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Commission Théologique Internationale

 

CHAPITRE  V

LA  RESTAURATION  DU DIACONAT  PERMANENT
À VATICAN II

 

En trois endroits, Vatican II utilise des termes différents pour décrire ce qu’il entend faire lorsqu’il parle du diaconat comme un rang stable de la hiérarchie de l’Église. Lumen gentium 29b utilise la notion de restitutio,[1] Ad gentes 16f, celle de restauratio,[2] tandis qu’Orientalium ecclesiorum 17 emploie le mot instauratio.[3] Tous les trois connotent l’idée de restaurer, de renouveler, de rétablir, de réactiver. Dans le présent chapitre, nous aborderons deux points. Il est d’abord important de connaître les raisons pour lesquelles le concile a restauré le diaconat permanent, puis, dans un deuxième temps d’examiner la figure qu’il a voulu lui donner.

 

I. Les intentions du Concile

L’idée de rétablir le diaconat comme un degré permanent de la hiérarchie n’est pas née à Vatican II. Elle circulait déjà avant la IIe guerre mondiale, mais elle s’est développée comme projet après 1945, surtout dans les pays de langue allemande.[4] Le défi de répondre aux besoins pastoraux des communautés alors que les prêtres faisaient face à l’imprisonnement, à la dispersion ou à la mort a conduit à une considération sérieuse de cette idée. Divers spécialistes rédigèrent bientôt des études sur les aspects théologiques et historiques du diaconat.[5] Quelques hommes qui pensaient à une vocation au diaconat fondèrent même un groupe appelé “Communauté du diaconat”.[6] Une théologie renouvelée de l’Église issue des mouvements biblique, liturgique et oecuménique ouvrit largement la voie à la possibilité de restaurer le diaconat comme un ordre stable de la hiérarchie.[7]

Ainsi, à la veille du concile, l’idée en était très vivante en certains secteurs significatifs de  l’Église et elle a influencé un certain nombre d’évêques et d’experts durant le concile.

Les motivations qui ont amené Vatican II à ouvrir la possibilité de restaurer le diaconat permanent sont indiqués principalement dans la Constitution dogmatique sur l’Église Lumen gentium et le décret sur l’activité missionaire de l’Église Ad gentes. À cause de la nature doctrinale de Lumen gentium, nous considérerons en premier lieu la genèse de ses formulations concernant le diaconat permanent.

Durant la première période conciliaire (1962),[8] la question du diaconat ne retint pas beaucoup l’attention comme thème particulier: ceci a amené certains Pères à signaler l’absence de toute mention du diaconat dans le chapitre traitant de l’épiscopat et du presbytérat.[9] Mais durant la première intersession (1962-1963), un certain nombre de Pères du concile commencèrent à évoquer la possibilité d’une restauration du diaconat permanent, les uns signalant ses avantages dans le champ missionaire ou oecuménique, les autres invitant à la prudence. La plupart d’entre eux, cependant, s’attaquaient plutôt aux questions pratiques qu’aux questions théoriques: ils abordèrent particulièrement la question de l’admission d’hommes mariés et ses conséquences pour le célibat ecclésiastique.[10]

Comparativement au niveau de discussion de la première période, celui de la seconde période (1963) couvrit plus de terrain et s’est révélé essentiel pour clarifier les intentions du concile.[11] Trois interventions sur le diaconat permanent pourraient être considérées comme “fondatrices” en ce sens qu’elles établissent en quelque sorte les directions et les paramètres tant doctrinaux que pratiques pris au cours du débat. Ces interventions furent celles faites par les cardinaux Julius Döpfner,[12] Joannes Landazuri Ricketts[13] et Leo Joseph Suenens.[14] Les autres interventions reprirent les thèmes soulevés par ces dernières.

Pour commencer avec les Pères du concile qui ont favorisé le rétablissement d’un diaconat permanent, disons qu’ils ont insisté sur le fait que le concile examinait seulement la possibilité de rétablir le diaconat permanent au moment et dans les endroits où l’autorité ecclésiastique compétente le jugerait opportun. Il n’y avait aucune indication à l’effet que l’instauration d’un diaconat stable puisse être une réalité obligatoire pour toutes les Églises locales. Les mêmes intervenants voyaient comment, d’un point de vue pratique et pastoral, l’Église bénéficierait d’une telle décision. La présence de diacres permanents pourrait aider à résoudre des problèmes pastoraux causés par le manque de prêtres dans les pays de mission et dans les régions en butte à la persécution.[15] La promotion des vocations au diaconat pourrait ainsi mettre le presbytérat plus en évidence.[16] Cela pourrait aider aussi à améliorer les relations oecuméniques de l’Église latine avec les autres Églises qui ont conservé le diaconat permanent.[17] De plus, les hommes qui désireraient s’engager dans l’apostolat d’une façon plus profonde ou ceux qui se seraient déjà engagés dans une certaine forme de ministère pourraient appartenir à la hiérarchie.[18] Enfin, l’admission d’hommes mariés au diaconat pourrait faire en sorte que le célibat du prêtre brille davantage comme un charisme embrassé dans un esprit de liberté.[19]

Les interventions faites indiquèrent aussi le fondement théologique d’un rétablissement du diaconat permanent. Quelques Pères du concile attirèrent l’attention sur le fait que la question du diaconat permanent n’était pas une simple matière disciplinaire mais qu’elle était proprement théologique.[20] En tant qu’occupant un rang à l’intérieur de la hiérarchie sacrée de l’Église, le diaconat a été une partie de la constitution de l’Église dès ses débuts.[21] Le Cardinal Döpfner affirma avec vigueur: “Schema nostrum, agens de hierarchica constitutione Ecclesiae, ordinem diaconatus nullo modo silere potest, quia tripartitio hierarchiae ratione ordinis habita in episcopatum, presbyteratum et diaconatum est juris divini et constitutioni Ecclesiae essentialiter propria.”[22] S’il allait faire revivre le diaconat permanent, le concile n’altérerait pas les éléments constitutifs de l’Église mais il ne ferait que réintroduire ce qui avait été abandonné. L’enseignement du concile de Trente (session 23, canon 17) fut souvent invoqué. De plus, les Pères soutinrent que le diaconat était un sacrement conférant la grâce et un caractère.[23] On ne devrait pas considérer le diacre comme égal à un laïc qui serait au service de l’Église, parce que le diaconat confère une grâce pour exercer un office particulier.[24] Ainsi, un diacre n’est pas un laïc élevé au plus haut degré de l’apostolat laïque mais un membre de la hiérarchie en raison de la grâce sacramentelle et du caractère reçu au moment de l’ordination. Mais comme les diacres permanents étaient supposés vivre et travailler au milieu de la population laïque et du monde séculier, ils pourraient exercer le rôle de “pont ou médiation entre la hiérarchie et les fidèles.[25] Il y avait donc chez les Pères une intention de restaurer le diaconat comme un rang permanent de la hiérarchie destiné à pénétrer la société séculière à la façon des laïcs. Le diaconat permanent n’était pas perçu comme un appel au presbytérat mais un ministère distinct pour le service de l’Église.[26] Il pourrait ainsi être pour l’Église un signe de sa vocation à être la servante du Christ, la servante de Dieu.[27] La présence du diacre, par conséquent, pourrait renouveler l’Église en esprit évangélique d’humilité et de service.

Ces opinions favorables à la restauration du diaconat rencontrèrent des objections. Certains Pères soulignèrent l’inutilité du diaconat permanent pour résoudre le manque de prêtres parce que les diacres ne peuvent remplacer complètement les prêtres.[28] Plusieurs exprimèrent la crainte que le fait d’accepter des hommes mariés comme diacres puisse mettre en danger le célibat des prêtres.[29] Cela créerait un groupe de clercs inférieurs aux membres des instituts séculiers faisant voeu de chasteté.[30] Ils suggérèrent des solutions qui apparaissaient moins préjudiciables comme le fait de faire participer à la pastorale un nombre plus grand d’hommes et de femmes, laïcs engagés et membres d’instituts séculiers.[31]

Le texte définitif de Lumen gentium promulgué le 21 novembre 1964 exprime quelques objectifs retenus par le concile en rétablissant le diaconat comme un rang propre et permanent de la hiérarchie dans l’Église latine.[32]

En premier lieu, selon le n. 28a de LG, Vatican II rétablit le diaconat comme un degré propre et permanent de la hiérarchie en reconnaissance du ministère ecclésiastique d’institution divine tel qu’il a évolué au long de l’histoire. Donc, un motif de foi, à savoir la reconnaissance du don du Saint Esprit dans la réalité complexe des saints ordres, fournit l’ultime justification de la décision du concile de rétablir le diaconat.

LG 29, cependant, présente ce que l’on pourrait qualifier de la “raison circonstancielle” pour la restauration du diaconat permanent.[33] Vatican II prévoit que les diacres vont s’engager dans les tâches (munera) qui sont au plus haut point nécessaires pour la vie de l’Église (ad vitam ecclesiae summopere necessaria) mais qui en certains endroits seraient difficilement accomplies en raison de la discipline courante de l’Église latine. Les difficultés de la situation présente causées par le manque de prêtres appellent une réponse. Le soin des fidèles (pro cura animarum) est le facteur déterminant pour rétablir le diaconat permanent dans une Église locale. Le rétablissement du diaconat permanent est donc supposé répondre à des besoins pastoraux qui sont graves et non seulement périphériques. Ceci explique en partie pourquoi il est de la responsabilité des conférences épiscopales territoriales et non de celle du pape de déterminer s’il est opportun d’ordonner de tels diacres parce qu’elles ont une compréhension plus immédiate des besoins des Églises locales.

Indirectement, Vatican II se trouve aussi à amorcer une clarification de l’identité du prêtre qui n’a pas à remplir toutes les tâches nécessaires à la vie de l’Église. En conséquence, celle-ci pourrait faire l’expérience de la richesse des saints ordres dans leurs divers degrés. En même temps, Vatican II permet à l’Église de dépasser une compréhension du ministère ordonné qui est étroitement sacerdotale.[34] Puisque les diacres sont ordonnés “non ad sacerdotium, sed ad ministerium”, il est possible de concevoir la vie cléricale, la hiérarchie sacrée et le ministère dans l’Église au-delà de la catégorie du sacerdoce.

Il vaut la peine de noter aussi que le diaconat permanent peut être conféré à des hommes d’âge mature (viris maturioris aetatis), même à ceux qui vivent dans l’état matrimonial, mais que la loi du célibat demeure en vigueur pour les candidats plus jeunes. LG ne donne pas les raisons de cette décision. Mais les débats conciliaires indiquent que les Pères désirent faire du diaconat permanent un ordre qui unirait plus étroitement la hiérarchie sacrée et la vie séculière des laïcs.

De nouvelles motivations émergent dans AG 16. Ici, le concile ne rétablit pas le diaconat permanent seulement à cause du manque de prêtres. Il y a des hommes qui de fait exercent déjà le ministère diaconal. Grâce à l’imposition des mains, ils ont “à être raffermis et associés plus étroitement à l’autel” (corroborari et altari arctius conjungi). La grâce sacramentelle du diaconat va les rendre capables d’exercer leur ministère plus efficacement. Ici Vatican II n’est pas motivé seulement par les difficultés pastorales présentes mais par le besoin de reconnaître l’existence du ministère diaconal dans certaines communautés. Il désire confirmer par la grâce sacramentelle ceux qui exercent déjà le ministère diaconal ou en manifestent le charisme.

De Lumen gentium à Ad gentes, il y a eu un déplacement dans les intentions du concile. Ces intentions peuvent revêtir une grande importance pour la compréhension non seulement du diaconat mais de la véritable nature du sacrement. Nous pouvons discerner trois raisons principales en faveur de la restauration du diaconat permanent. En premier lieu, la restauration du diaconat comme un degré propre de l’ordre permet de reconnaître les éléments constitutifs de la hiérarchie sacrée voulue par Dieu. Deuxièmement, c’est une réponse à la nécessité d’assurer le soin pastoral indispensable aux communautés qui en ont été privées à cause du manque de prêtres. Enfin, c’est une confirmation, un renforcement et une plus complète incorporation au ministère de l’Église de ceux qui exercent déjà de facto le ministère de diacres.

 

II. La forme du diaconat permanent restauré par Vatican II

Six documents promulgués par Vatican II contiennent quelques enseignements concernant le diaconat: Lumen gentium, Ad gentes, Dei Verbum, Sacrosanctum concilium, Orientalium ecclesiarum et Christus Dominus. Dans les paragraphes qui suivent, les éléments-clés de l’enseignement de Vatican II vont être abordés afin de préciser la forme ou la “figure” du diaconat permanent qui a été restauré.

1. Vatican II reconnait le diaconat comme un des ordres sacrés. LG 29a établit que les diacres appartiennent au degré le plus bas de la hiérarchie (in gradu inferiori hierarchiae sistunt diaconi). Ils sont “soutenus par la grâce sacramentelle” (gratia sacramentali roborati) et reçoivent l’imposition des mains “non ad sacerdotium, sed ad ministerium”. Mais nulle part n’est expliqué dans les documents conciliaires cette expression important tirée des Statuta Ecclesiae antiqua, variation d’une expression plus ancienne provenant de la Traditio Apostolica d’Hyppolyte.[35]

Vatican II enseigne que le Christ a institué les ministères sacrés pour nourrir et faire croître le Peuple de Dieu. Un pouvoir sacré est conféré aux ministres pour le service du Corps du Christ de façon à ce que tous puissent obtenir le salut (LG 18a). À l’instar des autres ministres sacrés, les diacres doivent donc se consacrer à la croissance de l’Église et à la poursuite de son dessein de salut.

À l’intérieur du corps des ministres, les évêques, qui possèdent la plénitude du sacerdoce, assument le service de la communauté (communitatis ministerium) en présidant le troupeau à la place de Dieu comme enseignants, prêtres et pasteurs. Les diacres, avec les prêtres, aident les évêques dans leur ministère (LG 20c). Appartenant à l’ordre inférieur du ministère, les diacres grandissent en sainteté par l’accomplissement fidèle de leur ministère comme participation à la mission du Christ, le Grand Prêtre. “Missionis autem et gratiae supremi Sacerdotis peculiari modo participes sunt inferioris quoque ordinis ministri, imprimis Diaconi, qui mysteriis Christi et ecclesiae servientes.” (LG 41d) Bien qu’ils occupent des degrés variés à l’intérieur de la hiérarchie, les trois ordres méritent tous d’être appellés ministres du salut (AG 16a), exerçant dans la communion hiérarchique l’unique ministère ecclésiastique. Strictement parlant, les diacres participent à la mission du Christ, mais non à celle de l’évêque ou du prêtre. Cependant, les façons concrètes d’exercer cette participation sont déterminées par les exigences de la communion à l’intérieur de la hiérarchie. Loin de dégrader les ordres des prêtres et des diacres à l’intérieur de la hiérarchie, la communion hiérarchique les situe à l’intérieur de l’unique mission du Christ participée par des ordres variés en des degrés divers.

2. Les fonctions assignées par le concile au diacre fournissent aussi des indications concernant la façon dont il envisage l’ordre diaconal. Il est bon de rappeler que la fonction fondamentale de tous les ministres sacrés, selon Vatican II, est de nourrir le Peuple de Dieu et de le conduire au salut. C’est ainsi que LG 29b déclare que le diaconat permanent peut être rétabli si les autorités compétentes décident qu’il est opportun de choisir des diacres, même parmi les hommes mariés, pro cura animarum. Toutes les tâches que les diacres sont autorisés à remplir sont au service du devoir fondamental de construire l’Église et de prendre soin des fidèles.

Pour ce qui est des tâches spécifiques, LG 29a présente le service que le diacre rend au Peuple de Dieu dans les termes du triple ministère de la liturgie, de la parole et de la charité. Les tâches particulières des diacres tombent vraisemblablement dans le cadre de l’un ou l’autre de ces ministères. Le ministère de la liturgie ou de la sanctification est longuement développé dans Lumen gentium. Il inclût la faculté d’administrer solennellement le baptême (cf. SC 68), de conserver et de  distribuer l’eucharistie, d’assister au mariage et de le bénir au nom de l’Église, de porter le Viatique au mourant, de présider le culte et la prière des fidèles, d’administrer les sacramentaux, enfin, d’accomplir les rites des funérailles et de la sépulture. La fonction d’enseignement comprend la lecture des Saintes Écritures aux fidèles, l’instruction et l’exhortation du peuple. DV 25a et SC 35 comptent les diacres parmi ceux qui sont officiellement engagés dans le ministère de la parole. Le ministère du “gouvernement” n’est pas mentionné comme tel, mais il reçoit plutôt l’appellation de ministère de la charité. Au moins, on mentionne l’administration.

Il est clair que la fonction du diacre, telle que décrite par Lumen gentium, est surtout liturgique et sacramentelle. On ne peut éviter de s’interroger sur la qualification spécifique de l’ordination diaconale “non ad sacerdotium sed ad ministerium”. La forme du ministère diaconal basée sur Lumen gentium invite à une exploration plus profonde du sens de sacerdotium et de ministerium.

Ad gentes donne une configuration différente du diaconat permanent comme on peut le découvrir à partir des fonctions qu’il lui attribue, probablement parce qu’il part de l’expérience des terres de mission. En premier lieu, on y dit peu de choses du ministère liturgique du diacre. La prédication de la parole de Dieu apparaît à travers la mention du catéchisme. Ce que l’on appelle le ministère du “gouvernement” reçoit une élaboration plus ample dans AG 16f. Les diacres gouvernent au nom du curé et de l’évêque les communautés chrétiennes éloignées. Ils exercent aussi la charité dans les oeuvres sociales ou caritatives.

Vatican II manifeste de l’hésitation dans sa description du diaconat permanent qu’il restaure. À partir de la perspective plus doctrinale de Lumen gentium, il tend à mettre l’emphase sur l’image liturgique du diacre et son ministère de sanctification. De la perspective missionaire de Ad gentes, le foyer se déplace vers l’aspect administratif, caritatif de la figure du diacre et son ministère de gouvernement. Il est intéressant de noter, cependant, que le concile ne prétend nulle part que la forme de diaconat permanent qu’il propose soit une restauration d’une forme antérieure. Ceci explique pourquoi certains théologues évitent le terme de “restauration” parce qu’il peut facilement suggérer le fait de ramener une réalité à son état originel. Mais Vatican II ne prétend jamais faire cela. Ce qu’il rétablit, c’est le principe de l’exercice permanent du diaconat, et non une forme particulière qu’il aurait eu dans le passé.[36] Ayant établi la possibilité de rétablir le diaconat permanent, le concile semble ouvert aux formes qu’il pourrait prendre dans le futur en fonction des besoins pastoraux et de la pratique ecclésiale, mais toujours dans la fidélité à la Tradition. On ne pouvait attendre de Vatican II qu’il fournisse une figure bien définie du diaconat permanent parce qu’il se trouvait devant un vide dans la vie pastorale de l’époque, contrairement au cas de l’épiscopat et du presbytérat. Le plus qu’il pouvait faire était d’ouvrir la possibilité de réinstaller le diaconat comme degré propre et permanent dans la hiérarchie et comme mode de vie stable, de donner quelques principes théologiques généraux qui apparaissent timides et d’établir quelques normes pratiques générales. Au-delà, il ne pouvait faire plus que d’attendre qu’évolue la forme contemporaine du diaconat permanent. Finalement, l’apparente indécision et hésitation du concile peut servir d’invitation à l’Église pour qu’elle continue à discerner le type de ministère approprié au diaconat à travers la pratique ecclésiale, la législation canonique et la réflexion théologique.[37]


 

[1] “diaconatus in futurum tamquam proprius ac permanens gradus hierarchiae restitui poterit”, LG 29b.

[2] “ordo diaconatus ut status vitae permanens restauretur ad normam constitutionis de ecclesia”, AG 16f.

[3] “exoptat haec sancta synodus, ut institutum diaconatus permanentis, ubi in desuetudinem venerit, instauretur”, OE 17.

[4]Cf. J. Hornef et P. Winninger, Chronique de la restauration du diaconat (1945-1965), in: P. Winninger et Y. Congar (ed.), Le diacre dans l’Église, 205-222.

[5] Un vaste dossier d’études théologiques et historiques fut publié en Allemagne sous la direction de K. Rahner et H. Vorgrimler, Diaconia in Christo. Über die Erneuerung des Diakonates (QD 15/16), Freiburg a.Br. 1962.

[6] Cf. J. Hornef et P. Winninger, Chronique, 207-208.

[7] Par exemple, Yves Congar explore l’impact de la théologie du Peuple de Dieu et de l’ontologie de la grâce sur une compréhension renouvelée des ministères qui ouvrirait la possibilité de restaurer le diaconat. Cf. Le Diaconat dans la théologie des ministères, in: P. Winninger et Y. Congar (ed.), Le diacre dans l’Église, surtout les pp. 126s.

[8] Le concile a discuté la première ébauche du De ecclesia à partir de la 31e Congrégation générale du 1er décembre 1962 jusqu’à la 36e Congrégation générale du 7 décembre 1962.

[9] Joseph Cardinal Bueno y Monreal (31CG, 1er décembre 1962), Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II (AS), vol. 1, Pars IV,131. Pour sa part, Mgr. Raphael Rabban demanda pourquoi le schéma faisait mention “de duobus gradibus ordinis, de episcopatu scilicet et de sacerdotio” et non du diaconat “qui ad ordinem pertinet”, ibid. 236.

[10] Cf. G. Caprile, Il Concilio Vaticano II. Il primo periodo 1962-1963, Roma 1968, 337, 410, 413, 494, 498, 501, 536.

[11] Le concile discuta le chapitre sur la structure hiérarchique de l’Église du 4 au 30 octobre 1963.

[12]Julius Cardinal Döpfner (42 CG, 7 octobre 1963), AS II/II, 227-230.

[13] Joannes Cardinal Landazuri Ricketts (43 CG, 8 octobre 1963), ibid. 314-317.

[14] Leo Joseph Cardinal Suenens (43 CG, 8 octobre 1963), ibid. 317-320.

[15]Cf. Mgr. Franciscus Seper (44 CG, 9 octobre 1963), ibid. 359; Mgr. Bernardus Yago (45 CG, 10 octobre 1963), ibid. 406; Mgr. Joseph Clemens Maurer (45 CG, intervention écrite), ibid. 412; et Mgr. Paul Yü Pin (45 CG), ibid. 431.

[16] Cf. Paul Cardinal Richaud (44 CG, 9 octobre 1963), ibid. 346-347; Mgr. Bernardus Yago, ibid. 406.

[17] Mgr. F. Seper, ibid. 359.

[18] Card. Landazuri Ricketts, ibid. 315; Card. J. Döpfner, ibid. 229.

[19] Cf. Mgr. J. Maurer, ibid. 411; Mgr. Emmanuel Talamás Camandari (46 CG, 11 octobre 1963), ibid. 450; et Mgr. George Kémére (47 CG, 14 octobre 1963), ibid. 534.

[20] Cf. Card. J. Döpfner, ibid. 227; Card. J. Landazuri Ricketts, ibid. 314.

[21] Cf. Card L. Suenens, ibid. 317; Mgr. Joseph Slipyj (46 CG, 10 octobre 1963), ibid. 445.

[22] Card. J. Döpfner, ibid. 227.

[23] Cf. Mgr. Armandus Fares (47 CG, 14 octobre 1963), ibid. 530-531; Mgr. Narcissus Jubany Arnau (48 CG, 15 octobre 1963), ibid. 580; Mgr. J. Maurer, ibid. 411.

[24] Card. J. Landazuri Ricketts, ibid. 3145; Card L. Suenens, ibid. 318; Mgr. Seper, ibid. 319.

[25]Mgr. Yü Pin, AS II/II, 431.

[26] Mgr. B. Yago, ibid. 407.

[27] Mgr. J. Maurer, ibid. 410.

[28] P. Anicetus Fernandez, O.P. (45 CG, 10 octobre 1963), ibid. 424, Mgr. Joseph Drzazga (49 CG, 16 octobre 1963), ibid. 624.

[29] Mgr. Franciscus Franic (44 CG, 10 octobre 1963), ibid. 378; Mgr. Dinus Romoli (48 CG, 15 octobre 1963), ibid. 598; Mgr. Petrus Cule (47 CG, 14 octobre 1963), ibid. 518.

[30] Mgr. Joseph Carraro, ibid. 525-526.

[31] Card. F. Spellman, ibid. 83; P.A. Fernandez, ibid. 424; Mgr. Victorius Costantini, ibid. 447.

[32] Le 15 septembre 1964, Mgr. Aloysius Eduardo Henriquez Jimenez lût la relatio expliquant le texte de la Commission Doctrinale sur le presbytérat et le diaconat avant que les Pères ne procèdent au vote sur le chapitre de LG traitant de la hiérarchie. En expliquant la position du texte, il affirma que le pouvoir dans l’Église était participé de différentes manières et à des degrés divers par les évêques, les prêtres et les diacres. Comme à Trente, le texte enseignait que le diaconat appartenait à la hiérarchie sacrée dont il occupe le degré inférieur. Ordonnés pour le ministère et non pour le sacerdoce, les diacres ont reçu la grâce sacramentelle et ont été chargé du triple service de la liturgie, de la parole et de la charité. Le diaconat pourrait être conféré à des hommes mariés. Cf. AS III/II, 211-218. Mgr Franciscus Franic présenta les vues opposés, ibid. 193-201.

[33] K. Rahner, L’enseignement de Vatican II sur le diaconat et sa restauration, in: P. Winninger et Y. Congar (ed.), Le diacre dans l’Église, 227.

[34] Cf. A. Borras et B. Pottier, La grâce du diaconat, Bruxelles 1998, 22-40.

[35] Cf. A. Kerkvoorde, Esquisse d’une théologie du diaconat, in: P. Winninger et Y. Congar (ed.), Le diacre dans l’Église 157-171.

[36] A. Borras et B. Pottier, op. cit., 20.

[37] Cf. A. Kerkvoorde, op. cit., 155-156.

  

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