumés des vérités de
la foi. Cette hiérarchie ne signifie pas que certaines vérités concernent la
foi moins que d’autres, mais que certaines vérités s’appuient sur d’autres
plus importantes et reçoivent d’elles leur éclairage.
La catéchèse, à tous les degrés, doit
tenir compte de cette hiérarchie des vérités de la foi.
On peut rassembler ces vérités sous quatre
chefs fondamentaux : le mystère de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, créateur
de tout ; le mystère du Christ, Verbe Incarné qui, né de la Vierge Marie, a
souffert, est mort et est ressuscité pour notre salut ; le mystère de l’Esprit-Saint,
présent dans l’Église qu’il sanctifie et dirige jusqu’à l’avènement
glorieux du Christ, notre Sauveur et notre Juge ; le mystère de l’Église,
Corps mystique du Christ, où la Vierge Marie tient une place suréminente.
CARACTÈRE HISTORIQUE DU MYSTÈRE DU SALUT
44. L’économie du salut se réalise dans le
temps : elle a commencé dans le passé, elle s’est développée et elle a
atteint son sommet dans le Christ, elle déploie sa puissance dans le présent,
et elle attend son accomplissement dans l’avenir. Aussi, le souvenir du passé,
la conscience du présent et l’espérance de la vie future doivent-ils être
pleinement mis en valeur dans l’exposé du contenu de la catéchèse.
C’est la raison pour laquelle la catéchèse
rapporte l’événement suprême de toute l’histoire du salut auquel les
chrétiens adhèrent par la foi, à savoir : l’Incarnation, la Passion, la
Mort et la Résurrection du Christ.
En outre, la catéchèse rend les chrétiens
capables de reconnaître comment le mystère salvifique du Christ est agissant
aujourd’hui et à travers les siècles par l’Esprit-Saint et le ministère
de l’Église ; elle les conduit aussi à connaître leurs devoirs envers Dieu,
envers eux-mêmes et envers le prochain.
Enfin, la catéchèse dispose favorablement
les cœurs à l’espérance de la vie future qui est l’achèvement de toute l’histoire
du salut, cette vie à laquelle doivent tendre les chrétiens avec une confiance
filiale, mais aussi dans la crainte sacrée du jugement de Dieu. Par cette
espérance, la communauté des fidèles est remplie d’une attente
eschatologique profonde, qui lui permet d’avoir des pensées justes sur les
biens humains et terrestres, en les ramenant à leurs proportions réelles, sans
pourtant les mépriser comme des réalités sans valeur.
Dans l’exposé du contenu de la catéchèse,
il faut sans cesse tenir compte, et d’une façon effective, de ces trois
perspectives essentielles.
SOURCES DE LA CATÉCHÈSE
45. Le contenu de la catéchèse se trouve
dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition ; il est compris en
profondeur et analysé par la foi du peuple chrétien sous la conduite du
Magistère qui seul l’enseigne avec autorité ; il est célébré dans la
liturgie ; il se manifeste dans la vie de l’Église, surtout dans la vie des
justes et des Saints ; il apparaît aussi, d’une certaine façon, dans les
valeurs morales authentiques qui, grâce à Dieu, se trouvent dans la société
des hommes.
Ce sont là les sources de la catéchèse,
principales ou complémentaires. Il ne faut donc absolument pas les entendre
dans un sens univoque. En s’y référant le catéchiste doit d’abord et
toujours considérer la supériorité incontestable de la révélation écrite
ou transmise par la tradition, ainsi que l’autorité du Magistère de l’Église
dans les questions liées à la foi.
En outre, dans l’exposé de n’importe
quelle partie du contenu de la foi, le catéchiste doit bien marquer comment le
mystère du Christ tient le centre de cette partie qu’il expose, comment l’Église
interprète ce point et comment elle le définit, comment elle le célèbre, le
rend efficace et le fait entrer dans sa liturgie et dans la pratique de la vie
chrétienne. Enfin, le catéchiste doit examiner avec soin comment, avec l’aide
de l’Esprit-Saint, peut se réaliser de nos jours le dessein de Dieu.
PRINCIPE GÉNÉRAL DE MÉTHODOLOGIE
CATÉCHISTIQUE
46. Les règles indiquées ci-dessus, ayant
trait à l’exposé du contenu de la catéchèse, doivent être appliquées
dans les différentes formes de la catéchèse, catéchèse biblique et
liturgique, résumé doctrinal, interprétation des conditions de l’existence
humaine, etc...
On ne peut, toutefois, en déduire l’ordre
à suivre. Il est possible de partir de Dieu pour aboutir au Christ, ou l’inverse
; de même, on peut commencer par l’homme pour aboutir à Dieu, ou l’inverse,
etc... On choisira la méthode pédagogique la plus adaptée aux circonstances
dans lesquelles se trouvent les destinataires de la catéchèse, qu’il s’agisse
de la communauté ecclésiale ou des fidèles pris en particulier. D’où la
nécessité de rechercher avec un soin attentif et de découvrir les voies et
les manières d’agir qui peuvent le mieux correspondre aux diverses
circonstances.
C’est le rôle des Conférences Épiscopales
de donner, à ce propos, des directives plus précises et de les mettre en Œuvre
par des directoires catéchistiques, par des catéchismes correspondant aux
différents âges et aux conditions culturelles, ou par tous autres moyens qui
leur paraîtraient opportuns (cf. ci-dessous VIe partie).
CHAPITRE II
Éléments principaux du mystère chrétien
LE MYSTÈRE D’UN SEUL DIEU PÈRE, FILS,
ESPRIT-SAINT
47. L’histoire du salut, c’est l’histoire
de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et un : Père, Fils,
Esprit-Saint, se révèle aux hommes et, après les avoir détournés du péché,
se les réconcilie et les unit à lui.
L’Ancien Testament, tout en affirmant
hautement l’unité de Dieu dans un monde polythéiste, esquisse déjà une
annonce du mystère de la Trinité, annonce qui n’est pourtant pleinement
explicitée que dans la personne, les Œuvres et les paroles de Jésus-Christ.
Celui-ci, en effet, par là même qu’il se révèle Fils de Dieu, révèle en
même temps le Père et le Saint-Esprit. La connaissance intime du vrai Dieu
saisit tout l’esprit du divin Maître, et il la communique à ses disciples,
les appelant à devenir fils de Dieu par le don, qu’il leur fait avec largesse,
de son Esprit filial (cf. Jn 1, 12 ; Rom 8, 15).
Dès lors, dans la catéchèse, la rencontre
avec le Dieu Un et Trine a lieu d’abord et principalement lorsque le Père, le
Fils et le Saint-Esprit sont reconnus comme les auteurs de ce dessein de salut
qui culmine dans la mort et la résurrection de Jésus (cf. Irénée, Démonst.
prédic. apost., n. 6, S. Chr., 62, pages 39 sq). Ainsi, la révélation du
mystère transmise par l’Église donne aux fidèles de prendre toujours
davantage conscience de leur vocation : ils comprennent dans la foi que leur
vie, depuis leur baptême, consiste à entrer dans une familiarité intime avec
les trois Personnes divines, puisqu’ils sont appelés à participer à leur
nature divine. Enfin, par le don du Saint-Esprit, les chrétiens peuvent déjà
contempler avec les yeux de la foi la Très Sainte Trinité des Personnes, telle
qu’elle est de toute éternité dans la vie intime de Dieu, et lui témoigner
leur amour filial.
LE CULTE AUTHENTIQUE DE DIEU DANS UN MONDE
SÉCULARISÉ
48. " Le Dieu et Père de notre Seigneur
Jésus-Christ " (Eph 1, 3) est " le Dieu vivant " (Mt 16, 16) :
il est le Dieu saint, juste et miséricordieux, le Dieu auteur d’une alliance
avec les hommes, le Dieu qui voit, libère et sauve, le Dieu qui aime comme un
père, comme un époux. La catéchèse annonce avec joie ce Dieu qui est la
source de toute notre espérance (cf. 1 Pierre 1, 3-4).
Or, la catéchèse ne peut ignorer que
beaucoup de nos contemporains ressentent vivement l’éloignement, sinon l’absence
de Dieu. Ce fait, qui est lié au processus de sécularisation, constitue sans
doute un péril pour la foi, mais, par ailleurs, il nous pousse à purifier
notre foi et, comme il convient, à devenir plus humbles devant le mystère de
Dieu : " Vraiment, tu es un Dieu caché, le Dieu d’Israël, le Sauveur
" (Is 45, 15). A cette lumière, il est possible de mieux comprendre la
vraie nature du culte que Dieu demande et qui le glorifie : un culte qu’accompagne
le désir d’accomplir sa volonté dans n’importe quel secteur d’activité,
et de multiplier fidèlement, dans la charité, les talents qu’il nous a
confiés (cf. Mt 25, 14 ss.). Dans la sainte Liturgie, les fidèles apportent
les fruits de tous leurs actes de charité, de justice et de paix pour les
offrir humblement à Dieu ; ils y trouvent les paroles de vie et les grâces
dont ils ont besoin pour vivre dans le monde selon la vérité et dans la
charité (cf. Eph 4, 15) en communion avec le Christ qui offre son Corps et son
Sang pour les hommes.
LA CONNAISSANCE DE DIEU ET LE TÉMOIGNAGE DE
LA CHARITÉ
49. Le meilleur moyen pour les fidèles d’aider
le monde athée à s’approcher de Dieu, c’est le témoignage d’une vie
conforme au message de charité du Christ, et d’une foi vivante et adulte qui
rayonne dans des œuvres de justice et de charité (cf. GS, 21).
On ne doit pas oublier toutefois que, par l’usage
correct de la raison humaine, comme l’Église le croit et l’enseigne (cf.
Concile Vatican I, Const. dogm. Dei Filius, Dz. - Sch. 3004-3005, 3026), il est
possible, à partir des réalités créées, de connaître Dieu principe et fin
de toutes choses. Cette connaissance de Dieu, bien loin de s’opposer à la
dignité humaine, la fonde au contraire et la garantit.
Bien que la fin de l’Église soit le salut
éternel des hommes, la foi dans le Dieu vivant entraîne, néanmoins, avec elle
le devoir pressant d’apporter aussi son concours à la solution des questions
humaines (cf. 1 Jn 4, 20-21) : en ce domaine, les chrétiens doivent témoigner,
par leurs œuvres, de la valeur du message du Seigneur.
JÉSUS-CHRIST, FILS DE DIEU, PREMIER-NÉ DE
TOUTE CRÉATURE ET SAUVEUR
50. Le point culminant des Œuvres de Dieu est
l’Incarnation de son Fils Jésus-Christ. Premier-né de toute créature, il
est avant tous et toutes choses subsistent en lui (cf. Col 1, 15-17). C’est en
lui, par lui et pour lui que tout a été créé (cf. Col 1, 15 ss.).
Obéissant jusqu’à la mort, il a été
exalté comme le Seigneur de tous, il nous a été manifesté Fils de Dieu avec
puissance par sa résurrection (cf. Rom 1, 4). Premier-né d’entre les morts,
il vivifie tous les hommes (cf. 1 Cor 15, 22) en lui nous sommes créés hommes
nouveaux (cf. Eph 2, 10) par lui toute créature sera délivrée de l’esclavage
de la corruption (cf. Rom 8, 19-21). " Le salut n’est en aucun autre
" (Act 4, 12).
LA CRÉATION, COMMENCEMENT DE L’ÉCONOMIE DU
SALUT
51. L’univers, créé " ex nihilo
", est le monde dans lequel, par Jésus-Christ, s’accomplissent
réellement le salut et la rédemption.
Déjà, dans l’Ancien Testament, la vérité
de l’action créatrice de Dieu n’est pas présentée comme un principe
philosophique abstrait ; elle entre dans l’esprit des Israélites, grâce à
la connaissance de l’unité de Dieu, comme une annonce de la puissance et de
la victoire de Yahvé, comme une preuve qui démontre la présence permanente du
Seigneur avec son peuple (cf. Is 40, 27-28 ; 51, 9-13). La toute-puissance de
Dieu créateur se manifeste encore, de manière éminente, dans la résurrection
du Christ, où se révèle " l’extraordinaire grandeur de sa puissance
" (Eph 1, 19).
C’est pourquoi la vérité de la création
ne doit pas être présentée simplement comme une vérité se tenant par
elle-même, à part des autres, mais comme quelque chose qui, de fait, est
ordonné au salut accompli par le Christ. La création des choses visibles et
invisibles, du monde et des anges, est le commencement de l’histoire du salut
(cf. DV, 3) ; la création de l’homme (cf. Pie XII, Enc. Humani Generis, AAS,
1950, page 575 ; GS, 12, 14) doit être considérée comme le premier don et le
premier appel qui conduisent à la glorification dans le Christ (cf. Rom 8,
29-30). Lorsqu’il écoute un exposé doctrinal sur la création, un chrétien,
en plus de réfléchir au premier acte par lequel Dieu " a créé le ciel
et la terre " (Gen 1, 1), doit encore orienter son esprit vers toutes les
entreprises salvifiques de Dieu. Celles-ci sont perpétuellement présentes dans
l’histoire de l’homme et du monde, elles commencent à briller surtout dans
l’histoire d’Israël, elles conduisent à l’événement souverain de la
résurrection du Christ, elles s’achèveront à la fin du monde, quand
apparaîtront des cieux nouveaux et des terres nouvelles (cf. 1 Pierre 3, 13).
JÉSUS-CHRIST, CENTRE DE TOUTE L’ÉCONOMIE
DU SALUT
52. En Jésus-Christ, le chrétien se
reconnaît solidaire de toute l’histoire et eu communion avec tous les hommes.
C’est au milieu de l’histoire du monde que s’accomplit l’histoire du
salut par laquelle Dieu réalise son dessein de constituer, dans le temps, le
peuple de Dieu, autrement dit " le Christ total ". Que le chrétien,
avec simplicité et sincérité, reconnaisse qu’une part lui revient dans
cette Œuvre qui, par la puissance du Christ Sauveur, vise à ce que la
création rende le plus possible gloire à Dieu (cf. 1 Cor 15, 28).
JÉSUS-CHRIST, VRAI HOMME ET VRAI DIEU, DANS L’UNITÉ
DE SA PERSONNE DIVINE
53. Ce grand mystère du Christ, Tête et
Seigneur de l’univers, " a été manifesté dans la chair " (1 Tim
3, 16). Le Christ Jésus, homme lui-même, qui a habité parmi les hommes, a
travaillé avec des mains d’homme, pensé avec une intelligence d’homme, agi
avec une volonté d’homme, aimé avec un cœur d’homme, est vraiment le
Verbe et le Fils de Dieu qui, par l’Incarnation, s’est uni en quelque sorte
à chacun des hommes (GS, 22).
La catéchèse doit annoncer Jésus dans son
existence concrète et dans son message ; elle doit ménager aux auditeurs l’accès
à la perfection admirable de son humanité, de telle manière qu’ils puissent
reconnaître le mystère de sa divinité. En vérité, le Christ Jésus, uni au
Père par une relation unique et assidue de prière, a vécu avec les hommes
dans une communion toujours étroite. Il les a tous entourés de sa bonté :
justes et pécheurs, pauvres et riches, concitoyens et étrangers ; s’il a
marqué une prédilection pour certains, ce fut pour les malades, les pauvres et
les humbles. Envers la personne humaine, il a manifesté un respect et une
sollicitude dont nul n’a donné le témoignage avant lui.
La catéchèse doit, sans cesse, défendre et
fortifier la foi en la divinité de Jésus-Christ, pour que les hommes ne l’accueillent
pas seulement en raison de sa -vie humaine admirable, mais qu’ils
reconnaissent en lui, à partir de ses paroles et des signes qu’il accomplit,
le Fils unique de Dieu (cf. Jn 1, 18), " Dieu, né de Dieu, lumière née
de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même
nature que le Père " (Dz. - Sch. 150). La juste interprétation du
mystère de l’Incarnation a progressé dans la tradition chrétienne : par une
recherche assidue d’intelligence de la foi, les Pères et les Conciles ont
dirigé leurs efforts en vue de préciser les notions, d’exposer plus
nettement le caractère propre du mystère du Christ, de scruter les liens
mystérieux qui l’unissent au Père céleste lui-même et aux hommes. A l’appui
de cette vérité est venu s’ajouter le témoignage vivant de l’Église au
cours des siècles : la communion de Dieu avec les hommes, accomplie dans le
Christ, s’avère une source de joie et d’inépuisable espérance. Dans le
Christ réside toute la plénitude de la divinité, par lui s’est manifesté l’amour
de Dieu pour les hommes.
Saint Ignace écrivait aux Éphésiens :
" Il n’y a qu’un seul médecin, charnel et spirituel, engendré et
inengendré, Dieu venu en chair, vie véritable dans la mort, né de Marie et
né de Dieu, d’abord impassible et maintenant passible, Jésus-Christ notre
Seigneur " (Eph 7, 2 ; RJ, 39).
JÉSUS-CHRIST, SAUVEUR ET RÉDEMPTEUR DU MONDE
54. Dans l’histoire des hommes et du monde,
soumise au péché, le mystère du Christ apparaît, non seulement comme le
mystère de l’Incarnation, mais aussi comme le mystère du Salut et de la
Rédemption.
Dieu a tant aimé les hommes pécheurs qu’il
a donné son Fils pour se réconcilier le monde (cf. 2 Cor 5, 19). Ainsi Jésus,
comme premier-né d’une multitude de frères (cf. Rom 9, 29), saint, innocent
et immaculé (cf. Heb 7, 26), obéissant à son Père d’un amour libre et
filial (cf. Phil 2, 8), a accepté, pour ses frères pécheurs et comme leur
Médiateur, la mort qui, pour eux, est le salaire du péché (cf. Rom 6, 23 ;
GS, 18). Par sa mort très sainte, il a racheté le genre humain de l’esclavage
du péché et du démon, il a répandu sur lui son Esprit d’adoption, fondant
ainsi en lui-même une humanité nouvelle.
LES SACREMENTS, ACTES DU CHRIST DANS L’ÉGLISE,
QUI EST LE SACREMENT PRIMORDIAL
55. Le mystère du Christ se continue dans l’Église,
qui jouit sans cesse de l’intimité de sa présence et qui est à son service,
spécialement par ces signes, institués par le Christ, qui signifient et
produisent le don de la grâce, et auxquels on donne proprement le nom de
sacrements (cf. Conc. de Trente, Décret sur les sacrements, Dz. - Sch. 1601).
Mais l’Église, puisqu’elle n’est pas
seulement le peuple de Dieu, mais qu’elle est aussi, dans le Christ, comme
" le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité
de tout le genre humain " (LG, 1), doit être regardée elle-même, d’une
certaine manière, comme le sacrement primordial.
Les sacrements sont les actions principales et
fondamentales par lesquelles Jésus-Christ prodigue son Esprit aux fidèles,
pour en faire le peuple saint qui, en lui et avec lui, s’offre en une oblation
agréable au Père. Sans doute, les sacrements doivent-ils être considérés
comme des biens inestimables de l’Église à qui appartient le pouvoir de les
administrer ; ils doivent cependant être toujours rapportés au Christ dont ils
reçoivent leur efficacité. C’est réellement le Christ qui baptise. Ce n’est
pas tant un homme qui célèbre l’Eucharistie que le Christ lui-même ; car c’est
lui qui, par le ministère des prêtres, s’offre dans le sacrifice de la Messe
(cf. Conc. de Trente, Doctrine du sacrifice de la Messe, Dz. Sch. 1743). L’action
sacramentelle est, avant tout, une action du Christ, et les ministres de l’Église
en sont comme les instruments.
LES SACREMENTS DANS LEUR VÉRITÉ INTÉGRALE
56. La catéchèse aura soin de présenter les
sept sacrements dans leur vérité intégrale.
D’abord, il faut les présenter comme les
sacrements de la foi. Certes, ils expriment par eux-mêmes la volonté efficace
du Christ Sauveur ; mais les hommes, de leur côté, doivent manifester une
volonté sincère de répondre à l’amour et à la miséricorde de Dieu. C’est
pourquoi la catéchèse aura soin de se préoccuper des dispositions requises,
et d’éveiller sincérité et générosité pour une digne réception des
sacrements.
Ensuite, il faut présenter les sacrements, en
fonction certes, de la nature et du but de chacun d’eux, non seulement comme
des remèdes au péché et à ses conséquences, mais surtout comme des sources
de la grâce pour les personnes et les communautés, de telle sorte que toute la
communication de la grâce dans la vie des fidèles se rapporte d’une certaine
manière à l’économie sacramentelle.
CATÉCHÈSE DES SACREMENTS
57. Le Baptême purifie l’homme de la faute
originelle et de tous les péchés personnels, il le fait fils de Dieu en le
régénérant, il l’incorpore à l’Église, il le sanctifie par les dons du
Saint-Esprit et, par un caractère indélébile imprimé dans l’âme, il le
fait participer de manière initiale aux fonctions sacerdotale, prophétique et
royale du Christ.
La Confirmation attache plus parfaitement le
chrétien à l’Église et l’enrichit d’une force spéciale du Saint-Esprit,
pour qu’il vive dans le monde en témoin du Christ.
Puisque la vie des chrétiens, qui est un
combat sur la terre, est exposée aux tentations et aux péchés, la voie du
sacrement de pénitence est ouverte aux chrétiens, pour qu’ils obtiennent le
pardon du Dieu de miséricorde et qu’ils se réconcilient avec l’Église.
L’Ordre configure au Christ Médiateur, d’une
façon particulière, certains membres du peuple de Dieu, en leur conférant le
pouvoir sacré de paître l’Église, de nourrir les fidèles de la parole de
Dieu, de les sanctifier, et surtout d’offrir le sacrifice de la Messe au nom
même du Christ, et de présider le banquet eucharistique.
" Par l’onction sainte des malades et
la prière des prêtres, l’Église tout entière recommande les malades au
Seigneur souffrant et glorifié, pour les soulager et les sauver " (LG, 11
; cf. Jac 5, 14-16).
Dans la catéchèse des sacrements, on donnera
une grande importance à l’explication des signes. La catéchèse conduira les
fidèles, par le moyen des signes visibles, à pénétrer les invisibles
mystères du salut de Dieu.
L’EUCHARISTIE, CENTRE DE TOUTE LA VIE
SACRAMENTELLE
58. Le primat de l’Eucharistie sur tous les
sacrements ne fait aucun doute, non plus que son efficacité suréminente dans l’édification
de l’Église (cf. LG, 11, 17 ; Instr. Eucharisticum mysterium, nn. 5-15).
Dans l’Eucharistie, en effet, quand sont
prononcées les paroles de la consécration, la réalité profonde (et non la
réalité phénoménale) du pain et du vin est changée au corps et au sang du
Christ ; ce changement admirable a reçu, dans l’Église, le nom de "
transsubstantiation ". Ainsi, sous les apparences (ou la réalité
phénoménale) du pain et du vin, l’humanité même du Christ, non seulement
par sa puissance, mais par, elle-même (c’est-à-dire substantiellement), unie
à la personne divine du Christ, se trouve mystérieusement cachée (Cf. Paul
VI, Encyc. Mysterium fidei, AAS, 1965, page 766).
Ce sacrifice n’est pas seulement un rite
commémoratif du sacrifice du passé. En lui, en effet, le Christ perpétue au
long des siècles le sacrifice de la Croix par le ministère des prêtres, d’une
manière non sanglante (cf. SC, 47), et il nourrit les fidèles de lui-même,
qui est le pain de vie, afin que, pénétrés de l’amour de Dieu et de l’amour
du prochain, ils deviennent de plus en plus un peuple agréable à Dieu.
Que les fidèles, nourris de la Victime du
sacrifice de la Croix, écartent par un amour vrai et actif les préjugés qui
font parfois dénoncer la stérilité d’un culte accusé de détourner les
chrétiens de la collaboration fraternelle avec les hommes. La raison d’être
du banquet eucharistique est de faire que les fidèles unissent, chaque jour
davantage, leur cœur à Dieu dans une prière fervente et, par là, qu’ils
puissent reconnaître dans les autres des frères du Christ et des fils de Dieu,
et les aimer comme tels.
LE SACREMENT DE MARIAGE
59. Aujourd’hui, tout en maintenant l’excellence
que le message chrétien reconnaît à la virginité consacrée (cf. 1 Cor 7, 38
; Concile de Trente, Canons sur le sacrement de mariage, Dz. - Sch. 1810), il
faut accorder une particulière importance à la catéchèse du mariage,
institué par le Créateur lui-même et possédant en propre ses valeurs, ses
fins et ses lois diverses (cf. GS, 48).
S’appuyant sur les enseignements de la foi
et sur la loi naturelle, sous la conduite du Magistère de l’Église, à qui
il revient d’interpréter authentiquement la loi morale et la loi naturelle (cf.
Encyc. Humanae vitae, n. 4, AAS, 1968, page 483), tenant compte en même temps
des progrès actuels des sciences anthropologiques, la catéchèse doit situer
le fondement de la vie familiale dans le mariage, aussi bien en ce qui regarde
ses valeurs et la loi divine d’unité et d’indissolubilité, qu’en ce qui
concerne les exigences d’amour qu’il comporte, par son caractère naturel,
et qui sont ordonnées à la procréation et à l’éducation des enfants. Dans
la régulation des naissances, la chasteté conjugale doit être observée selon
la doctrine de l’Église (cf. Encyc. Humanae vitae, n. 14, AAS, 1968, page
490).
Puisque, pour les baptisés, le Christ a
élevé le mariage à la dignité de sacrement, les époux, ministres du
sacrement par le consentement personnel et irrévocable qu’ils expriment, en
vivant dans la grâce du Christ, imitent et d’une certaine façon
représentent l’amour du Christ lui-même pour son Église (cf. Eph 5, 25).
Les époux chrétiens sont fortifiés et comme consacrés par ce sacrement, pour
remplir les devoirs de leur état et en conserver la dignité (cf. GS, 48).
Enfin, il importe que la famille, dans la
ligne même de sa vocation, devienne une communauté ouverte à la fois à l’Église
et au monde.
L’HOMME NOUVEAU
60. Lorsqu’il reçoit l’Esprit du Christ,
l’homme instaure avec Dieu une forme de vie entièrement nouvelle et gratuite.
L’Esprit-Saint, présent dans l’âme du
chrétien, rend celui-ci participant de la nature divine, il l’unit intimement
au Père et au Christ dans une communion de vie que la mort même ne peut rompre
(cf. Jn 14, 23). L’Esprit-Saint guérit l’homme de ses faiblesses et de ses
infirmités spirituelles ; il le libère de l’esclavage des passions et de l’amour
immodéré de soi, en lui donnant une énergie pour observer la loi divine ; il
l’affermit par l’espérance et la force ; il l’éclaire dans la recherche
du bien ; il répand en lui des fruits de charité, de joie, de paix, de
patience, de bienveillance, de bonté, de longanimité, de douceur, de foi, de
modestie, de continence, de chasteté (cf. Gal 5, 22-213). Aussi l’Esprit-Saint
est-il invoqué comme l’hôte de l’âme.
La grâce est la justification du péché et l’habitation
de Dieu dans l’âme. Quand on dit que l’homme pécheur est justifié par
Dieu, qu’il est vivifié par le Saint-Esprit, qu’il possède en lui la vie
du Christ, ou qu’il a la grâce, on emploie des expressions qui, en termes
différents, veulent dire une seule et même chose : mourir au péché, devenir
par l’esprit d’adoption participant de la divinité du Fils, entrer en
communion intime de vie avec la Très Sainte Trinité.
L’homme de l’histoire du salut est l’homme
ordonné à la grâce d’adoption filiale et à la vie éternelle. L’anthropologie
chrétienne trouve son caractère propre dans la grâce du Christ Sauveur.
LIBERTÉ HUMAINE ET CHRÉTIENNE
61. La vocation divine de l’homme exige qu’il
donne une réponse libre dans le Christ Jésus.
L’homme ne peut pas ne pas être libre. Il
importe souverainement à sa dignité et à son devoir que, maître de ses actes,
il observe la loi morale de l’ordre de la nature et de l’ordre de la grâce,
et qu’il s’attache ainsi à Dieu qui s’est révélé dans le Christ. La
liberté de l’homme déchu a été à ce point blessée, qu’il ne peut
observer longtemps même les devoirs de la loi naturelle sans le secours de la
grâce de Dieu ; mais avec la grâce, sa liberté est élevée et fortifiée de
telle sorte que, ce qu’il vit dans la chair, il peut le vivre saintement dans
la foi au Christ Jésus (cf. Gal 2, 10).
L’Église a mission de défendre et de
promouvoir ce sens véritable de la liberté, ainsi que son usage normal, contre
toute espèce de contrainte injuste. Elle protège, en outre, la liberté contre
ceux qui la nient, prétendant que l’activité de l’homme est simplement
soumise au déterminisme psychologique et aux conditions économiques, sociales,
culturelles ou autres.
Cependant, l’Église n’ignore pas du tout
que la liberté, même aidée par la grâce divine, est en butte à de graves
difficultés psychologiques et à l’influence des conditions extérieures dans
lesquelles chacun doit vivre, au point que la responsabilité humaine se trouve
souvent diminuée et, dans certains cas, quasi ou franchement supprimée. L’Église
tient compte aussi des recherches et des progrès actuels des sciences
anthropologiques concernant l’usage et les limites de la liberté humaine. C’est
pourquoi elle se préoccupe, à la fois, de l’éducation et de la formation d’une
liberté authentique, et des conditions à établir, sur les terrains
psychologique, social, économique, politique et religieux, pour que cette
liberté puisse s’exercer en vérité et en toute justice. Les chrétiens
doivent donc apporter leur concours attentif et loyal, dans l’ordre des choses
temporelles, pour que soient instaurées, dans la mesure du possible, les
conditions les plus favorables à un sain exercice de la liberté. Ce devoir
leur est, certes, commun avec tous les hommes de bonne volonté, mais ils savent
qu’ils sont astreints à ce devoir pour une raison plus haute et plus
pressante : il ne s’agit pas seulement, en effet, de promouvoir un bien
concernant cette vie terrestre, il s’agit d’un devoir qui finalement
concerne l’acquisition de l’inestimable bienfait de la grâce et du salut
éternel.
LE PÉCHÉ DE L’HOMME
62. Il ne faut cependant pas regarder les
conditions de l’histoire et de la vie comme le principal obstacle à la
liberté de l’homme ; l’homme, lorsqu’il adhère librement à l’œuvre
du salut, rencontre l’opposition majeure du péché.
" Établi par Dieu dans un état de
justice, l’homme, séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, a
abusé de sa liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa
fin hors de Dieu " (GS, 13). " Par un seul homme, le péché est
entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en
tous les hommes, du fait que tous ont péché " (Rom 5, 12). " La
nature humaine ainsi tombée, dépouillée du don de la grâce qui l’ornait
auparavant, blessée dans ses propres forces naturelles et soumise à l’empire
de la mort, est transmise à tous les hommes, et c’est en ce sens que chaque
homme naît dans le péché " (Paul VI, Profession de foi, n. 16, AAS,
1968, page 439). C’est pourquoi la multitude des péchés est devenue l’expérience
douloureuse des hommes et demeure la cause de toutes sortes de douleurs et de
ruines. Il ne faut pas non plus oublier la doctrine de la nature et des effets
du péché personnel, par lequel l’homme, agissant sciemment et
délibérément, viole par ses actes la loi morale et, en matière grave,
offense gravement Dieu même.
L’histoire du salut est aussi l’histoire
de la libération du péché. Toutes les interventions de Dieu, dans l’Ancien
et dans le Nouveau Testament, visent à ce que les hommes soient guidés dans le
combat contre les forces de péché ; le rôle accordé au Christ dans l’histoire
du salut concerne la destruction du péché et trouve son achèvement dans le
mystère de la Croix. Les profondes considérations que l’on trouve chez saint
Paul (cf. Rom 5) sur la réalité du péché et " l’œuvre de justice
" du Christ qui en découle, sont à ranger parmi les points principaux de
la foi chrétienne, qu’il n’est pas possible de passer sous silence en
catéchèse.
Cependant, le salut apporté par le Christ
dépasse de beaucoup la rédemption du péché, puisque par ce salut s’accomplit
le dessein formé par Dieu de se communiquer en Jésus avec une plénitude qui
dépasse tout à fait l’entendement humain ; il s’agit d’un dessein qui
perdure malgré les péchés des hommes, et qui confère une grâce surabondante
par rapport à la mort apportée par le péché (cf. Rom 5, 15-17). Ce dessein d’amour,
en vertu duquel les hommes sont appelés à participer à la vie divine
elle-même par le Saint-Esprit, garde toujours sa force et concerne tous les
temps. L’homme, même pécheur, demeure toujours dans cet ordre unique que
Dieu a voulu, cet ordre où Dieu se communique à nous avec bonté dans le
Christ Jésus, et ainsi, sous la motion de la grâce, l’homme peut, par la
pénitence, parvenir au salut.
LA VIE MORALE DES CHRÉTIENS
63. Le Christ a confié à ses apôtres la
mission d’apprendre à observer tout ce qu’il avait lui-même prescrit (cf.
Mt 28, 20). La catéchèse doit donc comprendre, non seulement ce qu’il faut
croire, mais aussi ce qu’il faut faire.
La vie morale des chrétiens, qui est la
manière d’agir digne aussi bien de l’homme que du fils adoptif de Dieu,
correspond au devoir de vivre et de grandir sous la conduite de l’Esprit-Saint
dans la vie nouvelle communiquée par Jésus-Christ.
La vie morale des chrétiens est dirigée par
la grâce et les dons du Saint-Esprit : " L’amour de Dieu a été
répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné "(Rom
5, 5).
La docilité avec laquelle il faut obéir au
Saint-Esprit implique également l’observance fidèle des commandements de
Dieu, des lois de l’Église et des lois civiles justes.
En outre, il est nécessaire que la liberté
chrétienne soit dirigée et orientée dans les circonstances concrètes de la
vie humaine. En conséquence, la conscience des fidèles, même informée par la
vertu de prudence, doit être soumise au Magistère de l’Église à qui il
appartient de proclamer avec autorité l’ensemble de la loi morale, pour
exprimer avec justesse et vérité l’ordre moral objectif.
De plus, la conscience des chrétiens doit
elle-même être avertie qu’il existe aussi des règles absolues ou
obligatoires pour tous et dans tous les cas. C’est la raison pour laquelle les
saints ont confessé le Christ par la pratique de vertus
héroïques, et que les martyrs ont subi les
tortures et la mort plutôt que de renier le Christ.
LA PERFECTION DE LA CHARITÉ
64. L’action de l’Esprit du Christ se
manifeste clairement lorsqu’on met en lumière la note propre de la doctrine
morale chrétienne, dont tous les préceptes et conseils sont ramenés, comme à
leur centre vital, à la foi qui opère par la charité (cf. Gal 5, 6).
L’homme est appelé à adhérer librement en
toutes choses à la volonté de Dieu : c’est " l’obéissance de la foi
par laquelle l’homme s’en remet tout entier librement à Dieu " (DV,
5). Or, Dieu est charité et son dessein vise à ce que, dans le Christ, son
propre amour soit communiqué et que les hommes soient invités à l’amour
mutuel ; il s’ensuit donc qu’adhérer librement et parfaitement à Dieu et
à soi, dessein équivaut à entreprendre une vie qui, dans l’observance des
commandements, soit dirigée par l’amour : c’est, en d’autres termes,
embrasser et traduire en acte dans la vie le commandement nouveau qu’est le
précepte de la charité.
L’homme est donc appelé à assumer, dans la
foi, une vie de charité envers Dieu et envers les autres hommes ; en cela
réside sa plus grande responsabilité et sa plus haute dignité morale. La
sainteté de l’homme, quels que soient son état de vie ou sa vocation, n’est
rien d’autre que la perfection de la charité (cf. LG, 39-42).
L’ÉGLISE, PEUPLE DE DIEU ET INSTITUTION
SALVIFIQUE
65. L’Église, instituée par le Christ, est
née de sa mort et de sa résurrection. Elle est le nouveau peuple de Dieu,
préparé tout au long de l’histoire d’Israël, le peuple que le Christ
vivifie et développe par l’effusion de l’Esprit, qu’il rénove et dirige
perpétuellement par ses dons hiérarchiques et charismatiques ; " le
peuple qui tire son unité de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint
" (LG, 4).
Ainsi donc l’Église, peuple de Dieu,
société des fidèles, communion des hommes dans le Christ, est l’œuvre de l’amour
salvifique de Dieu dans le Christ.
Les principes qui engendrent et forment les
chrétiens, qui les constituent en communauté, à savoir : le dépôt de la foi,
les sacrements, les ministères apostoliques, se trouvent dans l’Église
Catholique, lui sont confiés et suscitent les activités ecclésiales. En d’autres
termes, se trouvent dans l’Église tous les moyens nécessaires pour la
rassembler et la conduire à la maturité en tant que communion des hommes dans
le Christ. Cette œuvre est le fruit, non seulement de l’acte du Dieu
transcendant, de l’opération du Christ invisible et de son Esprit, mais aussi
le fruit des institutions, des fonctions et des actions salvifiques de l’Église.
Ainsi l’Église n’est pas seulement la société des fidèles ; elle est
encore, par son activité ministérielle et salutaire, la mère des fidèles.
L’Église est le peuple saint de Dieu, qui
participe de la fonction prophétique du Christ (cf. LG, 12) ; rassemblé par la
parole de Dieu, il la reçoit et en témoigne dans le monde entier. C’est un
peuple sacerdotal : " Le Christ Seigneur, Pontife pris d’entre les hommes,
du peuple nouveau " a fait... un royaume et des prêtres pour Dieu son
Père " (Apoc 1, 6). Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction
du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un
sacerdoce saint, pour présenter, par toute l’activité de l’homme chrétien,
des offrandes spirituelles, et pour annoncer la puissance de celui qui les a
appelés des ténèbres à son admirable lumière " (LG, 10). Mais l’Église
est essentiellement une société hiérarchique : un peuple conduit par ses
Pasteurs unis au Souverain Pontife, Vicaire du Christ, et sous sa direction (cf.
LG, 22) ; les fidèles se tournent vers eux avec un amour filial et un respect
obéissant. C’est un peuple en marche vers la plénitude du mystère du Christ.
La présence de l’Esprit-Saint dans l’Église,
d’une part, assure en elle, et de façon indéfectible, les conditions
objectives requises pour sa rencontre sanctifiante avec le Christ , d’autre
part, cette même présence fait que l’Église, dans ses membres et pour ses
membres ainsi que dans ses structures contingentes, tend à une purification et
une rénovation continuelles.
L’ÉGLISE COMME COMMUNION
66. L’Église est communion : elle a pris
une conscience plus lucide de cette vérité au Concile Vatican II.
Elle est le peuple rassemblé par Dieu, uni
par des liens spirituels étroits. Certes, sa structure réclame une diversité
de dons et de fonctions ; cependant cette distinction, qui peut être, non
seulement de degré, mais aussi d’essence comme c’est le cas entre le
sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des fidèles, ne supprime pas du
tout en elle l’égalité des personnes, radicale et constitutive. " Il n’y
a donc qu’un seul peuple de Dieu élu : " Un seul Seigneur, une seule foi,
un seul baptême " (Eph 4, 5) ; une commune dignité des membres de par
leur régénération dans le Christ, une commune grâce filiale, une commune
vocation à la perfection, un seul salut, une seule espérance, une charité
sans division... Bien que, par la volonté du Christ, certains soient établis,
pour les autres, docteurs, dispensateurs des mystères, et pasteurs, il règne
cependant entre eux une vraie égalité quant à la dignité et à l’action
commune à tous les fidèles pour l’édification du Corps du Christ "
(LG, 32).
Dans l’Église, donc, toute vocation est
digne d’honneur et appelle à la plénitude de l’amour, c’est-à-dire à
la sainteté ; toute personne possède sa propre qualité surnaturelle qui
mérite respect ; toutes les fonctions et tous les charismes, même si certains
sont objectivement plus éminents que d’autres, (cf. 1 Cor 12, 31 ; 7, 38),
contribuent au bien de tous les membres, par une sage multiplicité de formes
que la fonction apostolique doit discerner et coordonner (cf. LG, 12). Il en va
de même pour chacune des églises particulières ; en effet, dans chacune,
fût-elle restreinte, pauvre ou vivant dans la dispersion, " le Christ est
présent, par la vertu de qui se rassemble l’Église une, sainte, catholique
et apostolique " (LG, 26).
Les fidèles catholiques doivent se
préoccuper des chrétiens séparés qui ne vivent pas en pleine communion avec
l’Église catholique, en priant pour eux, en établissant avec eux des
échanges sur les problèmes de l’Église, en faisant les premiers pas -vers
eux. Mais d’abord, ils doivent, chacun selon sa situation, examiner avec un
esprit sincère et attentif ce qu’il faut rénover et instaurer dans la
famille catholique elle-même, pour que sa vie rende plus fidèlement et plus
clairement témoignage à la doctrine et aux règles reçues du Christ et
transmises par les apôtres (cf. UR, 4, 5).
L’ÉGLISE, INSTITUTION SALVIFIQUE
67. L’Église n’est pas seulement une
communion entre frères, dont la tête est le Christ ; elle apparaît aussi
comme une institution à laquelle a été confiée une mission universelle de
salut. Le peuple de Dieu, " établi par le Christ dans une communion de
vie, de charité et de vérité, est pris aussi par lui comme instrument de la
rédemption de tous, et il est envoyé au monde entier comme la lumière du
monde et le sel de la terre " (LG, 9).
Pour cette raison, le Concile Vatican II
montre l’Église comme une réalité qui embrasse toute l’histoire, admet
toute la diversité des cultures et les ordonne à Dieu ; par l’action de l’Esprit
du Christ, elle est établie " sacrement universel du salut ". De
même, le Concile la montre comme l’Église qui instaure un dialogue avec le
monde ; observant les signes des temps, elle discerne ceux qui ont de l’importance
pour les hommes et sur lesquels elle s’accorde avec eux ; en outre, elle
veille à se faire comprendre et connaître du monde, s’efforçant de se
défaire des formes extérieures qui semblent moins évangéliques et dans
lesquelles apparaissent de manière trop manifeste les vestiges d’âges
révolus.
L’Église, en vérité, n’est pas de ce
monde, " elle n’est poussée par aucune ambition terrestre " (GS,
3), elle ne sera parfaite que dans les Cieux vers lesquels elle regarde et
chemine ; elle n’en est pas moins liée au monde et à son histoire. Cependant,
" l’intense sollicitude de l’Église, Épouse du Christ, pour les
besoins des hommes, leurs joies et leurs espoirs, leurs peines et leurs travaux,
n’a d’autre raison que son ardent désir de leur être présente, dans le
dessein d’éclairer les hommes de la lumière du Christ, de les rassembler et
de les unir tous en lui, leur unique Sauveur. Cette sollicitude ne peut jamais
signifier que l’Église se conforme aux choses de ce monde ou que diminue l’ardeur
de l’attente de son Seigneur et du Royaume éternel " (Paul VI,
Profession de foi, n. 27, AAS, 1968, page 444).
MARIE, MÈRE DE DIEU, MÈRE ET MODÈLE DE L’ÉGLISE
68. Marie est unie au Seigneur d’une
manière ineffable elle est sa Mère toujours vierge et, " dans la sainte
Église, elle tient la place la plus élevée après le Christ et en même temps
la plus proche de nous " (LG, 54).
Le don de l’Esprit du Christ se manifeste en
elle d’une façon tout à fait singulière, parce que Marie est " pleine
de grâce " (Lc 1, 28) et qu’elle est " le type de l’Église
" (LG, 63). Préservée de toute tache du péché originel, librement et
totalement fidèle au Seigneur, élevée en corps et en âme dans la gloire
céleste, en elle l’Esprit-Saint a déjà pleinement manifesté ses bienfaits.
Elle est, en effet, pleinement conforme " à son Fils, Seigneur des
seigneurs, victorieux du péché et de la mort " (LG, 59). Comme elle est
la Mère de Dieu et " notre mère dans l’ordre de la grâce " (L,G,
61), figure de la virginité et de la maternité de toute l’Église (cf. LG,
63-65), signe d’espérance assurée et de consolation pour le peuple de Dieu
en marche (cf. LG, 69), Marie " unit en elle pour ainsi dire et reflète
les plus grandes affirmations de la foi " et " elle renvoie les
croyants à son Fils et à son sacrifice, et à l’amour du Père "(LG,
65). C’est pourquoi l’Église, qui a en honneur les fidèles et les Saints
qui sont déjà auprès du Seigneur et intercèdent pour nous (cf. LG, 49, 50),
vénère la Mère du Christ et sa propre mère d’une façon toute spéciale.
COMMUNION FINALE AVEC DIEU
69. Dans le Christ Jésus et par son mystère,
les fidèles vivant déjà de l’espérance en cette vie terrestre attendent
" notre Seigneur Jésus-Christ qui transfigurera notre corps de misère
pour le conformer à son corps de gloire " (Ph 3, 21 ; cf. 1 Cor 15).
Cependant, les réalités dernières ne seront manifestées et n’atteindront
leur perfection que lorsque le Christ, juge des vivants et des morts, viendra
avec puissance pour achever l’histoire et remettre son peuple au Père, afin
que " Dieu soit tout en tous " (1 Cor 15, 24-28). Jusqu’à ce que
" le Seigneur vienne en sa majesté et tous les Anges avec lui, et que, la
mort une fois détruite, toutes choses lui soient soumises, certains parmi ses
disciples sont en pèlerinage sur cette terre, d’autres qui ont quitté cette
vie sont soumis à la purification, d’autres enfin sont glorifiés, voyant
clairement Dieu lui-même, Trinité et parfaite Unité, tel qu’il est "
(LG, 49).
L’Église tout entière, au jour de la venue
du Seigneur, atteindra sa perfection et entrera dans la plénitude de Dieu :
cela constitue l’objet fondamental de l’espérance et de la prière des
chrétiens (" que ton règne vienne "). La catéchèse qui traite des
fins dernières, d’une part, doit être transmise sous le signe de la
consolation, de l’espérance et d’une crainte salutaire (cf. 1 Th 4, 18),
toutes choses dont nos contemporains ont tant besoin ; d’autre part, elle doit
être communiquée de manière à respecter la pleine vérité. Il n’est pas
permis, en effet, de minimiser la grave responsabilité que chacun porte de son
sort futur. La catéchèse ne peut passer sous silence ni le jugement de chaque
homme après la mort, ni les peines expiatoires du Purgatoire, ni la triste et
funeste réalité de la mort éternelle, ni le jugement dernier. Ce jour-là,
tout homme comprendra pleinement son propre sort, car nous serons tous mis à
découvert " devant le tribunal du Christ, pour que chacun recouvre ce qu’il
aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal
" (2 Cor 5, 10), et " ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour
la vie, ceux qui auront fait le mal, pour la damnation " (Jn 5, 29 ; cf.
LG, 48).
QUATRIÈME PARTIE
Éléments de méthodologie
NATURE ET BUT DE CETTE PARTIE
70. En ce siècle qui est le nôtre, les
catéchistes ont approfondi les questions de méthodologie proposées par les
sciences psychologiques, didactiques et pédagogiques. Des études ont été
faites sur la méthode à employer dans l’enseignement du catéchisme ; on a
mis en évidence ce qui a trait aux méthodes actives dans la transmission de la
catéchèse ; l’acte de catéchèse a été examiné dans tous ses aspects,
selon les lois qui régissent l’art de l’enseignement (expérience,
imagination, mémoire, intelligence) ; enfin, on a élaboré une méthodologie
différentielle, c’est-à-dire variable selon l’âge, les conditions
sociales et le degré de maturité psychique des catéchisés.
On n’examine pas, dans cette partie, tous
les problèmes de ce genre, mais on expose seulement quelques points auxquels on
attache aujourd’hui une importance majeure. Ce sera la tâche des divers
Directoires et autres instruments de travail d’aborder ces problèmes d’une
manière appropriée et spécifique pour chaque Nation.
RÔLE DU CATÉCHISTE
71. Aucune méthode, même vraiment confirmée
par la pratique, ne dispense le catéchiste d’un travail personnel pour saisir
et apprécier les circonstances concrètes, ni d’une certaine adaptation à
ces circonstances. C’est moins du choix des méthodes que des bonnes qualités
humaines et chrétiennes des catéchistes qu’il faut attendre le succès.
L’action du catéchiste doit être tenue
pour plus importante que le choix des textes et autres instruments (cf. AG, 17).
L’excellence et la grandeur de l’œuvre
que les catéchistes ont à accomplir n’empêchent cependant pas d’assigner
des limites à ce qui constitue la tâche propre des catéchistes. C’est à
eux que revient le soin de choisir et de créer les conditions favorables, qui
sont nécessaires à la recherche, à l’accueil et à l’approfondissement du
message chrétien. L’action des catéchistes va jusque-là, mais elle s’arrête
là. Car l’adhésion des catéchisés, qui est le fruit de la grâce et de la
liberté, ne dépend finalement pas du catéchiste ; il convient donc que la
prière accompagne l’action catéchétique. Cette remarque, toute évidente qu’elle
soit, mérite cependant d’être rappelée dans les circonstances présentes ;
aujourd’hui, en effet, on attend beaucoup du talent et du sens chrétien
authentique du catéchiste, et en même temps le catéchiste est poussé à
accorder le maximum d’attention à la liberté et à la " créativité
" des catéchisés.
MÉTHODES INDUCTIVE ET DÉDUCTIVE
72. La méthode dite inductive offre de
grandes ressources.
Elle consiste en ceci : présenter des faits (tels
que les événements bibliques, les actes liturgiques, la vie de l’Église et
la vie quotidienne), les considérer attentivement et les examiner, dans le but
précis de découvrir en eux la signification qu’ils ont dans le mystère
chrétien. Cette méthode concorde avec l’économie de la révélation et avec
l’une des démarches fondamentales de l’esprit humain, celle qui à partir
des réalités visibles. parvient à l’intelligible ; en outre, elle concorde
avec la caractéristique propre de la connaissance de foi, qui est une
connaissance par l’intermédiaire de signes.
La méthode inductive, loin d’exclure,
postule plutôt la méthode déductive, laquelle explique les faits et les
décrit en procédant à partir de leurs causes. Mais la synthèse déductive,
la plupart du temps, ne montre sa pleine efficacité qu’une fois accomplie la
démarche inductive.
LES FORMULES
73. Les avantages de la méthode inductive,
dont les principaux sont l’exercice actif des facultés spirituelles et une
relation continuelle aux réalités concrètes dans l’explication des concepts
intellectuels, ne doivent absolument pas faire oublier la nécessité et l’utilité
des formules.
Les formules permettent d’exprimer avec
précision les pensées de l’esprit ; elles conviennent à un exposé correct
de la foi et, confiées à la mémoire, elles favorisent une possession stable
de la vérité. Enfin, elles font que, parmi les chrétiens, peut s’établir
une manière commune de s’exprimer.
La plupart du temps, les formules sont
présentées et expliquées lorsque la leçon ou la recherche aboutit à la
synthèse.
Il faut choisir de préférence les formules
qui, tout en exprimant fidèlement la vérité de foi, sont appropriées à la
capacité des auditeurs. On n’oubliera pas que les formules dogmatiques sont l’expression
véritable de la doctrine catholique et qu’elles doivent, par conséquent,
être reçues comme telles par les fidèles, dans le sens où l’a compris et
le comprend l’Église (cf. Concile Vatican I, Const. dogm. Dei Filius, Dz. -
Sch., n. 3020, 3043). Les formules traditionnelles de profession de foi et de
prière, telles que le Symbole des Apôtres, la prière du Seigneur, la
salutation angélique et autres semblables, doivent être enseignées avec soin.
L’EXPÉRIENCE
74. a) L’expérience fait naître des soucis
et des questions, des espoirs et des anxiétés, des réflexions et des
jugements, qui influent finalement sur la conduite personnelle de la vie.
Aussi, la catéchèse doit-elle prendre soin
de rendre les hommes attentifs à leurs expériences personnelles et sociales
les plus marquantes ; de même, son rôle est d’éclairer par l’Évangile
les questions qu’elles suscitent, de manière à éveiller dans les hommes le
juste désir de transformer leur conduite de vie personnelle.
Pour cette raison, l’expérience aboutit à
ce que l’homme adopte une attitude active à l’égard du don de Dieu.
b) L’expérience peut favoriser l’intelligibilité
du message chrétien.
Le Christ lui-même a prêché le Royaume de
Dieu, en faisant comprendre ce qu’il est par des paraboles tirées de l’expérience
de la vie humaine. Il a rappelé certaines situations humaines (le marchand qui
mène bien son affaire, les serviteurs qui font fructifier plus ou moins les
talents qui leur ont été confiés, etc ... ) pour expliquer les réalités
eschatologiques et transcendantes et, par là, enseigner la manière de vivre
que ces réalités réclament de nous.
Il s’ensuit que l’expérience sert à
creuser et à comprendre les vérités contenues dans le dépôt de la
révélation.
c) L’expérience, si maintenant on la
considère en elle-même, doit être éclairée par la lumière de la
révélation. La catéchèse doit aider les hommes à creuser leurs expériences,
à les interpréter, à les apprécier et aussi à donner à leur propre
existence un sens chrétien, en leur rappelant l’action de Dieu qui réalise
notre salut.
Sous cet aspect, l’expérience se présente
comme un objet que le catéchiste doit interpréter et éclairer. Cette tâche,
bien qu’elle ne manque pas de difficultés, ne saurait être laissée de
côté.
DE L’ACTIVITÉ OU CRÉATIVITÉ A ÉVEILLER
CHEZ LES CATÉCHISÉS
75. Toute instruction humaine et toute vraie
communication réclament tout d’abord que soit rendue possible et que soit
sollicitée l’activité intérieure du destinataire. Dans la catéchèse, il
importe donc de susciter l’activité de la foi (ainsi que de l’espérance et
de la charité) ; en effet, la rectitude et la vigueur du jugement, qu’une
éducation active doit éveiller, contribuent ici à l’accueil de la parole de
Dieu. La confiance qui inspire une éducation active ne doit jamais faire
oublier que l’acte de foi inclut nécessairement la conversion du sujet.
Ceci dit, il est clair que cette conception
active de la catéchèse correspond pleinement à l’économie de la
révélation et du salut. Un art pédagogique qui favorise la réponse active
des catéchisés est conforme au statut normal de la vie chrétienne : les
chrétiens, en effet, répondent activement au don de Dieu par la prière, la
participation aux sacrements et à la sainte liturgie, l’acceptation de
fonctions dans l’Église et dans la vie sociale, l’exercice de la charité.
Les catéchisés, surtout s’ils sont adultes,
peuvent contribuer activement au progrès de la catéchèse. A cet effet, on
leur demandera comment ils comprennent le message chrétien et comment ils
peuvent l’exprimer dans leur propre langage. Ensuite, on comparera le
résultat de cette recherche avec ce qu’enseigne le Magistère ecclésiastique
; on ne retiendra alors que ce qui concorde avec la foi. Ainsi se dégageront
des moyens valables pour transmettre, dans un exposé efficace, l’unique et
vrai message chrétien.
LE GROUPE
76. L’importance du groupe en catéchèse s’affirme
de plus en plus.
Dans la catéchèse des enfants, le groupe a
pour fonction de favoriser l’éducation à la vie sociale, qu’il s’agisse
d’enfants qui fréquentent ensemble les leçons de catéchisme, ou d’enfants
qui, réunis en petites équipes, se consacrent à certaines activités.
Pour les adolescents et les jeunes, le groupe
doit être considéré comme une nécessité vitale. Dans le groupe, adolescents
et jeunes se connaissent, se soutiennent, se stimulent.
S’il s’agit d’adultes, le groupe peut
être considéré, aujourd’hui, comme la condition d’une catéchèse qui se
propose de favoriser le sens de la co-responsabilité chrétienne.
Quand il s’agit de groupes qui rassemblent
adolescents et adultes, la catéchèse prend alors un caractère particulier de
recherche commune.
Une telle recherche commune vise à explorer
les relations mutuelles et les liens nécessaires qui existent entre le contenu
du message chrétien, qui reste toujours la règle de foi et de conduite, et les
expériences du groupe.
Le catéchiste doit prendre part à la
recherche commune, tout en, conservant une place particulière dans le groupe.
En effet, c’est au nom de l’Église qu’il se comporte en témoin du
message chrétien : il est au service des autres, il leur communique le fruit de
sa propre foi adulte, il ordonne judicieusement la recherche commune pour qu’elle
atteigne son but.
Cette fonction de témoin du message n’exige
pas que le catéchiste préside le groupe comme directeur.
Le groupe, lorsqu’il parvient à un haut
degré de perfection dans l’accomplissement de sa tâche, peut fournir à ses
membres, non seulement l’occasion d’une instruction religieuse, mais aussi
une excellente expérience de vie ecclésiale.
La catéchèse, ainsi pratiquée, pourra
montrer aux jeunes que l’Église n’est pas du tout quelque chose d’extérieur
à leur existence, mais bien une grande réalité vis-à-vis de laquelle tous,
selon leur vocation et leur ministère, ont une certaine responsabilité.
CINQUIÈME PARTIE
La catéchèse selon les âges
NATURE ET BUT DE CETTE PARTIE
77. Multiples sont les voies et les moyens par
lesquels le message chrétien peut s’adapter aux divers besoins des hommes.
Si l’on considère l’action missionnaire,
on a la voie de l’évangélisation, de l’initiation des catéchumènes et
des néophytes.
Si l’on considère l’évolution physique
et psychique des hommes qu’il faut catéchiser, on a la catéchèse selon les
âges.
Si l’on considère les situations
sociologiques et culturelles dans lesquelles vivent les hommes, on a la
catéchèse selon les mentalités (catéchèse des ouvriers, des techniciens,
etc...
Si l’on considère enfin les manières dont
les baptisés se situent vis-à-vis de la foi, alors on a la catéchèse pour
les croyants qui veulent acquérir une connaissance plus plénière et plus
profonde des vérités de la foi, ou bien la catéchèse pour ceux qui sont
encore à la recherche des vrais fondements de la foi.
Toutes ces voies, qui sont liées mutuellement
et en dépendance les unes des autres, ont évidemment leur valeur et leur
importance.
Il appartiendra aux Directoires
Catéchistiques nationaux ou régionaux de donner, sur ce point, des règles
spécifiques et précises, selon les conditions concrètes et les nécessités
locales.
Ici, à titre d’exemple, sont seulement
proposés certains éléments généraux qui veulent montrer la portée et l’importance
de la catéchèse selon les âges.
SITUATION ET IMPORTANCE DE LA PETITE ENFANCE
78. Les commencements de la vie religieuse et
morale rejoignent les débuts mêmes de la vie humaine. Dans les familles de
croyants, les premiers mois et les premières années, qui sont d’une extrême
importance pour l’équilibre de l’homme futur, peuvent déjà fournir les
bases de la personnalité chrétienne. Le baptême des petits enfants prend tout
son sens quand la vie chrétienne des parents, de la mère surtout, mais pas
exclusivement, offre à la grâce baptismale la possibilité de porter des
fruits. Le petit enfant, en effet, par une sorte d’" osmose ",
reçoit en lui les manières d’agir et, les sentiments des membres de sa
famille. C’est pourquoi s’accumule en lui une somme d’expériences qui
sera comme le fondement de cette vie de foi qui, peu à peu, se développera et
se manifestera.
L’attitude confiante de l’esprit se fonde
d’abord sur une bonne relation entre le petit enfant et sa mère, puis entre
lui et son père : elle se nourrit par la communication de la joie et par l’expérience
d’une autorité affectueuse. L’heureuse évolution des vertus théologales
dépend, en partie, de cette disposition naissante, en même temps que ces
vertus concourent à l’affermir. C’est à ce moment, en effet, que commence
l’affirmation de la personnalité, l’autonomie, requise pour l’acquisition
des vertus morales et l’exercice de la vie en commun. Elle exige un équilibre
entre la fermeté et l’indulgence. Ensuite, peu à peu, pourra se manifester l’aptitude
à agir par soi-même, qui sera si nécessaire à l’entrée dans la vie
sociale, ainsi qu’au développement et à l’affermissement du service de
Dieu et de l’Église.
Ces acquisitions doivent être accompagnées d’une
éducation à la prière ; le petit enfant apprendra à invoquer Dieu qui nous
aime et nous protège ; Jésus, Fils de Dieu et notre frère qui nous conduit
vers le Père ; l’Esprit-Saint qui habite en nos cœurs ; il adressera aussi
des prières confiantes à Marie, Mère de Jésus et notre Mère.
Si ces fondements font défaut, il est
nécessaire que la catéchèse discerne s’il en résulte des insuffisances,
lesquelles, et comment on peut y remédier. On favorisera les interventions
opportunes des parents chrétiens en leur donnant une formation appropriée :
cette formation, même simple et adaptée à leur niveau culturel, doit être
donnée par des éducateurs compétents. Cette charge n’est pas surérogatoire
pour les pasteurs, car l’Église se construit quand les parents reçoivent une
aide pour bien exercer leurs fonctions. Il en résulte aussi qu’une excellente
occasion est fournie de catéchiser des adultes.
SITUATION ET IMPORTANCE DE L’ENFANCE
79. Lorsqu’il va à l’école, l’enfant
entre dans une société plus large que la famille ; d’une manière intense,
qui accapare une grande partie de ses forces et de ses préoccupations, il s’initie
à la société des adultes. Sur le mode scolaire, il fait la première
expérience du travail (cf. GE, 5).
Auparavant, la famille constituait, pour l’enfant,
une médiation vers le peuple de Dieu. Maintenant, il est lui-même capable de
commencer à prendre part directement à la vie de l’Église, et il peut être
admis aux sacrements.
L’intelligence de l’enfant évolue
graduellement. La catéchèse doit s’accommoder à ce progrès de l’esprit.
L’enfant cherche à se rendre compte de la vie religieuse des adultes. Aussi,
la vie authentiquement chrétienne de la communauté adulte est-elle l’aide la
meilleure pour dispenser aux enfants une formation profonde, et cela peut même
se faire de façon vraiment didactique, quand la vie religieuse des adultes et
les activités du peuple de Dieu sont convenablement expliquées à la lumière
de l’histoire du salut.
La première expérience du travail ne doit
pas être considérée comme étrangère au but de la catéchèse. La joie de
faire quelque chose et de le bien faire, la coopération avec les autres, la
discipline claire et raisonnable qui en découle, voilà un ensemble d’expériences
qui s’acquièrent et qui sont fort utiles, non seulement à l’insertion de l’enfant
dans la société, mais aussi à sa participation active à la vie de l’Église.
Compte tenu de ces faits, la pédagogie
catéchétique, quelque méthode qu’elle suive, doit susciter l’activité
des enfants. Si elle y manque, la catéchèse ne peut remplir son office d’éduquer
le croyant à une réponse de plus en plus personnelle à la parole et au don de
Dieu. Une telle pédagogie active ne doit pas se contenter de susciter des
attitudes extérieures, quelque utiles qu’elles soient ; elle doit encore s’efforcer
d’éveiller la réponse du cœur et le goût de la prière. A vrai dire, cette
éducation intérieure est rendue plus délicate, mais plus nécessaire, en
raison du caractère de la civilisation actuelle qui favorise la dispersion.
La coopération entre catéchistes et parents
(communication mutuelle du sentiment de chacun sur les programmes, les méthodes,
les difficultés rencontrées) est nécessaire pour que l’éducation des
enfants progresse de façon opportune et harmonieuse. Cette coopération est
utile aux uns comme aux autres ; ils y trouveront une aide pour exercer leurs
rôles respectifs.
LES ENFANTS QUI NE FRÉQUENTENT PAS LES
ÉCOLES
80. Il y a des régions étendues et parfois
surpeuplées où les écoles ne sont pas suffisantes. En l’occurrence, il
importe qu’une sérieuse action pastorale soit entreprise près des familles
elles-mêmes et que l’on suscite, autant que possible, diverses associations
qui prennent soin des enfants et soient formées de manière à pouvoir
répondre aux circonstances locales et aux besoins spirituels des enfants.
LES ENFANTS QUI GRANDISSENT DANS DES FAMILLES
MARQUÉES PAR L’INDIFFÉRENCE RELIGIEUSE
81. De plus en plus, on constate la
difficulté de catéchiser les enfants qui vivent dans des familles et des
milieux où la pratique religieuse est nulle ou se révèle tout à fait
insuffisante. Parfois, des doutes surgissent sur la possibilité ou l’opportunité
de la catéchèse.
Il ne faut surtout pas renoncer à la
catéchèse de ces enfants, mais il faut plutôt la concevoir et la réaliser de
la manière qui correspond aux situations et aux circonstances. En l’occurrence,
on devra établir des relations avec les familles, s’enquérir avec soin de
leurs habitudes de pensée et de vie, de façon à pouvoir trouver l’ouverture
du dialogue. Il faudra aussi que la catéchèse propose son contenu d’une
façon véritablement adaptée aux possibilités concrètes des enfants.
SITUATION ET IMPORTANCE DE L’ADOLESCENCE ET
DE LA JEUNESSE
82. La période de l’adolescence, et plus
largement " le phénomène jeunesse " comme on dit, ont une importance
majeure (AA, 12). Dans les sociétés pré-industrielles dotées seulement d’un
petit nombre d’écoles, le passage de l’enfance à la communauté des
adultes se fait, pour ainsi dire, directement. De nos jours, l’habitude se
développe de plus en plus de prolonger le temps de la scolarité pour les
adolescents ; cette habitude crée, dans la société, une génération qui n’est
pas insérée dans le travail directement productif et qui, bien que possédant
déjà la vigueur physique et intellectuelle, n’a d’autre activité que l’étude
ou l’apprentissage d’une profession future. Cette classe sociale pèse d’un
grand poids sur la société des adultes ; ce qui n’est pas sans soulever un
grave problème.
Ce problème se rencontre également dans l’Église
et, bien qu’affectant d’autres formes, il n’en est pas moins grave. Les
adolescents et les jeunes sont moins menacés par le danger de s’opposer
violemment à l’Église, qu’ils ne sont tentés de l’abandonner. Cela pose
un très grave problème pour la catéchèse, d’autant qu’il est souvent
difficile aux adultes de reconnaître ce que les adolescents et les jeunes
peuvent apporter de solide.
Or, les jeunes seront d’autant plus
confiants que les catéchistes se montreront plus aptes à comprendre et à
accepter ce que sont les jeunes.
SITUATION ET IMPORTANCE DE LA PRÉ-ADOLESCENCE,
DE L’ADOLESCENCE ET DE LA JEUNESSE
83. Il convient que les Directoires nationaux
distinguent la pré-adolescence, l’adolescence et la jeunesse.
Ici, on peut seulement faire remarquer que,
dans les régions culturellement développées où la question se pose, les
difficultés propres à la pré-adolescence ne sont pas assez, ni toujours,
reconnues dans la pratique. L’éducateur pleut céder à la tentation d’assimiler
les pré-adolescents aux enfants et, dès lors, il est à craindre qu’il n’obtienne
pas leur attention ; ou bien, il peut les considérer comme des adolescents,
auquel cas il leur proposera des thèmes et des méthodes de travail qui
supposent une maturité personnelle et une expérience qu’ils n’ont pas
encore.
La période de la pré-adolescence a pour
caractéristique principale la naissance laborieuse de la subjectivité. De ce
fait, il est nécessaire de ne pas continuer, à cet âge, l’instruction
simple et objective qui est propre aux enfants ; mais il faut éviter aussi de
proposer les problèmes et les thèmes qui sont faits pour l’adolescence.
Un enseignement concret, qui éclaire la vie
et les œuvres des Saints et des hommes de grand mérite, ainsi qu’un regard
porté sur la vie actuelle de l’Église, peuvent fournir aux catéchisés de
cet âge un aliment solide.
La jeunesse proprement dite, qui suit l’adolescence,
est également une période de la vie encore peu étudiée ; on ne connaît pas
encore assez ses traits particuliers.
D’aucuns pensent qu’à cet âge il faut
commencer un enseignement théologique ; d’autres, qu’il faut aborder des
questions humaines et sociales, en y joignant des explications théologiques
simples et des exhortations à la vie chrétienne. La voie qui paraît
souhaitable est la suivante : traiter les problèmes fondamentaux et typiques de
cet âge, avec une solide documentation théologique et humaine, tout en
adoptant une méthodologie de discussion collective.
LA RECHERCHE DU SENS DE LA VIE
84. L’adolescent constate en lui de profonds
changements physiques et psychologiques. Il cherche son rôle dans,, la
société. Mal à l’aise dans la religiosité de son enfance, il n’a pas
encore atteint la maturité de foi qui est propre à l’adulte ; c’est
pourquoi il cherche l’orientation fondamentale qui lui permettrait de
réunifier sa vie. Or, cette recherche aboutit fréquemment à une crise
religieuse.
La tâche principale de la catéchèse de l’adolescence
sera de promouvoir un sens de la vie authentiquement chrétien. Elle doit
répandre la lumière du message chrétien sur les réalités qui touchent
davantage l’adolescent, telles que le sens de l’existence corporelle, l’amour
et la famille, la règle à suivre dans le cours de la vie, le travail et le
temps libre, la justice et la paix, etc...
L’ATTENTION À APPORTER AUX VALEURS
AUTHENTIQUES
85. L’adolescent s’efforce d’organiser
sa vision de la vie et le cours de son existence, selon certaines valeurs
principales et essentielles. En outre, l’adolescent d’aujourd’hui sent qu’il
baigne au milieu de " valeurs " souvent contradictoires. Ce fait
aiguise chez lui un conflit de valeurs ; et il en vient à se persuader qu’il
lui faut rejeter celles qu’il ne voit pas s’exprimer dans la manière de
vivre des adultes.
La catéchèse doit l’aider à découvrir et
à ordonner, de mieux en mieux, les valeurs authentiques.
L’AUTONOMIE DE LA PERSONNALITÉ
86. Pour parvenir à l’autonomie à laquelle
il aspire, l’adolescent exagère souvent l’affirmation de soi, et parfois il
critique le style de vie qu’il a reçu des adultes.
Les adultes doivent remarquer que les
adolescents s’attachent à la foi et se fortifient en elle, non par un
processus d’identification aux adultes, mais à partir de convictions
personnelles découvertes progressivement.
De cette autonomie naît ce qu’on peut
appeler " la tentation du naturalisme ", qui incline les adolescents
à vouloir agir et se procurer le salut par leurs propres forces. Cette tendance
est d’autant plus accentuée que l’éclosion de la personnalité est plus
vive.
Il appartient donc à la catéchèse de faire
en sorte que l’adolescent parvienne à cette maturité personnelle qui lui
permettra, après avoir triomphé du subjectivisme, de découvrir une nouvelle
espérance dans la puissance et la sagesse de Dieu.
LES GROUPES D’ADOLESCENTS
87. Pour conquérir leur autonomie, les
adolescents cherchent à se constituer en groupes. C’est une façon pour eux d’affirmer
plus aisément leurs manières de voir et leur caractère, et de protéger leur
autonomie face au monde des adultes. En même temps, au sein de ces groupes, l’adolescent
vibre à diverses valeurs vitales et il est poussé à les adopter dans sa
manière de vivre. Dans la vie courante, les adolescents entrent plus facilement
en contact avec des jeunes du même âge qu’avec les adultes.
La catéchèse se doit d’être active dans
ces groupes d’adolescents, lesquels peuvent constituer un lien entre les
jeunes et l’ensemble de la communauté ecclésiale (cf. AA, 12).
Les groupes d’adolescents ne comportent pas
toujours que des valeurs positives. C’est pourquoi il est nécessaire et
urgent d’établir des relations entre ces groupes et les communautés
chrétiennes, afin que les valeurs humaines et chrétiennes de ces dernières
soient reconnues et estimées comme il convient par les adolescents.
EXIGENCES INTELLECTUELLES
88. L’adolescent dispose, normalement, de l’usage
" formel " du raisonnement. Il apprend à se servir correctement de
son intelligence, il découvre que la culture qu’on lui propose mérite
considération et doit trouver place dans sa vie.
La catéchèse, qui veut susciter l’expérience
de la vie de foi, ne peut, d’aucune façon, négliger la formation d’une
pensée religieuse capable de montrer la connexion des mystères entre eux et
avec la fin dernière de l’homme (cf. Concile Vatican I, Const. Dei Filius, c.
IV, Dz. - Sch., 3015-3020). Pour consolider la cohérence intérieure de cette
pensée religieuse, le témoignage ne suffit pas. Partout aujourd’hui, on
exige la rigueur scientifique ; la catéchèse, en conséquence, doit s’appliquer
à fournir également à la foi des fondements rationnels.
La structuration intellectuelle de la foi des
adolescents n’est aucunement accessoire ; il faut la tenir pour une condition
essentielle de la vie de foi. La façon d’enseigner revêt une particulière
importance : le catéchiste doit stimuler, par le dialogue, l’esprit de l’adolescent.
L’ACTION
89. L’action est nécessaire au progrès de
la personnalité de l’adolescent. La libération de l’égocentrisme et du
subjectivisme exige la confrontation avec la réalité, aussi bien dans le
succès que dans l’échec.
La catéchèse, qui doit favoriser l’expérience
personnelle de la foi en même temps qu’une réflexion ordonnée sur les
réalités religieuses, s’achève lorsqu’elle conduit à l’accomplissement
des tâches chrétiennes. La catéchèse chrétienne doit former les adolescents
à assumer les responsabilités de la foi, et les rendre peu à peu capables de
professer publiquement leur christianisme.
LES ADOLESCENTS QUI NE FRÉQUENTENT PAS LES
ÉCOLES
90. Les jeunes qui, en très grand nombre,
exercent un métier ou une activité professionnelle sont amenés à un
développement rapide de leur personnalité. Ce développement peut se faire de
façon heureuse ou malheureuse, complète ou imparfaite.
Il est donc nécessaire d’instituer une
forme particulière de catéchèse pour cette catégorie d’adolescents. Cette
catéchèse devra s’attacher aux problèmes immédiats de la vie quotidienne,
soutenir les jeunes lorsqu’ils entrent au travail et les aider à exercer leur
activité, chacun selon ses ressources, en collaboration avec les associations
catholiques.
En outre, dans la mesure où demeurent, chez
le jeune ouvrier, les caractéristiques et les besoins propres aux adolescents,
il appartiendra à la catéchèse, non seulement d’éclairer son activité
concrète, mais de le conduire à envisager le dessein de Dieu dans son
ensemble.
ENFANTS ET ADOLESCENTS INADAPTÉS AUX
CONDITIONS DE LA VIE
91. Ce n’est point là une tâche secondaire
ou de pure suppléance. Les enfants et les adolescents inadaptés constituent
une partie non négligeable de la population. Les conditions de la société
contemporaine rendent souvent difficile un développement convenable de la vie
des jeunes, ainsi que leur adaptation satisfaisante à la société.
La catéchèse doit leur fournir la
possibilité de mener une vie de foi dans leur situation. C’est une tâche
éminemment évangélique et un témoignage de grand poids, dont l’Église s’est
de tout temps acquittée.
L’éducation de ces jeunes dans la foi a une
valeur pastorale, et assurément d’une grande importance, sans oublier le fait
qu’elle offre la possibilité de toucher de nombreuses familles.
Enfin, la difficulté particulière d’accomplir
cette tâche, et la nécessité de ne donner à ces jeunes que les éléments
essentiels, conduiront à apporter à l’ensemble de la catéchèse le
bénéfice de méthodes et de moyens que la recherche pédagogique découvre et
propose pour ces jeunes.
L’ÂGE ADULTE
92. Le présent Directoire Général affirme
avec force la nécessité d’une catéchèse des adultes, pour les raisons
suivantes :
a) La prise en charge de tâches dans la vie
sociale, les responsabilités familiales, professionnelles, civiques et
politiques, demandent aux adultes de parfaire leur formation chrétienne, sous
une forme particulière et adaptée, en conformité avec la parole de Dieu (cf.
AA, 29-32). Il est nécessaire de promouvoir une action concertée entre ceux
qui s’adonnent à la catéchèse des adultes et ceux qui consacrent leurs
efforts aux diverses formes d’apostolat des laïcs.
b) Les aptitudes et dispositions qui
atteignent leur perfection à l’âge adulte, telles que l’expérience de la
vie, la maturité de la personnalité, etc..., doivent être enrichies et
illuminées par la parole de Dieu.
c) De plus, l’adulte doit surmonter dans sa
vie certaines périodes critiques, moins visibles sans doute que celles des
adolescents, mais qui ne doivent pas cependant être estimées moins dangereuses
ou moins profondes. A ces heures, sa foi doit sans cesse être éclairée,
développée, fortifiée.
LIGNES DE FORCE DE L’ÂGE ADULTE : COMMUNION
ET SOLITUDE
93. Lorsque l’homme atteint l’âge adulte,
il devient ordinairement plus capable de communiquer et d’entretenir des
rapports mutuels avec ses semblables.
Cette aptitude et ce besoin de communion s’exercent
dans le cadre des devoirs familiaux et dans les relations de la vie sociale :
toutes choses qui tantôt facilitent la communion, tantôt (et souvent tout
ensemble) lui font obstacle.
Trop souvent, en vérité, les hommes
connaissent la solitude, surtout dans la société contemporaine.
La catéchèse doit montrer Dieu, qui est
amour, comme le véritable auteur de l’Église, communauté de foi ; en même
temps, elle doit éveiller le désir d’entrer en communion avec tout homme.
Aux époux, elle rappelle que leur union intime, par la grâce du sacrement de
mariage, signifie le mystère d’unité et d’amour fécond du Christ et de l’Église,
et qu’elle les fait participer à ce mystère (cf. Eph 5, 32).
Dans le cadre de petits groupes de fidèles,
la catéchèse aidera les adultes à vivre pleinement la charité chrétienne ;
cette charité, parce qu’elle sera le signe d’une expérience commune,
conduira à l’entraide mutuelle dans la foi.
PERFECTION DE LA PERSONNALITÉ
94. L’âge adulte se distingue
principalement par la conscience d’avoir atteint sa personnalité totale.
L’homme qui a franchi avec succès chacune
des étapes de son évolution, qui a pu communiquer avec ses semblables et
exercer une activité créatrice, cet homme, quand il parvient à l’âge
adulte, cherche à faire l’unité de toutes les expériences de sa vie
personnelle, sociale et spirituelle. Le danger vient de ce que l’adulte,
surtout s’il appartient à une société industrielle, s’imagine pouvoir
réaliser cette unité simplement en s’adaptant à la société dans laquelle
il vit. Or, le plein accès à la personnalité ne consiste pas seulement dans
le simple équilibre extérieur entre la vie personnelle et le milieu social ;
il s’agit encore et surtout d’atteindre à la sagesse chrétienne.
C’est pourquoi la catéchèse doit s’efforcer
de conduire l’homme à respecter l’ordre des fins, c’est-à-dire à
percevoir pleinement la véritable signification de la vie et de la mort, à la
lumière de la mort et de la résurrection du Christ.
LA VIEILLESSE
95. L’importance de la vieillesse n’est
pas encore assez reconnue dans le ministère pastoral.
De nos jours, le nombre des personnes âgées
va croissant. Mais la société actuelle les laisse souvent de côté, il faudra
y porter une particulière attention, pour ce qui est de l’activité
pastorale.
Or, les personnes âgées pourront apporter à
la communauté une contribution non négligeable, soit par leur activité qu’on
n’estime pas toujours à sa juste valeur, soit par le témoignage de leur
expérience.
De plus, c’est un devoir de justice d’aider,
par la catéchèse, les personnes âgées au sujet de la mort, car celle-ci est
proche au point de vue biologique, et elle est déjà là en quelque sorte au
point de vue social, puisqu’on n’attend presque plus rien de leur activité.
La catéchèse doit éveiller, chez les
personnes âgées, l’espérance surnaturelle qui fait envisager la mort comme
le passage à la vraie vie, la rencontre avec le divin Sauveur. La vieillesse
peut devenir alors le signe de la présence de Dieu, de la vie immortelle et de
la résurrection future. C’est un témoignage eschatologique que les personnes
âgées pourront donner par la patience envers eux-mêmes et envers les autres,
par la bienveillance, par des prières de louange au Seigneur, par l’esprit de
pauvreté, et la confiance en Dieu.
Sans nul doute, ce serait un grand préjudice
pour l’Église si la multitude des personnes âgées qui ont reçu le baptême
ne montraient pas que leur foi chrétienne rayonne d’une plus vive lumière à
l’approche de la mort.
FORMES PARTICULIÈRES DE LA CATÉCHÈSE DES
ADULTES
96. Il y a des situations et des circonstances
qui réclament des formes particulières de catéchèse :
a) La catéchèse de l’initiation
chrétienne ou du catéchuménat des adultes.
b) La catéchèse à l’adresse de ceux qui
sont engagés de façon particulière dans l’apostolat des laïcs. Il est
évident que, dans ce cas, la catéchèse doit proposer une étude plus
approfondie du message chrétien.
c) La catéchèse à l’occasion des
principaux événements de la vie : mariage, baptême des enfants, première
communion et confirmation, périodes plus délicates de l’éducation des
enfants, maladie de quelqu’un, etc... Ce sont les moments où les hommes sont
le plus portés à s’interroger sur la véritable signification de la vie.
d) La catéchèse à l’occasion de tel ou
tel changement dans la vie : entrée au travail, service militaire, migration,
changement de profession ou de statut social. Ces mutations peuvent être l’occasion
d’un enrichissement spirituel, mais elles peuvent également bouleverser les
esprits et décourager. Le rôle de la communauté chrétienne est d’apporter,
par amour fraternel, l’aide qui convient et qui est nécessaire. La parole de
Dieu, qui est parfois reçue dans ces cas-là avec une plus grande ouverture d’âme,
doit être une lumière et une aide.
e) La catéchèse concernant l’usage
chrétien des loisirs et la catéchèse qui convient au moment des voyages de
vacances (cf. Directoire Général pour la pastorale du tourisme, n. 19, 25).
f) La catéchèse à l’occasion d’événements
particuliers qui concernent la vie de l’Église ou de la société.
Ces formes spéciales de catéchèse ne
diminuent en rien la nécessité d’instituer des cycles de catéchèse,
consacrés à l’étude systématique de l’ensemble du message chrétien.
Cette formation organique et structurée ne doit assurément pas être ramenée
à une simple série de conférences ou de causeries.
DEVOIRS PARTICULIERS DE LA CATÉCHÈSE DES
ADULTES
97. Pour être toujours en mesure de répondre.
aux plus urgentes nécessités de notre temps, la catéchèse des adultes doit :
a) Apprendre à juger sainement à la lumière
de la foi les mutations sociologiques et culturelles de la société actuelle.
Le peuple chrétien reconnaît de plus en plus la nécessité de chercher
attentivement où peut conduire le progrès actuel de la société, et de
discerner les vrais biens et les périls de la civilisation contemporaine. Il
souhaite avoir une aide pour juger les mutations incessantes, il veut aussi
être éclairé sur les conduites qu’il peut ou doit faire siennes.
b) Présenter les interrogations d’aujourd’hui
dans le domaine religieux et moral. La catéchèse doit faire siennes les
nouvelles interrogations qui surgissent au cœur de nos contemporains. Ainsi, on
accorde aujourd’hui une grande importance aux questions qui ont trait aux
relations sociales. L’homme désire imprimer une forme nouvelle à la
société dans laquelle il vit. Cet effort de renouveau, dans lequel
apparaissent nettement les responsabilités et les limites de l’homme (cf.
Encycl. Populorum progressio, AAS, 1967, pages 257-299), ne peut en aucune
façon échapper à l’attention de la catéchèse.
c) Éclairer les rapports qui existent entre l’action
temporelle et l’action ecclésiale. Il appartient à la catéchèse d’apprendre
aux chrétiens à percevoir les relations mutuelles qui existent entre les
tâches temporelles et les tâches ecclésiales. Elle doit mettre en lumière le
fait que l’accomplissement des tâches temporelles peut avoir une utile
influence sur la communauté ecclésiale, qui devient alors plus consciente de
sa fin transcendante et de sa mission dans le monde ; elle doit également
montrer que l’accomplissement des tâches ecclésiales tourne au profit de la
société humaine elle-même (cf. GS, 40-45).
d) Développer les fondements rationnels de la
foi. L’Église a toujours défendu les fondements rationnels de la foi contre
le fidéisme. La catéchèse doit, de plus en plus, développer une intelligence
correcte de la foi, qui manifeste la conformité de l’acte de foi et des
vérités à croire avec les exigences de la raison humaine. La catéchèse doit
montrer que l’Évangile est toujours actuel et opportun. Il faut donc
promouvoir une action pastorale de la doctrine et de la culture chrétienne.
SIXIÈME PARTIE
L’action pastorale du ministère de la parole
L’ACTION PASTORALE
98. Ce que nous avons dit de l’acte
catéchistique et du contenu de la catéchèse ouvre la voie à une action
pastorale, dont on examine dans cette partie les points les plus importants.
Cette action réclame des organismes
appropriés, mis en place dans le cadre national par les Conférences
Épiscopales, et concernant soit la délibération, soit la recherche et l’exécution.
En général, ces organismes comprennent : a) une commission épiscopale pour la
catéchèse, dans laquelle interviennent des membres choisis en raison de leur
fonction et des experts ; b) un organisme exécutif permanent (office, centre,
etc...).
Pour que l’action pastorale du ministère de
la parole puisse, grâce à ces organismes, s’effectuer de manière efficace
et coordonnée, il est nécessaire :
1. de préparer un rapport sur les données
réelles de la situation locale et sur ce qu’il est possible de faire dans
ces conditions en ce qui concerne le ministère de la parole ;
2. de publier un programme de l’action à
réaliser
3. d’avoir le souci de former et d’instruire
ceux qui en auront la responsabilité ;
4. de bien orienter et préparer les
instruments de travail convenables ;
5. de promouvoir les structures de
catéchèse qui conviennent ;
6. de coordonner l’action pastorale
catéchétique avec les autres secteurs de la pastorale ;
7. de se préoccuper de la recherche
8. de favoriser la coopération
internationale.
Les indications et suggestions proposées dans
cette partie ne peuvent pas toujours et en même temps être mises en œuvre
dans toutes les parties de l’Église. Pour les nations et les régions où l’action
catéchétique ne s’est pas encore assez développée, ces suggestions et
indications veulent signaler les buts qu’il faudra chercher à atteindre
progressivement.
CHAPITRE PREMIER
L’analyse de la situation
BUT
99. Il est nécessaire que, dans le cadre de
la Conférence, on ait une connaissance claire de la situation dans laquelle s’exerce
le ministère de la parole.
Cette analyse vise à faire apparaître dans
quelle mesure l’action évangélisatrice de l’Église atteint son but. C’est
pourquoi il faut chercher, avec une attention soutenue, comment est exercé le
ministère de la parole et quels résultats, autant qu’il est possible de les
connaître, sont obtenus par la catéchèse ou les autres formes de proposition
du message chrétien. On fera porter l’examen sur les entreprises de l’Église,
sur l’accueil qu’elles reçoivent, sur les lieux, les personnes, les fruits
obtenus, etc..
OBJET
100. L’objet de cette recherche a des
aspects multiples il embrasse, en effet, l’examen de l’action pastorale et l’analyse
de la situation religieuse ainsi que des conditions sociologiques, culturelles
et économiques, puisque ces données de la vie collective peuvent avoir une
grande influence sur le développement de l’évangélisation.
MODALITÉS
101. Comme il s’agit d’un travail assez
délicat, il est nécessaire d’éviter deux dangers, à savoir :
a) considérer comme certains des éléments
et des indices qui n’ont pas été suffisamment observés ou prouvés ;
b) exiger une étude d’une perfection et d’un
niveau scientifique impossibles à atteindre.
Il est à noter également que les recherches
techniques, par mode d’enquêtes ou de sondages, ont peu d’utilité si elles
ne sont précédées d’une observation avertie des diverses formes possibles d’action
pastorale. Dès lors, il est nécessaire que les Conférences Épiscopales
acquièrent une vue d’ensemble de la situation, laquelle peut être obtenue en
consultant des experts vraiment capables d’étudier les documents existants,
et en tirant des conclusions de l’action pastorale elle-même, telle qu’elle
est déjà entreprise. En ce sens, des monographies pourront apporter une aide
fort précieuse.
A l’étude de la situation, toute la
communauté chrétienne doit apporter son concours, prenant ainsi conscience des
problèmes et se préparant à agir.
EFFETS
102. Une telle recherche n’est pas une fin
en soi, elle doit éclairer une action plus vigoureuse et dégager des voies de
réalisation, soit en développant les œuvres et les entreprises qui ont déjà
fait preuve d’efficacité, soit en en suscitant d’autres. Il s’agit ici,
en effet, de la prévision et de la préparation de ce qui devra.
nécessairement se faire dans l’avenir.
Une telle recherche doit également persuader
ceux qui s’adonnent au ministère de la parole que les situations humaines
sont ambivalentes, en ce qui touche l’action pastorale. C’est pourquoi il
importe que les ouvriers de l’Évangile apprennent à discerner les
possibilités qui s’ouvrent à leur action dans une conjoncture nouvelle et
variée. Il est toujours à craindre que la connaissance des difficultés ne
pousse à conclure à l’impossibilité d’une action pastorale. Au contraire,
chacun doit être persuadé que les réalités culturelles ne sont pas des
éléments inertes, immuables, univoques, au point que la grâce et l’action
pastorale seraient sans prise sur elles et, pour ainsi dire, réduites à l’impuissance.
Un processus de transformation est toujours possible, qui permettra d’ouvrir
un chemin vers la foi.
CHAPITRE II
Le programme d’action
PROGRAMME D’ACTION
103. Une fois la situation examinée avec soin,
il est nécessaire de procéder à la publication d’un programme d’action,
principalement par le moyen d’un Directoire catéchistique. Ce programme
détermine les buts, les normes et les moyens de l’action pastorale
catéchétique, de telle sorte que ceux-ci, tout en étant pleinement conformes
aux buts et aux normes de l’Église universelle, répondent parfaitement aux
nécessités locales.
En arrêtant le programme d’action, il ne
faut pas perdre de vue les tâches que peuvent assumer les institutions
strictement ecclésiales, telles que : paroisses, communautés particulières de
fidèles, associations vouées à l’apostolat ; l’institution familiale ;
les instituts d’éducation, comme l’école chrétienne ou neutre ; et toutes
autres formes de groupes sociaux ou culturels.
Les buts à atteindre et les moyens à
employer doivent être comme le pivot de tout programme d’action.
BUTS A POURSUIVRE
104. Les buts à poursuivre dans le champ d’action
pastoral peuvent admettre des étapes et des modalités variées, selon les
circonstances et les lieux. Tous, cependant, doivent viser au progrès de la foi
et des mœurs chez les chrétiens, ainsi qu’au développement de leurs
relations personnelles avec Dieu et avec le prochain. Et pour donner des
exemples : que les adultes parviennent à la maturité de la foi, que la
doctrine chrétienne atteigne les milieux scientifiques et techniques, que la
famille puisse exercer ses responsabilités chrétiennes, que la présence des
chrétiens porte ses fruits dans le travail de transformation sociale.
Comme, en général, ces buts sont multiples,
il est tout à fait recommandé de les arrêter en temps opportun et selon l’ordre
de priorité des objectifs à atteindre.
De plus, il sera bon d’accorder les buts
pastoraux fixés pour une région avec ceux qui ont été déterminés par les
Conférences Épiscopales que la situation géographique ou culturelle rend plus
proches.
MOYENS A EMPLOYER
105. Les moyens à employer sont avant tout
les instituts catéchistiques à promouvoir ou à soutenir, les programmes, les
textes (cf. le chapitre 5 de cette VIe partie), les instruments de
travail, les instructions concernant les méthodes (cf. IVe partie),
etc... On ne peut pratiquement pas fixer de limites à la recherche concernant
les moyens. Toutefois, il faudra toujours veiller à ce que les moyens proposés
répondent toujours convenablement aux buts spirituels poursuivis.
NORMES
106. Les normes que l’on peut donner à
propos de la catéchèse sont nombreuses et varient selon les buts poursuivis.
Plus que d’autres, sont particulièrement importantes les normes de la
catéchèse sacramentaire, telles celles qui concernent le catéchuménat des
adultes, l’initiation sacramentelle des enfants, la préparation des familles
au baptême des petits enfants.
Pour que ces normes soient efficaces, il
convient qu’elles soient peu nombreuses et simples, et qu’elles définissent
des critères externes plutôt qu’internes.
Il est évident qu’aucune norme
particulière ne peut, sans l’agrément du Siège Apostolique, déroger aux
lois générales de l’Église et à la pratique commune.
RÉPARTITION ET PROMOTION DES RESPONSABILITÉS
107. En premier lieu, il faut chercher à
obtenir une répartition nette et efficace des tâches et des responsabilités.
Il est très important, par exemple, de clarifier et de bien situer les
responsabilités des familles chrétiennes, des communautés de fidèles, du
clergé, des catéchistes. Cependant, il n’est pas suffisant de s’arrêter
à la répartition des forces déjà existantes ; il est encore nécessaire d’éveiller
et de promouvoir de plus en plus la participation de tous les chrétiens. Il
faut veiller, en effet, à ce que la communauté chrétienne prenne de plus en
plus conscience de son rôle, qui est d’être signe de la sagesse et de l’amour
de Dieu, manifestés dans le Christ. Pour cela, il importe que, dans la mesure
du possible, la communauté dans son ensemble et chaque chrétien en particulier
soient opportunément informés de ce qui est à faire ; de même, il convient
que tous soient invités à participer activement à l’élaboration des
projets, aux décisions et à leur mise en œuvre.
Dans la préparation des programmes d’activités
catéchistiques, il faut se rappeler que, parfois, certains projets peuvent
créer des inconvénients ou provoquer des tensions. Des difficultés peuvent
surgir, par exemple, des changements dans la manière de s’exprimer, ou encore
dans les nouvelles façons de concevoir la relation éducative et apostolique.
Dans ces cas, il faut éviter à tout prix ce qui pourrait troubler indûment
les esprits.
Enfin, il est nécessaire que toutes les
activités catéchistiques dont on vient de parler soient pourvues de ressources
économiques suffisantes.
CHAPITRE III
La formation catéchistique
FORMATION CATÉCHISTIQUE
108. Toute activité pastorale, qui ne
bénéficie pas du concours de personnes vraiment formées et bien préparées,
est inévitablement vouée à l’insuccès. Les instruments de travail
eux-mêmes ne seraient d’aucun secours s’ils n’étaient employés par des
catéchistes compétents. C’est pourquoi une formation convenable des
catéchistes doit venir avant la rénovation des textes et le renforcement de l’organisation
catéchétique.
Il est nécessaire, tout d’abord, d’avoir
soin de former ceux qui exercent des activités catéchistiques dans le cadre
national. Cette tâche revient en propre aux Conférences Épiscopales.
Toutefois, à la formation de ceux qui suivent les activités catéchistiques
dans le cadre national, doit s’ajouter, comme son complément naturel et son
prolongement, la formation des catéchistes qui exercent ces mêmes activités
dans le cadre régional et diocésain. Cette seconde tâche revient aux
Conférences Épiscopales régionales, là où elles existent, et à chacun des
Évêques.
INSTITUTS SUPÉRIEURS ET ÉCOLES
CATÉCHISTIQUES
109. il faut entretenir ou fonder des
instituts supérieurs de pastorale catéchétique, dans le but de préparer des
catéchistes capables d’animer la catéchèse dans le cadre diocésain ou au
sein des activités auxquelles sont vouées les Congrégations religieuses. Ces
instituts supérieurs pourront être nationaux ou même internationaux. Pour les
études, ils doivent prendre modèle sur les universités, en ce qui concerne le
cycle des études, le temps consacré aux cours et les conditions d’admission.
Dans les limites de chaque diocèse, ou tout
au moins dans le ressort des Conférences régionales, il faut créer aussi des
écoles catéchistiques : celles-ci ont pour but, par un cycle d’études d’un
degré moins élevé sans doute, mais néanmoins efficace, de préparer des
personnes qui, à temps plein, consacrent leur activité au service de la
catéchèse.
FORMATION PERMANENTE
110. La formation permanente comporte diverses
modalités et différents degrés. Il est nécessaire qu’elle soit prolongée
tout le temps que les catéchistes restent en fonction. Elle concerne donc, à
la fois, les animateurs de la catéchèse et les simples catéchistes.
La formation permanente ne peut être confiée
uniquement aux offices centraux ; les communautés chrétiennes plus petites ont
aussi le devoir de s’en occuper, parce que les conditions et les nécessités
de la catéchèse peuvent varier selon les lieux. Le clergé et tous ceux à qui
incombent des responsabilités dans la conduite et la direction de la
catéchèse
ont le devoir de s’occuper de la formation
permanente de ‘leurs collaborateurs dans la catéchèse.
BUT DE LA FORMATION CATÉCHISTIQUE
111. La formation catéchistique consiste
essentiellement à développer les aptitudes et les compétences utiles à la
transmission du message évangélique. Cela suppose donc une formation
théologico-doctrinale, anthropologique et méthodologique poussée, selon le
niveau de science auquel il faut parvenir. Les connaissances doctrinales,
cependant, ne sont pas le terme de la formation. Car la formation ne s’achève
que lorsque le catéchiste est capable de choisir la meilleure manière de
communiquer le message évangélique à des groupes et à des personnes qui se
trouvent toujours, en fait, dans des conditions diverses et particulières.
FORMATION THÉOLOGICO-DOCTRINALE,
ANTHROPOLOGIQUE, MÉTHODOLOGIQUE
112. a) Doctrine. La nécessité d’acquérir
une formation doctrinale solide s’impose d’elle-même ; cette formation doit
toujours comporter une connaissance appropriée de la doctrine catholique et,
dans les instituts supérieurs catéchétiques, atteindre le niveau de la
théologie scientifique. La Sainte Écriture sera comme l’âme de l’ensemble
de cette formation.
En tout cas, la doctrine doit être possédée
de telle sorte que le catéchiste puisse, non seulement transmettre exactement
le message évangélique, mais encore rendre les catéchisés capables de
recevoir ce message de manière active ; qu’il puisse, en outre, discerner
dans l’itinéraire spirituel des catéchisés ce qui est en accord avec la
foi.
b) Sciences humaines. Notre époque se signale
et se distingue par un développement considérable des sciences de l’homme.
Celles-ci ne sont plus désormais l’apanage des savants ou des experts ; elles
pénètrent la conscience que l’homme moderne a de lui-même. Elles affectent
les relations sociales et forment, pour ainsi dire, la texture culturelle de l’humanité
d’aujourd’hui, même moyennement cultivée.
L’enseignement des sciences humaines
soulève de difficiles questions, pour ce qui est de les choisir et de
déterminer la méthode pour les enseigner, tant ces disciplines sont nombreuses
et diverses. Comme il s’agit de former, non point des experts en psychologie,
mais des catéchistes, la règle à suivre est de discerner et de choisir ce qui
peut directement les aider à acquérir une aptitude à la communication.
c) Formation méthodologique. Par nature, la
méthodologie n’est rien d’autre que l’observation attentive des moyens
confirmés par l’expérience. C’est pourquoi il faut accorder plus d’importance
aux exercices pratiques qu’à l’enseignement théorique de la pédagogie. Le
catéchiste a besoin, cependant, d’un enseignement théorique pour faire face
correctement à des situations variées, pour éviter l’empirisme dans la
transmission de la catéchèse, pour percevoir les changements dans les
relations éducatives et pour bien orienter son travail futur.
Il faut bien noter, en ce qui a trait à la
formation des catéchistes ordinaires (ceux qui transmettent les premiers
éléments de la catéchèse), que l’acquisition des connaissances
mentionnées ci-dessus est meilleure, quand on les transmet au moment même où
s’exécute le travail (par exemple, au cours de sessions où l’on prépare
et critique des leçons de catéchèse).
MANIÈRE D’APPRENDRE L’ART CATÉCHÉTIQUE
113. Une telle préparation est demandée au
catéchiste afin de lui permettre de bien interpréter les réactions d’un
groupe ou d’une personne, de savoir discerner leurs capacités spirituelles et
adopter le moyen grâce auquel le message évangélique pourra être reçu avec
fruit et efficacité. Pour cela, on peut envisager plusieurs méthodes :
exercices pratiques, travaux en commun, analyse de cas, etc... Le nœud du problème,
c’est de faire saisir et apprécier le pouvoir communicatif du message
chrétien. La catéchèse, qui est un acte pastoral de l’Église, ne s’apprend
pas de façon purement théorique. C’est par l’expérience, par la direction
de maîtres compétents, par l’exercice même de la fonction, que s’acquiert
l’art de communiquer la catéchèse ; à l’acquisition de cet art
contribuent l’aptitude à l’apostolat, ainsi que la connaissance de la foi,
des hommes et des lois qui commandent le développement des individus ou des
communautés.
VIE SPIRITUELLE DES CATÉCHISTES
114. La fonction confiée au catéchiste
réclame de lui une vie sacramentelle et spirituelle intense, l’habitude de la
prière, un sens aigu de l’excellence du message chrétien et de son pouvoir
de transformation vitale, l’exercice de la charité, de l’humilité et de la
prudence qui permettent à l’Esprit-Saint de parfaire son œuvre féconde dans
les catéchisés.
FORMATION DES CATÉCHISTES
115. Il est nécessaire que les autorités
ecclésiastiques regardent la formation des catéchistes comme une tâche de la
plus haute importance.
Cette formation vise tous les catéchistes
(cf. AG, 17, 26), tant laïcs que religieux, et même les parents chrétiens qui
peuvent en retirer une aide précieuse pour faire la catéchèse initiale et
occasionnelle qui leur revient. Elle s’adresse aux diacres et,
particulièrement, aux prêtres. Ceux-ci, en effet, " en vertu du sacrement
de l’Ordre, à l’image du Christ, prêtre souverain et éternel (cf. Héb 5,
1-10 ; 7, 24 ; 9, 11-28), sont consacrés pour prêcher l’Évangile, pour
être les pasteurs des fidèles et pour célébrer le culte divin, comme de
vrais prêtres de la Nouvelle Alliance " (LG, 28). En fait, dans chaque
paroisse, la prédication de la parole de Dieu est confiée surtout à l’équipe
sacerdotale ; celle-ci a le devoir d’ouvrir aux chrétiens les trésors de la
Sainte Écriture et, pendant le cours de l’année liturgique, d’exposer dans
l’homélie les mystères de la foi et les règles de la vie chrétienne (cf.
SC, 51, 52). C’est pourquoi il est très important d’assurer aux élèves,
dans les séminaires et les scolasticats, une préparation catéchétique
soignée et de la parfaire ensuite par la formation permanente dont on a déjà
parlé (cf. n. 110).
Cette formation vise enfin les professeurs de
religion dans les écoles publiques qui relèvent de l’Église ou de l’État.
Pour s’acquitter d’une tâche si importante, il faudra choisir ceux qui se
distinguent par l’intelligence, la doctrine et la vie spirituelle.
Il est tout à fait souhaitable que, dans ce
domaine de la formation, s’établisse une véritable coopération entre les
diverses activités apostoliques et la catéchèse, car, bien que de façons
différentes, elles exercent la mission commune de répandre le message
chrétien.
CHAPITRE IV
Les instruments de travail
INSTRUMENTS DE TRAVAIL
116. Parmi les principaux instruments de
catéchèse, on compte :
- les directoires des Conférences
Épiscopales,
- les programmes,
- les catéchismes,
- les textes didactiques,
- les moyens audio-visuels.
DIRECTOIRES CATÉCHISTIQUES
117. Les directoires visent à promouvoir et
coordonner l’action catéchistique sur le territoire d’une région ou d’une
nation, ou même de plusieurs nations qui appartiennent à une même zone
socio-culturelle. Avant leur promulgation, chaque Ordinaire des lieux sera
entendu, et les directoires seront soumis à l’approbation du Saint-Siège
(cf. n. 134).
PROGRAMMES
118. Les programmes déterminent, selon les
âges, les temps ou les lieux déterminés, les buts éducatifs à atteindre,
les critères méthodologiques à adopter, le contenu à transmettre dans la
catéchèse. Il faut absolument faire en sorte que les mystères de la foi, que
doivent croire les fidèles adultes, soient déjà énoncés dans les programmes
pour les catéchismes des enfants et des adolescents, d’une façon adaptée à
leur âge (cf. n. 134).
CATÉCHISMES
119. On doit accorder une très grande
importance aux catéchismes publiés par l’autorité ecclésiastique. Leur but
est de fournir en abrégé et sous un mode pratique les enseignements de la
révélation et de la tradition chrétienne, ainsi que les principaux éléments
qui doivent servir à l’activité catéchistique, c’est-à-dire à l’éducation
personnelle de la foi. Il faut donc avoir pour les enseignements de la tradition
tout le respect qu’ils méritent et veiller scrupuleusement à ne pas proposer
comme doctrine de foi des interprétations particulières qui ne sont qu’opinions
privées ou positions d’une école théologique. La doctrine de l’Église
doit être rapportée fidèlement. Ici s’appliquent les règles énoncées au
chapitre 1 de la troisième partie.
Étant donné les sérieuses difficultés de
rédaction et, en même temps, l’importance particulière de ces
enseignements, il convient au plus haut point :
a) de recourir au travail concerté de
plusieurs experts soit en catéchèse, soit même en théologie ;
b) de consulter des hommes compétents dans d’autres
disciplines, soit religieuses soit humaines, ainsi que d’autres organisations
pastorales
c) de consulter chacun des Ordinaires des
lieux et de tenir compte avec soin de leurs avis ;
d) de faire précéder la publication
définitive d’expérimentations particulières ;
e) au bout d’un certain temps, de procéder
aux révisions qui s’imposent.
Ces catéchismes, avant d’être promulgués,
doivent être soumis à l’examen et à l’approbation du Saint-Siège (cf. n.
134).
TEXTES DIDACTIQUES
120. Les textes didactiques sont des moyens
offerts à la communauté chrétienne qui a la charge de la catéchèse. Aucun
texte ne peut remplacer la communication vivante du message chrétien.
Cependant, les textes ont une grande importance, parce qu’ils servent d’appui
à une explication plus large des enseignements de la tradition chrétienne et
des éléments qui favorisent l’activité catéchétique. Pour la rédaction
de ces textes, il importe de recourir au travail concerté de plusieurs experts
en catéchèse et de prendre conseil auprès d’autres personnes compétentes.
LIVRES A L’USAGE DES CATÉCHISTES
121. Ces livres doivent contenir :
- un exposé du message du salut (il faudra
sans cesse faire référence aux sources, et bien marquer la distinction entre
ce qui appartient à la foi et à la doctrine, et ce qui représente simplement
des opinions de théologiens) ;
- des conseils psychologiques et pédagogiques
- des suggestions concernant la méthode.
Il faut aussi prévoir des livres ou des
documents écrits pour faciliter la recherche et l’activité des catéchisés.
Ces documents écrits pourront être insérés dans les livres à l’usage des
catéchisés, ou être diffusés en brochures séparées.
On aura soin, enfin, d’éditer des livres à
l’usage des parents, quand il s’agit de la catéchèse des enfants.
MOYENS AUDIO-VISUELS
122. Les moyens audio-visuels sont utilisés
surtout :
a) comme des documents susceptibles d’enrichir
d’éléments objectifs l’enseignement catéchistique ; dans ce cas, ils
doivent se caractériser par leur authenticité, le choix attentif des
informations et la clarté didactique ;
b) comme des images capables d’éduquer
correctement la sensibilité et l’imagination ; dans ce cas, ils doivent
présenter un caractère de beauté et être propres à toucher les esprits.
Voici les tâches indispensables concernant
ces moyens
- promouvoir des études sur les critères qui
doivent orienter la création et le choix de ces moyens, en fonction des aspects
particuliers qu’on veut présenter du message chrétien et des milieux
particuliers auxquels on les destine ;
- apprendre aux catéchistes l’utilisation
correcte de ces moyens (il arrive souvent, en effet, que les catéchistes
ignorent le langage spécifique des images ; beaucoup plus souvent encore, il
arrive qu’une mauvaise utilisation des moyens audio-visuels favorise, non pas
l’activité, mais la passivité ; etc ... ).
" MASS MÉDIA "
123. Les " mass media ", comme on
les nomme, ont pour effet, entre autres, de marquer d’un cachet de réalité
et d’actualité les faits, usages et idées dont ils traitent, et, par contre,
de diminuer dans l’opinion commune l’importance de ce qu’ils passent sous
silence.
Le message du salut doit donc avoir sa place
parmi les moyens de communication sociale (cf. IM, 3). Dès lors, il ne suffit
pas de développer les moyens dont l’Église dispose déjà en ce domaine ;
encore faut-il promouvoir la coopération entre producteurs, auteurs et metteurs
en scène qui travaillent dans ce but. Cette coopération demande qu’au plan
national et international, on organise des groupes d’experts que l’on
pourrait consulter sur les programmes d’activités qui regardent la religion,
et qui rendraient ainsi grand service.
Le devoir de la catéchèse est aussi d’apprendre
aux chrétiens à discerner la nature et la valeur de tout ce qui est proposé
par les " mass media ". Ceci suppose, évidemment, une connaissance
technique préalable du langage propre de ces moyens.
" ENSEIGNEMENT PROGRAMME "
124. Dans le cadre des moyens audio-visuels
que la catéchèse peut et doit utiliser pour mieux atteindre son but, il ne
faut pas négliger cette méthode nouvelle, qui se développe de plus en plus
aujourd’hui et qu’on appelle, dans le secteur didactique, "
enseignement programmé ".
Mais ici, compte tenu des difficultés qui
surgissent soit des vérités à enseigner, soit du but de la catéchèse, il
faut éviter les initiatives improvisées ; dans la préparation des programmes
comme dans l’expression des vérités par l’image, il vaut mieux s’assurer
la collaboration d’experts en théologie, en catéchèse et en enseignement
audio-visuel.
CHAPITRE V
L’organisation de la catéchèse
ORGANISATION DE LA CATÉCHÈSE
125. L’organisation de la catéchèse, dans
le ressort de chaque Conférence Épiscopale, comprend surtout des structures
diocésaines, régionales, nationales.
Les buts principaux de ces structures sont :
a) de promouvoir les activités
catéchistiques;
b) de coopérer avec les autres entreprises et
œuvres apostoliques (par exemple, commission liturgique, associations pour l’apostolat
des laïcs, commission œcuménique, etc ... ) ; en effet, toutes ces activités
d’Église participent, quoique de façon différente, au ministère de la
parole.
STRUCTURES DIOCÉSAINES
126. Le décret Provido sane (cf. AAS, 1935,
pages 151 sq) a institué l’Office Catéchistique diocésain, dont la fonction
est de diriger l’ensemble de l’organisation catéchistique. Cet Office
diocésain doit être composé d’un groupe de personnes possédant une
compétence spécifique. L’étendue et la diversité des questions à traiter
demandent que les responsabilités soient réparties entre plusieurs personnes
vraiment capables.
L’Office diocésain doit aussi promouvoir et
diriger le travail des organisations (centre catéchistique paroissial,
confrérie de la doctrine chrétienne, etc ... ) qui constituent les cellules de
base de l’action catéchistique.
Des centres permanents pour la formation des
catéchistes doivent être fondés par les communautés locales. De cette
façon, il apparaîtra clairement au peuple chrétien que l’œuvre d’évangélisation
et la charge d’enseigner le message du salut concernent tout le monde.
L’Office Catéchistique, qui appartient à
la Curie diocésaine, est donc le moyen dont l’Évêque, chef de la
communauté et maître de doctrine, se sert pour diriger et conduire l’ensemble
des activités catéchistiques du diocèse.
Aucun diocèse ne peut se passer d’un Office
Catéchistique particulier.
STRUCTURES RÉGIONALES
127. Il convient que les divers diocèses
associent leurs actions particulières, mettant en commun, pour le service de
tous, expériences et entreprises, obligations et ressources ; ainsi, les
diocèses mieux équipés apporteront une aide aux autres ; un programme d’action
commune pourra être préparé au bénéfice de l’ensemble de la région.
STRUCTURES NATIONALES
128. Il est tout à fait nécessaire que la
Conférence Épiscopale, et plus directement la Commission Épiscopale de la
Catéchèse, soit dotée d’un organisme permanent.
Cet Office ou Centre Catéchistique National
se propose un double but :
- être au service des besoins catéchistiques
qui concernent l’ensemble de la Nation. Se rapportent à cela les publications
à l’intention de l’ensemble de la Nation, les congrès nationaux, les
relations avec les " mass media ", et généralement tous travaux et
entreprises qui dépassent les possibilités des diocèses ou des régions ;
- être au service des diocèses et des
régions pour diffuser les informations et projets catéchistiques, coordonner l’action
et apporter de l’aide aux diocèses moins avancés en matière catéchétique.
En outre, il appartient à l’Office ou
Centre National de coordonner sa propre action avec celle des autres organismes
nationaux de pastorale, et de collaborer avec l’ensemble du mouvement
catéchistique international.
CHAPITRE VI
Coordination de l’action pastorale
catéchistique avec l’ensemble de l’action pastorale
CATÉCHÈSE ET ACTION PASTORALE
129. Comme tout acte important dans l’Église
participe au ministère de la parole, et comme la catéchèse a toujours un
rapport avec l’ensemble de la vie de l’Église, il résulte que l’action
catéchistique doit nécessairement être coordonnée avec l’action pastorale
en général. Le but de cette coordination, c’est que la communauté
chrétienne grandisse et avance d’une façon convenable et ordonnée, car
malgré la diversité des tâches spécialisées, elle tend néanmoins vers un
unique but essentiel.
Il est donc nécessaire que la catéchèse
soit associée aux autres activités pastorales (cf. M. P. Ecclesiae Sanctae, n.
17), c’est-à-dire aux mouvements biblique, liturgique, œcuménique, à l’apostolat
des laïcs, à l’action sociale, etc... En outre, il ne faut pas oublier que
cette collaboration est nécessaire dès le début, quand commencent les études
et que s’élaborent les principes d’organisation du travail pastoral.
CATÉCHUMÉNAT DES ADULTES
130. Le catéchuménat des adultes, qui est à
la fois catéchèse, participation liturgique et vie communautaire, fournit un
remarquable exemple d’une telle institution qui naît de la collaboration de
diverses charges pastorales. Son but, en effet, est d’ouvrir la route
spirituelle des hommes qui se préparent au baptême, de diriger leur changement
de mentalité et de mœurs. C’est une école préparatoire à la vie
chrétienne, une introduction à la vie religieuse, liturgique, caritative et
apostolique du peuple de Dieu (cf. AG, 13-14 ; SC, 65 ; CD, 14). C’est à la
communauté chrétienne entière, par les parrains qui la représentent, et non
seulement aux prêtres et aux catéchistes, que revient cette tâche.
CHAPITRE VII
Nécessité de promouvoir la recherche
scientifique
RECHERCHE SCIENTIFIQUE
131. Étant donné l’évolution rapide de la
culture d’aujourd’hui, le mouvement catéchistique, sans le secours de la
recherche scientifique, ne pourra aucunement progresser.
C’est pourquoi il est nécessaire que les
organismes nationaux des Conférences Épiscopales développent des recherches
concertées. Il faudra décider le programme des recherches à entreprendre ; s’informer
des questions dont l’étude est déjà en cours et prendre les contacts
nécessaires avec les personnes compétentes qui y travaillent ; entreprendre l’étude
des questions non encore soumises à la recherche, après avoir réuni toutes
les ressources économiques nécessaires.
Il peut se présenter des sujets de recherche
dont l’intérêt est universel : par exemple, les rapports entre la
catéchèse et l’exégèse actuelle, la catéchèse et l’anthropologie, la
catéchèse et les " mass media ", etc... La nature et les
difficultés propres à ces recherches réclament souvent une coopération
internationale.
COOPÉRATION INTERNATIONALE
132. Le Collège Apostolique remplit sa charge
de manière solidaire (cf. LG, 212-23 ; AG, 38 ; CD, 2, 4). Plusieurs fois, dans
cette partie du Directoire, ont été examinées certaines conséquences de
cette solidarité qui atteignent la catéchèse (par exemple, chapitre 2 :
accord sur les objectifs pastoraux entre nations plus rapprochées ; chapitre 3
: création d’instituts supérieurs ; chapitre 4 : élaboration d’instruments
de travail communs ; chapitre 7 : recherche scientifique).
La coopération internationale est requise
aussi en ce qui concerne le ministère de la parole destiné aux migrants.
La tâche à accomplir est double. D’une
part, il est nécessaire d’apporter la parole de Dieu aux migrants. En raison
de la diversité des langues, des cultures et des coutumes, il est nécessaire d’établir
des échanges mutuels d’informations et de personnes entre les églises des
nations d’origine de ces migrants et les églises qui les accueillent. D’autre
part, il est indispensable que le ministère de la parole rende les chrétiens
des pays d’adoption conscients des problèmes qui se posent aux migrants, et
prompts à les entourer d’un amour fraternel.
La coopération internationale est requise
également pour la catéchèse des touristes. En effet, il est reconnu que le
tourisme se développe de plus en plus entre tous les pays (cf. Directoire
Général pour la pastorale du tourisme, passim).
La coopération internationale doit se faire
attentive aux charges et aux situations des églises locales. C’est pourquoi
les nations les mieux pourvues quant aux personnes, aux ressources économiques
et à la recherche scientifique, doivent apporter leur aide aux autres nations
moins favorisées, sans exiger qu’on adopte, pour autant, leurs manières de
penser et d’agir, ou leurs méthodes.
LE SAINT-SIÈGE
133. De même que Pierre a été établi tête
du Collège Apostolique et fondement sur lequel est édifiée l’Église, ainsi
le Successeur de Pierre, le Pontife Romain (cf. LG, 22), est la tête visible du
Collège des Évêques et de tout le peuple de Dieu. Il remplit sa charge
universelle d’enseignement et de gouvernement en tant que Vicaire du Christ et
Pasteur de l’Église universelle (cf. LG, 22) toujours pour l’utilité
spirituelle et le progrès du peuple de Dieu. Il peut s’acquitter librement de
sa charge, selon les besoins de l’Église, soit personnellement, soit de
façon proprement collégiale, c’est-à-dire avec les Évêques de l’Église
universelle. Il l’exerce de manière personnelle, soit par son action propre,
soit par des actes ministériels, en premier lieu ceux des Dicastères de sa
Curie Romaine.
LA SACRÉE CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ
134. La responsabilité centrale de la
catéchèse, pour les territoires dits de droit commun, est confiée à la
Sacrée Congrégation pour le Clergé (Deuxième Section). Elle exerce une
charge d’élaboration, de coordination et de direction pour tout ce qui peut
favoriser la prédication de la parole de Dieu et les œuvres d’apostolat ;
elle est chargée de publier des informations et de promouvoir, autant qu’il
est possible, la collaboration entre les différentes nations.
Elle s’occupe du développement et de la
direction des services préposés à la catéchèse.
Elle examine et approuve les directoires de
catéchèse, les catéchismes et les programmes de prédication de la parole de
Dieu réalisés par les Conférences Épiscopales. Elle encourage les congrès
nationaux de catéchèse, elle approuve et réunit les congrès internationaux
(cf. Const. Apost. Regimini Ecclesiae universae, n. 69 ; Lettre de la
Secrétairerie d’État du 20 août 1969, n. 143741).
NOTE ADDITIONNELLE
Au sujet du premier accès aux sacrements de
pénitence et d’eucharistie
Entre autres tâches de la catéchèse, la
préparation des enfants aux sacrements de pénitence et d’Eucharistie revêt
une grande importance. A ce propos, il paraît opportun de rappeler quelques
principes et de faire quelques remarques sur certaines expériences qui ont
été faites récemment ici ou là dans l’Église.
L’AGE DE DISCRÉTION
1. L’âge convenable pour la première
réception de ces sacrements correspond à celui qui, dans les documents de l’Église,
est appelé l’âge de raison ou de discrétion. Cet âge, " tant pour la
confession que pour la communion, est celui où l’enfant commence à
raisonner, c’est-à-dire autour de sept ans, soit au-dessus, soit au-dessous.
À partir de ce moment, commence l’obligation de satisfaire aux deux
préceptes de la confession et de la communion " (Décret Quam singulari,
1, AAS, 1910, page 582). Il est bon que cet âge, qui se développe
graduellement, qui est susceptible de conditions variées et présente un
caractère particulier pour chaque enfant, soit étudié et décrit dans des
recherches de psychologie pastorale. Il faut veiller, cependant, à ne pas
étendre le moment où le précepte de la confession et de la communion commence
de soi à obliger, en dehors des limites, d’ailleurs souples, énoncées
ci-dessus.
LA FORMATION ET LE DÉVELOPPEMENT DE LA
CONSCIENCE MORALE DES ENFANTS
2. Chez l’enfant, tandis que peu à peu se
développe la capacité de raisonner, se perfectionne aussi la conscience
morale, c’est-à-dire la possibilité de juger ses actes par rapport à une
règle morale. A la formation de cette conscience morale, concourent divers
éléments et circonstances : la famille avec ses valeurs et sa discipline, c’est
elle qui, dans les premières années de la vie de l’enfant, domine les autres
influences éducatives ; la fréquentation des autres, ainsi que les œuvres et
le témoignage de la communauté ecclésiale. La catéchèse, selon son rôle d’enseignement
et de formation de la foi chrétienne, ordonne ces divers éléments éducatifs,
elle les favorise et agit en commun avec eux. C’est de cette façon seulement
qu’elle pourra opportunément orienter le cheminement de l’enfant vers le
Père céleste, et corriger les déviations ou les orientations mauvaises qui
pourraient se rencontrer. Sans aucun doute, à cet âge, il faut parler aux
enfants, d’une façon aussi simple que possible, de Dieu notre Seigneur et
notre Père, de son amour envers nous, de Jésus le Fils de Dieu, qui pour nous
s’est fait homme, est mort et est ressuscité. En contemplant l’amour de
Dieu, l’enfant pourra, peu à peu, découvrir la malice du péché, qui
offense toujours Dieu le Père et Jésus, et qui s’oppose à la charité dont
nous devons aimer le prochain et nous-mêmes.
EXPLIQUER AUX ENFANTS L’IMPORTANCE DU
SACREMENT DE PÉNITENCE
3. L’enfant, qui commence à offenser Dieu
par le péché, commence aussi à ressentir le désir d’obtenir le pardon, non
seulement de ses parents ou de ses proches, mais aussi de Dieu. La catéchèse l’aidera
à entretenir ce désir de façon salutaire ; elle lui inspirera une sainte
aversion pour le péché et lui montrera la nécessité de se corriger et
surtout d’aimer Dieu. A ce propos, il appartient spécialement à la
catéchèse d’expliquer, de façon appropriée, que la confession
sacramentelle est le moyen offert par l’Église à ses fils pour obtenir le
pardon, et même qu’il est, de soi, nécessaire pour celui qui est tombé dans
le péché grave. Sans aucun doute, les parents chrétiens et les éducateurs
religieux doivent instruire l’enfant de telle sorte qu’il s’efforce avant
tout de progresser dans un amour plus intérieur du Seigneur Jésus et dans une
charité authentique à l’égard du prochain. Il faut présenter la doctrine
du sacrement de pénitence dans une large perspective de purification et de
progrès spirituel, toutes choses qui requièrent une grande confiance dans l’amour
et la miséricorde de Dieu. Ainsi, les enfants pourront-ils peu à peu acquérir
une grande délicatesse de conscience ; de plus, ils ne se décourageront pas
quand il leur arrivera de s’écarter quelque peu du droit chemin.
L’Eucharistie est le sommet et le centre de
toute la vie chrétienne. Pour recevoir la communion, non seulement l’état de
grâce est requis, mais une grande pureté d’âme est tout à fait
souhaitable. Il faut prendre garde, cependant, que les enfants ne s’imaginent
pas que la confession est nécessaire avant la réception de l’Eucharistie
même pour celui qui, aimant Dieu sincèrement, ne s’est pas écarté
gravement de la voie des commandements divins.
AU SUJET DE QUELQUES EXPÉRIENCES NOUVELLES
4. Récemment, dans certaines régions de l’Église,
à propos du premier accès aux sacrements de pénitence et d’Eucharistie, des
expériences ont été faites, qui soulèvent le doute et la perplexité.
Pour anticiper à bon escient la communion des
enfants, pour éviter dans la vie chrétienne à venir les perturbations
psychologiques qui peuvent résulter d’une pratique prématurée de la
confession, pour favoriser enfin une meilleure éducation spirituelle à la
pénitence et une préparation catéchétique plus solide à la confession
elle-même, certains ont pensé pouvoir admettre des enfants à la première
communion, sans la réception préalable du sacrement de pénitence.
Pourtant, l’accès au sacrement de
pénitence dès le début de l’âge de discrétion, pourvu qu’il soit
précédé, comme de juste, d’une préparation catéchétique bienveillante et
prudente, ne fait pas, en soi, de tort aux âmes des enfants. L’esprit de
pénitence, grâce à l’enseignement catéchétique qui l’éduquera même
après la première communion, pourra se développer davantage ; de la même
manière, pourront grandir la connaissance et l’estime du grand don que le
Christ a accordé aux hommes pécheurs par le sacrement du pardon et de la
réconciliation avec l’Église (cf. LG, 11).
Néanmoins, dans certains endroits, s’est
introduite la pratique d’intercaler ordinairement quelques années entre la
première communion et la première confession. Dans d’autres endroits, les
innovations ont été plus prudentes, soit qu’on n’ait pas autant différé
la première confession, soit qu’on ait tenu compte de l’avis des parents
qui préfèrent que leurs enfants accèdent au sacrement de pénitence avant la
première communion.
ESTIMER LA PRATIQUE COMMUNE EN VIGUEUR
5. Le Souverain Pontife Pie X a déclaré :
" La coutume de ne pas admettre les enfants à la confession, ou de ne
jamais leur donner l’absolution, alors qu’ils ont atteint l’âge de
raison, est à désapprouver absolument " (Décret Quam singulari, VII,
AAS, 1910, page 583). On ne peut guère satisfaire au droit qu’ont les enfants
baptisés de confesser leurs péchés si, au moment où ils atteignent l’âge
de discrétion, ils ne sont pas préparés et conduits avec douceur au sacrement
de pénitence.
Il faut aussi avoir devant les yeux l’utilité
de la confession ; même lorsqu’elle ne porte que sur des péchés véniels,
elle conserve sa valeur ; elle apporte un accroissement de grâce et de
charité, elle développe les bonnes dispositions de l’enfant à l’égard de
la réception de l’Eucharistie, et elle aide à parfaire la vie chrétienne.
Il semble donc que l’utilité de la confession ne peut être exclue au nom de
ces formes pénitentielles ou du ministère de la parole, par lesquelles on a
raison de développer chez les enfants la vertu de pénitence. Tout cela peut
être fructueusement réalisé en même temps que le sacrement de pénitence,
lui-même préparé par une catéchèse convenable. L’expérience pastorale de
l’Église, illustrée aujourd’hui encore par de nombreux témoignages, lui
enseigne combien est favorable l’âge dit de discrétion, pour que la grâce
baptismale des enfants, par le moyen d’une réception bien préparée des
sacrements de pénitence et d’Eucharistie, porte ses premiers fruits, qui
devront ensuite se développer avec l’aide d’une catéchèse prolongée.
Tout bien pesé, considérant qu’on ne peut
en principe déroger à une pratique commune et générale qu’avec l’assentiment
du Saint-Siège, ayant pris l’avis des Conférences Épiscopales, ce même
Saint-Siège estime qu’il convient de conserver la coutume en vigueur dans l’Église,
de faire précéder de la première confession la première communion ; ce qui n’empêche
absolument pas de parfaire cette coutume de diverses manières : ainsi, par le
moyen d’une célébration pénitentielle commune qui précède ou suive l’accès
au sacrement de pénitence.
Quant aux raisons et circonstances
particulières aux diverses régions, le Saint-Siège ne les néglige pas, mais
il exhorte les Évêques, en cette affaire importante, à ne pas s’écarter de
l’usage en vigueur, sans d’abord en avoir conféré avec lui dans un esprit
de communion hiérarchique. Eux-mêmes ne laisseront, en aucune façon, les
curés, les éducateurs ou les instituts religieux, commencer ou poursuivre l’abandon
de la pratique en vigueur.
Dans les régions où se sont déjà
introduites de nouvelles pratiques qui s’écartent notablement de l’usage,
que les Conférences Épiscopales veuillent bien soumettre ces expériences à
un nouvel examen ; si elles désirent ensuite les prolonger, qu’elles ne le
fassent pas sans d’abord en avoir conféré avec le Saint-Siège, et que ce
soit en plein accord avec lui qui les entendra volontiers.
Le Souverain Pontife PAUL VI, Pape, a
approuvé, confirmé de son autorité et ordonné de rendre de droit public ce
Directoire Général avec sa Note additionnelle, par lettre de sa Secrétairerie
d’État n. 177335 du 18 mars 1971.
Rome, le 11 avril 1971, en la Résurrection du
Seigneur.
Jean I. Cardinal WRIGHT, Préfet
+ Pierre Palazzini, secrétaire
N.d.T. - Dans la présente traduction,
les citations des divers textes du Concile
Vatican II sont généralement reproduites d’après la traduction Les Actes du
Concile, coll. " L’Église aux cent visages ", n- 16, 20, 21 ;
Édit. du Cerf, Paris 1965-1966 ;
les expressions " contenu de la
catéchèse " ou " contenu du message chrétien " correspondent
au latin " materia catecheseos ", " materia nuntii christiani
".
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