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« Le ministère des prêtres dans les
circonstances actuelles »
Cardinal John O’Connor
Archevêque de New York
Dans son homélie de canonisation des martyrs d’Ouganda,
Charles Lwanga et ses compagnons, le pape Paul VI parla du « crime si
infâme qui conduisit ces jeunes à la mort » et déclara qu’il était
« significatif de l’époque ». L’époque dont il s’agit, c’était
la fin du dix-neuvième siècle, il y a plus de cent ans. Quel était ce
« crime si infâme » ?
Le « crime si infâme » consistait dans les
avances homosexuelles adressées par le chef du Baganda, Mwanga, aux pages dont
Charles Lwanga faisait partie. Charles non seulement s’y refusa, mais
protégea les autres pages et les instruisit dans la foi catholique quand ils
furent emprisonnés pour avoir refusé les avances de Mwanga. Charles fut
brûlé le 3 juin 1886. Les 21 autres pages, tous convertis, comme Charles
lui-même, furent martyrisés à leur tour.
Parlant encore de ce crime, le Pape Paul VI déclarait :
« Il nous montre par des motifs suffisamment
manifestes qu’un nouveau peuple a besoin d’une fondation morale, de voir
s’affirmer de nouvelles coutumes spirituelles à transmettre à la
postérité ; ce crime exprime presque symboliquement et promeut le
passage d’un mode de vie simple et brut, – où ne manquaient pas des
valeurs humaines remarquables mais qui était souillé et affaibli et comme
esclave de lui-même – vers une vie plus civilisée dans laquelle
prévalent de plus hautes expressions de l’esprit humain et de meilleures
conditions de vie sociale ». (AAS 56 [1964], 906)
Je cite ce passage du Pape Paul VI parce qu’on m’a
demandé de réfléchir avec vous sur le presbytérat dans les circonstances
actuelles. Maintenant la pratique que le Pape Paul VI désignait comme un
« crime infâme » du dix-neuvième siècle est bien plus diffuse de
nos jours, c’est le moins qu’on puisse dire ; et quand il parle d’un
« nouveau peuple » qui a besoin de nouvelles traditions spirituelles,
il nous faudrait suggérer que nous autres les membres d’un « vieux
peuple », nous ayons gravement abandonné, dans beaucoup de sociétés,
les vertus morales fondamentales et les traditions spirituelles. Il apparaît
difficilement que nous avons progressé d’un mode de vie « esclave de sa
propre faiblesse et corruption » à « une vie plus civilisée dans
laquelle prévalent de plus hautes expressions de l’esprit et de meilleures
conditions sociales. »
Quel prêtre ne côtoie pas la culture actuelle de pluralisme
moral, de féminisme radical, d’acceptation ouverte des perversions ?
Est-il vrai que le climat moral aujourd’hui soit radicalement différent de
celui que nous décrit le premier chapitre de la lettre de saint Paul aux
chrétiens de Rome ? En effet, quand nous regardons l’Eglise universelle
et pas seulement notre Eglise locale propre, où que nous puissions nous trouver,
les questions fondamentales faites sur le prêtre – j’entends ces
questions vraiment radicales, qui atteignent le noyau de son sacerdoce – ces
demandes diffèrent-elles de celles des temps apostoliques ?
Une autre façon de poser cette question peut être
éclairante. Le premier défi du prêtre est-il de répondre aux circonstances d’un
jour donné, ou de répondre aux questions intrinsèques que pose le sacerdoce
en lui-même ? S’il n’y a qu’un grand prêtre, Jésus-Christ, au
sacerdoce de qui nous participons, notre besoin primordial ne serait-il pas de
nous façonner nous-mêmes sur lui en chaque genre de circonstance, à tout
âge ? On peut imaginer que si le Christ était condamné à mort dans le
monde d’aujourd’hui, il serait exécuté dans une chambre à gaz, ou devant
un peloton d’exécution, ou dans une chaise électrique ou par pendaison. La
façon de souffrir et de mourir changerait-elle substantiellement la réalité
de la rédemption qu’il a remportée ?
J’ai toujours été fasciné de ce que le Saint-Père ait
emprunté au prophète Jérémie le titre de son exhortation sur le presbytérat,
Je vous donnerai des pasteurs. Pourquoi suis-je fasciné ? Parce que
j’ai dû demander pourquoi en écrivant un document explicitement dédié à
la formation et à l’aide à la compréhension du prêtre en 1993, quand l’exhortation
a été écrite, le Saint-Père était revenu au prophète Jérémie, un
prophète d’il y a quelque 2500 ans.
Vous vous rappellerez que le monde de Jérémie était en
tumulte. L’idolâtrie se portait bien, comme aussi la corruption, la licence
sexuelle, et toute la gamme des injustices. Quelle était la réponse de Dieu,
tombée des lèvres de Jérémie ? « Je vous donnerai des pasteurs
selon mon cœur qui vous guideront avec science et intelligence ». – Pastores
dabo vobis [Jér. 3, 15]
Jérémie lui-même, au début, fut appelé par Dieu à être
prophète dans son jeune âge, vers 12-13 ans (à peu près l’âge auquel, de
nos jours encore, un jeune garçon perçoit pour cette émouvante première fois
une possible vocation). Jérémie étudia ensuite plusieurs années (appelez
cela un séminaire) avant de s’engager dans son métier de prophète. Il a
été un raté, au moins un instant, spécialement dans sa prédication.
Pourtant il continua dans la difficulté, même si son appel
à la réforme avait échoué. Nous le trouvons soulignant la duplicité du
peuple, son indifférence envers les liturgies du temple, son mépris de la
justice. Il le déclare « dominé par tout le mal qu’on ait jamais
imaginé » et l’avertit de ce que Yahweh va détruire le temple. En
conséquence immédiate, les prêtres et les autres prophètes demandent qu’il
soit mis à mort. En réalité il fut fait prisonnier, jeté dans une citerne et
finalement expulsé hors de son pays, en Egypte. Pendant ce temps, il tombait
dans une dépression profonde, croyant que Yahwé l’avait trahi. Il rejeta sa
naissance, sa vocation de prophète et sa conviction que Yahweh l’aurait
délivré de ses ennemis. Nous lisons donc dans le chapitre 20 :
« Tu m’as séduit, Yahvé, et je me suis laissé
séduire ; ...
Je suis prétexte continuel à la moquerie, la fable de
tout le monde...
La parole de Yahvé
a été pour moi source d’opprobre et de moquerie tout
le jour.
Maudit soit le jour où je suis né ! ...
Maudit soit l’homme qui annonça à mon père cette
nouvelle : « Un fils, un garçon t’est né ! » ...
Pourquoi donc suis-je sorti du sein ? Pour voir
tourment et peine et finir mes jours dans la honte ? [Cf. Jer. 20,
7-18]
Le motif pour lequel le Saint-Père a eu recours à Jérémie
pour son titre n’est-il pas évident ? Combien de prêtres
connaissez-vous, ou d’évêques, qui ne pourraient pas se reconnaître de
temps en temps dans les lamentations de Jérémie, dans les circonstances d’aujourd’hui ?
Combien ne reconnaîtraient pas la même confusion, le chaos culturel, l’idolâtrie,
la licence, l’injustice des jours de Jérémie dans le milieu dans lequel tout
prêtre, aujourd’hui en 1996, doit vivre, se déplacer, avoir son existence ?
Combien, à un moment ou à un autre, ne pourraient pas faire écho au sentiment
d’abandon complet de Jérémie, ou de solitude existentielle ? Combien de
prêtres ou d’évêques se sont posé la question de savoir si c’était bien
Dieu qui les avait appelés à devenir prêtre, ou si leur vocation n’était
pas une illusion ? Combien n’ont jamais souffert de cette frustration de
Jérémie, celle de prêcher à des sourds ? Combien ne se sont jamais
posé la question de leur identité, ou n’ont jamais eu l’impression de n’être
qu’un fonctionnaire, sans aucune importance pour le monde et leur propre
peuple ? Une seule de ces réalités est-elle vraiment circonscrite à un
jour déterminé ou à des circonstances passées ?
Il y a près de 60 ans, le grand cardinal Emmanuel Suhard,
Archevêque de Paris, publiait la lettre pastorale « Le prêtre dans la
cité ». Parlant du monde « en transformation » de son temps,
il avertit qu’il pouvait devenir « la Cité de Dieu ou la Cité de Satan ».
Et cela, notait-il, n’était pas un nouveau dilemme. J’ose citer longuement
ici le cardinal Suhard, parce que je crois que sa thèse est très proche de ce
que je suggère : les circonstances de chaque jour peuvent changer
rapidement, mais le prêtre comme prêtre doit demeurer fondamentalement le
même.
Voici ce qu’écrivait le cardinal Suhard :
... Le Christ ne nous est donné que dans et par l’Eglise
qui le continue. ... La tâche spécifique de l’Eglise c’est d’opérer
une pénétration, en surface et en profondeur, qui ne laisse aucun domaine
soustrait au baptême de sa grâce.
Mais ce labeur de consécration totale suppose que l’Eglise,
dans cet effort, garde sans cesse le sens de Dieu ; qu’elle ne se
naturalise pas en cherchant à surnaturaliser les valeurs profanes. Il faut
à tout prix qu’elle reste ce qu’elle est : transcendante et
messagère du mystère. Tâche complexe, à la fois difficile et exaltante.
Il faut, négativement, expurger l’athéisme, et, positivement, satisfaire
les besoins incoercibles de sacré qui se font jour, un peu partout, dans
une humanité que torture l’absence de Dieu.
Et c’est ici qu’apparaît le prêtre. C’est là qu’il
intervient, donné d’en haut par Dieu, appelé d’en bas par l’angoisse
des hommes, désigné dans l’Eglise pour être en elle, à tous moments,
avec l’Esprit Saint, la source de sa permanence et de sa vie. (p. 2)
... Et voilà pourquoi le prêtre, dans la cité, sera
toujours, par quelque côté, l’adversaire. On ne lui pardonnera jamais d’évoquer
et de perpétuer, de génération en génération, Celui qu’on croyait
avoir supprimé pour toujours. Comme le Christ, le prêtre est la pierre
angulaire, l’angle vif du Royaume d’en haut. (p. 35)
... L’un des premiers services qu’il rend au monde, c’est
de lui dire la vérité ... Il doit rester dans la grande ligne prophétique.
Sa voix doit ressusciter les accents terribles ou déchirants des grands
« Inspirés » d’autrefois.
... Comme le Christ, le prêtre apporte à l’humanité
un bienfait sans égal : celui de l’inquiéter. Il doit être
le « ministre de l’inquiétude » ; le dispensateur d’une
soif et d’une faim nouvelles. Comme Dieu, « il appelle la faim sur
la terre ». ... L’inquiétude qu’il doit semer, c’est cette
crainte de Dieu, ce tourment de l’infini, qui a fait pousser aux mystiques
et aux penseurs de tous les temps des cris d’appel si bouleversants. (Lahure
– Paris 1949, pp. 32-33)
En pensant aux circonstances actuelles, et au besoin de nous
préparer intellectuellement et affectivement à les rencontrer, j’ai la
modeste opinion que le meilleur moyen de répondre aux besoins des hommes et de
prendre soin des âmes, en n’importe quelles circonstances, c’est d’être
des prêtres comme le Christ. Après 50 ans de prêtrise pour moi-même, après
avoir vu autant de changements de par le monde, je me trouve confronté à ce
même défi de base – être radicalement comme le Christ en tant que prêtre.
Déjà dans la lettre aux Hébreux nous lisons, non pas que le Christ change en
vue de rencontrer les temps, mais qu’il demeure dynamiquement le même à
toute époque : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et
pour l’éternité » [Heb 13, 8]. Je crois que je dois sans crainte m’accrocher
à ce Christ, qu’il me donnera le courage de faire face quelque soit ce qu’apporte
le jour – n’importe quel jour – aussi longtemps que je n’abandonnerai
pas.
Peut-être le plus grand des Apôtres, dans toute l’histoire
évangélique de l’Eglise, était-il saint Paul, qui était en même temps le
plus grand optimiste. St Paul disait mépriser les coups, mépriser les
naufrages, la lapidation, la prison : « Rien ne me séparera de l’amour
de Dieu ». La lettre qu’il écrivit au peuple d’Ephèse quand il
était en prison dans les chaînes était peut-être la plus optimiste de toutes.
Une portion de cette lettre, le sixième chapitre, pourrait avoir été écrite
très spécifiquement pour le prêtre d’aujourd’hui, pour chacun de nous ici
aujourd’hui. Voici ce qu’il dit :
... Rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la
vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu, pour pouvoir résister aux
manœuvres du diable. ... Afin qu’au jour mauvais, vous puissiez
résister et après avoir tout mis en œuvre, rester fermes.
... Priez en tout temps, dans l’Esprit ; restez
vigilants et ne vous lassez jamais. [Eph. 6, 10-11 ; 13 ; 18]
Ne vous lassez jamais
Dans le discours d’adieu du bel Evangile selon saint Jean,
Jésus rappela à ses disciples les plus proches : « Ce n’est pas
vous qui m’avez choisi ; c’est moi qui vous ai choisis. Je vous ai
choisis pour un but. Je vous ai choisi pour que vous sortiez et que vous
rameniez du fruit, mais pas n’importe quel fruit, un fruit qui demeure »
[Jn 15, 9-17]. Nous ne pouvons pas nous lasser, bien que les
circonstances du jour puissent changer. Notre fruit doit supporter tout
changement.
St. Jean Chrysostome nous dit :
Soyons pleins de confiance... Le Christ nous a équipés d’armes
plus splendides que l’or, plus résistantes que l’acier, des armes plus
enflammées que toute flamme et plus légères que la plus douce brise. ...
Ce sont des armes d’un genre totalement nouveau, parce qu’elles ont
été forgées en vue d’un combat dont on n’avait jamais entendu parler
auparavant. Moi qui ne suis qu’un homme, je me retrouve appelé à rendre
des coups aux démons ; moi qui suis revêtu de chair, je me retrouve
à combattre des puissances incorporelles. Dieu a également dessiné pour
moi une armure, non pas de métal mais de justice ; il a conçu pour
moi un bouclier non pas de bronze mais de foi. J’ai en main une épée
acérée, la parole de l’Esprit. ... Votre victoire doit être celle d’un
homme qui reste satisfait » [Catéchèse baptismale 3, 11-12]. En d’autres
mots, d’un homme qui ne se lasse jamais.
St Ignace d’Antioche dit la même chose du fond de son cœur,
en route pour être déchiré par les dents des lions :
On reconnaît un arbre à ses fruits, et de même celui
qui professe appartenir au Christ doit être reconnu par ce qu’il fait. C’est
pourquoi ce dont on a besoin ce n’est pas seulement de professer
maintenant, mais de persévérer jusqu’à la fin dans la puissance de
la foi. [Souligné] [Eph. 14, IIe siècle].
La persévérance – ce don du Saint-Esprit, ce don
merveilleux du Saint-Esprit, ce don qui est peut-être le plus fragile de tous.
Ce don qui fait qu’il nous est possible de ne jamais nous lasser. Mais ce don
doit être utilisé. Nous devons stimuler la grâce qui nous accompagne,
la grâce de la persévérance. A mon sens, le plus grand ennemi du sacerdoce
dans les circonstances actuelles, c’est le découragement. Le découragement,
c’est bien autre chose que de perdre courage ; le découragement, c’est
d’être virtuellement désengagé vis-à-vis de tout courage, de toute
perception, de tout amour de notre sacerdoce. Tel est à mon sens le plus grand
ennemi que nous ayons à affronter dans les circonstances d’aujourd’hui ou
de n’importe quel jour.
Quelques-uns parmi nous savent quelque chose de cette maladie
terrible qu’on appelle l’autisme, cette maladie dans laquelle un
enfant adorable, normal, ou un adolescent, peuvent soudain, sans prévenir, se
retirer complètement. Dans un très beau livre décrivant leur enfant autiste,
un livre appelé de façon si poignante « Fais-moi entendre ta voix »,
un couple décrit sa jeune enfant, parfaitement normale, parfaitement belle, qui
peu après un an oublie soudain les mots qu’elle avait appris et s’absente
complètement. Leur description, selon leurs propres mots extraordinaires, est
que leur enfant est devenue « une personne sans soi-même ». Un
prêtre qu’agrippe ce démon de midi du découragement peut devenir
« une personne sans soi-même ».
Nous ne devons jamais, jamais verser dans le découragement ;
jamais le laisser prendre prise. Nous ne devons jamais nous lasser.
Léon Tolstoï, le grand écrivain russe, était coutumier de
telles périodes de découragement, proches du désespoir. Il essayait toujours
de s’agripper désespérément à sa foi. Il exhortait les autres :
Si l’idée te vient que tout ce que tu as pensé sur
Dieu est une erreur et qu’il n’y a pas de Dieu, ne te laisse pas
impressionner. Cela arrive à beaucoup de monde. Mais surtout ne pense pas
que la source de ton manque de foi est l’inexistence de Dieu. Si tu ne
crois plus dans le Dieu auquel tu croyais auparavant, cela vient de ce qu’il
y avait quelque chose d’erroné dans ta foi, et tu dois t’efforcer de
mieux saisir ce que tu appelles Dieu. Quand un sauvage cesse de croire dans
son dieu de bois, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de Dieu, mais
seulement que le vrai Dieu n’est pas en bois. [Cité dans Ce que le
monde peut croire d’Hans Küng]
Pense aux Apôtres. Un seul d’entre eux s’est lassé, par
désespoir ; il se pendit. Les onze autres étaient faibles, ils s’enfuirent,
ils trahirent le Christ, ils nièrent l’avoir connu, mais ils revinrent. Ils
revinrent pour souffrir, et dans tous les cas sauf un, pour mourir avec le
Christ.
Le théologien Hans Urs von Balthasar présente une très
belle méditation dans sa réflexion sur le chapitre XVI sur l’Evangile de
saint Marc, qu’on lit à la veillée de Pâques. Il décrit cette histoire qui
vous est si familière, celle des femmes – Marie Madeleine, l’autre Marie,
Salomé – qui vinrent avec leurs aromates pour achever l’embaumement du
corps mort de Jésus. Et en chemin, elles se demandent qui va rouler la
lourde pierre. En arrivant elles découvrent que la pierre a déjà été
roulée. La pierre entre elles et le cœur de leur amour a déjà été roulée.
Et l’ange les salua si calmement, dit Balthasar :
« N’ayez crainte. Vous cherchez le Christ qui était crucifié. Il n’est
pas là. Il est ressuscité. Voyez, c’est là l’endroit où ils l’avaient
déposé ». Von Balthasar dit que c’est exactement comme quand vous
rendez visite à quelqu’un chez lui, et qu’en arrivant on vous dit :
« Il n’est pas là ». Ne paniquez pas. En ce moment il n’est
tout simplement pas à la maison. L’ange dit alors : « Allez dire
à Pierre et aux autres que vous le trouverez en Galilée » – dans cette
Galilée où tout avait commencé, avec les apôtres, avec les femmes qui
suivaient Jésus.
Notre Galilée fut le jour de notre ordination quand nous
devinrent d’autres Christ, grâce au pouvoir du Christ. Nous ne devons jamais
désespérer, quelles que soient les circonstances du moment. Balthasar dit dans
sa réflexion, en essence : « Ne te décourage pas de ne pas trouver
Jésus là où il n’est pas, et où il n’a rien à faire. Ne te désespère
pas de ne pas trouver Jésus dans cette activité excessivement frénétique,
dans ce gâchis frivole de ton temps de prêtre. Ne te décourage pas si tu ne
trouves pas Jésus dans des occasions inutiles de péché et de tentation. Il
est ressuscité ! Il est vivant ! Il veut que tu marches avec Lui. Tu
le trouveras en Galilée. Tu le trouveras dans ton sacerdoce. Tu le trouveras
qui n’arrête pas de t’attendre. »
Dans le bel Evangile d’Emmaüs en saint Luc, on nous parle
des disciples qui étaient si abattus, si découragés. Ils avaient eu de tels
espoirs, et puis tout s’était écroulé. Où s’en étaient allés tous
leurs rêves ? Il avait été crucifié. En d’autres mots, les
circonstances du jour avaient changé dramatiquement. Et Il les rejoint comme un
étranger. Ils ne Le reconnaissent pas. Quand ils atteignent la petite cité d’Emmaüs,
« il fit mine de poursuivre son chemin ». Il attendait qu’on l’invite.
Viens dans nos vies. Viens dans nos cœurs. Viens partager un repas avec nous.
Viens pour rester à l’auberge ici avec nous. Jésus entra et s’assit avec
eux pour dîner. Et quand le reconnurent-ils ? « Ils le reconnurent
à la fraction du pain ». C’était le Jésus eucharistique. Alors
seulement, à la fraction du pain, ils se rappelèrent « notre cœur n’était-il
pas tout brûlant en nous quand nous marchions avec Lui sur la
route ? » Il y était toujours.
Dans le profond de nos découragements et de nos abattements,
se rappelèrent-ils, il était toujours là. Ils ne s’en souvenaient pas jusqu’à
ce qu’ils le reconnaissent dans la fraction du pain. Il est toujours,
toujours avec nous dans notre sacerdoce, dans le sacrifice eucharistique. Si
jamais nous pensons l’avoir perdu, nous le trouverons dans la fraction du pain,
dans le sacrifice eucharistique que nous appelons la Messe, la Messe qui ne
change jamais dans son essence, quelles que soient les circonstances du moment.
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