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1972 IUL 19. - SC EPISC. ET CLERI, EPISTULA.
PART.*
RECURSUS CAPITULI CATHEDRALIS CONTRA EPISCOPUM
ROERMONDENSEM REIICITUR ATQUE REGIMEN DIOECESEOS PERSONALI RESPONSABILITATI
EPISCOPI COMMISSUM DECLARATUR AB ALIIS STRUCTURIS SUPERDIOECESANIS NON
SUBSTITUENDUM
Du Vatican, le 19 juillet 1972
Prot. N. 139519
Révérendissime Chapitre cathédral,
Le recours adressé au Saint-Père contre l’Ordinaire
diocésain par le Chapitre cathédral de Roermond, en juin dernier, a été, par
ordre supérieur, examiné conjointement par les deux S. Congrégations pour les
Evêques et pour le Clergé, compétentes en la matière.
Après avoir pris en considération
attentivement toute la documentation et avoir écouté aussi à ce sujet le
Cardinal Alfrink et les trois représentants du Chapitre, nos deux dicastères
sont maintenant en mesure de donner le jugement suivant.
Sous l’aspect strictement juridique, on ne
peut rien objecter à la manière d’agir de S. Exc. l’Ordinaire de Roermond,
qui a respecté les lois canoniques en vigueur.
De même, sous l’aspect doctrinal et
pastoral – puisque c’est là que se situe principalement votre dissentiment
– on ne relève pas d’éléments qui soient de nature à justifier un
recours contre l’évêque. En effet, dans son « Essai d’une vision de
la proclamation de la Parole et de la manière de vivre le christianisme dans le
cadre de l’Eglise catholique romaine, proposée au diocèse de Roermond »,
du 7 avril 1972, l’enseignement de l’évêque reflète fidèlement celui du
magistère. Ce document comprend deux parties : la proclamation de la
Parole et la manière de vivre le christianisme. Dans chacune des deux parties,
l’évêque expose d’abord, en plusieurs paragraphes, les principes ;
ensuite il y ajoute des suggestions, des questions, ou ce qu’on appelle des
« concrétisations ». Ces « concrétisations », il
les destine à un dialogue où elles pourraient faire l’objet d’une certaine
révision. Quant aux principes, l’évêque s’appuie continuellement
sur Vatican II et sur les enseignements du Pape Paul VI. Il admet lui-même que
cette partie puisse être révisée sur des points secondaires (cf. discours de
présentation : Annexe n. 26) ; mais pour l’essentiel, comme il l’affirme,
il s’agit bien de la doctrine catholique. Le devoir de tout évêque,
successeur des apôtres, est de garder de tels principes et de les transmettre
fidèlement.
On peut répondre de façon analogue en ce qui
concerne le style de gouvernement adopté par Mgr Gijsen et son attitude
pastorale. En nous basant sur les documents que vous avez joints à votre
recours, nous avons dû constater que l’évêque a fait preuve de
compréhension fraternelle, de patience et de dévouement au diocèse. Mgr
Gijsen a exercé légitimement un pouvoir de décision qui, dans la constitution
divine de l’Eglise, est confié à l’évêque. Dans l’Eglise catholique
– permettez-nous de vous le rappeler en toute franchise – les fidèles, le
clergé, les organismes diocésains, et en premier lieu le Chapitre cathédral,
sont appelés à collaborer avec l’évêque et sous sa direction, et
non l’inverse.
On ne voit donc pas comment on peut imputer à
l’Ordinaire d’avoir voulu choisir son vicaire général : il est
parfaitement en droit de le faire (can. 366, § 2). Après la renonciation du
vénéré prédécesseur de Mgr Gijsen, la juridiction des deux vicaires
généraux avait expiré, elle aussi, et par conséquent l’office était
vacant (can. 371). C’est d’ailleurs un fait très normal qu’un nouvel
évêque choisisse un nouveau vicaire général : l’histoire des
diocèses hollandais eux-mêmes confirme généralement cette praxis.
Il faut en dire autant de la décision de l’évêque
de s’occuper plus directement des nominations. C’est là une fonction qu’un
évêque peut soit exercer par lui-même, soit déléguer à d’autres. Chaque
Ordinaire est libre de choisir la solution qui lui semble répondre le mieux aux
intérêts du diocèse en un moment historique donné : il décide selon sa
science et conscience.
On affirme encore dans votre recours qu’il
faut, pour gouverner un diocèse, « une certaine pluriformité »
dans le collège des collaborateurs de l’évêque, et une certaine continuité
avec le passé. La pluriformité est sans doute utile dans la phase de recherche,
d’étude, de consultation. Mais aucun gouvernement sérieux et efficace ne
serait possible dans aucun type de société, si démocratique qu’on le
suppose, si cette pluriformité devait se manifester aussi dans la phase de
décision : elle engendrerait la paralysie de l’autorité et la
dissolution du principe d’unité et de la société elle-même. Il est donc
normal qu’un évêque cherche à s’entourer d’un collège de
collaborateurs dont il juge qu’ils peuvent l’aider efficacement dans l’actuation
de son plan pastoral.
Quant à la « continuité avec le passé »,
permettez-nous d’observer que ce n’est pas n’importe quelle expérience
passée qui exige nécessairement d’être continuée. Chaque jour, dans notre
vie personnelle et sociale, nous faisons un bilan des expériences passées, et
tandis que nous retenons celles qui sont positives, nous écartons celles qui le
sont moins, ou qui sont franchement négatives, selon l’évaluation que nous
en faisons. Il en va de même dans la vie de l’Eglise : c’est à l’évêque,
par une évaluation prudente et avec le sens de sa responsabilité, de juger ce
qui est valable et ce qui ne l’est pas dans les expériences pastorales et
dans les essais d’organisation du passé, et d’engager éventuellement la
vie diocésaine sur de nouvelles voies.
Il nous semble nécessaire de remarquer,
toujours à ce propos, qu’on ne peut invoquer comme unique critère valable
pour soutenir ses propres thèses, les expériences et les structures analogues
existant dans d’autres diocèses ou dans une province ecclésiastique
déterminée.
Certes, il est bon que les évêques d’une
même province ecclésiastique coordonnent certaines de leurs activités
pastorales. Mais il reste que chacun d’eux est responsable de son diocèse. La
tendance à supplanter l’Ordinaire et sa légitime autonomie dans le
gouvernement diocésain, en recourant à des organismes interdiocésains ou à d’autres
Ordinaires, va contre une exigence fondamentale de la vie et de la structure de
l’Eglise.
De fait, la structure fondamentale des Eglises
particulières est le diocèse, compris comme communauté de croyants
rassemblés autour de son pasteur qui, en vertu de sa mission et de la
succession apostolique, a la triple charge « docendi, sanctificandi,
regendi ». Les autres structures ecclésiastiques interdiocésaines,
provinciales, ou même nationales, ne peuvent jamais prétendre se superposer à
l’autonomie de chaque diocèse et à la mission et responsabilité
personnelles de chaque Ordinaire diocésain. Cette précision nous semble d’autant
plus nécessaire à souligner que, dans l’une ou l’autre phase du différend
avec l’Ordinaire, a prévalu chez certains une autre conception.
Nous devons préciser également que, dans la
dynamique de la vie diocésaine au niveau de la direction ou du gouvernement, le
dialogue ne peut et ne doit pas s’entendre comme un devoir de l’évêque d’abdiquer
ses responsabilités personnelles en faveur d’un collège de collaborateurs.
Il doit, certes, rechercher le conseil et la collaboration des personnes et des
organismes les plus qualifiés : le Chapitre cathédral, le Conseil
presbytéral, etc. Il doit apprécier à sa juste valeur une telle collaboration,
écoutant même les avis les plus critiques. Mais, en définitive, c’est à
lui qu’il revient de décider, en conformité avec la doctrine et la
discipline de l’Eglise, ce qu’en conscience il estime le plus convenable
pour le bien de l’Eglise locale confiée à son ministère pastoral. Du reste,
là où existe le lien mutuel d’une sincère charité et de la recherche
objective du bien commun, même les inévitables tensions que comporte la
dynamique du dialogue peuvent et doivent être surmontées dans la synthèse de
l’obéissance filiale à celui qui a le poids et la responsabilité de l’ « auctoritas
apostolica in servitium pastorale exercenda ». Cela
conformément à la doctrine traditionnelle de l’Eglise qui a été
réaffirmée dans les documents du Concile Vatican II.
En conséquence, ces deux S. Congrégations ne
voient pas comment elles pourraient accueillir le recours du vénérable
Chapitre cathédral ; elles adressent à celui-ci une pressante invitation
à surmonter, avec la générosité qui s’impose, les tensions et
incompréhensions dues à un difficile mais nécessaire changement, et à
collaborer de façon loyale et constructive avec l’Ordinaire, lequel, nous en
sommes certain, est pleinement ouvert à votre collaboration dans le
cadre de son programme pastoral. Ce qui compte, ce ne sont pas nos vues
particulières des problèmes et de leurs solutions, mais le principe de la
charité et de l’unité avec le pasteur du diocèse.
Nous avons confiance dans la sagesse du
Chapitre et dans le sens de responsabilité sacerdotale de chacun de ses membres.
Ils montreront leur amour pour le bien du diocèse en donnant le bon exemple à
tous, prêtres et fidèles, par une sincère adhésion à leur Ordinaire et par
une loyale collaboration à son programme pastoral, afin que, selon l’exhortation
de Saint Paul, « veritatem autem facientes in charitate, crescamus in
Illo per omnia, qui est caput Christus (Eph. 4, 15) ».
Dans la confiance que cette décision du
Saint-Siège marquera le début d’une vigoureuse reprise de vie chrétienne
pour la vénérable Eglise de Roermond, nous exprimons au révérendissime
Chapitre cathédral nos sentiments d’estime et de fraternelle charité dans le
Christ Jésus.
J. Card. WRIGHT
Pref. della S. Congr. per il Clero.
Per il Cardinale Prefetto : Ernesto Civardi,
Segretario della S. Cong.
per i Vescovi.
* Doc. Cath. 69 (1972) 929-930. – « Leges Ecclesiae »
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