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48ème CONGRÈS EUCHARISTIQUE INTERNATIONAL
À GUADALAJARA AU MEXIQUE

(10- 17 OCTOBRE 2004)

 

TÉMOIGNAGE DE LA DÉLÉGATION MALIENNE
SUR L’EUCHARISTIE

 

Bien chers frères et sœurs en christ,

La délégation Malienne constituée de :

  • Son excellence Monseigneur Georges FONGHORO, évêque de Mopti, Président de la commission nationale de liturgie (CNL) au Mali,

  • Monsieur l’Abbé Hassa Florent KONE, secrétaire de la commission,

  • Sœur Marie Noëlle KAMATE, membre de la Commission

  • Et de Monsieur Douro Sylvestre TEMBELY, membre de la commission

est heureuse de prendre part à ce congrès eucharistique international, et se réjouit d’avoir l’occasion de prendre la parole en ces grandes assises autour du thème de l’eucharistie.

Avant notre témoignage proprement dit sur l’eucharistie au Mali, permettez-nous de vous donner un bref aperçu sur le Mali et l’Église au Mali, contexte de notre témoignage.

Le Mali

D’une superficie de 1 241 238 km2  pour environ 11 millions d’habitants, le Mali comprend :

  • 80 % de musulmans

  • 17,5 % de gens de la religion traditionnelle

  • et 2,5 % de Chrétiens.

Au Mali, Musulmans, gens de la religion traditionnelle et Chrétiens vivent dans la tolérance et dans l’entente.

L’Église au Mali

En ce qui concerne l’Église du Mali, elle a pris racine le 20 novembre 1888 dans le ville de Kita, grâce aux Père du Saint-Esprit.

En 1889, les Missionnaires d’Afrique, Pères Blancs, prennent le relaie.

Notre Église grandira donc sous la vigilance missionnaire des Pères Blancs.

Aujourd’hui, elle compte:

  • Six diocèses dont les pasteurs sont tous les fils du pays.

  • 30 paroisses

  • environ de 115 Prêtres autochtones

  • plus de 400 religieux et religieuses autochtones.

Le projet pastoral des évêques du Mali, élaboré en 1988 lors des festivités du centenaire de notre Église, est de bâtir une Église-famille communion fraternelle au service de l’évangile ;

Une Église-famille communion fraternelle qu’ils ont symbolisé par un baobab à six (6) branches qui représentent les six diocèses(Kayes, Bamako, Sikasso, Segou, San et Mopti) du pays. Le baobab est un gros arbre du Sahel à longue vie. Cet arbre est très imposant, important et utile pour ses feuilles et ses fruits utilisés dans l’alimentation, ainsi que pour ses fibres qui servent à confectionner des cordes.

Tous, agents pastoraux, communautés et baptisés conjuguent aujourd’hui leurs efforts pour traduire ce projet dans le concret, dans la vie quotidienne à travers la construction de communautés ecclésiales de base (CEB) ou communautés chrétiennes de base CCB).

L’Eucharistie célébrée et vécue au Mali.

Dans ce contexte Malien, contexte où se côtoient des musulmans, des chrétiens et des adeptes de la religion traditionnelle,

Quelle est la signification de l’Eucharistie pour nos communautés ?

Comment célèbrent- elles l’Eucharistie et quel est le niveau de leur dévotion pour le culte Eucharistique ?

Enfin, quel est l’impact de l’Eucharistie sur la vie des baptisés et des communautés ?

Ce sont là les questions sur lesquelles portera notre témoignage en trois étapes :

  • Par la voix d’une religieuse sur : la signification de l’Eucharistie pour nous au Mali.

  • Par la voix d’un prêtre sur : la célébration et le culte Eucharistique au Mali

  • Par la voix d’un laïc sur : l’impact de l’eucharistie sur la vie du chrétien et de nos communautés.

I - Signification de l’Eucharistie pour nous au Mali

Dans un milieu où se côtoient des musulmans, des chrétiens et des adeptes de la religion traditionnelle, l’eucharistie est perçue avec de relatives nuances selon les expériences personnelles de quelques personnes rencontrées autour de moi.

- Pour certains l’eucharistie est un plat commun qui réunit tous les membres de la famille. C’est l’occasion de partager le même repas qui nourrit et réconforte tous ceux qui y sont invités.

- Pour d’autres c’est la communion avec le Christ. En rencontrant et  en recevant le Christ nous devenons les membres du corps du Christ.

- Pour d’autres encore c’est le symbole de la présence sainte, permanente et sécurisante du Christ devant tout mal qui nous envahit.

La signification de l’Eucharistie se dégage en particulier des traductions dans nos langues du mot eucharistique. Traduire, n’est-ce pas interpréter, inculturer (la traduction étant un des domaines de l’inculturation) ?

Voici quelques traductions du mot « Eucharistie » dans nos langues :

En bambara, langue nationale = « soni » qui veut dire sacrifice

En boré, = Ma’o » ou « Ma’ o-senu » qui veut dire sacrifice, sacrifice saint

En Tomokan(Dogon) = « Dyamba Senou Saba »  qui veut dire, le sacrifice de  l’assemblée sainte.

L’idée prédominante est donc celle de sacrifice. Une telle traduction tire son origine de la culture des religions traditionnelles, « pierres d’attente de la religion chrétienne »

En effet, qui dit sacrifice, dit rassemblement,
dit repas et parfois banquet, fête,
dit communion avec les vivants les morts et le sacré,
dit réconciliation.  

Au Mali, l’Eucharistie signifie, comme partout dans l’Église Catholique,

Le sacrifice du Christ,
Le sacrifice des sacrifices, le seul sacrifice complet et efficace qui existe,
Le mémorial du mystère pascal.

Elle signifie et est présentée aux fidèles,

- comme un repas fraternel entre les enfants d’une même famille, l’Église- famille de Dieu.

- un repas sacrificiel, un échange (partage) de vie,

- un banquet fraternel, une fête, la fête de la communion et de la vie.

- la célébration de la victoire de la vie sur la mort.

- une cérémonie d’action de grâce et de demande de grâce.

- une cérémonie au cours de laquelle il y a communion entre les vivants,

communion entre les vivants et les morts et communion entre les vivants et Dieu, une communion rendu possible grâce au Christ toujours vivant et présent dans sa Famille qu’il nourrit et protège. Il mérite donc d’être approché avec respect au moment de la Communion contemplé et adoré.

L’Eucharistie est source sûre d’abondantes grâces pour le croyant.

Pour y communier pleinement, elle présuppose l’acception et la conversion au message de Jésus et de sa Famille,  la réconciliation avec Dieu et les hommes et ayant les mains ou le cœur « propre ».  

II - La célébration de l’Eucharistie et la dévotion Eucharistique au Mali.

2.1 – La célébration de l’Eucharistie

Au Mali, il n’existe pas de rite particulier ( propre) pour la célébration de l’Eucharistie.

Nous utilisons le missel Romain.

La chasuble et l’étole sont l’habillement habituel du prêtre pour les célébrations. Même  si l’inculturation n’est pas très avancée, ces célébrations sont néanmoins beaucoup marquées par notre sensibilité malienne, par notre culture. Aussi, elles prennent généralement l’allure de fête et de joie avec les danses, les gestes et les attitudes et durent en moyenne 1 h 30 mn. Elles sont animées, vivantes.

Les textes liturgiques sont traduits dans plusieurs langues locales :

En Bambara, en Dogon, en Boré ou Bomu, en Senoufo, en Minianka.

La langue liturgique la plus usuelle est le Bambara, la langue nationale.

Les instruments de musique traditionnelle sont régulièrement utilisées dans nos liturgies. On assiste souvent et de plus en plus, à un mariage entre instruments de musique traditionnels et instruments de musique modernes ou même à des célébrations avec instruments de musique moderne uniquement dans les grands centres, les villes.

  • La joie s’exprime par :

L’usage des instruments de musique traditionnels et modernes.

Des cris de joie (yuyu)

Des tires de coups de fusils (gloria, action de grâce, anamnèse)

Des danses de l’assemblée ou devant l’autel (processions d’entrée, processions d’offrandes, processions de la parole de Dieu, gloria, action de grâce)

Des applaudissements (gloria, action de grâce)

Des préfaces chantées et dansées par les prêtres à l’autel ; joie que partage l’assemblée en reprenant le refrain tout en dansant et poussant des cris de joie.

Aux processions d’offrande et de la parole de Dieu, les fruits de notre terre sont souvent présents : mil, maïs, riz, arachides, ignames, etc…

Nous offrons ainsi les fruits de notre terre et nos personnes à Dieu

Nous symbolisons ainsi la parole de Dieu comme nourriture.

Toute la célébration n’est pas que joie explosive.

  • Il existe des moments de recueillement personnel pendant lesquels le silence est de mise.

  • A l’humilité et la demande de pardon correspondent des gestes et des attitudes adéquats :

S’agenouiller la main sur la tempe tête inclinée en avant,
S’incliner en avant les mains derrière le dos,

Dans l’orientation pastorale des évêques du Mali, « ce qui compte, c’est la relation à l’autre », à Dieu et à son frère. Cela est exprimé en particulier au moment du Pater où tous se tiennent les mains pour le prier. Cela, pour exprimer le lien de fraternité en Christ qui existe et qui est à consolider. Nous sommes fils de Dieu, membres de la même Église communion fraternelle au service de l’évangile.

  • Des efforts d’inculturation se font dans certains domaines dans certains diocèses tels que  le triduum pascal, les funérailles (funérailles du Christ, funérailles de chrétiens). On s’y essaie sous toutes les formes et sous tous les cieux. Reste à trouver la bonne formule pour conduire ces belles initiatives avec méthode et suivi.

Il s’agit de ne pas oublier de soumettre régulièrement nos tentatives d’inculturation à l’appréciation d’une équipe compétente. Il est bien d’innover, mais il est aussi important d’évaluer régulièrement. Bref, nous nous invitions et nous nous engageons mutuellement à inspirer et à soutenir ce qui peut aider nos fidèles à bien vivre, célébrer et témoigner de leur foi.

Par ailleurs, les célébrants usent de Chorégraphies, de para-liturgies et d’expressions proverbiales pour communiquer le message de l’évangile.

La  fréquentation de l’eucharistie par les fidèles :

Nombreux sont ceux qui sont conviés à cette grande table mais beaucoup sont exclus pour des raisons diverses (situation de polygamie, de concubinage, de divorcés, de catéchumène permanent, de chrétiens isolés, de communautés irrégulièrement visitées par les prêtres…). Quelques musulmans et adeptes de la religion traditionnelle qui assistent occasionnellement à nos célébrations se sentent aussi exclus. Ceci pose le problème d’une pastorale de la famille et d’une pastorale des vocations à promouvoir.

La fréquentation est cependant massive lors des célébrations dominicales des grandes fêtes et des évènements diocésains et nationaux.

En semaine, elle est relativement faible de manière générale.

L’importance de l’Eucharistie pour eux se traduit par le soin qu’ils se donnent avant de venir à la célébration : habillement décent, propreté du corps, etc…

Elle se traduit également par l’augmentation progressive des demandes de messes.

Les personnes âgées font l’effort de se confesser avant l’eucharistie et observent même le jeûne eucharistique. Quant aux jeunes gens et jeunes filles, ils fréquentent moins le sacrement de réconciliation avant l’eucharistie.

2.2 – La dévotion au Saint Sacrement

Elle n’est pas développée. Le culte au Saint Sacrement a lieu surtout le Jeudi Saint, lors des pèlerinages nationaux et paroissiaux, dans certaines équipes apostoliques(à l’occasion des récollections et retraites) et communautés religieuses de manière périodique(une fois par semaine ou une fois par mois).

Le salut au Saint Sacrement et la « fête-Dieu » sont à valoriser par ci et à revaloriser par là.

Le sens du saint, du sacré dans l’Eucharistie s’exprime néanmoins chez les gens par des attitudes de respect et d’adoration devant le Saint Sacrement etc…

III - L’impact de l’Eucharistie sur la vie au Mali

La liturgie est un moyen efficace d’évangélisation.

Elle est, selon le Concile Vatican II, «  le sommet auquel tend l’action de l’Église et en même temps la source d’où découle toute sa vertu. «  (S. C. 10.)

Son importance est de ce fait indéniable dans la vie du croyant et de toute l’Église  et requiert des soins et une attention particulière. Au Mali, depuis 15 ans, elle connaît un développement spectaculaire. Des chorales naissent et se développent par-ci, par-là : chorales de communautés, de secteurs, de paroisses, de diocèses. Elles constituent en même temps le berceau de l’inculturation de la foi dans nos diocèses, dans notre pays. Elles représentent une force d’évangélisation sans précédent. Je cite en témoin nos célébrations nationales lors du pèlerinage à Kita. Les acteurs des liturgies ne manquent pas d’initiatives pour nous aider à entrer en communion avec le sacré et bien prier. Ils ne  tarissent pas d’initiatives pour faire du message du Christ une réalité dans la vie quotidienne du chrétien et de tout croyant. A l’occasion, ils usent de talents de musiciens, de chorégraphes, de metteurs en scène, de connaisseurs de la tradition et de l’homme africain malien, de « liturgie » etc… afin de bien mener à bout ce travail d’évangélisation et de christianisation. Quel est l’impact de tout cet effort sur la vie des gens ? En particulier, quel est l’impact de l’Eucharistie sur la vie ? Quel est le lien entre Eucharistie et vie quotidienne chez les fidèles.

L’impact de l’Eucharistie sur la vie des chrétiens et même des non- chrétiens est le suivant :

Elle rassemble, forme et informe la communauté.

Elle éclaire et guide les fidèles chrétiens,

Elle donne un sens aux évènements de notre vie chrétienne

Elle est un lieu de communion entre le ciel et la terre et entre les hommes.

Elle est un lieu de communication et de dialogue :

Communication/dialogue entre Dieu et les hommes ;entre les hommes eux-mêmes.

Elle est communication des grâces divines.

Elle est un lieu d’expression et de profession de foi de l’Église

Elle a un rôle de sanctification du peuple chrétien.

Elle permet un renouvellement de la foi en Dieu Père, Fils et Esprit saint

Elle permet une communion des fidèles à la source (eucharistie et parole de Dieu)

Elle fait prendre conscience aux fidèles chrétiens de leur appartenance à l’Église et de leur mission au service de cette même Église.

Elle est source de joie et d’espérance qui conduit le fidèle chrétien à un témoignage permanent et affirmé.

Au Mali, elle a toujours été objet d’admiration pour les non-chrétiens (surtout les grandes fêtes et autres évènements.) Dans ce sens, elle permet une ouverture ; voire un dialogue entre chrétiens et non-chrétiens.

Malgré ces efforts, le lien entre Eucharistie et vie quotidienne n’est pas satisfaisant chez les baptisés de manière générale. Il reste faible. En effet, il existe même dans certains cas, une dichotomie entre vie eucharistique et vie quotidienne avec l’existence de ceux qu’on pourrait appeler « chrétiens du dimanche », des chrétiens qui ne vivent pas ce qu’ils célèbrent. Ils sont  justes consommateurs de l’eucharistie et des sacrements.

Pour que nos célébrations soient plus vivantes, plus priantes et mieux vécues, nos communautés ont besoin de redécouvrir le sens de certains gestes et attitudes en liturgie. Il y a lieu de ce fait que les responsables de la liturgie se forment pour former les fidèles au sens de ce que nous célébrons. Voilà ce qui a motivé le Mali à prendre part au présent congrès eucharistique.

Nous espérons repartir enrichis pour promouvoir au Mali une vraie pastorale Eucharistique.

 

TÉMOIGNAGE DE DOURO SYLVESTRE TEMBELY

Dans un milieu où se côtoient des musulmans, des chrétiens et des adeptes de la religion traditionnelle, l’eucharistie est perçue avec de relatives nuances selon les expériences personnelles de quelques personnes rencontrées autour de moi.           

Pour certains l’eucharistie est un plat commun qui réunit tous les membres de la famille. C’est l’occasion de partager le même repas qui nourrit et réconforte tous ceux qui y sont invités.           

Pour d’autres c’est la communion avec le Christ. En rencontrant et  en recevant le Christ nous devenons les membres du corps du Christ.           

Pour d’autres encore c’est le symbole de la présence sainte, permanente et sécurisante du Christ devant tout mal qui nous envahit.

Tous sont conviés à cette grande table mais beaucoup sont exclus pour des raisons diverses (situation de polygamie, de concubinage, de divorcés, de catéchumène permanent, de chrétiens isolés, de communautés irrégulièrement visitées par les prêtres…). Quelques musulmans et adeptes de la religion traditionnelle qui assistent occasionnellement à nos célébrations se sentent aussi exclus.

La messe dominicale, Pâques, Noël, les ordinations, les rassemblements occasionnels de mouvements d’actions catholiques sont entre autres occasions de célébrer, adorer et contempler l’eucharistie. Le pèlerinage annuel à notre Dame de Kamma est une occasion particulièrement importante pour les chrétiens de la Paroisse de Bandiagara et ceux des paroisses voisines d’adoration de l’eucharistie. Le Saint sacrement est exposé et l’adoration dure toute la nuit sous le regard de Marie « le premier tabernacle de l’histoire ».

Il est ce pendant bon de signaler que la ferveur communautaire doit tendre vers une prise de conscience individuelle plus prononcée sur le fait que l’eucharistie est vraiment « le réconfort et la gage de la victoire pour ceux qui luttent contre le mal et le péché ».

 

      

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