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Le prêtre et la confession
Reconciliatio et paenitentia 29 : " Ceux à qui vous les remettrez "
La première donnée fondamentale nous vient
des Livres saints de l’Ancien et du Nouveau Testament à propos de la
miséricorde du Seigneur et de son pardon. Dans les psaumes et la prédication
des prophètes, le terme miséricordieux est peut-être le terme le plus
souvent attribué au Seigneur, contrairement au cliché persistant qui présente
le Dieu de l’Ancien Testament surtout comme un Dieu sévère et punisseur.
Ainsi, parmi les psaumes, un long exposé sapientiel, se rapportant à la
tradition de l’Exode, rappelle l’action bienveillante de Dieu au milieu de
son peuple. Cette action, même dans sa représentation anthropomorphique, est
peut-être l’une des proclamations les plus éloquentes de la miséricorde
divine dans l’Ancien Testament. Il suffit de rappeler ici les versets : "
Et lui, miséricordieux, au lieu de détruire, il pardonnait ; maintes fois, il
retint sa colère au lieu de réveiller sa violence. Il se rappelait : ils ne
sont que chair, un souffle qui s’en va sans retour " (157 - Ps
78,38-39 ).
A la plénitude des temps, le Fils de Dieu,
venant comme l’Agneau qui enlève et porte sur lui le péché du
monde (158 - Cf. Jn 1,29 ; Is 53,7 ; Is 12 ), apparaît comme celui qui
possède le pouvoir aussi bien de juger (159 - Cf. Jn 5,27) que de
pardonner les péchés (160 - Cf. Mt 9,2-7 ; Lc 5,18-25 ; Lc 7,47-49 ; Mc
2,3-12) ; et il est venu non pour condamner mais pour pardonner et sauver
(161 - Cf. Jn 3,17).
Or, ce pouvoir de remettre les péchés,
Jésus l’a conféré, par l’Esprit Saint, à de simples hommes, eux-mêmes
sujets aux assauts du péché, à savoir à ses Apôtres : " Recevez l’Esprit
Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à
qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus " (162 - Jn 20,22 ; Mt
18, 18 ; cf. aussi, en ce qui concerne Pierre, Mt 16,19 Le
bienheureux Isaac de l’Etoile souligne, dans un de ses discours, la pleine
communion du Christ avec l’Eglise dans la rémission des péchés : " L’Eglise
ne peut rien pardonner sans le Christ ; et le Christ ne veut rien pardonner sans
l’Eglise. L’Eglise ne peut rien pardonner sinon à celui qui se convertit, c’est-à-dire
à celui que le Christ a d’abord touché. Le Christ ne veut pas accorder son
pardon à celui qui méprise l’Eglise " : Sermo 11 (In dominica III post
Epiphaniam, I) : PL 194, 1729.). C’est là une des nouveautés évangéliques
les plus formidables ! En conférant ce pouvoir aux Apôtres, Jésus leur donne
la faculté de le transmettre, comme l’Eglise l’a compris dès l’aube de
son existence, à leurs successeurs, investis par les Apôtres eux-mêmes de la
mission et de la responsabilité de continuer leur oeuvre d’annonciateurs de l’Evangile
et de ministres de la Rédemption du Christ.
Ici apparaît dans toute sa grandeur la figure
du ministre du sacrement de Pénitence, appelé confesseur selon une coutume
très ancienne.
Comme à l’autel ou il célèbre l’Eucharistie,
et comme en chacun des sacrements, le prêtre, ministre de la Pénitence, agit
" in persona Christi ". Le Christ, qui est rendu présent par le
prêtre et qui accomplit par lui le mystère de la rémission des péchés,
apparaît bien comme frère de l’homme (163 - Cf. Mt 12,49-50 ; Mc
3,33-34 ; Lc 8,20-21 ; Rm 8,29 : " ... L’ainé d’une multitude de
frères "), pontife miséricordieux, fidèle et compatissant (164 - Cf He
2,17 ; He 4,15), pasteur toujours à la recherche de la brebis perdue (165 -
Cf. Mt 18,12-13 ; Lc 15,4-6), médecin qui guérit et réconforte (166 -
Cf. Lc 5,31-32), maître unique qui enseigne la vérité et montre les
chemins de Dieu (167 - Cf. Mt 22,16), juge des vivants et des morts (168
- Cf. Ac 10,42), qui juge selon la vérité et non d’après les
apparences (169 - Cf Jn 8,16).
Ce ministère du prêtre est sans aucun doute
le plus difficile et le plus délicat, le plus fatigant et le plus exigeant,
mais aussi l’un des plus beaux et des plus consolants ; c’est précisément
pour cela que, attentif au rappel très fort du Synode, je ne me lasserai jamais
de rappeler à mes frères évêques et prêtres l’accomplissement fidèle et
assidu de ce ministère (170 - Cf. mon discours aux pénitenciers des basiliques
patriarcales de Rome et aux prêtres confesseurs, en conclusion du jubilé de la
Rédemption [9 juillet 1984] : L’Osservatore Romano, 9-10 juillet 1984). Face
à la conscience du fidèle, qui s’ouvre à lui avec un mélange de crainte et
de confiance, le confesseur est appelé à une tâche élevée qui consiste à
servir la pénitence et la réconciliation humaine, à savoir connaître les
faiblesses et les chutes de ce fidèle, évaluer son désir de se reprendre et
les efforts nécessaires pour y parvenir, discerner l’action de l’Esprit
sanctificateur dans son coeur, lui transmettre un pardon que Dieu seul peut
accorder, " célébrer " sa réconciliation avec le Père, telle que
la présente la parabole du fils prodigue, réinsérer ce pécheur libéré dans
la communion ecclésiale avec ses frères, admonester paternellement ce
pénitent en l’encourageant fermement et amicalement : " Va, désormais
ne pèche plus ! " (171 - Jn 8,11).
Pour l’accomplissement efficace de ce
ministère, le confesseur doit nécessairement posséder des qualités
humaines de prudence, de discrétion, de discernement, de fermeté
tempérée par la douceur et la bonté. Il doit avoir aussi une préparation
sérieuse, non point fragmentaire mais complète et cohérente dans les divers
secteurs de la théologie, dans les domaines de la pédagogie et de la
psychologie, de la méthodologie du dialogue, et surtout en matière de
connaissance profonde et communicative de la Parole de Dieu. Mais il est encore
plus nécessaire que le confesseur soit animé d’une vie spirituelle intense
et sincère. Pour conduire les autres sur la voie de la perfection chrétienne,
le ministre de la Pénitence doit le premier parcourir lui-même ce
chemin et donner - plus par des actes que par d’abondants discours - des
preuves d’expérience réelle de l’oraison vécue, de pratique des vertus
évangéliques théologales et morales, d’obéissance fidèle à la volonté
de Dieu, d’amour de l’Eglise et de docilité à son Magistère.
Tout cet ensemble de qualités humaines, de
vertus chrétiennes et de compétences pastorales ne s’improvise pas et ne s’acquiert
pas sans effort. Pour le ministère de la Pénitence sacramentelle, tout prêtre
doit être préparé dès ses années de séminaire, non seulement par l’étude
de la théologie dogmatique, morale, spirituelle et pastorale (ce qui ne forme
qu’une seule théologie), mais aussi par les sciences de l’homme, la
méthodologie du dialogue, et spécialement de l’entretien pastoral. Il faudra
ensuite qu’il se lance et qu’il soit soutenu dans ses premières
expériences. Lui-même devra veiller à son propre perfectionnement, à la mise
à jour de sa formation par l’étude permanente. Quel trésor de grâce, de
vie véritable et de rayonnement spirituel ne retomberait-il pas sur l’Eglise,
si chaque prêtre veillait à ne jamais manquer, par négligence ou sous divers
prétextes, le rendez-vous avec les fidèles au confessionnal, et veillait avec
encore plus de soin à ne jamais s’y rendre sans préparation, ou démuni des
qualités humaines indispensables et des conditions spirituelles et pastorales.
A ce propos, je ne puis manquer d’évoquer,
avec une respectueuse admiration, les figures de certains apôtres
extraordinaires du confessionnal, tels que saint Jean Népomucène, saint
Jean-Marie Vianney, saint Joseph Cafasso et saint Léopold de Castelnuovo, pour
ne parler que des plus connus, inscrits par l’Eglise au nombre des saints.
Mais je désire rendre hommage également à l’innombrable foule de saints
confesseurs, presque toujours anonymes, auxquels est dû le salut de tant d’âmes
qu’ils ont aidées à se convertir, à lutter contre le péché et les
tentations, à progresser spirituellement et, en définitive, à se sanctifier.
Je n’hésite pas à dire que les grands saints canonisés sont généralement
eux aussi issus de cette pratique de la confession, et, avec eux, le patrimoine
spirituel de l’Eglise et l’épanouissement d’une civilisation imprégnée
d’esprit chrétien. Honneur soit donc rendu à cette cohorte silencieuse de
nos confrères qui ont bien servi et servent chaque jour la cause de la
réconciliation par le ministère de la Pénitence sacramentelle !
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