Bien chers frères et sœurs en christ,
La délégation Malienne constituée de :
-
Son excellence Monseigneur Georges FONGHORO, évêque de
Mopti, Président de la commission nationale de liturgie (CNL) au Mali,
est heureuse de prendre part à ce congrès eucharistique
international, et se réjouit d’avoir l’occasion de prendre la parole en ces
grandes assises autour du thème de l’eucharistie.
Avant notre témoignage proprement dit sur l’eucharistie au
Mali, permettez-nous de vous donner un bref aperçu sur le Mali et l’Église au
Mali, contexte de notre témoignage.
Le Mali
D’une superficie de 1 241 238 km2 pour environ 11
millions d’habitants, le Mali comprend :
Au Mali, Musulmans, gens de la religion traditionnelle et
Chrétiens vivent dans la tolérance et dans l’entente.
L’Église au Mali
En ce qui concerne l’Église du Mali, elle a pris racine le 20
novembre 1888 dans le ville de Kita, grâce aux Père du Saint-Esprit.
En 1889, les Missionnaires d’Afrique, Pères Blancs, prennent
le relaie.
Notre Église grandira donc sous la vigilance missionnaire des
Pères Blancs.
Aujourd’hui, elle compte:
-
Six diocèses dont les pasteurs sont
tous les fils du pays.
-
30 paroisses
-
environ de 115 Prêtres autochtones
-
plus de 400 religieux et
religieuses autochtones.
Le projet pastoral des évêques du Mali, élaboré en 1988 lors
des festivités du centenaire de notre Église, est de bâtir une Église-famille
communion fraternelle au service de l’évangile ;
Une Église-famille communion fraternelle qu’ils ont
symbolisé par un baobab à six (6) branches qui représentent les six
diocèses(Kayes, Bamako, Sikasso, Segou, San et Mopti) du pays. Le baobab est un
gros arbre du Sahel à longue vie. Cet arbre est très imposant, important et
utile pour ses feuilles et ses fruits utilisés dans l’alimentation, ainsi que
pour ses fibres qui servent à confectionner des cordes.
Tous, agents pastoraux, communautés et baptisés conjuguent
aujourd’hui leurs efforts pour traduire ce projet dans le concret, dans la vie
quotidienne à travers la construction de communautés ecclésiales de base (CEB)
ou communautés chrétiennes de base CCB).
L’Eucharistie célébrée et vécue au Mali.
Dans ce contexte Malien, contexte où se côtoient des
musulmans, des chrétiens et des adeptes de la religion traditionnelle,
Quelle est la signification de l’Eucharistie pour nos
communautés ?
Comment célèbrent- elles l’Eucharistie et quel est le niveau
de leur dévotion pour le culte Eucharistique ?
Enfin, quel est l’impact de l’Eucharistie sur la vie des
baptisés et des communautés ?
Ce sont là les questions sur lesquelles portera notre
témoignage en trois étapes :
I -
Signification de l’Eucharistie pour nous au Mali
Dans un milieu où se côtoient des musulmans, des chrétiens et des adeptes de la
religion traditionnelle, l’eucharistie est perçue avec de relatives nuances
selon les expériences personnelles de quelques personnes rencontrées autour de
moi.
- Pour certains l’eucharistie est un plat commun qui réunit
tous les membres de la famille. C’est l’occasion de partager le même repas qui
nourrit et réconforte tous ceux qui y sont invités.
- Pour d’autres c’est la communion avec le Christ. En
rencontrant et en recevant le Christ nous devenons les membres du corps du
Christ.
- Pour d’autres encore c’est le symbole de la présence
sainte, permanente et sécurisante du Christ devant tout mal qui nous envahit.
La signification de l’Eucharistie se dégage en particulier
des traductions dans nos langues du mot eucharistique. Traduire, n’est-ce pas
interpréter, inculturer (la traduction étant un des domaines de
l’inculturation) ?
Voici quelques traductions du mot « Eucharistie » dans nos
langues :
En bambara, langue nationale = « soni » qui veut dire
sacrifice
En boré, = Ma’o » ou « Ma’ o-senu » qui veut dire sacrifice,
sacrifice saint
En Tomokan(Dogon) = « Dyamba Senou Saba » qui veut dire, le
sacrifice de l’assemblée sainte.
L’idée prédominante est donc celle de sacrifice. Une telle
traduction tire son origine de la culture des religions traditionnelles,
« pierres d’attente de la religion chrétienne »
En effet, qui dit sacrifice, dit rassemblement,
dit repas et parfois banquet, fête,
dit communion avec les vivants les morts et le sacré,
dit réconciliation.
Au Mali, l’Eucharistie signifie, comme partout dans l’Église
Catholique,
Le sacrifice du Christ,
Le sacrifice des sacrifices, le seul sacrifice complet et
efficace qui existe,
Le mémorial du mystère pascal.
Elle signifie et est présentée aux fidèles,
- comme un repas fraternel entre les enfants d’une même
famille, l’Église- famille de Dieu.
- un repas sacrificiel, un échange (partage) de vie,
- un banquet fraternel, une fête, la fête de la communion et
de la vie.
- la célébration de la victoire de la vie sur la mort.
- une cérémonie d’action de grâce et de demande de grâce.
- une cérémonie au cours de laquelle il y a communion entre
les vivants,
communion entre les vivants et les morts et communion entre
les vivants et Dieu, une communion rendu possible grâce au Christ toujours
vivant et présent dans sa Famille qu’il nourrit et protège. Il mérite donc
d’être approché avec respect au moment de la Communion contemplé et adoré.
L’Eucharistie est source sûre d’abondantes grâces pour le
croyant.
Pour y communier pleinement, elle présuppose l’acception et
la conversion au message de Jésus et de sa Famille, la réconciliation avec Dieu
et les hommes et ayant les mains ou le cœur « propre ».
II -
La célébration de l’Eucharistie et la dévotion Eucharistique au Mali.
2.1 – La célébration de l’Eucharistie
Au Mali, il n’existe pas de rite particulier ( propre) pour
la célébration de l’Eucharistie.
Nous utilisons le missel Romain.
La chasuble et l’étole sont l’habillement habituel du prêtre
pour les célébrations. Même si l’inculturation n’est pas très avancée, ces
célébrations sont néanmoins beaucoup marquées par notre sensibilité malienne,
par notre culture. Aussi, elles prennent généralement l’allure de fête et de
joie avec les danses, les gestes et les attitudes et durent en moyenne 1 h 30
mn. Elles sont animées, vivantes.
Les textes liturgiques sont traduits dans plusieurs langues
locales :
En Bambara, en Dogon, en Boré ou Bomu, en Senoufo, en
Minianka.
La langue liturgique la plus usuelle est le Bambara, la
langue nationale.
Les instruments de musique traditionnelle sont régulièrement
utilisées dans nos liturgies. On assiste souvent et de plus en plus, à un
mariage entre instruments de musique traditionnels et instruments de musique
modernes ou même à des célébrations avec instruments de musique moderne
uniquement dans les grands centres, les villes.
L’usage des instruments de musique traditionnels et modernes.
Des cris de joie (yuyu)
Des tires de coups de fusils (gloria, action de grâce,
anamnèse)
Des danses de l’assemblée ou devant l’autel (processions
d’entrée, processions d’offrandes, processions de la parole de Dieu, gloria,
action de grâce)
Des applaudissements (gloria, action de grâce)
Des préfaces chantées et dansées par les prêtres à l’autel ;
joie que partage l’assemblée en reprenant le refrain tout en dansant et poussant
des cris de joie.
Aux processions d’offrande et de la parole de Dieu, les
fruits de notre terre sont souvent présents : mil, maïs, riz, arachides,
ignames, etc…
Nous offrons ainsi les fruits de notre terre et nos personnes
à Dieu
Nous symbolisons ainsi la parole de Dieu comme nourriture.
Toute la célébration n’est pas que joie explosive.
S’agenouiller la main sur la tempe tête inclinée en avant,
S’incliner en avant les mains derrière le dos,
Dans l’orientation pastorale des évêques du Mali, « ce qui compte, c’est la
relation à l’autre », à Dieu et à son frère. Cela est exprimé en particulier au
moment du Pater où tous se tiennent les mains pour le prier. Cela, pour exprimer
le lien de fraternité en Christ qui existe et qui est à consolider. Nous sommes
fils de Dieu, membres de la même Église communion fraternelle au service de
l’évangile.
-
Des efforts
d’inculturation se font dans certains domaines dans certains diocèses tels
que le triduum pascal, les funérailles (funérailles du Christ, funérailles de
chrétiens). On s’y essaie sous toutes les formes et sous tous les cieux. Reste à
trouver la bonne formule pour conduire ces belles initiatives avec méthode et
suivi.
Il s’agit de ne pas oublier de soumettre régulièrement nos
tentatives d’inculturation à l’appréciation d’une équipe compétente. Il est bien
d’innover, mais il est aussi important d’évaluer régulièrement. Bref, nous nous
invitions et nous nous engageons mutuellement à inspirer et à soutenir ce qui
peut aider nos fidèles à bien vivre, célébrer et témoigner de leur foi.
Par ailleurs, les célébrants usent de Chorégraphies, de
para-liturgies et d’expressions proverbiales pour communiquer le message de
l’évangile.
La fréquentation de l’eucharistie par les fidèles :
Nombreux sont ceux qui sont conviés à cette grande table mais
beaucoup sont exclus pour des raisons diverses (situation de polygamie, de
concubinage, de divorcés, de catéchumène permanent, de chrétiens isolés, de
communautés irrégulièrement visitées par les prêtres…). Quelques musulmans et
adeptes de la religion traditionnelle qui assistent occasionnellement à nos
célébrations se sentent aussi exclus. Ceci pose le problème d’une pastorale de
la famille et d’une pastorale des vocations à promouvoir.
La fréquentation est cependant massive lors des célébrations
dominicales des grandes fêtes et des évènements diocésains et nationaux.
En semaine, elle est relativement faible de manière générale.
L’importance de l’Eucharistie pour eux se traduit par le soin
qu’ils se donnent avant de venir à la célébration : habillement décent, propreté
du corps, etc…
Elle se traduit également par l’augmentation progressive des
demandes de messes.
Les personnes âgées font l’effort de se confesser avant
l’eucharistie et observent même le jeûne eucharistique. Quant aux jeunes gens et
jeunes filles, ils fréquentent moins le sacrement de réconciliation avant
l’eucharistie.
2.2 – La dévotion au Saint Sacrement
Elle n’est pas développée. Le culte au Saint Sacrement a lieu
surtout le Jeudi Saint, lors des pèlerinages nationaux et paroissiaux, dans
certaines équipes apostoliques(à l’occasion des récollections et retraites) et
communautés religieuses de manière périodique(une fois par semaine ou une fois
par mois).
Le salut au Saint Sacrement et la « fête-Dieu » sont à
valoriser par ci et à revaloriser par là.
Le sens du saint, du sacré dans l’Eucharistie s’exprime
néanmoins chez les gens par des attitudes de respect et d’adoration devant le
Saint Sacrement etc…
III - L’impact de l’Eucharistie sur la vie au Mali
La liturgie est un moyen efficace d’évangélisation.
Elle est, selon le Concile Vatican II, « le sommet
auquel tend l’action de l’Église et en même temps la source d’où découle toute
sa vertu. « (S. C. 10.)
Son importance est de ce fait indéniable dans la vie du
croyant et de toute l’Église et requiert des soins et une attention
particulière. Au Mali, depuis 15 ans, elle connaît un développement
spectaculaire. Des chorales naissent et se développent par-ci, par-là :
chorales de communautés, de secteurs, de paroisses, de diocèses. Elles
constituent en même temps le berceau de l’inculturation de la foi dans nos
diocèses, dans notre pays. Elles représentent une force d’évangélisation sans
précédent. Je cite en témoin nos célébrations nationales lors du pèlerinage à
Kita. Les acteurs des liturgies ne manquent pas d’initiatives pour nous aider à
entrer en communion avec le sacré et bien prier. Ils ne tarissent pas
d’initiatives pour faire du message du Christ une réalité dans la vie
quotidienne du chrétien et de tout croyant. A l’occasion, ils usent de talents
de musiciens, de chorégraphes, de metteurs en scène, de connaisseurs de la
tradition et de l’homme africain malien, de « liturgie » etc… afin de bien mener
à bout ce travail d’évangélisation et de christianisation. Quel est l’impact de
tout cet effort sur la vie des gens ? En particulier, quel est l’impact de
l’Eucharistie sur la vie ? Quel est le lien entre Eucharistie et vie quotidienne
chez les fidèles.
L’impact de l’Eucharistie sur la vie des chrétiens et même
des non- chrétiens est le suivant :
Elle rassemble, forme et informe la communauté.
Elle éclaire et guide les fidèles chrétiens,
Elle donne un sens aux évènements de notre vie chrétienne
Elle est un lieu de communion entre le ciel et la terre et
entre les hommes.
Elle est un lieu de communication et de dialogue :
Communication/dialogue entre Dieu et les hommes ;entre les
hommes eux-mêmes.
Elle est communication des grâces divines.
Elle est un lieu d’expression et de profession de foi de
l’Église
Elle a un rôle de sanctification du peuple chrétien.
Elle permet un renouvellement de la foi en Dieu Père, Fils et
Esprit saint
Elle permet une communion des fidèles à la source
(eucharistie et parole de Dieu)
Elle fait prendre conscience aux fidèles chrétiens de leur
appartenance à l’Église et de leur mission au service de cette même Église.
Elle est source de joie et d’espérance qui conduit le fidèle
chrétien à un témoignage permanent et affirmé.
Au Mali, elle a toujours été objet d’admiration pour les non-chrétiens (surtout les grandes fêtes et autres évènements.) Dans ce sens, elle
permet une ouverture ; voire un dialogue entre chrétiens et non-chrétiens.
Malgré ces efforts, le lien entre Eucharistie et vie
quotidienne n’est pas satisfaisant chez les baptisés de manière générale. Il
reste faible. En effet, il existe même dans certains cas, une dichotomie entre
vie eucharistique et vie quotidienne avec l’existence de ceux qu’on pourrait
appeler « chrétiens du dimanche », des chrétiens qui ne vivent pas ce qu’ils
célèbrent. Ils sont justes consommateurs de l’eucharistie et des sacrements.
Pour que nos célébrations soient plus vivantes, plus priantes
et mieux vécues, nos communautés ont besoin de redécouvrir le sens de certains
gestes et attitudes en liturgie. Il y a lieu de ce fait que les responsables de
la liturgie se forment pour former les fidèles au sens de ce que nous célébrons.
Voilà ce qui a motivé le Mali à prendre part au présent congrès eucharistique.
Nous espérons repartir enrichis pour promouvoir au Mali une
vraie pastorale Eucharistique.