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DÉCLARATION COMMUNE ENTRE
SA SAINTETÉ LE PAPE JEAN-PAUL II ET SA SAINTETÉ KARÉKINE Ier
Alors qu’ils s’apprêtent à conclure leur rencontre sole nnelle, profondément convaincus de sa signification particulière pour la
continuité des relations existant entre l’Église catholique et l’Église
apostolique arménienne, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, Évêque de Rome, et
Sa Sainteté Karékine Ier, Patriarche Suprême et Catholicos de tous
les Arméniens, rendent humblement grâce au Seigneur et Sauveur Jésus Christ,
qui leur a permis de se rencontrer dans Son amour pour prier ensemble, pour
mener une discussion féconde sur leur désir commun de rechercher une unité
plus parfaite dans l’Esprit Saint, et pour procéder à un échange
d’opinions sur la façon dont leurs Églises peuvent apporter un témoignage
plus efficace de l’Évangile dans un monde qui s’achemine vers un nouveau
millénaire dans l’histoire du salut.
Le Pape Jean-Paul II et le Catholicos Karékine Ier
prennent acte de la profonde communion spirituelle qui les unit déjà, ainsi
que les évêques, le clergé et les fidèles de leurs Églises. Il s’agit
d’une communion dont les racines profondes se trouvent dans la foi commune
dans la sainte et vivifiante Trinité, proclamée par les Apôtres et transmise
à travers les siècles par les nombreux Pères et Docteurs de l’Église,
ainsi que par les évêques, les prêtres et les martyrs qui leur ont succédé.
Ils constatent avec joie que les récents développements des relations œcuméniques
et que les discussions théologiques menées dans un esprit d’amour chrétien
et de fraternité, ont dissipé de nombreux malentendus hérités des
controverses et des désaccords du passé. De tels dialogues et rencontres ont
contribué à parvenir à une situation salutaire de compréhension réciproque
et au rétablissement d’une communion spirituelle plus profonde, fondée sur
la foi commune dans la Sainte-Trinité, que les deux Églises ont reçue à
travers l’Évangile du Christ et dans la Sainte Tradition de l’Église.
Ils saluent avec une satisfaction particulière le grand
progrès réalisé par leurs Églises dans leur recherche commune de l’unité
dans le Christ, le Verbe de Dieu fait chair. Dieu parfait dans sa divinité,
homme parfait dans Son humanité, Sa divinité est liée à Son humanité dans
la Personne du Fils Unique de Dieu, dans une union qui est réelle, parfaite,
sans confusion, sans altération, sans division, sans aucune forme de séparation.
La réalité de cette foi commune en Jésus Christ et dans
la succession même du ministère apostolique, a été parfois voilée ou ignorée.
Des facteurs linguistiques, culturels et politiques ont largement contribué à
l’apparition de divergences théologiques qui ont trouvé une expression dans
la terminologie utilisée pour la formulation de leur doctrine. Sa Sainteté le
Pape Jean-Paul II et Sa Sainteté Karékine Ier ont exprimé la ferme
conviction que, en vertu de la foi commune et fondamentale en Dieu et en Jésus
Christ, et en vertu de la déclaration présente, les controverses et les
divisions regrettables qui ont parfois découlé des façons différentes
d’exprimer cette foi, ne devraient plus continuer à influer de façon négative
sur la vie et sur le témoignage de l’Église d’ aujourd’hui. Ils
expriment humblement devant Dieu leur douleur pour ces différends et ces désaccords,
ainsi que leur détermination à effacer de l’esprit et de la mémoire de
leurs Églises l’amertume, les récriminations mutuelles, et parfois même la
haine qui se sont manifestées par le passé, et qui aujourd’hui encore,
peuvent voiler les relations véritablement fraternelles et chrétiennes
existant entre les autorités et les fidèles des deux Églises, étant donné,
en particulier, la façon dont ces relations se sont développées au cours des
dernières années.
La communion qui existe déjà entre les deux Églises,
l’espérance et l’engagement en vue de parvenir à la pleine communion entre
eux, devraient pousser à établir des contacts plus fréquents et un dialogue
plus régulier et plus profond, de façon à atteindre un plus haut degré de
compréhension réciproque et le rétablissement du partage de leur foi et de
leur service.
Le Pape Jean Paul II et le Catholicos Karékine Ier
offrent leur bénédiction et leur soutien pastoral en vue d’un développement
ultérieur des contacts existants et de nouvelles manifestations de ce dialogue
de charité entre leurs pasteurs et fidèles respectifs, qui portera des fruits
dans le domaine de l’action commune, de la pastorale et de la catéchèse, au
niveau social et au niveau intellectuel.
Ce dialogue est d’autant plus urgent à notre époque où
les Églises doivent affronter de nouveaux défis dans leur témoignage de l’Évangile
de Jésus Christ, découlant des changements rapides des situations dans un
monde moderne frappé si profondément par un sécularisme extrême et par une
tendance à la sécularisation de la vie et de la culture. Cela requiert une
collaboration plus étroite, une confiance réciproque et une plus grande
attention pour l’action commune. De même, cela requiert et présuppose une
attitude de service qui ne soit pas égoïste, mais qui soit caractérisée par
un respect mutuel pour la fidélité des fidèles à leur Église et à leurs
traditions chrétiennes.
Ils font appel à leur clergé et au laïcs, afin qu’ils
mènent plus activement et plus efficacement leur pleine collaboration dans tous
les domaines de la diaconie, qu’ils se fassent les promoteurs de la réconciliation,
de la paix et de la justice, qu’ils luttent pour que soient véritablement
reconnus les droits humains et que l’on se consacre au soutien de tous ceux
qui souffrent, qui connaissent des situations de besoins spirituel et matériel
dans toutes les parties du monde.
Le Pape Jean-Paul II et le Catholicos Karékine Ier
expriment leur préoccupation pastorale particulière pour le peuple arménien,
que ce soit pour celui qui vit dans sa terre natale historique, où la liberté
et l’indépendance ont été recouvrées et rétablies à travers la création
du nouvel État indépendant d’Arménie; pour celui qui vit dans le
Nagorny-Karabakh et qui a besoin d’une paix durable; et pour le peuple qui vit
dispersé dans le monde entier, en situation de diaspora. Au milieu des
bouleversements et des tragédies, en particulier au cours de notre siècle, ce
peuple est resté fidèle à la foi apostolique, la foi des martyrs et des
confesseurs, la foi de millions de croyants inconnus, pour lesquels Jésus
Christ, le Fils de Dieu incarné et Sauveur du monde, a été le fondement de
leur espérance, et qui ont été guidés à travers les siècles par son
Esprit. À l’approche du 17e centenaire de la constitution
officielle de l’Église d’Arménie, puisse ce peuple recevoir du Dieu Trine
des bénédictions particulières pour l’avènement de la paix et de la
justice et pour un engagement renouvelé à être les témoins fidèles du
Seigneur Jésus Christ.
Rome, le 13 décembre 1996.
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Dans
l’après-midi du vendredi 13 décembre, le Patriarche-Catholicos a visité les
Catacombes de Priscille où il a été reçu par Son Excellence Monseigneur
Francesco Marchisano, Président de la Commission Pontificale pour les biens
culturels de l’Église et la Communauté de sœurs bénédictines y résidant.
Après la visite des catacombes a eu lieu un office de prières dans la chapelle
des sœurs.
Ce
après quoi, la délégation a été reçue au siège de l’Ambassade d’Arménie
auprès du Saint-Siège et en Italie. Plus tard dans la soirée, Sa Sainteté
Karekine Ier et la délégation se sont rendues à une réception
organisée par l’ambassadeur en l’honneur du Catholicos et à laquelle avait
été convié l’ensemble du corps diplomatique.
Le
jour suivant, samedi 14 décembre, le Patriarche-Catholicos a visité la
Bibliothèque vaticane ainsi que les Chapelles Sixtine et Pauline. Puis, le
Catholicos Karékine Ier a quitté Rome pour se rendre à Venise.
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Correspondance suite à la visite
Dès
la fin de sa visite, alors qu’il se trouvait encore en Italie, le Catholicos
Karékine Ier, a envoyé le 19 décembre un télégramme au Pape
Jean-Paul II afin de lui exprimer sa gratitude pour l’accueil reçu à Rome;
ce télégramme précédait une autre lettre du 20 décembre adressée au
Saint-Père. Une lettre semblable en date du 23 décembre a également été
envoyée au Cardinal Cassidy et à Monseigneur Duprey. Peu de temps après, le
Pape Jean-Paul II a fait parvenir sa réponse au Catholicos. Nous publions
ci-dessous cet échange de correspondance.
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Télégramme de Karékine Ier au Pape Jean-Paul
II
19
décembre 1996, avant de quitter l’Italie
Cher frère dans le Christ,
Avant de quitter l’Italie, je désire adresser à Votre
Sainteté mes plus profonds remerciements et ma sincère gratitude pour la
bienveillance si éloquemment et si magnifiquement exprimée envers moi et
l’ensemble de la délégation qui m’a accompagné durant la visite
fraternelle que j’ai rendue à Votre Sainteté et à l’Église catholique
romaine.
En effet, nos rencontres de prière, de partage fraternel
et nos entretiens se sont montrés extrêmement utiles pour la promotion des
relations fraternelles entre nos Églises respectives dans notre cheminement
pour le retour à la pleine unité.
Nous sommes heureux d’avoir constaté ce même esprit véritablement
fraternel parmi vos assistants dans les différentes congrégations du Vatican,
et tout particulièrement au Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité
des chrétiens. Je prie Dieu de vous conserver longtemps en bonne santé afin de
vous permettre de rendre des services toujours plus grands à votre Église et
au monde entier.
Veuillez croire, Sainteté, à l’expression de ma
fraternelle charité.
Karékine Ier
Catholicos
de tous les Arméniens
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