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Commission Théologique Internationale

CONCLUSION

 

Au point de vue de sa signification théologique et de son rôle ecclésial, le ministère du diaconat constitue un défi pour la conscience et la pratique de l’Église, notamment par les questions qu’il soulève encore aujourd’hui. A propos des diacres, plusieurs témoins de la Tradition ont rappelé que le Seigneur a choisi des gestes d’humble service pour exprimer et rendre présent la réalité de la morphe doulou (Ph 2,7) qu’il a assumée en vue de la mission du salut. Concrètement, le diaconat est né comme aide aux apôtres et à leurs successeurs, ceux-ci étant eux-mêmes perçus comme serviteurs à la suite du Christ. Si le diaconat a été reconstitué comme ministère permanent par le concile Vatican II, c’est particulièrement pour répondre à des besoins concrets (cf. LG 29b) ou pour accorder la grâce sacramentelle à ceux qui accomplissaient déjà des fonctions diaconales (AG 16f). Mais la tâche d’identifier plus clairement ces besoins et ces fonctions dans les communautés chrétiennes reste à accomplir, bien qu’on dispose déjà de la riche expérience des Églises particulières qui, après le concile, ont accueilli dans leur pastorale le ministère permanent du diaconat.

Dans la conscience actuelle de l’Église, il n’y a qu’un seul sacrement de l’ordre. Reprenant l’enseignement de Pie XII,[1] le concile Vatican II affirme cette unité, et y voit inclus l’épiscopat, le presbytérat et le diaconat. Selon la décision de Paul VI, ce ne sont que ces trois ministères ordonnés qui constituent l’état clérical.[2] Avec prudence cependant, en ce qui concerne le diaconat, le concile ne parle que de “grâce sacramentelle”. Après Vatican II, Paul VI[3] et le CCE (n. 1570) enseignent que le diacre reçoit, par l’ordination, le caractère du sacrement de l’ordre. Le can. 1008 du CIC affirme que les trois ministères ordonnés sont exercés in persona Christi capitis.[4] À la suite de LG 29 qui attribue au diacre l’administration solennelle du baptême (cf. SC 68), le can. 861,1 présente chacun des trois ministres ordonnés comme ministres ordinaires de ce sacrement; le can. 129 reconnait à tous ceux qui ont reçu l’ordre sacré la potestas regiminis.[5]

D’autre part, la différence entre les ministères sacerdotaux et le ministère diaconal est aussi soulignée. L’affirmation conciliaire selon laquelle le diacre n’est pas ordonné pour le sacerdoce mais pour le ministère a été reçue par les divers documents du Magistère post-conciliaire. De la manière la plus claire, le CCE (n. 1554) distingue à l’intérieur d’une même ordinatio le gradus participationis sacerdotalis de l’épiscopat et du presbytérat et le gradus servitii du diaconat. En effet, le diaconat, de par sa manière de participer à l’unique mission du Christ, réalise sacramentellement cette mission à la façon d’un service auxiliaire. Il est “icona vivens Christi servi in Ecclesia”, mais il maintient précisément en tant que tel un lien constitutif au ministère sacerdotal auquel il prête son aide (cf. LG 41). Ce n’est pas un service quelconque qui est attribué au diacre dans l’Église: son service appartient au sacrement de l’ordre en tant que collaboration étroite avec l’évêque et les presbytres, dans l’unité de la même actualisation ministérielle de la mission du Christ. Le CCE (n. 1554) cite saint Ignace d’Antioche: “que tous révèrent les diacres comme Jésus-Christ, comme aussi l’évêque, qui est l’image du Pére et les presbytres comme le sénat de Dieu et comme l’assemblée des apôtres: sans eux on ne peut parler d’Église.”[6]

Pour ce qui est de l’ordination des femmes au diaconat, il convient de noter que deux indications importantes émergent de ce qui a été exposé jusqu’ici: 1) les diaconesses dont il est fait mention dans la Tradition de l’Église ancienne – selon ce que suggèrent le rite d’institution et les fonctions exercées – ne sont pas purement et simplement assimilables aux diacres; 2) l’unité du sacrement de l’ordre, dans la claire distinction entre les ministères de l’évêque et des presbytres d’une part et le ministère diaconal d’autre part, est fortement souligné par la Tradition ecclésiale, surtout dans la doctrine du concile Vatican II et l’enseignement postconciliaire du Magistère. À la lumière de ces éléments mis en évidence par la présente recherche historico-théologique, il reviendra au ministère de discernement que le Seigneur a établi dans son Église de se prononcer avec autorité sur la question.

Au-delà de toutes les questions que le diaconat soulève, il est bon de rappeler que depuis le concile Vatican II la présence active de ce ministère dans la vie de l’Église suscite, en mémoire de l’exemple du Christ, une conscience plus vive de la valeur du service pour la vie chrétienne.

 


 
[1] Constitutio apostolica Sacramentum ordinis, art. 4-5 (DS 3857-3861). Sur l’imposition des mains et la prière de consécration cf. également Grégoire IX, Ep. Presbyter et diaconus ad episc. Olaf de Lund (DS 826; cf. 1326).
[2] Ministeria quaedam, in: AAS  64 (1972) 531.
[3] Sacrum diaconatus, in: AAS 59 (1967) 698.
[4] Il a été communiqué à la Commission Théologique Internationale qu’existe maintenant un projet de révision de ce même canon visant à distinguer les ministères sacerdotaux du ministère diaconal.
[5] Cf. P. Erdö, Der ständige Diakon. Theologisch-systematische und rechtliche Erwägungen, in: AkathKR 166 (1997) 79-80.
[6] Ad Trall. 3,1 ; SCh 10bis,96.
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