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DÉCLARATION COMMUNE
DU PAPE JEAN-PAUL II
ET DU CATHOLICOS ARAM Ier
 

 

Au terme de leur rencontre du samedi 25 janvier, le Pape Jean-Paul II et le Catholicos Aram Ier Keshishian ont signé une Déclaration Commune. La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens «rappelle l’urgence de la communion plénière entre les chrétiens, en vue de l’accomplissement de leur mission essentielle qui est d’abord le témoignage rendu au Christ, mort et ressuscité pour le salut de l’humanité» est-il écrit dans la Déclaration Commune formulée en langue française.

Au terme de leur rencontre officielle, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II et Sa Sainteté Aram Ier, Catholicos de Cilicie, rendent grâce à Dieu qui leur a permis d’approfondir leur fraternité spirituelle en Jésus Christ et leur vocation pastorale et évangélisatrice dans le monde. Ce fut une occasion privilégiée de prier et de réfléchir ensemble, pour renouveler leur engagement et leurs efforts communs pour l’unité chrétienne.

La rencontre entre le Catholicos de la Grande Maison de Cilicie et le Pape de l’Église catholique marque une étape importante dans leurs relations. Ces rapports, qui remontent aux débuts du christianisme en Arménie, ont revêtu une importance particulière du XIe au XIVe siècles en Cilicie, et ils continuèrent après l’exil du Siège du Catholicossat de Sis et son installation, en 1930, a Antélias au Liban.

Le Pape Jean-Paul II et le Catholicos Aram Ier se réjouissent de leur rencontre dans le cadre de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui rappelle l’urgence de la communion plénière entre les chrétiens, en vue de l’accomplissement de leur mission essentielle qui est d’abord le témoignage rendu au Christ, mort et ressuscité pour le salut de l’humanité. Pendant deux millénaires, l’unité de la foi en Jésus Christ, don de Dieu, fut maintenue pour l’essentiel, en dépit de controverses christologiques et ecclésiologiques ayant souvent leur source dans des facteurs d’ordre historique, politique ou socio-culturel. Cette communion de foi, déjà affirmée durant les dernières décennies par leurs prédécesseurs lors de leurs rencontres, a été récemment réaffirmée solennellement lors de la rencontre de Sa Sainteté Jean Paul II avec Sa Sainteté le Catholicos Karékine Ier. Aujourd’hui également, l’Évêque de Rorne, Successeur de Pierre, et le Catholicos de Cilicie prient pour que progresse la communion dans la foi en Jésus Christ, grâce au sang des martyrs et grâce à la fidélité des Pères à l’Évangile et à la Tradition apostolique, en se manifestant dans la riche diversité des traditions ecclésiales respectives. Une telle communauté de foi doit se traduire concrètement dans la vie de fidèles et elle doit nous guider vers la pleine communion.

Les deux chefs spirituels soulignent donc l’importance vitale du dialogue sincère portant sur les domaines théologiques et pastoraux, ainsi que sur d’autres dimensions de la vie et du témoignage des fidèles. Les relations déjà existantes constituent une expérience qui favorise la collaboration directe et fructueuse entre eux. Leurs Saintetés ont la ferme conviction qu’en ce siècle où les communautés chrétiennes se sont engagées plus profondément dans le dialogue œcuménique, un rapprochement sérieux, soutenu par le respect et la compréhension mutuels, constitue la seule voie solide et fiable pour conduire à la pleine communion. 

L’Église catholique et le Catholicossat de Cilicie ont aussi devant eux un champ immense de coopération constructive. Le monde actuel, du fait des idéologies qui s’expriment dans des valeurs matérialistes et en raison des ravages de l’injustice et de la violence, présente un véritable danger pour l’intégrité et l’identité de la foi chrétienne. Plus que jamais, l’Église du Christ doit, par sa fidélité à l’Évangile, porter au monde un message d’espérance et de charité et devenir la messagère ardente des valeurs évangéliques. Une collaboration active doit aussi être envisagée dans les domaines de l’étude et de l’enseignement de la théologie, de l’éducation religieuse, de l’évaluation des situations pastorales où il est possible d’agir en commun, de la promotion des valeurs éthiques; et encore, on doit chercher à faire face ensemble à divers problèmes relatifs à la mission et à l’engagement pastoral et spirituel pour le renouveau de la vie chrétienne et pour la transformation de la société. Le Pape et le Catholicos exhortent leurs clergés et leurs fidèles à prendre une part active à ces efforts qui doivent se concrétiser et s’organiser à tous les niveaux, notamment au niveau local où les fidèles sont ensemble confrontés à des situations difficiles. La foi chrétienne pousse aussi à collaborer plus efficacement pour promouvoir la dignité et les droits de tout être humain, ainsi que le droit de tous les peuples à voir reconnues leurs aspirations légitimes et leur identité culturelle.

L’Église arménienne fait face aujourd’hui à des conditions de vie et à des défis qui invitent à rendre plus efficace son témoignage en Arménie, au Nagorny-Karabakh, ainsi que dans la diaspora. Dispersés de par le monde, les fidèles de cette Église vivent dans des contextes où le dialogue est indispensable pour sa vie et pour son témoignage.

Dans les sociétés pluralistes d’aujourd’hui, caractérisées par des échanges, où cultures, religions et civilisations sont en relation et en interaction permanentes, les Églises ont vocation d’être les promoteurs du dialogue. Le contexte moyen-oriental présente une source d’enrichissement mutuel et de témoignage commun pour les chrétiens qui ont, avec leurs concitoyens musulmans, dans une large mesure la même histoire, les mêmes problèmes socio-économiques et le même destin politique. Les Églises sont d’ailleurs convaincues de l’importance d’un dialogue avec les Musulmans, et cela entre dans les tâches pour lesquelles il y a lieu qu’elles se concertent entre elles. Dans un tel cadre d’ailleurs, le dialogue ne reste pas intellectuel et théorique, mais il porte concrètement sur des éléments de l’existence quotidienne.

Au Moyen-Orient, la présence active et le témoignage dynamique des chrétiens revêtent une importance particulière, car ils sont engagés ensemble dans la lutte pour la justice et la paix. Il est donc indispensable de donner un nouvel élan à la mission spirituelle et sociale des Églises, dans les pays du Moyen-Orient, où apparaissent comme des priorités l’instauration d’une paix juste, globale et durable, et la solution équitable et satisfaisante du problème de la Ville sainte de Jérusalem.

Le Liban, où l’Église catholique et le Catholicossat de Cilicie ont une présence historique et tangible, est un cadre particulier dans lequel s’exerce leur mission. Les efforts des libanais pour la réconciliation et la reconstruction de leur pays ne doivent pas laisser en marge les valeurs morales et religieuses qui constituent l’identité même de la grande famille libanaise. Qu’ils œuvrent aussi pour que ce pays retrouve pleinement son identité, faite de liberté et de pluralisme, son unité, sa souveraineté et sa vocation spécifique dans la région et dans le monde!

En cette fin du deuxième millénaire chrétien et à l’approche du dix-septième centenaire de l’Église arménienne, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II et Sa Sainteté Aram Ier remercient et glorifient la Sainte Trinité qui donne la force spirituelle de rester fermement attaché aux impératifs de la foi apostolique et de la mission pastorale. Ils exhortent leurs clergés et leurs fidèles à œuvrer ardemment en vue de l’amour, de la réconciliation, de la justice et de la paix que demande l’Évangile, dans l’attente de la venue du Royaume de Dieu.

         

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