CONGRÉGATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACRÉE ET LES
SOCIÉTÉS DE VIE APOSTOLIQUE
DIRECTIVES SUR LA FORMATION DANS LES INSTITUTS
RELIGIEUX
* La Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et
les Sociétés de vie apostolique, qui publie le présent
document, lui donne valeur d'Instruction, selon le c. 34 du Code de Droit
Canonique. Il s'agit de dispositions et d'orientations approuvées par le
Saint Père et proposées par le Dicastère en vue
d'expliciter les normes du Droit et d'aider à les appliquer. Ces
dispositions et orientations supposent donc les prescriptions juridiques déjà
en vigueur en vertu du Droit et s'y référent à l'occasion,
ne dérogeant à aucune d'entre elles.
INTRODUCTION
LE BUT DE LA FORMATION DES RELIGIEUX
1. Le renouveau adapté des instituts religieux dépend
principalement de la formation de leurs membres. La vie religieuse rassemble des
disciples du Christ qu'il convient d'aider à accueillir «ce don
divin que l'Eglise a reçu de son Seigneur et qu'elle conserve par sa grâce».(4)
C'est pourquoi les meilleures formes d'adaptation ne porteront leurs fruits que
si elles sont animées par un profond renouvellement spirituel. La
formation des candidats, qui a pour but immédiat d'initier à la
vie religieuse et de faire prendre conscience de sa spécificité
dans l'Eglise, visera donc surtout, à travers l'harmonieuse fusion de ses
éléments spirituel, apostolique, doctrinal et pratique à
aider religieuses et religieux à réaliser leur unité de vie
dans le Christ, par l'Esprit.(5)
UNE PREOCCUPATION CONSTANTE
2. Bien avant le Concile Vatican II, l'Eglise s'était préoccupée
de la formation des religieux.(6) Le Concile, à son tour, a donné
des principes doctrinaux et des normes générales dans le chapitre
VI de la constitution dogmatique Lumen gentium et dans le décret
Perfectae caritatis. Le Pape Paul VI, pour sa part, a rappelé aux
religieux que, quelle que soit la variété des formes de vie et des
charismes, tous les éléments de la vie religieuse doivent toujours
être ordonnés à la construction de «l'homme intérieur».(7)
Notre Saint Père Jean Paul II est souvent intervenu, depuis les débuts
de son pontificat et dans de nombreux discours qu'il a prononcés, sur la
formation des religieux.(8) Le Code de Droit Canonique, enfin, s'est employé
à traduire dans des normes plus précises les exigences requises
pour un renouveau adapté de la formation.(9)
L'ACTION POST-CONCILIAIRE DE LA CONGREGATION POUR LES INSTITUTS DE
VIE CONSACREE ET LES SOCIETES DE VIE APOSTOLIQUE
3. La Congrégation, dès 1969, élargissait dans
l'Instruction Renovationis causam, certaines dispositions canoniques
alors en vigueur pour «mieux adapter l'ensemble du cycle de la formation à
la mentalité des nouvelles générations, aux conditions de
la vie moderne, ainsi qu'aux exigences de l'apostolat actuel, tout en demeurant
fidèle à la nature et à la fin particulière de
chaque Institut».(10)
D'autres documents publiés depuis lors par le Dicastère,
quoique ne portant pas directement sur la formation des religieux, l'intéressent
tout de même sous l'un ou l'autre aspect. Ce sont «Mutuae Relationes»
en 1978,(11) «Religieux et Promotion humaine" et «Dimension
Contemplative de la Vie Religieuse" en 1980,(12) «Eléments
essentiels de l'enseignement de l'Eglise sur la vie religieuse" en
1983.(13) Il sera utile de recourir à ces divers documents pour que la
formation des religieux soit donnée en pleine harmonie avec les
orientations pastorales de l'Eglise universelle et des Eglises particulières
et pour favoriser l'intégration entre «intériorité et
activité» des religieuses et religieux voués à
l'apostolat.(14) Ainsi l'activité «pour le Seigneur» ne cessera
de les conduire au Seigneur, «source de toute activité»(15).
LA RAISON D'ETRE DE CE DOCUMENT ET SES DESTINATAIRES
4. La Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et
les Sociétés de Vie apostolique estime toutefois utile et même
nécessaire de proposer aux supérieurs majeurs des instituts
religieux et à leurs frères et soeurs chargés de formation,
y compris les moniales et les moines, le présent document, d'autant plus
que nombreux parmi eux étaient ceux qui l'avaient demandé. Elle le
fait en vertu de sa mission de donner aux instituts des orientations qui
pourront les aider à élaborer leur propre charte de formation (ratio)
dont le droit général de l'Eglise leur fait une
obligation.(16) D'autre part, religieuses et religieux ont le droit de connaître
quelle est la position du Saint Siège sur les problèmes actuels de
la formation et les solutions qu'il aurait à suggérer pour les résoudre.
Le document s'inspire de nombreuses expériences déjà tentées
depuis le Concile Vatican II et se fait l'écho de questions plusieurs
fois soulevées par les supérieurs majeurs. Il rappelle à
tous quelques exigences du droit en fonction des circonstances et des besoins présents.
Il espère enfin rendre service surtout aux instituts naissants et à
ceux qui ne disposent pour le moment que de peu de moyens de formation et
d'information.
5. Le document ne concerne que les instituts religieux. Il porte sur ce
que la vie religieuse a de plus spécifique et ne consacre qu'un chapitre
aux exigences requises pour accéder aux ministères diaconal et
presbytéral. Ces dernières ont fait l'objet d'instructions
exhaustives de la part du Dicastère compétent, lesquelles
s'appliquent aussi aux religieux candidats à ces ministères.(17)
Il cherche à donner des orientations valables pour la vie religieuse dans
son ensemble. Il appartiendra à chaque institut de les utiliser selon son
caractère propre.
Le contenu du document vaut pareillement pour l'un et l'autre sexe, sauf
s'il s'avère à partir du contexte et de la nature des choses qu'il
en va autrement.(18)
CHAPITRE I
CONSECRATION RELIGIEUSE ET FORMATION
6. Le but premier de la formation est de permettre aux candidats à la
vie religieuse et aux jeunes profès de découvrir d'abord,
d'assimiler et d'approfondir ensuite ce en quoi consiste l'identité du
religieux. Dans ces conditions seulement, la personne vouée à Dieu
s'insérera dans le monde comme un témoin significatif, efficace et
fidèle.(19) Il convient donc de rappeler, au début d'un document
sur la formation, ce que représente pour l'Eglise la grâce de la
consécration religieuse.
LA VIE RELIGIEUSE ET CONSACREE SELON LA DOCTRINE DE L'EGLISE
7. «En tant que consécration de toute la personne, la vie
religieuse manifeste dans l'Eglise l'admirable union sponsale établie par
Dieu, signe du siècle à venir. Ainsi le religieux accomplit sa
pleine donation comme un sacrifice offert à Dieu, par lequel toute son
existence devient un culte continuel rendu à Dieu dans la charité».
«La vie consacrée par la profession des conseils évangéliques»
dont relève la vie religieuse «est la forme de vie
stable par laquelle les fidèles, suivant le Christ de plus près,
sous l'action de l'Esprit Saint, se donnent totalement à Dieu aimé
par dessus tout, pour que dédiés à un titre nouveau et
particulier pour l'honneur de Dieu, pour la construction de l'Eglise et le salut
du monde, ils parviennent à la perfection de la charité dans le
service du Royaume de Dieu et, devenus signes lumineux dans l'Eglise, ils
annoncent déjà la gloire céleste»(20).
«Cette forme de vie, dans les instituts de vie consacrée érigés
canoniquement par l'autorité compétente de l'Eglise, les fidèles
l'assument librement, qui, par des voeux ou d'autres liens sacrés selon
les lois propres des instituts, font profession des conseils évangéliques
de chasteté, de pauvreté et d'obéissance et, par la charité
à laquelle ceux-ci conduisent, sont unis de façon spéciale à
l'Eglise et à son mystère».(21)
UNE VOCATION DIVINE POUR UNE MISSION DE SALUT
8. A l'origine de la consécration religieuse, il y a un appel de
Dieu que rien n'explique sinon l'amour qu'il porte à la personne qu'il
appelle. Cet amour est absolument gratuit, personnel et unique. Il embrasse la
personne au point qu'elle ne s'appartient plus à elle-même, mais
appartient au Christ.(22) Il revêt ainsi le caractère d'une
alliance. Le regard que portait Jésus sur le jeune homme riche traduit ce
caractère: «Posant son regard sur lui, Jésus le prit en
affection» (Mc 10,21). Le don de l'Esprit le signifie et l'exprime.
Ce don engage la personne que Dieu appelle à suivre le Christ par la
pratique et la profession des conseils évangéliques de chasteté,
de pauvreté et d'obéissance. C'est «un don divin que l'Eglise
a reçu de son Seigneur et que, par sa grâce, elle conserve fidèlement».(23)
Et c'est pourquoi «la norme ultime de la vie religieuse» sera de «suivre
le Christ selon l'enseignement de l'Evangile».(24)
UNE REPONSE PERSONNELLE
9. L'appel du Christ, qui est l'expression d'un amour rédempteur, «embrasse
la personne entière, âme et corps, que ce soit un homme ou une
femme, dans son moi personnel et absolument unique».(25) Il "prend
dans le coeur de l'appelé la forme concrète de la profession des
conseils évangéliques».(26) Sous cette forme, celles et ceux
que Dieu appelle donnent à leur tour au Christ Rédempteur une réponse
d'amour; un amour qui se livre entièrement et sans réserve et qui
se perd dans l'offrande de toute la personne «en hostie vivante, sainte,
agréable à Dieu» (Rm 12, 1). Seul cet amour, lui
aussi de caractère nuptial et qui engage toute l'affectivité de la
personne, permettra de motiver et de soutenir les renoncements et les croix que
rencontre nécessairement celui qui veut «perdre sa vie» à
cause du Christ et de l'Evangile (cf. Mc 8, 35).(27) Cette réponse
personnelle est partie intégrante de la consécration religieuse.
LA PROFESSION RELIGIEUSE UN ACTE DE L'EGLISE QUI CONSACRE ET
INCORPORE
10. Selon l'enseignement de l'Eglise, «par la profession religieuse,
les membres s'engagent par voeu public à observer les trois conseils évangéliques;
ils sont consacrés à Dieu par le ministère de l'Eglise, et
ils sont incorporés à l'institut avec les droits et devoirs définis
par le droit» (28). Dans l'acte de la profession religieuse, qui est un
acte de l'Eglise à travers l'autorité de celui ou celle qui reçoit
les voeux, convergent l'action de Dieu et la démarche de la personne.(29)
Cet acte incorpore à un institut. Dans cet institut, les membres «mènent
en commun la vie fraternelle»(30) et l'institut leur assure «les
secours d'une plus grande stabilité dans leur forme de vie, d'une
doctrine éprouvée pour atteindre la perfection, d'une communion
fraternelle dans la milice du Christ, d'une liberté fortifiée par
l'obéissance, afin de pouvoir remplir avec sécurité et
garder fidèlement leur profession religieuse en avançant dans la
joie spirituelle sur la route de la charité»(31). L'appartenance des
religieux et des religieuses à un institut les amène à
rendre au Christ et à l'Eglise un témoignage public de distance à
l'égard de «l'esprit du monde» (1 Co 2,12) et des
comportements qu'il entraîne, en même temps que de présence
au monde selon la «sagesse de Dieu» (1 Co 2, 7).
LA VIE SELON LES CONSEILS EVANGELIQUES
11. «La profession religieuse met dans le coeur de chacun et de
chacune (...) l'amour du Père, l'amour même qui est dans le coeur
de Jésus Christ, le Rédempteur du monde. C'est un amour qui
embrasse le monde et tout ce qui en lui vient du Père, et qui en même
temps recherche la défaite de tout ce qui, dans le monde, "ne vient
pas du Père"»(32) (...) «Un tel amour doit jaillir (...)
de la source même de la consécration particulière qui, sur
le fondement sacramentel du saint baptême, est le commencement de (la) vie
nouvelle (du religieux) dans le Christ et dans l'Eglise, le commencement de la
nouvelle création»(33).
12. Ce sont la foi, l'espérance et la charité qui poussent
religieux et religieuses à s'engager par le moyen des voeux à
pratiquer et à professer les trois conseils évangéliques et
à témoigner ainsi de l'actualité et du sens des Béatitudes
pour ce monde.(34) Les conseils sont comme l'axe porteur de la vie religieuse,
parce qu'ils expriment de façon complète et significative le
radicalisme évangélique qui la caractérise. En effet, «par
la profession des conseils évangéliques faite dans l'Eglise (le
religieux) veut se libérer des surcharges qui pourraient le retenir dans
la recherche d'une charité fervente et d'un culte parfait à rendre
à Dieu et il est consacré plus intimement au culte divin».(35)
Ils atteignent la personne humaine au niveau des trois registres essentiels de
son existence et de ses relations: l'affectivité, l'avoir et le pouvoir.
Cet enracinement anthropologique explique que la tradition spirituelle de
l'Eglise les ait fréquemment mis en relation avec les trois convoitises évoquées
par St. Jean.(36) Leur pratique bien conduite favorise l'épanouissement
de la personne, la liberté spirituelle, la purification du coeur, la
ferveur de la charité et aide le religieux à coopérer à
la construction de la cité terrestre.(37) Les conseils vécus de
manière aussi authentique que possible revêtent une grande
signification pour tous les hommes(38) car chaque voeu donne une réponse
spécifique aux grandes tentations de notre temps. Par eux l'Eglise
continue d'indiquer au monde les voies de sa transfiguration dans le Royaume de
Dieu. Aussi importe-t-il qu'un soin attentif soit apporté à
initier théoriquement et pratiquement les candidats à la vie
religieuse aux exigences concrètes des trois voeux.
LA CHASTETE
13. «Le conseil évangélique de chasteté, assumé
à cause du Royaume des cieux, qui est signe du monde à venir et
source d'une plus grande fécondité dans un coeur sans partage,
comporte l'obligation de la continence parfaite dans le célibat"(39).
Sa pratique suppose que la personne consacrée par les voeux de religion
met au centre de sa vie affective une relation «plus immédiate»
(ET 13) avec Dieu par le Christ, dans l'Esprit.
«Etant donné que l'observance de la continence parfaite intéresse
intimement les inclinations particulièrement profondes de la nature
humaine, les candidats à la profession de la chasteté ne doivent
s'y décider ou y être admis qu'après une probation vraiment
suffisante et s'ils ont la maturité psychologique et affective nécessaire.
On ne se contentera pas de les prévenir des dangers qui menacent cette
vertu, mais on les formera de manière qu'ils assument le célibat
consacré à Dieu en l'intégrant au développement de
leur personnalité»(40). Une tendance instinctive de la personne
humaine la porte à absolutiser l'amour humain. Tendance caractérisée
par l'égoïsme affectif qui s'affirme par une domination sur la
personne aimée, comme si de cette possession pouvait naître le
bonheur. D'autre part, l'homme a beaucoup de peine à comprendre,et
surtout à réaliser, que l'amour puisse être vécu dans
le dévouement entier de soi-même, sans exiger nécessairement
l'expression sexuelle. L'éducation de la chasteté visera donc à
aider chacun et chacune à contrôler et à maîtriser ses
pulsions sexuelles, tout en se gardant en même temps d'un égoïsme
affectif orgueilleusement satisfait de sa fidélité dans la pureté.
Ce n'est pas un hasard si les Pères anciens donnaient à l'humilité
une priorité sur la chasteté, cette dernière pouvant
s'accommoder, l'expérience le prouve, de la dureté de coeur.
La chasteté libère singulièrement le coeur de l'homme
(1 Co 7, 32-35), pour qu'il brûle d'amour de Dieu et de
tous les hommes. L'une des plus grandes contributions que le religieux puisse
apporter aux hommes, aujourd'hui, est certainement de leur révéler
par sa vie plus que par ses paroles, la possibilité d'un véritable
dévouement et d'une ouverture aux autres, en partageant leurs joies, en étant
fidèle et constant dans l'amour, sans attitude de domination ni
d'exclusivité.
En conséquence, la pédagogie de la chasteté consacrée
veillera à:
entretenir la joie et l'action de grâces pour l'amour personnel
avec lequel chacun est regardé et choisi par le Christ;
encourager la réception fréquente du sacrement de réconciliation,
le recours à une direction spirituelle régulière et le
partage d'un véritable amour fraternel en communauté, concrétisé
en des relations franches et cordiales;
expliquer la valeur du corps et sa signification, former à une
hygiène corporelle élémentaire (sommeil, sport, détentes,
nourriture, etc.);
donner des notions fondamentales sur la sexualité masculine et
féminine, avec ses connotations physiques, psychologiques, spirituelles;
aider au contrôle de soi, au plan sexuel et affectif, mais
aussi en ce qui concerne d'autres besoins instinctifs ou acquis (friandises,
tabac, alcool);
aider chacun à assumer ses expériences passées,
soit positives pour en rendre grâces, soit négatives pour repérer
les points faibles, s'humilier paisiblement devant Dieu et demeurer vigilant à
l'avenir;
mettre en lumière la fécondité de la chasteté,
l'enfantement spirituel (Gal 4, 19) qui est générateur de vie pour
l'Eglise;
créer un climat de confiance entre les religieux et leurs éducateurs,
qui doivent être prêts à tout entendre et à écouter
avec affection pour éclairer et soutenir;
se comporter avec la prudence voulue dans l'usage des moyens de
communication sociale et dans les relations personnelles qui pourraient faire
obstacle à une pratique cohérente du conseil de chasteté
(cf. cc. 277,2 et 666). Il revient, non seulement aux religieux d'exercer cette
prudence, mais aussi à leurs supérieurs.
LA PAUVRETE
14. «Le conseil évangélique de pauvreté à
l'imitation du Christ qui, de riche qu'il était s'est fait pauvre pour
nous, comporte en plus d'une vie pauvre en fait et en esprit, laborieuse et
sobre, étrangère aux richesses de la terre, la dépendance
et la limitation dans l'usage et la disposition des biens selon le droit propre
de chaque institut»(41).
La sensibilité à la pauvreté n'est pas nouvelle, ni
dans l'Eglise, ni dans la vie religieuse. Ce qui est peut-être nouveau,
c'est qu'une sensibilité particulière aux pauvres et à la
pauvreté dans le monde caractérise aujourd'hui la vie religieuse.
Il existe aujourd'hui des formes de pauvreté à grande échelle,
vécues par les individus ou supportées par des sociétés
entières: la faim, l'ignorance, la maladie, le chômage, la répression
de libertés fondamentales, la dépendance économique et
politique, la corruption dans le fonctionnement des administrations, le fait
surtout que la société humaine semble organisée de manière
à produire et à reproduire ces diverses pauvretés, etc.
Dans ces conditions, les religieux sont poussés à une plus
grande proximité vis à vis des plus appauvris et des plus nécessiteux,
ceux mêmes que Jésus depuis toujours a préférés,
auxquels il s'est dit envoyé(42) et auxquels il s'est identifié(43).
Cette proximité les conduit à adopter un style de vie personnel et
communautaire plus cohérent avec leur engagement à suivre de plus
près le Christ pauvre et humilié. Ce «choix préférentiel»(44)
et évangélique des religieux pour les pauvres implique le détachement
intérieur, une austérité de vie communautaire, parfois le
partage de leur propre vie et de leurs luttes, sans oublier toutefois que la
mission spécifique des religieux est de «témoigner de façon
éclatante et éminente que le monde ne peut être transformé
et offert à Dieu en dehors de l'esprit des Béatitudes»(45).
Dieu aime tous les hommes et veut les rassembler tous sans exclusive(46). C'est
aussi, pour les religieux une forme de pauvreté que de ne pas se laisser
enfermer dans un milieu ou une classe sociale. L'étude de l'enseignement
social de l'Eglise, en particulier celle de l'encyclique «Sollicitudo rei
socialis» et de l'Instruction sur la liberté chrétienne et la
libération(47) aidera à opérer les discernements requis
pour une pratique actualisée de la pauvreté apostolique.
L'éducation à la pauvreté évangélique
sera attentive aux points suivants:
Avant d'entrer dans la vie religieuse, des jeunes ont joui d'une
certaine autonomie au plan financier et ont été habitués à
se procurer tout ce dont ils avaient envie. D'autres trouvent dans la communauté
religieuse un niveau de vie plus élevé que celui de leur enfance
ou de leurs années d'études ou de travail. La pédagogie de
la pauvreté tiendra compte de l'histoire de chacun. On se souviendra
aussi que dans certaines cultures les familles s'attendent à profiter de
ce qui apparaît comme une promotion pour leurs enfants;
Il ressortit à la vertu de pauvreté de s'engager en une
vie laborieuse, en des actes concrets et humbles de désappropriation, de
dépouillement, qui rendent plus libre pour la mission; d'admirer et de
respecter la création et les objets matériels mis à
disposition; de s'en remettre à la communauté pour le niveau de
vie; de vouloir loyalement que « tout soit en commun» et «que
l'on donne à chacun selon les besoins» (Ac 4, 32.35).
Tout cela, en vue de centrer sa vie sur Jésus pauvre, contemplé,
aimé et suivi. Sans quoi, la pauvreté religieuse, sous la forme de
la solidarité et du partage, devient facilement idéologique et
politique. Seul un coeur de pauvre, qui se met à suivre le Christ pauvre,
peut être la source d'une authentique solidarité et d'un vrai détachement.
L'OBEISSANCE
15. «Le conseil évangélique d'obéissance, assumé
en esprit de foi et d'amour à la suite du Christ obéissant jusqu'à
la mort, oblige à la soumission de la volonté aux supérieurs
légitimes qui tiennent la place de Dieu, lorsqu'ils commandent suivant
leurs propres constitutions»(48). De plus, tous les religieux «sont
soumis d'une manière particulière à l'autorité suprême
de l'Eglise (...) (et) tenus d'obéir au Pontife Suprême comme à
leur Supérieur le plus élevé, même en raison du lien
sacré d'obéissance»(49). «Loin de diminuer la dignité
de la personne humaine (l'obéissance) la conduit à la maturité
en faisant grandir la liberté des enfants de Dieu»(50).
L'obéissance religieuse est en même temps imitation du Christ
et participation à sa mission. Elle se préoccupe de faire ce que Jésus
a fait et, en même temps, de ce qu'il ferait dans la situation concrète
dans laquelle le religieux se trouve aujourd'hui. Que, dans un Institut, le
religieux exerce l'autorité ou non, il ne peut ni commander, ni obéir
sans se référer à la mission. Lorsque le religieux obéit,
il met son obéissance en continuité avec l'obéissance de Jésus
pour sauver le monde. C'est pourquoi, tout ce qui dans l'exercice de l'autorité
ou celui de l'obéissance relève d'un compromis, d'une solution
diplomatique ou d'une pression, ou de tout autre type de combinaison humaine,
trahit l'inspiration fondamentale de l'obéissance religieuse qui est de
s'accorder avec la mission de Jésus et de l'actualiser dans le temps, même
si cet engagement est onéreux.
Un supérieur qui favorise le dialogue éduque à une obéissance
responsable et active. Il lui revint toutefois «d'user de (son) autorité
quand il faut décider et commander ce qui doit être fait»(51).
Pour la pédagogie de l'obéissance, on retiendra:
que pour se donner dans l'obéissance, il faut d'abord exister.
Les candidats ont besoin de sortir de l'anonymat du monde technique, de se
reconnaître et d'être reconnus comme personnes, d'être estimés
et aimés;
que ces mêmes candidats ont besoin de trouver la vraie liberté,
afin de passer personnellement de «ce qui leur plaît» à «ce
qui plaît au Père». Pour cela, les structures de la communauté
de formation, tout en étant suffisamment claires et fermes, laisseront
une large place aux initiatives et aux décisions responsables;
que la volonté de Dieu s'exprime le plus souvent et éminemment
par la médiation de l'Eglise et de son Magistère et spécifiquement,
pour les religieux, par leurs propres constitutions;
qu'en fait d'obéissance, le témoignage des aînés
en communauté a plus de poids sur les jeunes que toute autre considération
théorique. Toutefois, le jeune qui s efforce à obéir comme
le Christ et dans le Christ peut parvenir à passer outre à des
exemples moins édifiants. L'éducation à l'obéissance
religieuse se fera donc avec toute la lucidité et l'exigence requises
pour qu'on ne s égare pas hors du «chemin» qu'est le Christ en
mission(52).
LES INSTITUTS RELIGIEUX: UNE DIVERSITE DE DONS A CULTIVER ET A
MAINTENIR
16. La variété des instituts ressemble à «un
arbre qui se ramifie de façons admirables et multiples dans le champ du
Seigneur à partir d'un germe semé par Dieu»(53). Par eux, l'«Eglise
manifeste le Christ aux fidèles comme aux infidèles: soit dans sa
contemplation sur la montagne, soit dans son annonce du Royaume de Dieu aux
foules, soit encore quand il guérit les malades et les infirmes et
convertit les pécheurs à une vie féconde, quand il bénit
les enfants et répand sur tous ses bienfaits, accomplissant en tout cela
la volonté du Père qui l'envoya»(54). Cette variété
s'explique par la variété du «charisme des fondateurs»(55)
qui «se révèle comme une "expérience de l'Esprit",
transmise à leurs disciples pour être vécue par ceux-ci,
gardée, approfondie, développée constamment en harmonie
avec le Corps du Christ en croissance perpétuelle. "C'est pourquoi
l'Eglise défend et soutient le caractère propre des divers
instituts religieux"»(56). Aussi, n'y a-t-il pas de manière
uniforme d'observer les conseils évangéliques, mais chaque
institut doit définir sa propre manière «en tenant compte de
son caractère et de ses fins propres»(57). Il en est ainsi non
seulement de la seule pratique des conseils, mais de tout ce qui touche au style
de vie de ses membres, en vue de tendre à la perfection de leur état(58).
UNE VIE UNIFIEE DANS L'ESPRIT SAINT
17. «Que ceux qui professent les conseils évangéliques
cherchent Dieu et l'aiment avant tout, lui qui nous a aimés le premier (1
Jn 4, 10), et qu'en toutes circonstances, ils s'appliquent à se
tenir dans la vie cachée en Dieu avec le Christ (cf. Col 3, 3),
d'où s'épanche et se fait pressante la dilection du prochain pour
le salut du monde et l'édification de l'Eglise»(59). Cette charité,
qui commande et vivifie la pratique elle-même des conseils évangéliques,
est répandue dans les coeurs par l'Esprit de Dieu qui est un Esprit
d'unité, d'harmonie et de réconciliation, non seulement entre les
personnes, mais aussi à l'intérieur de chaque personne elle-même.
C'est pourquoi la vie personnelle d'un religieux ou d'une religieuse ne devrait
pouvoir souffrir de division ni entre le but générique de sa vie
religieuse et le but spécifique de son institut, ni entre la consécration
à Dieu et l'envoi au monde, ni entre la vie religieuse en tant que telle
d'une part et les activités apostoliques d'autre part. Il n'existe pas
concrètement de vie religieuse «en soi» sur laquelle viendrait
se greffer, comme un ajout subsidiaire, le but spécifique et le charisme
particulier de chaque institut. Il n'existe pas, dans les instituts voués
à l'apostolat, de poursuite de la sainteté ni de profession des
conseils évangéliques, ni de vie vouée à Dieu et à
son service qui ne soient intrinsèquement liées au service de
l'Eglise et du monde(60). Bien mieux «l'action apostolique et bienfaisante
appartient à la nature de la vie religieuse» au point que «toute
la vie religieuse (...) doit être pénétrée d'esprit
apostolique et toute l'action apostolique doit être animée par
l'esprit religieux»(61). Le service du prochain ne divise ni ne sépare
le religieux d'avec Dieu. S'il est mu par une charité vraiment théologale,
ce service prend valeur de service de Dieu(62).
Et l'on peut aussi affirmer à juste titre que «l'apostolat des
religieux consiste en premier lieu dans le témoignage de leur vie consacrée»(63).
18. Il restera à chaque personne de vérifier de quelle manière
dans sa propre vie l'activité dérive de son union intime avec Dieu
et, simultanément, resserre et fortifie cette union(64). De ce point de
vue, l'obéissance à la volonté de Dieu manifestée
ici et maintenant dans la mission reçue, est le moyen immédiat par
lequel peut se réaliser une certaine unité de vie, patiemment
recherchée mais jamais atteinte. Cette obéissance ne s'explique
que par la volonté de suivre le Christ de plus près, elle même
vivifiée et stimulée par un amour personnel du Christ. Cet amour
est le principe d'unité intérieure de toute vie consacrée.
La vérification de l'unité de vie se fera opportunément en
fonction de quatre grandes fidélités: fidélité au
Christ et à l'Evangile, fidélité à l'Eglise et à
sa mission dans le monde, fidélité à la vie religieuse et
au charisme propre de l'institut, fidélité à l'homme et à
notre temps(65).
CHAPITRE II
ASPECTS COMMUNS A TOUTES LES ETAPES DE LA FORMATION A LA VIE RELIGIEUSE
A) ACTEURS ET MILIEUX DE FORMATION
L'ESPRIT DE DIEU
19. C'est Dieu lui-même qui appelle à la vie consacrée
au sein de l'Eglise. C'est lui qui, tout au long de la vie du religieux, garde
l'initiative: «II est fidèle celui qui vous appelle: c'est encore
lui qui fera cela»(66). De même que Jésus ne s'est pas contenté
d'appeler ses disciples mais les a patiemment éduqués durant la
vie publique, de même, après sa résurrection, il a continué
par son Esprit de les conduire à la vérité tout entière»(67).
Cet Esprit, dont l'action est d'un autre ordre que les données de la
psychologie ou de l'histoire visible mais qui opère aussi à
travers elles, agit au plus secret du coeur de chacun de nous pour se manifester
ensuite en fruits bien visibles: Il est l'Esprit de vérité qui «enseigne»,
«rappelle», «guide»(68). Il est «l'Onction» qui «fait
goûter», apprécier, juger, choisir(69). Il est
l'avocat-consolateur qui "vient en aide à notre faiblesse»,
soutient et donne l'esprit filial(70). Cette présence discrète
mais décisive de l'Esprit de Dieu exige deux attitudes fondamentales:
l'humilité qui s'en remet à la sagesse de Dieu, la science et la
pratique du discernement spirituel. II importe en effet de pouvoir reconnaître
la présence de l'Esprit en tous les aspects de la vie et de l'histoire et
à travers les médiations humaines. Parmi ces dernières, il
faut retenir l'ouverture à un guide spirituel, suscitée par le désir
de voir clair en soi-même et par la disponibilité à se
laisser conseiller et orienter en vue de discerner correctement la volonté
de Dieu.
LA VIERGE MARIE
20. A l'oeuvre de l'Esprit a toujours été associée la
Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de tous les membres du Peuple
de Dieu. C'est par Lui qu'elle a conçu dans son sein le Verbe de Dieu et
c'est Lui qu'elle attendait avec les Apôtres, persévérant
dans la prière (cf. LG 52 et 59), au lendemain de l'Ascension du
Seigneur. C'est pourquoi, du début au terme d'un itinéraire de
formation, religieuses et religieux rencontrent la présence de la Vierge
Marie.
«Parmi toutes les personnes consacrées sans réserve à
Dieu, elle est la première. Elle, la Vierge de Nazareth, est aussi la
plus totalement consacrée à Dieu, consacrée de la façon
la plus parfaite. Son amour nuptial atteint son sommet dans la maternité
divine par la puissance de l'Esprit Saint. Mère, elle porte le Christ
dans ses bras, et en même temps elle répond de la manière la
plus parfaite à son appel: "Suis-moi". Et elle, sa Mère,
le suit comme son Maître en chasteté, en pauvreté et en obéissance
(...) Si Marie est le premier modèle pour l'Eglise entière, elle
l'est à plus forte raison pour (les) personnes et communautés
consacrées à l'intérieur de l'Eglise». Chaque
religieux est «invité à raviver (sa) consécration
religieuse sur le modèle de la consécration de la Mère de
Dieu»(71). Non seulement le religieux rencontre Marie à titre
exemplaire, mais aussi à titre maternel. «Elle est la Mère
des religieux puisqu'elle est la Mère de celui qui fut consacré et
envoyé. La vie religieuse trouve dans son Fiat et son Magnificat la
totalité de son abandon à l'action consacrante de Dieu et le
tressaillement de la joie qui en découle»(72).
L'EGLISE ET LE «SENS DE L'EGLISE»
21. Il existe entre Marie et l'Eglise des liens multiples et étroits.
Elle en est le membre le plus éminent et elle est sa Mère. Elle en
est le modèle dans la foi, la charité et la parfaite union au
Christ. Elle est pour elle un signe d'espérance sure et de consolation
jusqu'à ce que vienne le jour du Seigneur (cf. LG 53, 63, 68). La vie
religieuse aussi entretient avec le mystère de l'Eglise un lien
particulier. Elle appartient à sa vie et à sa sainteté(73).
Elle «est une manière particulière de participer à la
nature "sacramentelle" du Peuple de Dieu»(74). Son don total à
Dieu «unit (le religieux) à l'Eglise et à son mystère
de manière spéciale, le poussant à agir avec un dévouement
total pour le bien de tout le corps»(75). Et l'Eglise, par le ministère
de ses Pasteurs, «n'apporte pas seulement à la profession religieuse
la sanction que lui donne la dignité d'un état canonique de vie;
par sa liturgie, elle la présente encore comme un état de consécration
à Dieu»(76).
22. Dans l'Eglise, religieuses et religieux reçoivent de quoi
nourrir leur vie baptismale et leur consécration religieuse. En elle, ils
prennent le pain de vie à la table de la Parole de Dieu et du Corps du
Christ. C'est en effet au cours d'une célébration liturgique que
saint Antoine, considéré à bon droit comme le père
de la vie religieuse, entendit la parole vivante et efficace qui le décida
à tout quitter pour se mettre à suivre le Christ(77). C'est dans
l'Eglise que la lecture de la Parole de Dieu, accompagnée de la prière,
établit le dialogue entre Dieu et le religieux(78) et provoque aux élans
généreux et aux renoncements indispensables. C'est l'Eglise qui
associe l'offrande que les religieuses et les religieux font de leur propre vie
au sacrifice eucharistique du Christ(79). C'est par le sacrement de réconciliation
célébré fréquemment enfin qu'ils reçoivent de
la miséricorde de Dieu le pardon de leurs péchés et qu'ils
sont réconciliés avec l'Eglise et avec leur propre communauté
que leur péché a blessée(80). La liturgie de l'Eglise
devient ainsi pour eux par excellence le sommet auquel tend toute une communauté
et la source d'où découle sa vigueur évangélique
(cf. SC 2, 10).
23. C'est pourquoi la tâche de formation se déroulera nécessairement
en communion avec l'Eglise dont les religieux sont les fils et dans l'obéissance
filiale à ses Pasteurs. L'Eglise, «laquelle est pleine de la Trinité»,(81)
comme le dit Origène, est à l'image et dépendance de sa
source, une communion universelle dans la charité. C'est d'elle que nous
recevons l'Evangile qu'elle nous aide à déchiffrer, grâce à
sa Tradition et à l'interprétation authentique du Magistère(82).
Car la communion qu'est l'Eglise est organique(83). Elle se maintient grâce
aux Apôtres et à leurs successeurs, sous l'autorité de
Pierre, «principe et fondement visible et perpétuel de l'unité
de foi et de communion»(84).
24. Il faudra donc développer chez les religieuses et les religieux
une lanière de «sentir» non seulement «avec» mais,
comme le dit aussi St.Ignace de Loyola, «dans» l'Eglise(85). Ce sens
de l'Eglise consiste à avoir conscience tue l'on appartient à un
peuple en marche. Un peuple qui prend sa source dans communion trinitaire; qui
s'enracine dans une histoire; qui s'appuie sur le fondement des Apôtres et
sur le ministère pastoral de leurs successeurs; qui reconnaît dans
le successeur de Pierre le Vicaire du Christ et le chef visible de toute
l'Eglise. Un peuple qui trouve dans l'Ecriture, la Tradition et le Magistère,
le triple et unique canal par quoi la Parole de Dieu lui parvient; qui aspire
l'unité visible avec les autres communautés chrétiennes non
catholiques. Un peuple qui n'ignore ni les changements intervenus depuis des siècles,
ni les diversités légitimes actuelles dans l'Eglise, mais qui
s'applique plutôt à découvrir la continuité et l'unité,
plus réelles encore. Un peuple qui s'identifie comme Corps du Christ et
qui ne divise pas l'amour pour le Christ de celui qu'il doit avoir pour son
Eglise, conscient qu'il représente un mystère, le mystère même
de Dieu en Jésus Christ par son Esprit, répandu et communiqué
à l'humanité d'aujourd'hui et de toujours. Un peuple, par conséquent,
qui n'accepte pas d'être perçu ni analysé du seul point du
vue sociologique ou politique, parce que la part la plus authentique de sa vie échappe
à l'attention des sages de ce monde. Un peuple missionnaire enfin, qui ne
se satisfait pas de voir l'Eglise demeurer un «petit troupeau», mais
qui n'a de cesse que l'Evangile soit annoncé à toute personne
humaine et que le monde sache qu'il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné
aux hommes par lequel nous devions être sauvés (cf. Ac 4,
12), sinon celui de Jésus Christ (cf. LG 9).
25. Le sens de l'Eglise comporte aussi le sens de la communion ecclésiale.
En vertu de l'affinité qui existe entre la vie religieuse et le mystère
d'une Eglise, dont l'Esprit Saint «assure l'unité (. . .) dans la
communion et le service»,(86) les religieux, communauté ecclésiale,
sont (...) appelés à être dans l'Eglise et dans le monde des
experts de communion, témoins et artisans de ce projet de communion qui
se trouve au sommet de l'histoire de l'homme selon Dieu(87). Et ceci, par la
profession des conseils évangéliques, qui libère de toute
entrave la ferveur le la charité et les fait devenir signe prophétique
de la communion intime avec Dieu aimé souverainement, et par l'expérience
quotidienne d'une communauté de vie, de prière et d'apostolat,
composantes essentielles et distinctives de leur forme de vie consacrée,
qui les rend signes de communion fraternelle(88). C'est pourquoi, surtout en
cours de formation initiale, «la vie commune vue particulièrement en
tant qu'expérience et témoignage de communion»(89) sera
considérée comme un milieu indispensable et un moyen privilégié
de formation.
LA COMMUNAUTE
26. Au sein de l'Eglise et en communion avec la Vierge Marie, la communauté
de vie joue un rôle privilégié dans la formation, quelles
qu'en soient les étapes. Et la formation dépend en grande part de
la qualité de cette communauté. Cette qualité ressort de
son climat général et du style de vie de ses membres, en conformité
avec le caractère propre et l'esprit de l'institut. C'est dire qu'une
communauté sera ce que ses membres la feront, qu'elle a ses exigences
propres et qu'avant que l'on s'en serve comme moyen de formation, elle mérite
d'être aimée et servie pour ce qu'elle est dans la vie religieuse,
telle que l'Eglise la conçoit. L'inspiration fondamentale demeure évidemment
la première communauté chrétienne, fruit de la Pâque
du Seigneur(90). Mais en tendant vers cet idéal, il faut être
conscient de ses exigences. Un humble réalisme et la foi doivent animer
les efforts de formation à la vie fraternelle. La communauté est
constituée et le demeure non pas parce que ses membres se trouvent
heureux ensemble par affinité de pensée, de caractère ou
d'options, mais parce que le Seigneur les a rassemblés et les tient unis
par une commune consécration et pour une mission commune dans l'Eglise. A
la médiation particulière exercée par le supérieur,
tous adhèrent dans une obéissance de foi(91). Par ailleurs, on ne
saurait oublier que la paix et la joie pascales d'une communauté sont
toujours le fruit de la mort à soi-même et de l'accueil du don de
l'Esprit(92).
27. Une communauté est formatrice dans la mesure où elle
permet à chacun de ses membres de croître dans la fidélité
au Seigneur selon le charisme de l'institut. Pour cela, les membres doivent
avoir clarifié ensemble les raisons d'être et les objectifs
fondamentaux de cette communauté, leurs rapports interpersonnels seront
empreints de simplicité et de confiance, étant basés
principalement sur la foi et sur la charité. A cet effet, la communauté
se construit chaque jour sous l'action de l'Esprit Saint en se laissant juger et
convertir par la Parole de Dieu, purifier par la pénitence, construire
par l'Eucharistie, vivifier par la célébration de l'année
liturgique. Elle accroît sa communion par l'entraide généreuse
et par l'échange continu des biens matériels et spirituels, en
esprit de pauvreté et grâce à l'amitié et au
dialogue. Elle vit profondément l'esprit du fondateur et la règle
de l'institut. Les supérieurs considéreront comme leur mission
propre de chercher à édifier cette communauté fraternelle
dans le Christ (cf. c. 619). Alors, conscient de sa responsabilité au
sein de la communauté, chacun est stimulé à croître,
non seulement pour lui-même mais pour le bien de tous(93). Religieuses et
religieux en formation doivent pouvoir trouver au sein de leur communauté
une atmosphère spirituelle, une austérité de vie et un élan
apostolique susceptibles de les entraîner à suivre le Christ selon
le radicalisme de leur consécration. Il convient de rappeler ici les
termes du message du Pape Jean Paul II aux religieux du Brésil: «Il
sera donc bon que les jeunes, pendant la période de formation, résident
dans des communautés où ne doit manquer aucune des conditions exigées
pour une formation complète: spirituelle, intellectuelle, culturelle,
liturgique, communautaire et pastorale; conditions qui sont rarement toutes réunies
dans les petites communautés. Il est donc toujours indispensable, en conséquence,
d'aller puiser dans l'expérience pédagogique de l'Eglise tout ce
qui peut faire réussir et enrichir la formation, dans une communauté
adaptée aux personnes et à leur vocation religieuse, le cas échéant
à leur vocation sacerdotale» (IDGP IX, 2, pp. 243-44).
28. Il faut ici évoquer le problème posé par
l'insertion d'une communauté religieuse de formation dans un milieu
pauvre. De petites communautés religieuses insérées en
milieu populaire, dans la périphérie des grandes villes ou dans
les zones plus intérieures et plus pauvres de la campagne, peuvent être
une expression significative de «l'option préférentielle pour
les pauvres», car il ne suffit pas de travailler pour eux, mais il s'agit
de vivre avec eux et, autant que possible, comme eux. Cette exigence doit
toutefois être modulée selon la situation où se trouvent
religieuses et religieux eux-mêmes. Il faut d'abord affirmer qu'en règle
générale les exigences de la formation doivent prévaloir
sur certains avantages apostoliques de l'insertion en milieu pauvre. La solitude
et le silence, par exemple, indispensables pendant tout le temps de formation
initiale, doivent pouvoir être réalisés et maintenus.
D'autre part, le temps de formation comprend des périodes d'activités
apostoliques où cette dimension de la vie religieuse pourra s'exprimer, à
condition que ces petites communautés insérées répondent
à certains critères qui assurent leur authenticité
religieuse. A savoir: qu'elles offrent la possibilité de vivre une véritable
vie religieuse en accord avec les finalités de l'institut; que, dans ces
communautés, la vie de prière communautaire et personnelle et, par
conséquent, des temps et des lieux de silence, puissent être
maintenus; que les motivations de la présence de ces religieuses et
religieux soient d'abord évangéliques; que ces communautés
soient toujours disponibles pour répondre aux exigences des supérieurs
de l'institut; que leur activité apostolique ne réponde pas
d'abord à un choix personnel, mais à un choix de l'institut, en
harmonie avec la pastorale diocésaine dont l'Evêque est le premier
responsable. Il faut retenir enfin que, dans les cultures et pays où
l'hospitalité constitue une valeur particulièrement appréciée,
la communauté religieuse en tant que telle doit pouvoir disposer de toute
son autonomie et indépendance par rapport aux hôtes, du point de
vue du temps et des lieux. Cela est sans doute plus difficile à réaliser
dans des habitations religieuses de dimension modeste, mais doit être pris
en considération quand la communauté établit son projet de
vie communautaire.
LE RELIGIEUX LUI-MEME: RESPONSABLE DE SA FORMATION
29. Mais c'est le religieux lui-même qui détient la
responsabilité première de dire «oui» à l'appel
qu'il a reçu et d'accepter toutes les conséquences de cette réponse,
qui n'est pas d'abord d'ordre intellectuel, mais bien plutôt d'ordre
vital. L'appel et l'action de Dieu, comme son amour, sont toujours nouveaux, les
situations historiques ne se répètent jamais. L'appelé est
donc sans cesse invité à donner une réponse attentive,
nouvelle et responsable. Son cheminement rappellera celui du Peuple de Dieu en
Exode, en même temps que la lente évolution des disciples «lents
à croire»(94), mais qui finissent par brûler de ferveur quand
le Seigneur ressuscité se révèle à eux(95). C'est
dire à quel point la formation du religieux devra être personnalisée.
Il s'agira donc d'en appeler vigoureusement à sa conscience et à
sa responsabilité personnelle pour qu'il intériorise les valeurs
de la vie religieuse et en même temps la règle de vie qui lui est
proposée par ses maîtres et maîtresses de formation. II
trouvera ainsi en lui-même la justification de ses options pratiques et
dans l'Esprit créateur son dynamisme fondamental. Un juste équilibre
est donc à trouver entre la formation du groupe et celle de chaque
personne, entre le respect des temps prévus pour chaque phase de la
formation et leur adaptation au rythme de chacun.
LES EDUCATEURS OU FORMATEURS: SUPERIEURS, RESPONSABLES DIVERS DE
FORMATION
30. L'Esprit de Jésus ressuscité se fait présent et
agissant à travers un ensemble de médiations ecclésiales.
Toute la tradition religieuse de l'Eglise atteste le caractère décisif
du rôle des éducateurs pour la réussite de l'oeuvre de
nation. Leur rôle est de discerner l'authenticité de l'appel à
la vie religieuse dans la phase initiale de formation et d'aider les religieux à
bien conduire leur dialogue personnel avec Dieu, en même temps que de découvrir
les voies dans lesquelles Dieu semble vouloir les faire avancer. Il leur revient
aussi d'accompagner le religieux sur les routes du Seigneur(96) à travers
un dialogue direct et régulier, dans le respect de la compétence
du confesseur et du directeur spirituel strictement dit. L'une des tâches
principales des responsables de formation est d'ailleurs de veiller à ce
que les novices et les jeunes professes et profès soient activement
suivis par un directeur spirituel. Ils doivent aussi offrir aux religieux une
solide nourriture doctrinale et pratique, en fonction des étapes de
formation où ils se trouvent. Il leur faut enfin vérifier et évaluer
progressivement le cheminement accompli par ceux dont ils ont la charge, à
la lumière des fruits de l'Esprit, et juger aussi si l'appelé a
les capacités exigées à tel moment par l'Eglise et par
l'institut.
En plus d'une bonne connaissance de la doctrine catholique concernant la foi
et les moeurs, l'exigence de qualités appropriées apparaît
donc évidente pour ceux qui assument des responsabilités de
formation:
capacité humaine d'intuition et d'accueil;
expérience développée de Dieu et de la prière;
sagesse qui dérive de l'écoute attentive et prolongée
de la Parole de Dieu;
amour de la liturgie et compréhension de son rôle dans
l'éducation spirituelle et ecclésiale;
compétence culturelle nécessaire;
disponibilité de temps et de bonne volonté pour se
consacrer au soin personnel de tous les candidats et non seulement du
groupe(97).
Cette tâche requiert donc sérénité intérieure,
disponibilité, patience, compréhension et une affection véritable
pour ceux qui ont été confiés à la responsabilité
pastorale de l'éducateur.
32. S'il existe, sous la responsabilité personnelle du responsable de
formation, une équipe formatrice, les membres doivent agir en accord,
vivement conscients de leur commune responsabilité. «Sous la
conduite du supérieur, qu'ils soient en étroite communion d'esprit
et d'action et forment entre eux et avec ceux qu'ils ont à former une
famille unie»(98). Non moins nécessaires sont la cohésion et
la collaboration continue entre les responsables des diverses étapes de
la formation. L'oeuvre de formation tout entière est le fruit de la
collaboration entre les responsables de formation et leurs disciples. S'il reste
vrai que le disciple assume une grande part de responsabilité, cette
dernière ne peut s'exercer qu'à l'intérieur d'une tradition
spécifique, celle de l'institut, dont les responsables de formation sont
les témoins et les acteurs immédiats.
B) LA DIMENSION HUMAINE ET CHRETIENNE DE LA FORMATION
33. Le Concile Vatican II, en sa déclaration sur l'éducation
chrétienne, a énoncé les buts et les moyens de toute véritable
éducation au service de la famille humaine. Il importe de les garder présents
à l'esprit dans l'accueil et la formation des candidats à la vie
religieuse, la première exigence de cette formation étant de
pouvoir rencontrer chez la personne un présupposé humain et chrétien.
Plusieurs échecs dans la vie religieuse peuvent en effet être
attribués à des failles non perçues ou non comblées
en ce domaine. Non seulement l'existence de cette base humaine et chrétienne
doit être vérifiée à l'entrée dans la vie
religieuse, mais il faut assurer les mises au point utiles tout au long du cycle
de formation, en fonction de l'évolution des personnes et des événements.
34. La formation intégrale de la personne comporte une dimension
physique, morale, intellectuelle et spirituelle. Ses finalités et ses
exigences sont connues. Le Concile Vatican II les rapporte dans la constitution
pastorale Gaudium et spes (99) et la déclaration sur l'éducation
chrétienne Gravissimum educationis(100). Le décret sur la
formation des prêtres Optatam totius propose des critères
permettant de juger du niveau de maturité humaine requise des candidats
au ministère presbytéral(101). Ces critères peuvent
s'appliquer aisément aux candidats à la vie religieuse, vu la
nature de cette dernière et la mission que le religieux est appelé
à remplir dans l'Eglise. Le décret Perfectae caritatis sur
le renouveau adapté de la vie religieuse rappelle enfin l'enracinement
baptismal de la consécration religieuse(102) et de ce fait,
implicitement, conduit à n'admettre au noviciat que des candidats qui
vivent déjà, d'une façon adaptée à leur âge,
tous les engagements de leur baptême. Et de même, une bonne
formation à la vie religieuse devrait confirmer, à toutes les étapes
de la vie et notamment dans les périodes les plus difficiles où
l'on est appelé à choisir à nouveau librement ce qui l'a été
une fois pour toutes, la profession de foi et les engagements du baptême.
35. Quelque insistance que mette le présent document sur la dimension
culturelle et intellectuelle de la formation, la dimension spirituelle demeure
prioritaire. «La formation religieuse, dans ses différentes phases
initiale et permanente, a comme but principal d'immerger les religieux dans
l'expérience de Dieu et de les aider à perfectionner
progressivement celle-ci dans leur propre vie»(103).
C) L'ASCESE
36. «La marche à la suite du Christ conduit à partager
toujours plus consciemment et concrètement le mystère de sa
passion, de sa mort et de sa résurrection. Le mystère pascal doit être
comme le coeur des programmes de formation, en tant que source de vie et de
maturité. C'est sur ce fondement que se forme l'homme nouveau, le
religieux et l'apôtre»(104). Ceci nous amène à rappeler
l'indispensable nécessité de l'ascèse dans la formation et
la vie des religieux. Dans un monde d'érotisme, de consommation et d'abus
de pouvoir de toutes sortes, il faut des témoins du mystère pascal
du Christ, dont la première étape passe obligatoirement par la
croix. Ce passage conduit à inscrire au programme d'une formation intégrale
une ascèse personnelle quotidienne qui porte candidats, novices et profès
à l'exercice des vertus de foi, d'espérance, de charité, de
prudence, de justice, de force et de tempérance. Ce programme n'a pas d'âge
et ne peut passer de mode. Il est toujours actuel et toujours nécessaire.
On ne peut vivre son baptême sans l'adopter et encore moins être fidèle
à sa vocation religieuse. Il sera d'autant plus suivi si, comme tout
l'ensemble de la vie chrétienne, il est motivé par l'amour de
Notre Seigneur Jésus Christ et par la joie le servir. De plus, le peuple
chrétien a besoin d'entraîneurs qui l'aident à parcourir la «voie
royale de la Sainte Croix». Il a besoin de témoins qui renoncent ce
que St. Jean appelle «le monde» et «ses convoitises» et
aussi à ce "monde" créé et conservé par
l'amour du Créateur et à certaines de ses valeurs. Le Royaume de
Dieu, dont la vie religieuse «manifeste qu'il dépasse toutes les
choses d'ici-bas»,(105) n'est pas de ce monde. Il faut des témoins
qui le disent. Naturellement, cela suppose en cours de formation une réflexion
sur le sens chrétien de l'ascèse et des convictions correctement
fondées sur Dieu et ses rapports avec le monde sorti de ses mains, car il
s'agit de se garder à la foi d'un optimisme béat et naturaliste
d'une part, et d'un pessimisme oublieux du mystère du Christ créateur
et rédempteur du monde, d'autre part.
37. L'ascèse, d'ailleurs, qui comporte un refus de suivre nos
pulsions et instincts spontanés et primaires, est une exigence
anthropologique avant d'être spécifiquement chrétienne. Les
psychologues font remarquer que les jeunes, surtout, ont besoin pour structurer
leur personnalité de rencontrer des résistances (éducateurs,
règlement, etc.). Mais ceci ne vaut pas seulement pour les jeunes car la
structuration d'une personne n'est jamais achevée. La pédagogie
mise en oeuvre dans la formation des religieuses et des religieux devra les
aider à entreprendre avec enthousiasme un cheminement qui réclame
quelque effort. C'est ainsi que Dieu lui-même conduit la personne humaine
qu'il a créée.
38. L'ascèse inhérente à la vie religieuse appelle,
entre autres éléments, une initiation au silence et à la
solitude, y compris dans les instituts voués à l'apostolat. «Qu'on
garde fidèlement cette loi de toute vie spirituelle en ces instituts, qui
consiste à établir, dans le cours de sa vie, une alternance
convenable entre des temps réservés à la solitude avec Dieu
et des temps consacrés aux diverses activités et aux relations
humaines qu'elles entraînent»,(106). La solitude, si elle est
librement assumée, conduit au silence intérieur et celui-ci
appelle le silence matériel. Le règlement de toute communauté
religieuse, et pas seulement des maisons de formation, doit absolument prévoir
des temps et des lieux de solitude et de silence, pour favoriser l'écoute
et l'assimilation de la Parole de Dieu en même temps que la maturation
spirituelle de la personne et une vraie communion fraternelle dans le Christ.
D) SEXUALITE ET FORMATION
39. Les générations d'aujourd'hui ont souvent grandi dans
une complète mixité, sans que garçons et filles soient
toujours aidés à connaître leurs richesses et leurs limites
respectives. Les contacts apostoliques de tous genres, la plus grande
collaboration qui s'est instaurée entre les religieuses et les religieux,
aussi bien que les courants culturels actuels, rendent particulièrement
utile une formation en ce domaine. La mixité précoce et la
collaboration étroite et fréquente ne sont pas en effet nécessairement
un garant de maturité dans les relations entre les uns et les autres. Il
conviendra donc de prendre les moyens de promouvoir cette maturité et de
l'affermir en vue d'éduquer à la pratique de la chasteté
parfaite. De plus, hommes et femmes ont à prendre conscience de leur
situation spécifique dans le plan de Dieu, de la contribution originale
qu'ils apportent respectivement à l'oeuvre du salut. Aussi offrira-t-on
aux futurs religieux la possibilité d'une réflexion sur la place
de la sexualité dans le dessein divin de création et de salut.
Dans ce contexte, on exposera et comprendra les raisons justifiant que soient écartés
de la vie religieuse celles et ceux qui ne parviendraient pas à maîtriser
des tendances homosexuelles ou qui prétendraient pouvoir adopter une
troisième voie «vécue comme un état ambigu entre le célibat
et le mariage»(107).
40. Dieu n'a pas fait un monde indifférencié. Créant
l'homme à son image et ressemblance (Gn 1, 26-27), en tant que créature
raisonnable et libre, capable de le connaître et de l'aimer, il ne l'a pas
voulu solitaire, mais en relation avec une autre personne humaine, la femme (Gn
2, 18). Entre les deux s'établit une relation réciproque, de
l'homme à l'égard de la femme et de la femme à l'égard
de l'homme»(108). «La femme est un autre moi dans leur commune humanité»(109)
et c'est pourquoi «l'homme et la femme sont appelés depuis le
commencement, non seulement à exister l'un à coté de
l'autre, ou bien ensemble, mais aussi à exister réciproquement
l'un pour l'autre»(110). On comprendra sans peine l'intérêt de
ces principes anthropologiques lorsqu'il s'agit de former celles et ceux qui,
par une grâce spéciale, ont fait librement profession de chasteté
parfaite à cause du Royaume des cieux.
41. «Une étude approfondie des fondements anthropologiques de la
condition masculine et féminine» amènera à «préciser
l'identité personnelle propre de la femme dans sa relation de diversité
et de complémentarité réciproque avec l'homme; et cela non
seulement pour ce qui regarde les rôles à jouer et les fonctions à
assumer, mais aussi et plus profondément pour ce qui regarde la structure
de la personne et sa signification»(111). L'histoire de la vie religieuse témoigne
que beaucoup de femmes, dans le cloître et dans le monde, y ont trouvé
un lieu idéal de service de Dieu et des hommes, les conditions favorables
à l'épanouissement de leur propre féminité et en
conséquence une plus profonde compréhension de leur identité.
Cet approfondissement est encore à poursuivre grâce à la réflexion
théologique et à «l'apport offert par les différentes
sciences humaines et les diverses cultures»(112).
On ne saurait oublier enfin, pour une meilleure perception de la spécificité
de la vie religieuse féminine, que «la figure de Marie de Nazareth
projette une lumière sur la femme en tant que telle, du fait même
que Dieu, dans le sublime événement de l'Incarnation du Fils, a eu
recours au service libre et actif d'une femme. On peut donc affirmer que la
femme, si elle regarde Marie, trouve en elle le secret pour vivre dignement sa féminité
et réaliser sa véritable promotion. A la lumière de Marie,
l'Eglise découvre sur le visage de la femme les reflets d'une beauté
qui est comme le miroir des sentiments les plus élevés dont le
coeur humain soit capable: la plénitude du don de soi suscité par
l'amour, la force qui sait résister aux plus grandes souffrances, la fidélité
sans limite et l'activité inlassable, la capacité d'harmoniser
l'intuition pénétrante avec la parole de soutien et
d'encouragement»(113).
CHAPITRE III
LES ETAPES DE LA FORMATION DES RELIGIEUX
A) L ETAPE PREALABLE A L ENTREE AU NOVICIAT SA RAISON D'ETRE
42. Dans les circonstances actuelles et de façon assez générale,
on peut dire que le diagnostic de Renovationis causam(114) conserve
toute son actualité: «La plupart des difficultés rencontrées
de nos jours dans la formation des novices proviennent du fait que ceux-ci ne
possèdent pas, au moment de leur admission au noviciat, ce minimum de
maturité nécessaire». Certes, on ne demande pas à un
candidat à la vie religieuse d'être en état d'assumer immédiatement
toutes les obligations des religieux, mais il doit être jugé
capable d'y entrer progressivement. Pouvoir juger de cette capacité
justifie que l'on se donne le temps et les moyens d'y parvenir. Telle est la
finalité de l'étape préparatoire au noviciat, quel que soit
le nom qu'on lui donne: postulat, pré-noviciat, etc. Il revient
uniquement au droit propre des instituts d'en préciser les modalités
d'exécution mais, quoiqu'il en soit, «nul ne peut être admis
sans une préparation convenable»(115).
SON CONTENU
43. Compte tenu de ce qui sera dit (nn. 86ss.) sur la situation des jeunes
dans le monde moderne, cette étape préparatoire, qu'il ne faut pas
craindre de prolonger, devra s'attacher à vérifier et à
clarifier quelques points qui permettront aux supérieurs de se prononcer
sur l'opportunité et le moment de l'admission au noviciat. On veillera à
ne pas précipiter l'échéance de cette admission ni à
la différer indûment, pourvu que l'on parvienne à porter un
jugement certain sur les garanties offertes par la personne des candidats.
L'admission comporte des conditions que fixe le droit général
et le droit propre peut y en ajouter d'autres(116). Les points évoqués
par le droit sont les suivants:
- le degré de maturité humaine et chrétienne(117)
requis pour que le noviciat puisse être entrepris sans devoir rétrograder
au niveau d'un cours de formation générale de base ou d'un simple
catéchuménat. Il arrive en effet que les candidats qui se présentent
n'aient pas tous achevé leur initiation chrétienne (sacramentelle,
doctrinale et morale) et manquent de quelques éléments d'une vie
chrétienne ordinaire;
- la culture générale de base, qui doit correspondre à
celle que l'on attend généralement d'un jeune qui a achevé
une scolarité normale dans le pays. Il faut notamment que les futurs
novices pratiquent avec facilité la langue en usage au cours du noviciat.
S'agissant de la culture de base, il conviendra toutefois de tenir compte de la
situation de certains pays ou milieux sociaux, où le taux de
scolarisation est encore relativement bas et où, cependant, le Seigneur
appelle des candidats à la vie religieuse. Il faudra alors, en même
temps, être attentif à promouvoir la culture sans l'assimiler à
une culture étrangère. C'est à l'intérieur de leur
propre culture que candidates et candidats ont à reconnaître
l'appel du Seigneur et à y répondre de façon originale;
- l'équilibre de l'affectivité, notamment l'équilibre
sexuel, qui suppose l'acceptation de l'autre, homme ou femme, dans le respect de
sa différence. On pourra éventuellement recourir aux services d'un
examen psychologique, compte tenu du droit de quiconque à préserver
son intimité;(118)
- la capacité de vivre en communauté sous l'autorité
des supérieurs, dans tel institut. Cette capacité sera certes
mieux vérifiée en cours de noviciat; mais la question doit être
posée avant. Les candidats doivent notamment savoir qu'il existe d'autres
voies que celle d'entrer dans un institut religieux pour qui veut donner toute
sa vie au Seigneur.
LES FORMES DE REALISATION
44. Elles peuvent être diverses: accueil dans une communauté de
l'institut, sans pour autant en partager toute la vie, sauf la communauté
du noviciat qui est déconseillée pour cela, le cas des moniales étant
mis à part sur ce point; périodes de contacts avec l'institut ou
l'un de ses représentants; vie commune dans une maison d'accueil pour
candidats, etc. Mais aucune de ces formes ne doit laisser croire que les intéressés
sont déjà devenus membres de l'institut. Et, de toute façon,
l'accompagnement personnel des candidates et candidats a plus d'importance que
les structures d'accueil.
Un ou plusieurs religieux pourvus de la qualification nécessaire
seront désignés par les supérieurs pour l'accompagnement
des candidats et le discernement de leur vocation. Ils collaboreront activement
avec les maîtres et maîtresses des novices.
B) LE NOVICIAT ET LA PREMIERE PROFESSION
BUT
45. «Le noviciat, par lequel commence la vie dans l'institut, est
ordonné à ce que les novices aient une meilleure connaissance de
la vocation divine telle qu'elle est propre à l'institut, qu'ils fassent
l'expérience du genre de vie de l'institut, qu'ils imprègnent de
son esprit leur pensée et leur coeur, et que soient éprouvés
leur propos et leur idonéité»(119). Compte tenu de la
diversité des charismes et des instituts, on pourrait, en d'autres
termes, définir le but du noviciat comme un temps d'initiation intégrale
à la forme de vie que le Fils de Dieu a embrassée et qu'il nous
propose dans l'Evangile,(120) dans l'un ou l'autre aspect de son service ou l'un
ou l'autre de ses mystères(121).
CONTENU
46. «Les novices seront amenés à cultiver les vertus
humaines et chrétiennes; par la prière et le renoncement à
eux-mêmes ils seront introduits dans une voie de plus grande perfection;
ils seront formés à contempler le mystère du salut, à
lire et à méditer la Sainte Ecriture; ils seront préparés
à célébrer le culte de Dieu dans la sainte liturgie; ils
apprendront la manière de mener une vie consacrée à Dieu et
aux hommes dans le Christ par les conseils évangéliques; ils
seront instruits du caractère et de l'esprit de l'institut, de son but et
de sa discipline, de son histoire et de sa vie; ils seront pénétrés
d'amour pour l'Eglise et ses Pasteurs sacrés»(122).
Comme il ressort de cette loi générale, l'initiation intégrale
qui caractérise le noviciat va bien au delà d'un simple
enseignement. Elle est:
- initiation à la connaissance profonde et vivante du Christ et de
son Père. Ce qui suppose une étude méditée de
l'Ecriture, la célébration de la liturgie selon l'esprit et le
caractère de l'institut, une initiation à l'oraison personnelle et
à sa pratique ainsi que l'habitude et le goût d'aborder les grands
auteurs de la tradition spirituelle de l'Eglise, sans se borner à des
lectures spirituelles au goût du jour;
- initiation à entrer dans le mystère pascal du Christ par le
détachement de soi, notamment dans la pratique des conseils évangéliques
selon l'esprit de l'institut, une ascèse évangélique
joyeusement consentie et une acceptation courageuse du mystère de la
croix;
- initiation à la vie fraternelle évangélique. C'est en
effet en communauté que la foi s'approfondit et devient communion et que
la charité trouve ses multiples manifestations dans le concret de la vie
quotidienne;
- initiation à l'histoire, à la mission propre et à la
spiritualité de l'institut. Ici intervient, entre autres éléments
et pour les instituts voués à l'apostolat, le fait que: «afin
de parfaire la formation des novices, les constitutions, outre le temps dont il
s'agit au § 1 (c.à.d. les douze mois à passer dans la
communauté même du noviciat), peuvent établir une ou
plusieurs périodes d'activités apostoliques passées hors de
la communauté du noviciat»(123). Ces périodes ont pour
objectif d'apprendre aux novices «à réaliser progressivement
en leur vie les conditions de cette harmonieuse unité qui doit exister
entre la contemplation et l'action apostolique, unité qui est une des
valeurs fondamentales de ces instituts(124). L'ordonnance de ces périodes
doit tenir compte des douze mois à passés dans la communauté
même du noviciat, pendant lesquels les novices ne seront pas occupés
à des études et des emplois qui ne contribuent pas directement à
(leur) formation»(125).
Le programme de formation du noviciat doit être défini par le
droit propre(126).
Il est déconseillé que le noviciat se déroule en un
milieu étranger à la culture et à la langue d'origine des
novices. Mieux vaut en effet de petits noviciats, pourvu qu'ils soient enracinés
dans cette culture. La raison essentielle en est de ne pas multiplier les problèmes,
au cours d'une étape de formation où les équilibres
fondamentaux de la personne doivent se mettre en place, où les relations
entre les novices et le maître des novices doivent être faciles et
leur permettre de s'expliquer mutuellement avec toutes les nuances requises par
un cheminement spirituel initial et intensif. De plus, le transfert dans une
autre culture à ce moment-là comporte le risque d'accueillir de
fausses vocations et de ne pas percevoir d'éventuelles fausses
motivations.
LE TRAVAIL PROFESSIONNEL EN COURS DE NOVICIAT
48. Il importe de mentionner ici la question du travail professionnel en
cours de noviciat. Dans plusieurs pays industrialisés, pour des motifs
que justifie parfois une intention apostolique et qui peuvent tenir aussi à
la législation sociale de ces pays, des candidats titulaires d'un emploi
salarié ne sollicitent de leur employeur, au moment de l'entrée au
noviciat, qu'un congé d'un an «pour convenance personnelle». Ce
qui leur permet de ne pas perdre leur emploi s'ils retournent dans le monde et
de ne pas courir ainsi le risque du chômage. Ce qui amène aussi
parfois à reprendre le travail professionnel en seconde année de
noviciat, sous couvert de stage d'activités apostoliques.
Nous croyons à ce propos devoir énoncer le principe suivant.
Dans les instituts ayant deux ans de noviciat, les novices ne pourront exercer
le travail professionnel à plein temps qu'aux conditions suivantes:
- que ce travail corresponde effectivement à la finalité
apostolique de l'institut;
- qu'il soit assumé en seconde année de noviciat;
- qu'il corresponde aux exigences du c. 648 5 2, c'est-à-dire qu'il
contribue à parfaire la formation des novices à vivre dans
l'institut et qu'il constitue vraiment une activité apostolique.
QUELQUES CONDITIONS DE MISE EN OEUVRE
49. Pour l'admission, les conditions canoniques de licéité
et de validité requises soit des candidats, soit de l'autorité
compétente pour admettre, seront rigoureusement observées. S'y
conformer permet déjà d'éviter à l'avenir bien des désagréments(127).
A l'égard des candidats aux ministères diaconal et presbytéral,
on s'assurera en particulier dès ce moment qu'aucune irrégularité
n'affectera plus tard la réception des Ordres sacrés, étant
entendu que les supérieurs majeurs d'instituts cléricaux de droit
pontifical peuvent dispenser des irrégularités non-réservées
au Saint-Siège (128). On retiendra aussi qu'avant d'admettre au noviciat
un clerc séculier, les Supérieurs doivent consulter son Ordinaire
propre et solliciter de sa part un témoignage (cf. cc. 644 et 645, 2).
50. Les circonstances de temps et de lieux nécessaires pour le déroulement
du noviciat sont énoncées par le droit. On en retiendra la
souplesse, se souvenant toutefois que la prudence peut conseiller ce que le
droit n'impose pas(129). Les supérieurs majeurs et les responsables de
formation savent que les circonstances présentes réclament sans
doute plus qu'autrefois pour les novices des conditions suffisantes de stabilité
permettant à la croissance spirituelle en cours de se dérouler de
façon profonde et paisible. Et ceci vaut d'autant plus que de nombreux
candidats ont déjà fait une expérience de vie dans le
monde. Les novices ont en effet besoin de s'exercer à la pratique de
l'oraison prolongée, de la solitude et du silence. Pour tout cela, le
facteur temps joue un rôle déterminant. Ils peuvent éprouver
un plus grand besoin de «revenir» du monde que "d'aller" au
monde, et ce besoin n'est pas uniquement subjectif. C'est pourquoi le temps et
le lieu du noviciat seront organisés de telle sorte que les novices
puissent y trouver un climat propice à un enracinement en profondeur dans
la vie avec le Christ. Ce qui ne s'obtient qu'à partir d'un détachement
de soi, de tout ce qui dans le monde résiste à Dieu et même
de ces valeurs du monde «qui méritent indiscutablement l'estime»(130).
En conséquence, il est tout à fait déconseillé
d'accomplir le temps de noviciat en communautés insérées.
Comme il a été dit (n. 28), les exigences de la formation doivent
prévaloir sur certains avantages apostoliques de l'insertion en milieu
pauvre.
PEDAGOGIE
51. Les novices n'entrent pas tous au noviciat au même niveau de
culture humaine et chrétienne. Il faudra donc prêter une attention
toute particulière à chaque personne pour marcher à son pas
et lui adapter le contenu et la pédagogie de formation qu'on lui propose.
LES MAITRE ET MAITRESSES DES NOVICES ET LEURS COLLABORATEURS
52. Le gouvernement des novices est réservé au seul maître
des novices sous l'autorité des supérieurs majeurs. Il devra être
libéré de toutes autres obligations qui l'empêcheraient de
remplir pleinement sa charge d'éducateur. S'il a des collaborateurs, ils
dépendent de lui pour ce qui concerne le programme de formation et la
conduite du noviciat. Ils ont avec lui une part importante dans le discernement
et la décision(131).
Dans les noviciats où interviennent, soit pour l'enseignement, soit
pour le sacrement de réconciliation, des prêtres séculiers
ou d'autres religieux extérieurs, et même des laïcs, ils
travailleront, toute discrétion gardée de part et d'autre, en étroite
collaboration avec le maître des novices. Le maître des novices est
l'accompagnateur spirituel mandaté à cet effet pour tous et chacun
des novices. Le noviciat est le lieu de son ministère, et par conséquent
celui d'une permanente disponibilité auprès de ceux qui lui sont
confiés. Il ne pourra s'acquitter aisément de sa tâche que
si les novices font preuve à son égard d'une ouverture libre et
entière. Cependant, ni lui ni son adjoint, dans les instituts cléricaux,
ne peuvent entendre les confessions sacramentelles des novices, à moins
que dans des cas particuliers ceux-ci ne le demandent spontanément(132).
Maîtres et maîtresses des novices se rappelleront enfin que les
seuls moyens psycho-pédagogiques ne sauraient se substituer à un
authentique accompagnement spirituel.
53. «Les novices, conscients de leur propre responsabilité,
collaboreront activement avec leur maître des novices pour répondre
fidèlement à la grâce de la vocation reçue de Dieu»(133).
Et, «les membres de l'institut auront à coeur de participer à
leur manière à la formation des novices, par l'exemple de leur vie
et par leur prière»(134).
LA PROFESSION RELIGIEUSE
54. Au cours d'une célébration liturgique, l'Eglise reçoit,
par les supérieurs mandatés, les voeux de ceux qui émettent
leur profession, et associe leur offrande au sacrifice eucharistique(135). L'Ordo
professionis(136) donne le schéma de la célébration,
tout en faisant droit aux légitimes traditions des instituts. Cette
action liturgique manifeste l'enracinement ecclésial de la profession. A
partir du mystère ainsi célébré, pourra se développer
une compréhension plus vitale et plus profonde de la consécration.
55. Pendant le noviciat, on fera ressortir à la fois l'excellence et
la possibilité d'un engagement perpétuel au service du Seigneur. «La
qualité d'une personne, comme dit le Pape Jean Paul II, peut se juger à
la nature de ses liens. Pour cela on peut dire avec joie que votre liberté
s'est attachée librement à Dieu par un service volontaire, en
amoureuse servitude. Et, en le faisant, votre humanité a atteint la
maturité. "Humanité épanouie", ai-je écrit
dans l'encyclique Redemptor hominis, signifie le plein usage du don de
la liberté que nous avons obtenu du Créateur lorsqu'il a appelé
à l'existence l'homme fait à son image et à sa
ressemblance. Ce don trouve sa pleine réalisation dans la donation sans réserve
de la personne humaine tout entière, dans un esprit d'amour nuptial
envers le Christ et, avec le Christ, envers tous ceux auxquels il envoie les
hommes et les femmes qui lui sont totalement consacrés selon les conseils
évangéliques»(137). On ne donne pas sa vie au Christ «à
l'essai». C'est d'ailleurs Lui qui prend l'initiative de nous la demander.
Les religieux témoignent que cela est possible, grâce d'abord à
la fidélité de Dieu, et que cela rend libre et heureux, si le don
se renouvelle chaque jour.
56. La profession perpétuelle suppose une préparation prolongée
et un apprentissage persévérant. Cela justifie que l'Eglise la
fasse précéder d'une période de profession temporaire. «Tout
en retenant le caractère d'une probation par le fait qu'elle est
temporaire, l'émission des premiers voeux engage le candidat dans la consécration
propre à l'état religieux»(138). Ce temps de profession
temporaire a donc pour but d'affermir la fidélité des jeunes
professes et profès, quoiqu'il en soit des satisfactions dont la vie
quotidienne «à la suite du Christ» peut les gratifier ou non.
La célébration liturgique distinguera avec soin la profession perpétuelle
de la profession temporaire qui doit être célébrée "sans
aucune solennité particulière»(139) tandis que la profession
perpétuelle se déroulera «avec la solennité voulue et
le concours des religieux et du peuple»(140) car «elle est le signe de
l'union indissoluble du Christ avec l'Eglise son épouse (cf. LG 44)»(141).
57. On observera avec soin toutes les dispositions du droit concernant les
conditions de validité et les échéances de la profession
temporaire et perpétuelle(142).
C) LA FORMATION DES PROFES TEMPORAIRES
CE QUE PRESCRIT L'EGLISE
58. S'agissant de la formation des profès temporaires, l'Eglise
prescrit que «dans chaque institut, après la première
profession, la formation de tous les membres sera complétée pour
qu'ils mènent plus pleinement la vie propre de l'institut et réalisent
d'une manière plus adaptée sa mission. C'est pourquoi le droit
propre doit définir le programme de cette formation et sa durée,
en tenant compte des besoins de l'Eglise, de la condition des hommes et des
circonstances de temps, tels que l'exigent le but et le caractère de
l'institut»(143).
«La formation sera systématique, adaptée à la
capacité des membres, spirituelle et apostolique, doctrinale en même
temps que pratique, comportant même, s'il est opportun, l'obtention de
titres appropriés tant ecclésiastique que civils. Durant ce temps
de formation, aucun office ni travail qui empêche cette formation ne sera
confié aux membres»(144).
SIGNIFICATION ET EXIGENCES DE CETTE ETAPE
59. La première profession inaugure une nouvelle phase de la
formation qui bénéficie du dynamisme et de la stabilité
issus de la profession. Il s'agit, pour le religieux, de recueillir les fruits
des étapes précédentes et de poursuivre sa propre
croissance humaine et spirituelle par la pratique courageuse de ce à quoi
il s'est engagé. Le maintien de l'élan spirituel donné par
l'étape précédente est d'autant plus nécessaire que,
dans les instituts voués à l'apostolat, le passage à un
style de vie plus ouvert et à des activités très
accaparantes comporte souvent des risques de désorientation et d'aridité.
Dans les instituts voués à la contemplation, ils seraient plutôt
de routine, de lassitude et de paresse spirituelle. Jésus a éduqué
ses disciples à travers les crises qu'ils ont subies. Par des annonces
successives de la Passion il les a préparés à devenir des
disciples plus authentiques(145). La pédagogie de cette étape
visera donc à permettre au jeune religieux de cheminer vraiment, à
travers toute son expérience, selon une unité de perspective et de
vie, celle de sa vocation propre à ce moment de son existence, en vue de
la profession perpétuelle.
CONTENU ET LES MOYENS DE LA FORMATION
60. L'institut a la grave responsabilité de prévoir
l'organisation et la durée de cette phase de la formation et de fournir
au jeune religieux les conditions favorables à une réelle
croissance dans la donation au Seigneur. Il lui offrira d'abord une vigoureuse
communauté formatrice et la présence d'éducateurs compétents.
A ce niveau de la formation, en effet, et contrairement à ce qui a été
dit à propos du noviciat (cf. n. 47), mieux vaut une communauté
plus nombreuse, bien pourvue en moyens de formation et bien accompagnée,
qu'une petite communauté qui risque d'être dépourvue de
vrais formateurs. Comme tout au long de la vie religieuse, le religieux doit
s'efforcer à mieux comprendre pratiquement l'importance de la vie
communautaire selon la vocation propre de son institut, à accepter le réalisme
de cette vie et à en assumer les conditions de progrès, à
respecter les autres dans leur différence et à se sentir
responsable au sein de ladite communauté. Un responsable de la formation
des profès temporaires, prolongeant à ce niveau et de façon
spécifique la mission du maître des novices, sera spécialement
désigné par les supérieurs. Cette formation durera au moins
trois ans.
61. Les propositions de programmes qui suivent ont valeur indicative et n'hésitent
pas à viser haut, vu la nécessité de former des religieuses
et des religieux à la hauteur des attentes et des besoins du monde
contemporain. Il reviendra aux instituts et aux formateurs et formatrices de
procéder aux adaptations qu'imposent les personnes, les temps et les
lieux.
Dans le programme des études doivent figurer en bonne place la théologie
biblique, dogmatique, spirituelle et pastorale et, en particulier,
l'approfondissement doctrinal de la vie consacrée et du charisme de
l'institut. L'établissement de ce programme et sa mise en oeuvre devront
respecter l'unité interne de l'enseignement et l'harmonisation des
diverses disciplines. Ce n'est pas plusieurs sciences mais une seule que les
religieux doivent avoir conscience d'apprendre: la science de la foi et de
l'Evangile. A cet égard, on évitera une diversité cumulée
de disciplines et de cours. De plus, par souci de respect des personnes, on
n'introduira pas prématurément les religieux dans une problématique
exagérément critique, s'ils n'ont pas encore parcouru le chemin nécessaire
pour l'aborder sereinement.
On veillera à donner, d'une manière adaptée, une
formation philosophique de base qui permette d'acquérir une connaissance
de Dieu et une vision chrétienne du monde en connexion étroite
avec les questions agitées en notre temps, qui fasse ressortir l'harmonie
qui existe entre le savoir de la raison et celui de la foi en vue de la
recherche de l'unique vérité. Dans ces conditions, les religieux
seront gardés des tentations toujours menaçantes d'un rationalisme
critique d'un côté, du piétisme et du fondamentalisme, de
l'autre.
Le programme des études théologiques sera judicieusement conçu
et les différentes parties seront bien articulées pour que
ressorte la «hiérarchie» des vérités de la
doctrine catholique en raison de leur rapport différent avec les
fondements de la foi chrétienne(146). L'établissement de ce
programme pourra s'inspirer, en les adaptant, des indications fournies par la
Congrégation pour l'Education Catholique pour la formation des candidats
au ministère presbytéral(147) tout en prenant soin de ne rien
omettre qui puisse aider à une bonne intelligence de la foi et de la vie
chrétienne, en Eglise: histoire, liturgie, droit canon, etc.
62. Enfin la maturation du religieux requiert, à cette étape,
un engagement apostolique et une participation progressive à des expériences
ecclésiales et sociales, dans la ligne du charisme de son institut et
compte tenu de ses aptitudes et aspirations personnelles. S'agissant de ces expériences,
religieuses et religieux se souviendront qu'ils ne sont pas d'abord des agents
pastoraux, pas plus en période de formation initiale qu'au-delà,
et que leur engagement dans un service ecclésial et surtout social obéit
nécessairement à des critères de discernement (cf. n. 18).
63. Bien que les supérieurs soient désignés à
juste titre comme «maîtres spirituels, selon le projet évangélique
de leur institut»(148) les religieux doivent avoir à leur
disposition pour le for interne, même non sacramentel, ce qu'il est
convenu d'appeler un directeur ou conseiller spirituel. «Suivant la
tradition des premiers pères du désert et de tous les grands
fondateurs, les instituts religieux ont chacun des membres particulièrement
qualifiés et désignés pour aider leurs frères en ce
domaine. Leur rôle varie selon l'étape atteinte par les religieux,
mais leur responsabilité essentielle consiste dans le discernement de
l'action de Dieu, la conduite du religieux dans les voies divines, et
l'alimentation de la vie par une doctrine solide et la pratique de la prière.
Spécialement dans les premières étapes, il sera nécessaire
d'évaluer le chemin déjà parcouru"(149). Cette
direction spirituelle, qui «ne pourra être remplacée par des
moyens psycho-pédagogiques»,(150) et pour laquelle le Concile réclame
une «juste liberté»,(151) devra donc être «favorisée
par la disponibilité de personnes compétentes et qualifiées»
(152).
Ces dispositions, particulièrement indiquées pour cette étape
de la formation des religieux, le demeurent pour tout le reste de leur vie. Dans
les communautés religieuses, surtout celles qui rassemblent un plus grand
nombre de membres et spécialement là où demeurent des profès
temporaires, il est nécessaire qu'au moins un religieux soit
officiellement désigné pour l'accompagnement ou conseil spirituel
de ses frères.
64. Plusieurs instituts prévoient, avant la profession perpétuelle,
une période de préparation plus intense dans le retrait des
occupations habituelles. Cette coutume mérite d'être encouragée
et étendue.
65. Si, comme le prévoit le droit, de jeunes profès sont
envoyés à des études par leur supérieur,(153) «ces
études seront entreprises non en vue d'une réalisation personnelle
mal comprise pour des finalités individuelles, mais afin que les
religieux puissent répondre aux exigences des projets apostoliques de
leur famille religieuse, en harmonie avec les besoins de l'Eglise»(154). Le
déroulement de ces études et la préparation des diplômes
seront, au jugement des supérieurs majeurs et responsables de formation,
convenablement harmonisés avec le reste du programme prévu pour
cette étape de la formation.
D) LA FORMATION CONTINUE DES PROFES PERPETUELS
66. «Tout au long de leur vie, les religieux poursuivront avec soin
leur formation spirituelle, doctrinale et pratique, et les supérieurs
leur en fourniront les moyens et le temps nécessaires».(155) «Chaque
institut religieux a donc la tâche le projeter et de réaliser un
programme de formation permanente adéquat pour tous ses membres. Un
programme qui tende non seulement à la formation de l'intelligence, mais
aussi de toute la personne, principalement dans sa mission spirituelle, pour que
tout religieux puisse vivre en toute sa plénitude sa propre consécration
à Dieu, dans la mission spécifique que l'Eglise lui a confiée»(156).
POURQUOI LA FORMATION CONTINUE?
67. La formation continue est motivée d'abord par l'initiative de
Dieu qui appelle chacun des siens à tous moments et dans des
circonstances nouvelles. Le charisme de la vie religieuse dans un institut déterminé
est une grâce vivante qui demande à être reçue et vécue
dans des conditions d'existence souvent inédites. «Le charisme des
fondateurs (ET 1l) se révèle comme une expérience
de l'Esprit transmise à leurs disciples, pour être vécue par
ceux-ci, gardée, approfondie, développée constamment en
harmonie avec le Corps du Christ en croissance perpétuelle (...). Le
caractère charismatique propre de tout institut exige, du fondateur comme
des disciples, une vérification continuelle de la fidélité
au Seigneur, de la docilité à son Esprit, de l'attention
intelligente aux circonstances et aux signes des temps, de la volonté
d'insertion dans l'Eglise, de la disposition de subordination à la hiérarchie,
de l'audace dans les initiatives, de la constance dans le don, de l'humilité
pour supporter les contretemps (...). Notre temps exige des religieux d'une façon
spéciale cette authenticité charismatique, vive et ingénieuse
dans ses inventions, qui exceller nettement dans les fondateurs ... »(157).
La formation permanente exige que l'on prête une attention particulière
aux signes de l'Esprit en notre temps et que l'on s'y laisse sensibiliser, pour
pouvoir leur donner une réponse appropriée.
De plus la formation continue est une donnée sociologique qui, de nos
jours, affecte toutes les branches d'activités professionnelles. Elle y
conditionne le plus souvent la permanence dans une profession ou le passage
obligé d'une profession à une autre.
Tandis que la formation initiale était ordonnée à
l'acquisition par la personne d'une suffisante autonomie pour vivre en fidélité
à ses engagements religieux, la formation continue aide le religieux à
intégrer la créativité dans la fidélité. Car
la vocation chrétienne et religieuse appelle une croissance dynamique et
une fidélité dans les circonstances concrètes de
l'existence. Ce qui exige une formation spirituelle intérieurement
unifiante, mais souple et attentive aux événements quotidiens de
la vie personnelle et de la vie du monde. «Suivre le Christ» signifie
que l'on se met toujours en marche, que l'on se garde de la sclérose et
de l'ankylose, pour être capable de rendre un témoignage vivant et
vrai du Règne de Dieu en ce monde.
On peut retenir en d'autres termes trois raisons fondamentales qui motivent
la formation permanente:
la première ressort de la fonction même de la vie
religieuse au sein de l'Eglise. Elle y joue un rôle charismatique et
eschatologique très significatif qui suppose chez les religieuses et les
religieux une attention spéciale à la vie de l'Esprit, aussi bien
dans l'histoire personnelle de chacun et de chacune que dans l'espérance
et l'angoisse des peuples;
la seconde lui vient des défis que représente l'avenir
de la foi chrétienne dans un monde qui change à une vitesse accélérée;(158)
la troisième concerne le vie même des instituts
religieux et surtout leur avenir, qui dépendent pour une part de la
formation permanente de leurs membres.
SON CONTENU
68. La formation continue est un processus global de renouveau qui s'étend
à tous les aspects de la personne du religieux et à l'ensemble de
l'institut lui-même. Elle est à conduire en tenant compte du fait
que ses divers aspects son inséparables et s'influencent mutuellement
dans la vie de chaque religieux et de chaque communauté. Les aspects
suivants peuvent être retenus:
la vie selon l'Esprit ou spiritualité: elle doit avoir la
primauté car elle inclut un approfondissement de la foi et du sens de la
profession religieuse. Les exercices spirituels annuels et des temps de reprise
spirituelle sous diverses formes sont donc à privilégier;
la participation à la vie de l'Eglise selon la charisme de
l'institut et notamment la mise à jour des méthodes et des
contenus des activités pastorales, en collaboration avec les autres
agents de la pastorale locale;
le recyclage doctrinal et professionnel qui comprend
l'approfondissement biblique et théologique, l'étude des documents
du magistère universel et particulier, une meilleure connaissance des
cultures des lieux où l'on vit et agit, la requalification
professionnelle et technique, s'il y a lieu;
la fidélité au charisme propre, par une connaissance
toujours meilleure du fondateur, de l'histoire de l'institut, de son esprit, de
sa mission, et un effort corrélatif pour en vivre, personnellement et en
communauté.
69. Il arrive qu'une bonne part de la formation permanente des religieux
se déroule dans le cadre de services de formation inter-instituts. Dans
ces cas, il faut rappeler qu'un institut ne peut pas déléguer à
des organisations externes toute la tâche de formation continue de ses
membres, trop liée, en beaucoup de ses aspects, aux valeurs propres de
son charisme. Chacun d'eux, selon les nécessités et les possibilités,
doit donc susciter et organiser diverses initiatives et structures.
LES TEMPS FORTS DE LA FORMATION CONTINUE
70. Ces étapes sont à comprendre de façon très
souple. Il convient de les combiner concrètement avec celles que peut
susciter l'initiative imprévisible de l'Esprit Saint. Retenons en
particulier comme étapes significatives:
le passage de la formation initiale à la première expérience
de vie plus autonome, où le religieux doit découvrir un nouvelle
manière d'être fidèle à Dieu;
au terme de dix ans environ de profession perpétuelle, où
se présente le risque d'une vie «habituée» et la perte
de tout élan. A ce moment-là, une période prolongée
où l'on prend ses distances par rapport à la vie ordinaire, pour
la «relire» à la lumière de l'Evangile et de la pensée
du fondateur, semble s'imposer. C'est ce temps d'approfondissement que certains
instituts offrent à leurs membres dans le «troisième an»,
appelé aussi parfois «second noviciat» ou «seconde
probation», etc. Il est souhaitable que ce temps se passe dans une
communauté de l'institut;
la pleine maturité comporte souvent le danger d'un développement
de l'individualisme, surtout chez les tempéraments vigoureux et
efficaces;
au moment de fortes crises, qui peuvent survenir à tout âge
sous le coup de facteurs externes (changement de poste ou de travail, échec,
incompréhension, sentiment de marginalisation, etc.) ou de facteurs plus
directement personnels (maladie physique ou psychique, aridités
spirituelles, fortes tentations, crise de la foi ou sentimentale, ou les deux en
même temps, etc.). Dans ces circonstances, le religieux doit être
aidé à un dépassement positif de la crise, dans la foi;
au moment du retrait progressif de l'action, religieuses et religieux
ressentent plus profondément dans leur être l'expérience que
Paul décrit dans un contexte de marche vers la résurrection: «Nous
ne perdons pas courage et même si, en nous, l'homme extérieur va
vers sa ruine, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour»(159).
Pierre lui-même, après avoir reçu la tache immense de paître
le troupeau du Seigneur, s'est entendu dire: «Lorsque tu seras devenu
vieux, tu étendras les mains et c'est un autre qui nouera ta ceinture et
qui te conduira là où tu ne voudrais pas»(160). Le religieux
peut vivre ces moments comme une chance unique de se laisser pénétrer
par l'expérience pascale du Seigneur Jésus jusqu'au désir
de mourir pour «être avec le Christ», en cohérence avec
son option de départ: «connaître le Christ, la puissance de sa
résurrection et la communion à ses souffrances, devenir semblable à
Lui dans sa mort afin de parvenir, si possible, à la résurrection
d'entre les morts»(161). La vie religieuse ne suit pas un autre mouvement.
71. Une personne responsable de la formation permanente dans l'institut
sera désignée par les supérieurs. Mais on veillera aussi à
ce que religieuses et religieux, tout au long de leur vie, puissent disposer
d'accompagnateurs ou conseillers spirituels, selon les pédagogies déjà
mises en oeuvre en cours de formation initiale et selon des modalités
adaptées à la maturité acquise et aux circonstances qu'ils
traversent.
CHAPITRE IV
LA FORMATION DANS LES INSTITUTS INTEGRALEMENT ORDONNES A LA
CONTEMPLATION, SPECIALEMENT LES MONIALES (PC 7)
72. Ce qui a été dit dans les chapitres précédents
s'applique aux instituts ici concernés, dans le respect de leur charisme
et de leur tradition et législation propre.
LA PLACE DE CES INSTITUTS DANS L'EGLISE
73. «Les instituts intégralement ordonnés à la
contemplation, en sorte que leurs membres vaquent uniquement aux choses de Dieu
dans la solitude et le silence, dans la prière assidue et une joyeuse pénitence,
conservent toujours, si urgente que soit la nécessité d'un
apostolat actif, une place de choix dans le Corps mystique du Christ dont "les
membres n'ont pas tous la même fonction" (Rm 12, 4). Ils
offrent en effet à Dieu un sacrifice éminent de louange. Ils
illustrent le peuple de Dieu par des fruits abondants de sainteté. Ils
l'entraînent par leur exemple et procurent son accroissement par une secrète
fécondité apostolique. Ils sont ainsi l'honneur de l'Eglise et une
source de grâces célestes»(162).
Au sein d'une Eglise particulière, «leur vie contemplative est
leur premier et fondamental apostolat, parce que, selon un dessein spécial
de Dieu, c'est leur mode typique et caractéristique d'être Eglise,
de vivre dans l'Eglise, de réaliser la communion avec l'Eglise,
d'accomplir une mission dans l'Eglise»(163).
Du point de vue de la formation de leurs membres, et pour les raisons qui
viennent d'être données, ces instituts réclament une
attention toute particulière, soit dans la formation initiale, soit dans
la formation permanente.
L'IMPORTANCE QU'Y REVET LA FORMATION
74. L'étude de la Parole de Dieu, de la Tradition des Pères,
des documents du Magistère de l'Eglise et une réflexion théologique
systématique ne sauraient être tenus en moindre estime en des lieux
où des personnes ont choisi d'ordonner l'ensemble de leur vie en vue de
la recherche prioritaire, sinon exclusive, de Dieu. Ces religieuses et religieux
intégralement ordonnés à la contemplation apprennent dans
l'Ecriture comment Dieu ne se lasse pas de rechercher sa créature pour
faire alliance avec elle et comment, en retour, toute la vie de l'homme ne peut
être qu'une recherche incessante de Dieu. Et ils s'engagent eux-mêmes
patiemment dans cette recherche. La créature, sous l'épaisseur de
ses limites y tâtonne mais, en même temps, Dieu la rend capable de
s'y passionner. Il s'agit donc d'aider ces religieux à approcher le mystère
de Dieu, non sans être attentifs aux exigences critiques de la raison
humaine. Il faut aussi dégager les certitudes qu'offre la Révélation
sur le mystère de Dieu Père, Fils et Saint Esprit, tout en restant
modeste sur l'issue d'une recherche qui ne s'achèvera que dans le face à
face lorsque nous verrons Dieu tel qu'il est. La première préoccupation
de ces contemplatifs n'est pas et ne peut être d'acquérir une
science étendue ni de conquérir des grades académiques.
Elle est et doit être de fortifier la foi "garante des biens que l'on
espère et preuve des réalités qu'on ne voit pas"(164).
Dans la foi se trouvent le fondement et les prémices d'une contemplation
authentique. Elle engage certes sur des routes inconnues: «Abraham partit
ne sachant où il allait»,(165) mais elle permet de tenir ferme dans
l'épreuve comme si l'on voyait l'invisible(166). Elle-guérit,
approfondit et élargit l'effort de l'intelligence qui cherche et qui
contemple ce qu'elle n'atteint à présent que «dans un miroir
et en énigme»(167).
QUELQUES POINTS D'INSISTANCE
75. Compte tenu de la spécificité de ces instituts et des
moyens indiqués pour la tenir fidèlement, leur charte de formation
retiendra quelques points d'insistance, à traiter graduellement aux étapes
successives de la formation. Il faut noter au départ que le parcours de
formation sera chez eux moins intensif et plus informel, vu la stabilité
des membres et l'absence d'activités extérieures au monastère.
Il faut ajouter enfin que, dans le contexte du monde actuel, on doit attendre
des membres de ces instituts un niveau de culture humaine et religieuse
correspondant aux exigences de notre temps.
LA "LECTIO DIVINA"
76. Plus que leurs frères et soeurs voués à
l'apostolat, les membres des instituts intégralement ordonnés à
la contemplation occupent une bonne partie de leur temps quotidien à l'étude
de la Parole de Dieu et à la «lectio divina», sous ses quatre
aspects de lecture, méditation, prière et contemplation. Quels que
soient les mots employés selon les diverses traditions spirituelles et le
sens précis qu'on leur donne, chacune de ces étapes conserve sa nécessité
et son originalité. La «lectio divina» se nourrit de la Parole
de Dieu, y trouve son point de départ et y ramène. Le sérieux
d'une étude biblique garantit donc, pour une part, la richesse de la «lectio».
Que cette dernière ait pour objet le texte même de la Bible, qu'il
s'agisse d'un texte liturgique ou d'une grande page spirituelle de la tradition
catholique, c'est un écho fidèle de la Parole de Dieu qu'il faut
entendre et peut-être même, à la manière des anciens,
murmurer. Cette initiation requiert un courageux exercice durant le temps de
formation et sur elle s'appuient toutes les étapes ultérieures.
LA LITURGIE
77. La liturgie, surtout la célébration de l'Eucharistie et
de la Liturgie des Heures, occupe une place de choix dans ces instituts. Si les
anciens comparaient volontiers la vie monastique à la vie angélique
c'était, entre autres motifs, parce que les anges sont des «liturges»(168)
de Dieu. La liturgie, où s'unissent la terre et le ciel et qui, de ce
fait, donne comme un avant-goût de la liturgie céleste, est le
sommet auquel tend toute l'Eglise et la source d'où découle toute
sa force. Elle ne remplit pas toute l'activité de l'Eglise, mais elle est
pour ceux qui «vaquent uniquement aux choses de Dieu» le lieu et le
moyen privilégié de célébrer, au nom de l'Eglise,
dans l'adoration, la joie et l'action de grâces l'oeuvre du salut
accomplie par le Christ, dont le déroulement de l'année liturgique
nous offre périodiquement le mémorial.(169) Elle sera donc non
seulement célébrée avec soin selon les traditions et les
rites propres aux différents instituts, mais aussi étudiée
dans son histoire, la variété de ses formes et sa signification théologique.
78. Dans la tradition de certains de ces instituts, des religieux reçoivent
le ministère presbytéral et célèbrent l'Eucharistie
quotidienne, quoiqu'ils ne soient pas destinés à exercer un
apostolat. Cette pratique trouve sa justification tant en ce qui concerne le
ministère presbytéral qu'en ce qui regarde le sacrement de
l'Eucharistie. D'une part, en effet, il existe une harmonie interne entre la
consécration religieuse et la consécration au ministère et
il est légitime que ces religieux soient ordonnés prêtres, même
s'ils n'ont pas de ministère à exercer à l'intérieur
ou à l'extérieur du monastère. «L'union dans une même
personne de la consécration religieuse, qui en fait une offrande à
Dieu, et du caractère sacerdotal, la configure de façon spéciale
au Christ qui est en même temps Prêtre et Victime"(170).
D'autre part, l'Eucharistie, «même si les fidèles ne
peuvent y être présents, est un acte du Christ et de l'Eglise»(171)
et mérite de ce fait d'être célébrée en tant
que telle car «les raisons que l'on peut avoir d'offrir le sacrifice ne
sont pas à prendre uniquement du côté des fidèles
auxquels il faut administrer les sacrements, mais principalement du coté
de Dieu, auquel un sacrifice est offert dans la consécration de ce
sacrement».(172) Enfin, il faut retenir l'affinité qui existe entre
la vocation contemplative et le mystère de l'Eucharistie. En effet, «parmi
les oeuvres de la vie contemplative, les principales consistent dans la célébration
des mystères divins»(173).
LE TRAVAIL
79. Le travail est une loi commune à laquelle religieuses et
religieux se savent astreints et il conviendra, en période de formation,
d'en faire ressortir le sens puisque, dans le cas qui nous occupe, il
s'accomplit à l'intérieur du monastère. Le travail pour
vivre n'est pas un obstacle à la Providence de Dieu qui se soucie des
moindres détails de nos vies, mais il entre dans ses plans. Il peut être
considéré comme un service de la communauté, un moyen d'y
exercer une certaine responsabilité et de collaborer avec d'autres. Il
permet de développer une certaine discipline personnelle et d'équilibrer
les aspects plus intérieurs que comporte l'horaire quotidien. Dans les
systèmes de prévoyance sociale qui entrent progressivement en
vigueur dans différents pays, le travail permet aussi aux religieux de
prendre leur part de la solidarité nationale à laquelle aucun
citoyen n'a le droit de se soustraire. Plus généralement, il est
un élément de solidarité avec tous les travailleurs du
monde. Le travail répond ainsi, non seulement à une nécessité
économique et sociale, mais à une exigence évangélique.
Personne, en communauté, ne peut s'identifier avec un travail précis
dont il risquerait de faire sa propriété, mais tous doivent se
trouver disponibles pour tous travaux qui pourraient leur être demandés.
Pendant le temps de formation initiale, spécialement pendant le
noviciat, le temps réservé au travail ne saurait empiéter
sur celui qui est normalement réservé aux études ou autres
activités en rapport direct avec la formation.
L'ASCESE
80. Elle tient une place particulière dans les instituts
exclusivement voués à la contemplation où religieuses et
religieux auront surtout à bien comprendre comment, malgré les
exigences de retrait du monde qui leur sont propres, leur consécration
religieuse les rend présents aux hommes et au monde «d'une façon
plus profonde dans le coeur de Christ».(174) «Est moine celui qui est
séparé de tous et uni à tous»(175).
Uni à tous parce qu'uni au Christ. Uni à tous parce qu'il
porte en son coeur l'adoration, l'action de grâces, la louange, les
angoisses et la souffrance des hommes de ce temps. Uni à tous parce que
Dieu l'appelle en un lieu où il révèle à l'homme ses
secrets. Non seulement présents au monde, mais aussi au coeur de
l'Eglise, tels sont les religieux intégralement voués a la
contemplation. La liturgie qu'ils célèbrent accomplit une fonction
essentielle de la communauté ecclésiale. La charité qui les
anime et qu'ils s'efforcent à rendre parfaite vivifie en même temps
tout le corps mystique du Christ. En cet amour, ils touchent la source première
de tout ce qui existe «amor fontalis» et, de ce fait, se
trouvent au coeur du monde et de l'Eglise. «Dans le coeur de l'Eglise, ma Mère,
je serai l'amour»(176). Telle est leur vocation et leur mission.
LA MISE EN OEUVRE
81. La norme générale est que tout le cycle de formation
initiale et permanente se déroule à l'intérieur du monastère.
C'est, pour ces religieux, le lieu le plus convenable où puisse
s'accomplir le chemin de conversion, de purification et d'ascèse en de
conformer leur vie au Christ. Cette exigence a également l'avantage de
favoriser l'harmonie de la communauté. C'est en effet toute la communauté
et non seulement quelques personnes ou groupes plus initiés qui doit bénéficier
des avantages d'une formation bien ordonnée.
82. Quand un monastère ne peut se suffire à lui-même,
faute d'enseignants ou d'un nombre suffisant de candidats, des services
d'enseignement (cours, session, etc.) communs à plusieurs monastères
de la même fédération, du même Ordre, ou de vocation
fondamentale commune, seront utilement organisés dans l'un des monastères,
selon une périodicité convenant à la nature contemplative
des monastères intéressés. Et pour tous les cas où
les exigences de la formation auraient une incidence sur la discipline de la clôture,
on s'en tiendra à la législation en vigueur(177). On peut aussi,
pour la formation, faire appel à des intervenants extérieurs au
monastère et même à l'Ordre, pourvu qu'ils entrent dans la
perspective spécifique des religieux qu'ils auront à instruire.
83. L'association de monastères de moniales à des instituts
masculins, selon le c. 614, peut également servir de façon
avantageuse la formation des moniales. Elle garantit la fidélité
au charisme, à l'esprit et aux traditions d'une même famille
spirituelle.
84. Chaque monastère veillera à créer les conditions
favorables à l'étude personnelle et à la lecture, à
l'aide d'une bonne bibliothèque constamment tenue à jour et, éventuellement,
de cours par correspondance.
85. Il est demandé aux ordres et congrégations monastiques
masculins, aux fédérations de moniales et aux monastères
non fédérés ou non associés, d'élaborer une
charte de formation («ratio») qui entrera dans leur droit propre et
qui comportera des normes concrètes d'application, conformément
aux cc. 650 § 1, 659 à 661.
CHAPITRE V
QUESTIONS ACTUELLES CONCERNANT LA FORMATION DES RELIGIEUX
Sont rassemblées ici des questions ou positions actuelles qui, pour
certaines, résultent d'une analyse succincte et qui, par conséquent,
méritent probablement discussion, nuances et compléments. Pour
d'autres, des orientations et des principes sont énoncés, dont
l'application concrète ne peut être faite qu'au niveau des Eglises
particulières.
A) LES JEUNES CANDIDATS A LA VIE RELIGIEUSE ET LA PASTORALE DES
VOCATIONS
86. Les jeunes sont «l'espérance de l'Eglise»,(178) elle
a «tant de choses à dire aux jeunes et les jeunes ont tant de choses
à dire à l'Eglise»(179). Bien qu'il existe des adultes
candidats à la vie religieuse, les 18-25 ans en représentent
aujourd'hui la majorité. Dans la mesure où ils sont touchés
par ce qu'il est convenu d'appeler «la modernité», on peut dégager
avec assez d'exactitude, semble-t-il, quelques traits communs. Le portrait se
ressent du modèle nord-occidental, mais ce modèle tend à
s'universaliser, dans ses valeurs et dans ses faiblesses, et chaque culture y
apportera les retouches qu'exige son originalité propre.
87. «La sensibilité des jeunes perçoit profondément
les valeurs de la justice, de la non-violence et de la paix. Leur coeur est
ouvert à la fraternité, à l'amitié et à la
solidarité. Ils se mobilisent au maximum en faveur des causes qui
regardent la qualité de la vie et la conservation de la nature»(180).
Ils ont également soif de liberté et d'authenticité. Ils
aspirent généralement et parfois ardemment à un monde
meilleur et il n'en manque pas qui se sont engagés dans des associations
politiques, sociales, culturelles et caritatives pour contribuer à améliorer
la situation de l'humanité. Ils sont pour la plupart, à moins
d'avoir été dévoyés par des idéologies de
type totalitaire quelles qu'elles soient, de chauds partisans le la libération
de l'homme en fait de racisme, de sous-développement, de guerres,
d'injustices. Cette attitude n'est pas toujours commandée et
parfois elle est loin de l'être par des motifs d'ordre religieux,
philosophique et politique, mais on ne peut en récuser la sincérité
ni le poids de générosité. Parmi eux, l'on en trouve qui
sont marqués d'un profond sentiment religieux, mais ce sentiment lui-même
a besoin d'être évangélisé. Plusieurs enfin, et ce
n'est pas nécessairement une minorité, ont mené une vie chrétienne
assez exemplaire et se sont engagés courageusement dans l'apostolat, expérimentant
déjà ce que peut signifier «suivre Jésus Christ de
plus près».
88. Ceci étant, leurs références doctrinales et éthiques
tendent à se relativiser, au point qu'ils ne savent pas toujours très
bien s'il existe des points de repère solides pour connaître la vérité
de l'homme, du monde et des choses. L'indigence de l'enseignement de la
philosophie dans les programmes scolaires y est souvent pour quelque chose. Ils
hésitent pour dire qui ils sont et ce qu'ils sont appelés à
devenir. S'ils ont quelques convictions sur l'existence du bien et du mal, le
sens de ces termes semble s'être déplacé par rapport à
ce qu'il était pour les générations précédentes.
Il y a souvent un décalage entre le niveau de leurs connaissances
profanes, parfois très spécialisées, celui de leur
croissance, psychologique et celui de leur vie chrétienne. Tous n'ont pas
fait en famille une expérience heureuse, vu les crises que traverse
l'institution familiale, soit là où la culture n'a pas été
profondément imprégnée de christianisme, soit dans des
cultures de type postchrétien où s'impose l'urgence d'une nouvelle
évangélisation, soit dans des cultures depuis longtemps évangélisées.
Ils apprennent beaucoup par l'image, et la pédagogie scolaire en vigueur
favorise parfois ce moyen, mais ils lisent moins. Il arrive que leur culture se
caractérise par une quasi absence de dimension historique, comme si notre
monde commençait aujourd'hui. La société de consommation,
avec les déceptions qu'elle engendre, ne les épargne pas.
Parvenant, parfois avec peine, à trouver leur place dans le monde,
certains se laissent séduire par la violence, la drogue et l'érotisme.
Il est de moins en moins rare de trouver, parmi les candidats à la vie
religieuse, des jeunes qui aient fait en ce dernier domaine des expériences
malheureuses.
89. On pressent alors les problèmes que posent la richesse et la
complexité de ce tissu humain à la pastorale des vocations, en même
temps qu'à la formation. C'est le discernement des vocations qui est ici
en cause. Surtout peut-être dans certains pays, des candidates et
candidats à la vie religieuse se présenteront pour rechercher plus
ou moins consciemment une promotion sociale et une assurance pour l'avenir; pour
d'autres, la vie religieuse s'offrira comme le lieu idéal d'un engagement
idéologique pour la justice. D'autres enfin, d'esprit plus conservateur,
chercheront dans la vie religieuse un lieu de sauvegarde de leur foi, dans un
monde considéré comme hostile et corrompu. Ces motivations représentent
le revers d'un certain nombre de valeurs, mais demandent à être
purifiées et redressées.
Dans les pays dits développés, c'est peut-être surtout
l'équilibre humain et spirituel qu'il faudra promouvoir, à base de
renoncement, de fidélité durable, de générosité
paisible et soutenue, de joie authentique et d'amour. Voilà un programme
exigeant mais nécessaire pour les religieuses et les religieux chargés
de la pastorale des vocations et de la formation.
B) LA FORMATION DES RELIGIEUX ET LA CULTURE
90. Le terme général de culture semble pouvoir résumer,
comme le propose la Constitution pastorale Gaudium et spes, "cet ensemble
de données personnelles et sociales qui marquent l'homme en lui
permettant d'assumer et de maîtriser sa condition et sa destinées"
(Gaudium et spes, 53 à 62)(181). C'est pourquoi l'on peut dire
que la culture est «ce par quoi l'homme devient davantage homme» et «se
situe toujours en relation essentielle et nécessaire avec ce qu'est
l'homme»(182). D'autre part, «la profession des conseils évangéliques,
tout en comportant le renoncement à des biens qui méritent sans
doute une grande estime, ne s'oppose pas toutefois au véritable progrès
de la personne humaine, mais de par sa nature elle lui est d'un très
grand profit".(183) Il existe donc une affinité entre la vie
religieuse et la culture.
91. Concrètement, cette affinité retient notre attention sur
quelques points. Jésus Christ et son Evangile transcendent toute culture,
même si la présence du Christ ressuscité et de son Esprit
les pénètrent toutes de l'intérieur(184). D'autre part,
toute culture doit être évangélisée, c'est-à-dire
purifiée et guérie des blessures du péché. En même
temps, la sagesse qu'elle porte en elle est dépassée, enrichie et
accomplie par la sagesse de la Croix(185). Il conviendra donc, sous toutes les
latitudes:
de veiller au niveau de culture générale des candidats,
sans oublier que la culture ne se limite pas à la dimension
intellectuelle de la personne;
- de vérifier comment les religieuses et les religieux parviennent à
inculturer leur propre foi dans leur culture d'origine et de les y aider. Cela
ne doit pas amener les maisons de formation à la vie religieuse à
se transformer en des sortes de laboratoires d'inculturation. Mais les
responsables de formation ne peuvent manquer d'y veiller dans l'accompagnement
de leur foi et de son enracinement dans la vie de toute la personne, ils ne
peuvent oublier que l'Evangile libère dans une culture la vérité
dernière des valeurs qu'elle porte et que, d'autre part, la culture
exprime l'Evangile de manière originale et en manifeste de nouveaux
aspects;(186)
d'initier les religieuses et les religieux, vivant et travaillant
dans une culture étrangère à leur culture d'origine, à
la connaissance et à l'estime de cette culture, selon les recommandations
du décret conciliaire Ad gentes, n. 22;
de promouvoir dans les jeunes Eglises, en communion avec l'ensemble
de l'Eglise locale et sous la conduite de son Pasteur, une vie religieuse
inculturée, conformément au décret Ad gentes, n.
18.
C) VIE RELIGIEUSE ET MOUVEMENTS ECCLESIAUX
92. «Dans l'Eglise-Communion, les états de vie sont si unis
entre eux qu'ils sont ordonnés l'un à l'autre. Leur sens profond
est le même, il est unique pour tous: celui d'être une façon
de vivre l'égale dignité chrétienne et la vocation
universelle à la sainteté dans la perfection de l'amour. Les
modalités sont tout à la fois diverses et complémentaires,
de sorte que chacune d'elles a sa physionomie originale et qu'on ne saurait
confondre et, en même temps, chacune se situe en relation avec les autres
et à leur service»(187). Ce que confirment les nombreuses expériences
actuelles de partage, non seulement du travail, mais aussi parfois de prière
et de table, entre religieux, religieuses et laïcs. Notre propos n'est pas
d'entamer ici une étude d'ensemble sur cette situation nouvelle mais de
considérer uniquement les relations religieux-laïcs sous l'aspect
des mouvements ecclésiaux, dûs pour la plupart à
l'initiative de laïcs.
Depuis toujours, des mouvements ecclésiaux, inspirés par un désir
de vivre plus intensément de l'Evangile et de l'annoncer aux hommes, se
sont manifestés au sein du Peuple de Dieu. Certains d'entre eux étaient
assez étroitement liés à des instituts religieux, dont ils
partageaient la spiritualité spécifique. De nos jours, et spécialement
depuis quelques décennies, de nouveaux mouvements sont apparus, plus indépendants
que les premiers des structures et du style de la vie religieuse, et dont
l'influence bénéfique pour l'Eglise a été fréquemment
évoquée lors du synode des Evêques sur la vocation et la
mission des laïcs (1987), pourvu qu'ils obéissent à un
certain nombre de critères d'écclésialité.(188)
93. Pour maintenir une heureuse communion entre ces mouvements et les
instituts religieux, et d'autant plus que des vocations religieuses sont issues
de ces mouvements, il importe de réfléchir aux exigences suivantes
et aux conséquences concrètes qu'elles entraînent pour les
membres de ces instituts.
Un institut, tel que l'a voulu son Fondateur et tel que l'Eglise l'a
approuvé, a une cohérence interne qu'il reçoit de sa
nature, de son but, de son esprit, de son caractère et de ses traditions.
Tout ce patrimoine constitue l'axe autour duquel se maintient à la fois
l'identité et l'unité de l'institut lui-même(189) et l'unité
de vie de chacun de ses membres. C'est un don de l'Esprit à l'Eglise qui
ne peut souffrir aucune interférence, ni aucun mélange. Le
dialogue et le partage au sein de l'Eglise supposent que chacun ait bien
conscience de ce qu'il est.
Un candidat à la vie religieuse issu de l'un ou l'autre de ces
mouvements ecclésiaux se place librement, quand il entre au noviciat,
sous l'autorité des supérieurs et des formateurs légitimement
mandatés pour le former. Il ne peut donc relever en même temps d'un
responsable extérieur à l'institut auquel il appartient désormais,
même si avant d'entrer il appartenait à ce mouvement. C'est l'unité
de l'institut et l'unité de vie des novices qui est ici en cause.
Ces exigences demeurent au delà de la profession religieuse,
afin d'écarter tout phénomène de pluri-appartenance, au
plan de la vie spirituelle personnelle du religieux et au plan de sa mission. Si
elles n'étaient pas respectées, la nécessaire communion
entre religieux et laïcs risquerait de dégénérer en
confusion, aux deux plans indiqués ci-dessus.
D) LE MINISTERE EPISCOPAL ET LA VIE RELIGIEUSE
94. Cette question est devenue plus actuelle depuis la publication du
document Mutuae relationes et depuis que le Pape Jean Paul II a souligné
en plusieurs circonstances l'impact de la charge pastorale des évêques
sur la vie religieuse.
Le ministère de l'Évêque et celui d'un supérieur
religieux ne sont pas en concurrence. Il existe certes un ordre interne des
instituts qui possède son champ propre de compétence en vue du
maintien et de la croissance de la vie religieuse. Cet ordre interne jouit d'une
véritable autonomie, mais cette dernière s'exercera nécessairement
dans le cadre d'une communion ecclésiale organique.(190)
95. En effet, «à chaque institut est reconnue la juste autonomie
de vie, en particulier de gouvernement, par laquelle il possède dans
l'Eglise sa propre discipline et peut garder intact (son) patrimoine (...). Il
appartient aux Ordinaires des lieux de sauvegarder et de protéger cette
autonomie»(191).
Dans le cadre de cette autonomie, «le droit propre (des instituts) doit
définir le programme de (la) formation et sa durée, en tenant
compte des besoins de l'Eglise, de la condition des hommes et des circonstances
de temps, tels que l'exigent le caractère et le but de l'institut»(192).
«Quant au ministère d'enseignement, les supérieurs
religieux ont la compétence et l'autorité de "maîtres
spirituels", selon le projet évangélique de leur institut;
dans cette sphère, ils doivent donner à leur congrégation
et à chacune des communautés une véritable direction
spirituelle, en accord avec le magistère authentique de la hiérarchie"(193).
96. D'autre part les évêques, en tant que «docteurs
authentiques» et «témoins de la vérité divine et
catholique»,(194) ont une «responsabilité concernant
l'enseignement doctrinal de la foi, tant dans les centres qui en cultivent l'étude
que dans l'utilisation des moyens pour la transmettre» (195).
«Il revient aux évêques, comme maîtres authentiques
et guides de perfection pour tous les membres de leur diocèse (ChD 12.
15. 35-2; LG 25, 45) d'être aussi les gardiens de la fidélité
à la vocation religieuse dans l'esprit de chaque institut»,(196)
selon les normes du droit (cf. cc. 386, 387, 591, 593, 678).
97. A cela ne s'oppose aucunement l'autonomie de vie, et particulièrement
de gouvernement, reconnue aux instituts religieux. Si, dans l'exercice de sa
juridiction, l'évêque est limité par le respect de cette
autonomie, il n'est pas pour autant dispensé de veiller à la
marche des religieux vers la sainteté. Il revient en effet à un
successeur des apôtres, en tant que ministre de la Parole de Dieu,
d'appeler en général les chrétiens à suivre le
Christ et, par excellence, ceux qui reçoivent la grâce de le suivre
«de plus près» (c.753,1). L'institut auquel ces derniers
appartiennent représente déjà en lui-même et pour eux
une école de perfection et une voie vers la sainteté, mais la vie
religieuse est un bien de l'Eglise et, comme tel, relève de la
responsabilité de l'évêque. Le rapport de l'évêque
aux religieuses et aux religieux, généralement perçu au
niveau de l'apostolat, s'enracine plus profondément dans sa charge de
ministre de l'Evangile, au service de la sainteté de l'Eglise et de l'intégrité
de sa foi.
Dans cet esprit, et sur la base de ces principes, il est convenable que les évêques
des Eglises particulières soient au moins informés par les supérieurs
majeurs des chartes de formation en vigueur dans les centres ou services de
formation des religieux situés sur le territoire dont ils sont les
Pasteurs. Toute difficulté relevant de la responsabilité épiscopale
et concernant le fonctionnement de ces services ou centres sera examinée
entre évêques et supérieurs majeurs, conformément au
droit et aux orientations données par Mutuae relationes, nn. 24 à
35, et éventuellement à l'aide des organes de coordination indiqués
par le même document aux nn. 52 à 67.
E) LA COLLABORATION INTER-INSTITUTS AU NIVEAU DE LA FORMATION
98. La première responsabilité de la formation des religieux
revient de droit à chaque institut et ce sont les supérieurs
majeurs des instituts, avec l'aide de leurs responsables qualifiés, qui
ont l'importante mission d'y veiller. Chaque institut doit d'ailleurs, selon le
droit, établir sa propre charte de formation («ratio»)(197).
Cependant, la nécessité a conduit certains instituts, dans
tous les continents, à mettre en commun leurs moyens de formation
(personnel et institutions) en vue de collaborer à cette oeuvre si
importante, qu'il ne leur était plus possible d'accomplir tout seuls.
99. Cette collaboration s'effectue au moyen de centres permanents ou de
services périodiques. On appelle centre inter-instituts un centre d'étude
pour des religieux, placé sous la responsabilité collective des
supérieurs majeurs d'instituts dont les membres participent à ce
centre. Son but est d'assurer la formation doctrinale et pratique requise par la
mission spécifique des instituts et conformément à leur
nature. Il est distinct de la communauté de formation propre à
chaque institut et au sein de laquelle le novice et le religieux s'initient à
la vie communautaire, spirituelle et pastorale de l'institut. Quand un institut
participe à un centre inter-instituts, une complémentarité
doit être mise au point entre la communauté de formation et le
centre, en vue d'une formation harmonieuse et intégrale.
Les centres de formation au sein d'une Fédération obéissent
à des normes inscrites dans les statuts de la Fédération et
ne sont pas ici concernés. Et il en est de même des centres ou
services d'études placés sous la responsabilité d'un seul
institut, mais qui accueillent à titre d'hôtes des religieuses ou
des religieux d'autres instituts.
100. La collaboration inter-instituts pour la formation des jeunes
professes et profès, la formation permanente et la formation des
formateurs, peut s'effectuer dans le cadre d'un centre. La formation des
novices, par contre, ne peut être donnée que sous forme de services
périodiques, car la communauté proprement dite du noviciat ne peut
être qu'une communauté homogène propre à chaque
institut. Notre Dicastère publiera ultérieurement un document
circonstancié et normatif concernant la mise en oeuvre de la
collaboration inter-instituts dans le domaine de la formation.
CHAPITRE VI
LES RELIGIEUX CANDIDATS AUX MINISTERES
PRESBYTERAL ET DIACONAL
101. Les questions soulevées par ce type de religieux méritent
d'être exposées à part, vu leur caractère
particulier. Elles sont de trois ordres. Les unes regardent la formation aux
ministères en tant que telle; d'autres, la spécificité
religieuse des religieux prêtres et diacres; d'autres enfin l'insertion du
religieux prêtre au sein du presbyterium diocésain.
LA FORMATION
102. Dans certains instituts, définis par leur droit propre comme
cléricaux, on s'est parfois proposé de donner la même
formation aux frères laïcs et aux candidats aux ministères
ordonnés. Au niveau du noviciat, une formation commune aux uns et aux
autres semble parfois même exigée par le charisme spécifique
de l'institut. Il s'ensuit des conséquences bénéfiques
quant à la qualité et à l'intégralité de la
formation doctrinale des frères laïcs et quant à leur intégration
dans la communauté. Mais dans tous les cas, les normes concernant la durée
et le contenu des études préparatoires au ministère presbytéral
devront être rigoureusement observées et suivies.
103. « La formation des membres qui se préparent à
recevoir les Ordres sacrés est régie par le droit universel et par
le programme des études propre à l'institut»(198). Ainsi, les
religieux candidats au ministère presbytéral se conformeront aux
normes de la Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis(199) et les
candidats au diaconat permanent aux dispositions prévues à cet
effet par le droit propre des instituts. On ne reprendra pas ici l'intégralité
de cette Ratio dont les lignes maîtresses figurent dans le droit
canonique(200). On se contentera de rappeler, pour qu'elles soient observées
par le supérieurs majeurs, quelques étapes du «cursus»
de formation.
104. Les études de philosophie et de théologie, menées
successivement ou conjointement, comprendront au moins six années complètes,
de sorte que deux années entières soient consacrées aux
disciplines philosophiques et quatre années entières aux études
théologiques. Les supérieurs majeurs veilleront à
l'observance de ces dispositions spécialement quand ils confieront leurs
jeunes religieux à des centres inter-instituts ou à des universités.
105. Bien que toute la formation des candidats au ministère presbytéral
poursuive une fin pastorale, il y aura une formation pastorale proprement dite
adaptée au but de l'institut. Le programme de cette formation s'inspirera
du décret Optatam totius et, pour les religieux appelés à
travailler dans des cultures étrangères à leur culture
d'origine, du décret Ad gentes.(201)
106. Les religieux prêtres voués à la contemplation,
moines ou autres, appelés par leurs supérieurs à se tenir à
la disposition des hôtes pour le ministère de la réconciliation
ou du conseil spirituel, seront pourvus d'une formation pastorale appropriée
à ce ministère. Ils se conformeront également aux
orientations pastorales de l'Eglise particulière dans laquelle ils se
trouvent.
107. Toutes les conditions canoniques requises des ordinands et à
leur sujet seront observées, compte tenu de la nature et des obligations
propres à l'état religieux(202).
LA SPECIFICITE RELIGIEUSE DES RELIGIEUX PRETRES ET DIACRES
108. «Un prêtre religieux plongé dans la pastorale aux
cotés des prêtres diocésains devrait montrer clairement par
ses attitudes qu'il est religieux», (203). Pour qu'apparaisse toujours chez
le religieux prêtre ou diacre «ce qui caractérise la vie
religieuse et les religieux et leur donne un visage»(204) plusieurs
conditions semblent devoir être remplies sur lesquelles il est utile que
des religieux, candidats aux ministères presbytéral et diaconal,
s'interrogent durant leur temps de formation initiale et en cours de formation
permanente:
qu'ils aient une perception claire et des convictions bien établies
sur la nature respective du ministère presbytéral et diaconal qui
appartient à la structure de l'Eglise, et de la vie religieuse, qui
appartient à sa sainteté et à sa vie,(205) mais tout en
maintenant le principe que leur ministère pastoral fait partie de la
nature de leur vie religieuse;(206)
qu'ils puisent, pour leur vie spirituelle, aux sources de l'institut
dont ils sont membres et accueillent en eux le don que représente cet
institut pour l'Eglise;
qu'ils témoignent d'une expérience spirituelle
personnelle qu'inspirent le témoignage et l'enseignement du fondateur;
qu'ils mènent leur vie de façon conforme à la règle
de vie qu'ils se sont engagés à observer;
qu'ils vivent en communauté selon le droit;
- qu'ils soient disponibles et mobiles pour le service de l'Eglise
universelle, si les supérieurs de l'institut les y appellent.
Si ces conditions sont respectées, le religieux prêtre ou
diacre parviendra à harmoniser heureusement ces deux dimensions de son
unique vocation.
LA PLACE DU RELIGIEUX PRETRE AU SEIN DU PRESBYTERIUM DIOCESAIN
109. La formation du religieux prêtre doit tenir compte de sa future
insertion dans le presbyterium d'une Eglise particulière, surtout s'il
doit y exercer un ministère, «compte tenu cependant du caractère
propre de chaque institut»(207). En effet, «l'Eglise particulière
constitue l'espace historique où une vocation s'exprime dans la réalité
et réalise son engagement apostolique»(208). Les religieux prêtres
peuvent à bon droit la considérer comme «la patrie de (leur)
vocation»(209). Les principes fondamentaux qui régissent cette
insertion ont été donnés par le décret conciliaire
Christus Dominus (nn. 234-35). Les religieux prêtres sont les «collaborateurs
de l'ordre épiscopal»; «à un certain titre véridique,
ils appartiennent au clergé du diocèse, en tant qu'ils participent
au soin des âmes et aux oeuvres d'apostolat sous l'autorité des évêques(210).
A propos de cette insertion, Mutuae relationes (nn. 15-23) fait
ressortir l'influence réciproque entre les valeurs universelles et
particulières. S'il est demandé aux religieux, «même
s'ils appartiennent à un institut de droit pontifical, (de) se sentir
vraiment participants de la famille diocésaine»,(211) le droit
canonique leur reconnait l'autonomie convenable(212) pour que soit maintenu leur
caractère universel et missionnaire(213). De façon habituelle, la
situation du religieux prêtre ou d'un institut à qui l'évêque
a confié une mission ou une oeuvre pastorale dans son Eglise particulière,
doit être régie par une convention écrite(214) entre l'évêque
et le supérieur compétent de l'institut ou du religieux concerné.
Il en serait de même pour un religieux diacre, placé dans la même
situation.
CONCLUSION
110. Ce document a voulu tenir compte des expériences déjà
tentées depuis le Concile et se faire également l'écho de
questions soulevées par les supérieurs majeurs. Il rappelle à
tous quelques exigences du droit en fonction des circonstances et des besoins présents.
Il espère enfin être utile aux instituts religieux afin que tous
progressent dans la communion ecclésiale sous la conduite du Pape et des évêques,
à qui "revient le ministère de discerner et d'harmoniser; et
ceci entraîne l'abondance de dons spéciaux de l'Esprit, ainsi que
le charisme particulier de la répartition des divers rôles en
intime docilité d'âme envers l'unique Esprit vivifiant"(215)).
On y a indiqué en premier lieu que la formation des religieux a pour
but premier de les initier à la vie religieuse et de les aider a prendre
conscience de leur identité de consacrés par la profession des
conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et
d'obéissance, dans un institut religieux. Parmi les agents de la
formation, une primauté est donnée à l'Esprit Saint, car la
formation des religieux est une oeuvre essentiellement théologale, dans
sa source et dans ses objectifs. On y insiste sur la nécessité de
former des formateurs qualifiés, sans attendre que ceux qui sont
actuellement en charge aient achevé leur mandat. Le rôle de premier
plan que jouent le religieux lui-même et sa communauté fait de
cette tâche un lieu d'exercice privilégié de la
responsabilité personnelle et communautaire. Plusieurs questions
actuelles ont été soulevées, qui ne reçoivent pas
toutes des réponses péremptoires, mais qui provoquent au moins la
réflexion. Une place à part a été faite aussi aux
instituts intégralement ordonnés à la contemplation, vu
leur situation au coeur de l'Eglise et la spécificité de leur
vocation.
Il reste à présent à demander pour tous, supérieurs,
éducateurs et formateurs, religieux, la grâce de la fidélité
à leur vocation, à l'exemple et sous la garde de la Vierge Marie.
Dans sa marche au cours des temps, l'Eglise «progresse en suivant l'itinéraire
accompli par la Vierge Marie qui avança dans son pèlerinage de
foi, gardant fidèlement l'union avec son Fils jusqu'à la croix»(216).
Le temps de formation aide le religieux à parcourir cet itinéraire
à la lumière du mystère du Christ qui «éclaire
pleinement»(217) le mystère de Marie, en même temps que le
mystère de Marie «est pour l'Eglise comme un sceau authentifiant le
mystère de "l'Incarnation",(218) ainsi qu'il est apparu au
Concile d'Ephèse. Marie est présente à la naissance et à
l'éducation d'une vocation religieuse. Elle est associée
intimement à toute sa croissance dans l'Esprit Saint. La mission qu'elle
a remplie auprès de Jésus, elle l'achève au bénéfice
de son Corps qui est l'Eglise et en chacun des chrétiens, spécialement
ceux qui s'attachent à suivre Jésus Christ «de plus près»(219).
Et c'est pourquoi un climat marial, soutenu par une théologie
authentique, assurera à la formation des religieux l'authenticité,
la solidité et la joie sans lesquelles leur mission dans le monde ne
saurait être pleinement remplie.
Au cours de l'audience accordée le 10 novembre 1989 au Cardinal Préfet
soussigné, le Saint-Père a approuvé le présent
document de la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et
les Sociétés de Vie apostolique et en a autorisé la
publication sous le titre «Directives sur la formation dans les instituts
religieux».
A Rome, au siège de la Congrégation, le 2 février
1990, en la fête de la Présentation du Seigneur.
fr. JERÔME CARDINAL HAMER Préfet
+ VINCENZO FAGIOLO Archevêque émérite de
Chieti Secrétaire
NOTES
(l) Ce document n'ayant pas eu de traduction officielle en latin, nous
utilisons le sigle du titre de l'édition italienne parue dans OR du 12
novembre 1980.
(2) Idem, dans OR du 12 avril 198O.
(3) Cf. note 1.
(4) LG 43.
(5) Cf. PC 18, 3ième alinéa.
(6) Par ordre chronologique: SC des Religieux, Décret Quo
efficacius, 24-1-44: AAS 36 (1944) 213; Litt. circ. Quantum conferat,
10-6-44: Enchiridion de statibus perfectionis, Romae 1949, n. 382,
pp.561-564; Const. Apost. Sedes Sapientiae, 31-5-56: AAS 48 (1956)
354-365, et Statuts généraux annexés à la
Constitution.
(7) ET 32; cf. 2 Cor 4,16; Rm 7,22; Ep 4,24; EV
996ss.
(8) Jean Paul II à Porto Alegre, 5 juillet 1980: IDGP III.2, 128;
Jean Paul II à Bergame, 26 avril 1981: IDGP IV.1, 1035; Jean Paul II à
Manille, 17 février 1981: IDGP IV.1, 329; Jean Paul II aux Jésuites
à Rome le 27 février 1982: IDGP V.1,704; Jean Paul II aux maîtres
des novices des Capucins à Rome le 28 sept 1984: IDGP VII.2,689; Jean
Paul II à Lima, 1er Février 1985: IDGP VIII.1, 339; Jean Paul II à
l'UISG à Rome le 7 mai 1985: ibid 1212; Jean Paul II à Bombay le
10 février 1986: IDGP IX.1, 420; Jean Paul II a l'UISG le 22 mai 1986:
ibid. 1656; Jean Paul II à la Conférence des Religieux du Brésil
le 2-7-1986: IDGP IX.2, 237.
(9) Cf CDC, cc. 641-661.
(10) RC Introduction: AAS 61 (1969) 103ss.
(11) Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers
et Congrégation pour les Evêques.
(12) Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers,
EV 7, 414ss.
(13) Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers,
EV 9, 181.
(14) DCVR 4.
(15) Jean Paul II à la CRIS le 7 mars 1980: IDGP III,1, 527.
(16) Cf. c. 659, 2 et 3.
(17) RI n.1, 2: AAS 62 (1970) 321ss.
(18) Cf. c.606.
(19) Cf. Jean Paul II à l'UISG, le 7 mai 1985. Voir note 5.
Introduction.
(20) Cc. 607 et 573, 1; cf. aussi LG 44 et PC 1, 5 et 6.
(21) C. 573, 2.
(22) Cf. I Cor 6, 19.
(23) LG 43.
(24) PC 2a. sur la vocation divine, cf. aussi LG 39; 43b, 44a; 47, PC 1c, RC
préambule, 2d, OPR I 57 62 67 85 140 142; II 65 72; Appendice; OCV. 17
20; ET 3 6 8 12 19 31 55; MR 8a; CIC 574.2 575; EE 2 5 6 7 12 14 23 44 53; RD 3c
6b7d 10c 16a.
(25) RD 3.
(26) RD 8.
(27) Sur la réponse personnelle, cf. aussi LG 44a; 46b; 47; PC 1c; RC
2a c; 13 1; OPR I 7 80; ET 1 4 7 8 31; c. 573.1; EE 4 5 30 44 49; RD 7a 8b 9b.
(28) C. 654.
(29) Cf. EE 13-17.
(30) C. 607, 2.
(31) LG 43a. Sur le ministère de l'Eglise dans la consécration
religieuse, cf. aussi LG 44a 45c; PC 1bc; 5b; 11a; OPR 3 appendix, Missa in
die professionis perpetuae l; Ritus promissionis 5; OCV 16; ET 7 47; MR 8a;
cc. 573.2 576 598 600-602; EE 7 8 11 13 40 42; RD 7ab 14c.
(32) RD 9: AAS 76 (1984) 513ss.
(33) RD 8: ibid.
(34) LG 31.
(35) LG 44.
(36) Cf. 1 Jn 2, 15-17.
(37) Cf. LG 46.
(38) Cf. LG 39, 42-43.
(39) C. 599
(40) PC 12.
(41) C. 600.
(42) Cf. Lc 4, 16-21.
(43) Cf. LC 7, 18-23.
(44) Document de Puebla, nn. 733-735. Jean Paul II parle d'«amour de prédilection»
(discours à la famille du Prado, à Lyon, le 7-10-1986).
(45) LG 31.
(46) Cf. GS 32.
(47) Congrégation pour la Doctrine de la foi, 22-3-1986.
(48) C. 601.
(49) C. 590 1 et 2.
(50) PC 14.
(51) PC 14.
(52) Cf. Jn 14, 16.
(53) LG 43.
(54) LG 46.
(55) ET 11; cf. note 4. Introduction.
(56) MR 11; cf. note 8. Introduction.
(57) C. 598, 1.
(58) Cf. c. 598, 2.
(59) PC 6.
(60) Cf. PC 5.
(61) PC 8.
(62) Cf. St. Thomas, Summa Theologica, II-IIae, q. 188, a. 1 et 2.
(63) C. 673.
(64) Cf. PC 8.
(65) Cf. RHP 13 à 21; cf. note 9. Introduction.
(66) I Thess 5, 23-24; cf. 2 Thess 3, 3.
(67) Jn 16, 13.
(68) Cf. Jn 14, 26; 16, 12.
(69) Cf. 1 Jn 2, 20-27.
(70) Cf. Rm 8, 15-26.
(71) RD 17: AAS 72 (1984) 513ss.
(72) EE II 53; cf. note 10. Introduction; cf. LG 53 et c. 663,4; RM 42-45;
Lettre du St. Père Jean Paul II à toutes les personnes consacrées,
22-5-1988.
(73) Cf. LG 44
(74) MR 10; cf. note 8. lntroduction.
(75) MR 10; cf. note 8. Introduction; cf LG 44 et c. 678.
(76) LG 45; cf. MR 8 cf. note 8. Introduction.
(77) Cf. Vie de St. Antoine par S. Athanase: PG 26, 841-845.
(78) Cf. DV 25
(79) Cf. LG 45.
(80) Cf. LG 11.
(81) P.G. 12, 1265.
(82) Cf. DV 10.
(83) Cf. MR 5; cf. note 8. Introduction.
(84) LG 18.
(85) Exercices Spirituels, n. 351 et 352.
(86) LG 4.
(87) RHP 24. cf. note 9. Introduction.
(88) Ibid., cf. aussi Document de Puebla, n. 211 à 219.
(89) RHP 33c, cf. note 9. Introduction; cf. aussi c. 602.
(90) Cf. Ac 2, 42; PC 15 et c. 602 cf. EE 18-22.
(91) Cf. cc. 601, 618 et 619, PC 14.
(92) Cf. Jn 12, 24; Gal. 5, 22.
(93) ET 32-34; cf. note 4. Introduction; cf. aussi EE, nn. 18-22.
(94) Cf. Lc 24, 25
(95) Cf. Lc 24, 32.
(96) Cf. Tob 5, 10.17.22.
(97) DC VR 20; cf. note 9. Introduction.
(98) OT 5b.
(99) Cf. GS 12 à 22 et 61.
(100) Cf.GE l et 2.
(101) Cf. OT 11.
(102) Cf. PC 5.
(103) DCVR 17. cf. note 9. Introduction.
(104) Jean Paul II aux religieux du Brésil, le 11-7-86, n. 5; cf.
note 5. Introduction.
(105) LG 44
(106) RC 5; cf.7. Introduction.
(107) Document final du Synode particulier des Évêques des Pays
Bas: «L'Osservatore Romano» 2 février 1980, proposition 32.
(108) MD 7.
(109) MD 6.
(110) MD 7.
(111) ChL 50.
(112) ChL 50
(113) RM 46.
(114) Cf. RC 4. cf. note 7. Introduction.
(115) Cf. c. 597,2.
(116) Cf. c. 641 à 645.
(117) Volr plus loin nn. 90-91.
(118) Cf. C. 220.
(119) C. 646.
(120) LG 44
(121) LG 46.
(122) C. 652,2.
(123) C. 648,2.
(124) RC 5; cf. note 7. Introduction.
(125) C. 652,5.
(126) C. 650,1.
(127) Cf. c. 597, 1 et 2; cc. 641 à 645.
(128) Cf. c. 134, 1, et 1047, 4.
(129) Cf. c. 647 à 649 et 653, 2.
(130) LG 46b.
(131) Cf. cc. 650 à 652, 1.
(132) Cf. c. 985.
(133) C. 652, 3.
(134) C. 652, 4.
(135) Cf. LG 45
(136) Du 2-2-1970. Réédition amendée en 1975;
EV 3, 1237ss.
(137) Jean Paul II à Madrid le 2 nov. 1982: AAS 75 (1983) 271
(138) RC 7; cf. note 7. Introduction.
(139) OPR 5; cf. note 24.
(140) Ibid 6.
(141) Ibid.
(142) Cf. cc. 655 à 658.
(143) C. 659, 1 et 2.
(144) C. 660, 1 et 2.
(145) Cf. MC 8, 31-37; 9, 31-32; 10, 32-34.
(146) UR n. 11
(147) RI, 70 à 81 et note 148; 90 à 93, EV 3, 1103.
(148) MR 13a; cf. note 8. Introduction.
(149) EE II, 47; cf. note 10. Introduction.
(150) DCVR, II, 11; cf. note 9. Introduction.
(151) PC 14; cf. aussi c. 630.
(152) DCVR, II, 11; cf. note 9. Introduction.
(153) Cf. c. 660, 1.
(154) MR 26; cf. note 8. Introduction.
(155) C. 661.
(156) Jean Paul II aux religieux du Brésil, 1986, n. 6; cf. note 5.
Introduction.
(157) MR 11b. 12b. 23f.; cf. note 8. Introduction.
(158) Cf. PC 2d.
(159) 2 Cor 4, 16; cf. aussi 5, 1-10.
(160) Jn 21, 15-19
(161) Philip 3, 10; cf. 1, 20-26; cf. aussi LG 48.
(162) PC 7.
(163) DCVR 26 et 27; cf. note 9. Introduction.
(164) Héb 11,14
(165) Ibid. 11, 8.
(166) Cf. ibid. 11,27.
(167) 1 Cor 13, 12.
(168) Origène, Peri Archon 1, 8, 1.
(169) Cf. LG49. 50; SC5. 8. 9. 10.
(170) Paul VI aux supérieurs majeurs d'Italie: AAS 58 (1966) 1180.
Voir aussi Lettre aux Chartreux du 18-4-1971: AAS 63 (1971) 448-449.
(171) PO 13; cf. Paul VI, encyclique Mysterium fidei: AAS 57 (1965)
761-762.
(172) St. Thomas, Summa theologica, IIIa, q. 82, a. 10.
(173) Idem, Il-ll«, q. 189, a. 8, ad 2um.
(174) LG 46.
(175) VS III, introduction et note 27; EV 3, 865.
(176) Ste. Thérèse de l'Enfant Jésus, Manuscrits
autobiographiques, 1957, p. 229.
(177) Cf. c. 667
(178) GE 2.
(179) ChL 46; cf. aussi Prop. 51 et 52 du 7éme Synode des Évêques
(1987).
(180) ChL 46.
(181) CIT, le 8.10.1985, n. 4-1: EV 9, 1622.
(182) Jean Paul II à l'UNESCO, 1980, n. 6 et 7: IDGP 1980, I, 1636.
(183) LG 46.
(184) CIT «Foi et Inculturation» n. 8 à 22: Civiltà
Cattolica, gennaio 1989. (185) Ibid.; cf. aussi ChL 44.
(186) CIT, n. 4-2; cf. note 4 de ce chapitre.
(187) ChL 55.
(188) ChL 30.
(189) Cf. C. 578.
(190) Cf. ChD 35, 3 et 4; MR 13c.
(191) C. 586.
(192) C. 659, 2; cf. également c. 650, 1 pour ce qui concerne spécialement
le noviciat.
(193) MR 13a; cf. note 8. Introduction.
(194) LG 25.
(195) MR 33; cf. note 8. Introduction, cf. aussi c. 753 et 212,1.
(196) MR 28; cf. note 8. Introduction. Pour l'Évêque «perfector»,
cf. Som. théol., IIae, q. 184.
(197) Cc. 650, 1 et 659, 2. Voir aussi Jean Paul II aux religieux du Brésil
le 11-7-1986, n. 5; cf. note 5. Introduction.
(198) C. 659, 3.
(199) 1ère édit. 6-1-1970; 2ème édit. 19-3-85.
(200) Cf. cc. 242 à 256.
(201) Voir OT 4 et 19-21; AG 25-26.
(202) Cf. cc. 1010 à 1054.
(203) Jean Paul II aux religieux du Brésil le 3 juillet 1980; cf.
note 5. Introduction.
(204) Ibid.
(205) Cf. LG 44
(206) Cf. PC 8.
(207) ChD 35, 2.
(208) MR 23 d.
(209) MR 37
(210) ChD 34; cf. 35: Ut Episcopis auxiliatores adsint et subsint.
(211) MR, 18 b.
(212) Cf. c. 586, l et 2.
(213) Cf. c. 591 et MR 23.
(214) MR 57-58; cf aussi c. 520, 2.
(215) MR 6; cf. note 8. Introduction.
(216) RM 2: AAS 79 (1987) 361ss.
(217) RM 4:ibid.
(218) Ibid.
(219) LG 42.
SIGLES
DOCUMENTS DU CONCILE VATICAN II
AG Décret Ad gentes, 1965
ChD Décret Christus Dominus, 1965
DV Constitution Dogmatique Dei Verbum, 1965
GE Déclaration Gravissimum educationis, 1965
GS Constitution Pastorale Gaudium et spes, 1965
LG Constitution Dogmatique Lumen gentium, 1964
OT Décret Optatam totius, 1965
PC Décret Perfectae caritatis, 1965
PO Décret Presbyterorum ordinis, 1965
UR Décret Unitatis redintegratio, 1964
SC Constitution Sacrosanctum Concilium, 1963
DOCUMENTS DES PAPES
CL Exhortation Apostolique Christifideles laici, Jean Paul II, 1989
ET Exhortation Apostolique Evangelica testificatiio, Paul VI,
1971
ND Lettre Apostolique Mulieris dignitatem, Jean Paul II, 1988
RD Exhortation Apostolique Redemptionis donum, Jean Paul II, 1984
RM Encyclique Redemptoris Mater, Jean Paul II, 1987
DOCUMENTS DU SAINT SIEGE
CDC Code de Droit Canonique, 1983
c. ou cc. Canons du Code de Droit Canonique
DCVR Dimension Contemplative de la Vie Religieuse, Congrégation pour
les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie
apostolique (CIVCSVA), 1980 (1)
EE Eléments essentiels de la vie religieuse appliqués aux
Instituts Consacrés à l'Apostolat, CIVCSVA, 1983
FS Lettre circulaire concernant quelques aspects plus urgents de la préparation
spirituelle dans les séminaires, Congrégation pour l'Education
catholique, 1980(2)
MR Document Mutuae relationes, Congrégation pour les Evêques
et CIVCSVA, 1978
OCV Ordo consecrationis virginum, Congrégation pour le Culte
Divin, 1970
OPR Ordo professionis religiosae, idem, 1970
RC Instruction Renovationis causam, CIVCSVA, 1969
RI Ratio institutionis (...), Congrégation pour l'Education
Catholique, 1970, 1985
RPU Religieux et Promotion Humaine, CIVCSVA, 1980(3)
VS Instruction Venite seorsum, CIVCSVA, 1969
AUTRES SIGLES
AAS Acta Apostolicae Sedis
CIT Commission Internationale de Théologie
EV Enchiridion Vaticanum, Edizioni Dehoniane, Bologna
IDGP Insegnamenti di Giovanni Paolo II, Libreria Editrice Vaticana
OR L'Osservatow Romano
ORL L'Osservatore Romano en langue française
PG Patrologie grecque
UISG Union Internationale des Supérieures Générales.
SOMMAIRE
INTRODUCTION
Le but de la formation des religieux
Une préoccupation constante du Saint-Siège
L'action post-conciliaire de la Congrégation pour les Instituts de
vie consacrée et les Societés de vie apostolique
La raison d'être de ce document et ses destinataires
Chapitre Ier
CONSERATION RELIGIEUSE ET FORMATION
Identité religieuse et formation
La vie religieuse et consacrée selon la doctrine de l'Eglise
Une vocation divine pour une mission de salut
Une réponse personnelle
La profession religieuse: un acte de l'Eglise qui consacre et incorpore la
vie selon les conseils évangéliques
La Chasteté
La pauvreté
L'obéissance
Une diversité de dons à cultiver et à maintenir
Une vie unifiée dans l'Esprit Saint
Chapitre II
ASPECTS COMMUNS A TOUTES LES ETAPES DE LA FORMATION A LA VIE RELIGIEUSE
A) Acteurs et milieux de formation
L'Esprit de Dieu
La Vierge Marie
L'Eglise et le «Sens de l'Eglise"
La communauté
Le religieux lui-même: responsable de sa formation
Les éducateurs ou formateurs: supérieurs et responsables
divers de formation
B) La dimension humaine et chrétienne de la formation
C) L'ascèse.
D) Sexualité et formation.
Chapitre III
LES ETAPES DE LA FORMATION DES RELIGIEUX
A) L'étape préalable à l'entrée au noviciat
Sa raison d'être
Son contenu
Les formes de réalisation
B) Le noviciat et la première profession
But
Contenu
Le travail professionnel en cours de noviciat
Quelques conditions de mise en oeuvre
Pédagogie. Les maître et maîtresse des novices et leurs
collaborateurs
La profession religieuse
C) La formation des profès temporaires
Ce que prescrit l'Eglise
Signification et exigences de cette étape
Le contenu et les moyens de formation
D) La formation continue des profès perpétuels
Pourquoi la formation continue?
Son contenu
Les temps forts de la formation continue
Chapitre IV
LA FORMATION DANS LES INSTITUTS INTEGRALEMENT ORDONNES A LA CONTEMPLATION,
SPECIALEMENT LES MONIALES (PC 7)
La place de ces instituts dans l'Eglise
L'importance qu'y revêt la formation
Quelques points d'insistance
La «lectio divina»
La liturgie
Le travail
L'ascèse
La mise en oeuvre
Chapitre V
QUESTIONS ACTUELLES CONCÉRNANT LA FORMATION DES RELIGIEUX
A) Les jeunes candidats à la vie religieuse et la pastorale des
vocations
B) La formation des religieux et la culture
C) Vie religieuse et mouvements ecclésiaux
D) Le ministère épiscopal et la vie religieuse
E) La collaboration inter-instituts au niveau de la formation
Chapitre VI
LES RELIGIEUX CANDIDATS AUX MINISTERES DIACONAL ET
PRESBYTERAL
La formation
La spécificité religieuse des religieux diacres et prêtres
La place du religieux prêtre au sein du presbyterium diocésain
CONCLUSION
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