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Déclaration commune
du Pape Paul VI et de
l’Archevêque de Cantorbéry, Dr Donald Coggan

 

1. Après quatre cents ans de séparation, voici que pour la troisième fois en 17 ans un Archevêque de Canterbury et le Pape échangent le baiser de l’amitié chrétienne dans la ville de Rome. Onze ans se sont écoulés depuis la visite de l’Archevêque Ramsey, et il s’est passé pendant ce temps bien des choses qui nous ont permis de réaliser les espoirs exprimés alors et sont pour nous un motif de rendre grâce à Dieu.

2. Dés lors que l’Église catholique romaine et les Églises de la Communion anglicane ont cherché à progresser dans la compréhension mutuelle et la charité chrétienne, elles en sont arrivées à reconnaître, à apprécier, dans un sentiment d’action de grâces, une foi commune en Dieu notre Père, en Jésus-Christ notre Seigneur, et en l’Esprit Saint; notre baptême commun dans le Christ; le fait que nous avons en commun les Saintes Écritures, le Symbole des Apôtres et celui de Nicée, la définition de Chalcédoine et l’enseignement des Pères; notre héritage chrétien qui a été commun pendant de nombreux siècles, avec ses traditions vivantes quant à la liturgie, la théologie, la spiritualité et la mission.

3. En même temps, en exécution de l’engagement pris il y a onze ans d’«inaugurer sérieusement un dialogue qui soit fondé sur l’Évangile et les traditions anciennes qui leur sont communes, et qui puisse conduire à cette unité dans la vérité pour laquelle le Christ a prié» (Déclaration commune PPVI/ABC, 1966), des théologiens anglicans et catholiques ont abordé avec sérénité et objectivité les différences historiques et théologiques qui nous ont divisés. Sans engager les Autorités respectives dont ils dépendent, ils ont étudié ensemble ces problèmes, et au cours de leurs travaux ils ont découvert des convergences théologiques souvent aussi inattendues qu’elles étaient heureuses.

4. La Commission internationale anglicans-catholiques a rédigé trois documents concernant: l’Eucharistie, Ministère et Ordination, Église et Autorité.

Nous souhaitons maintenant que le travail qu’elle a commencé soit poursuivi selon des procédures appropriées à nos Communions respectives, de telle sorte que ces dernières soient guidées sur le chemin qui mène à l’unité.

Le moment viendra bientôt où les Autorités respectives devront évaluer les conclusions.

5. La réponse des deux Communions au travail et aux fruits du dialogue théologique dépendra de la réponse concrète que les fidèles donneront à la tâche de la restauration de l’unité: cette tâche, selon l’expression du Concile Vatican II, «concerne l’Église entière, aussi bien les fidèles que les Pasteurs, et touche chacun selon ses possibilités» (Décret Unitatis Redintegratio, n. 5). Nous nous réjouissons de voir que cette réponse pratique s’est déjà manifestée sous tant de formes de coopération pastorale, en de nombreuses parties du monde: rencontres d’Évêques, de prêtres et de fidèles.

6. Pour ce qui est des mariages mixtes entre anglicans et catholiques, où la tragédie de notre séparation dans le sacrement de l’union est fortement ressentie, la coopération dans le souci pastoral (cf. Matrimonia mixta, n. 14), a eu comme résultat en de nombreux endroits, une entente accrue. Un dialogue sérieux a dissipé beaucoup de malentendus et a montré que nous possédons encore ensemble beaucoup de choses qui sont profondément enracinées dans la tradition et dans l’idéal chrétien du mariage, même si des différences importantes persistent, surtout en ce qui concerne le remariage après divorce. Nous suivons avec attention le travail jusqu’ici accompli dans ce dialogue de la Commission conjointe, sur la théologie du mariage et son application aux mariages mixtes. Ce travail a mis en relief la nécessité de la fidélité et du témoignage en ce qui concerne l’idéal du mariage, manifesté dans le Nouveau Testament et enseigné de façon constante dans la tradition chrétienne. Nous avons un devoir commun de défendre cette tradition et cet idéal et les valeurs morales qui en dérivent.

7. Toute cette coopération, qui doit continuer à se développer et à s’élargir, constitue la véritable base pour un dialogue continu, pour l’extension et l’appréciation générales de ses fruits, et pour que l’on progresse ainsi vers le but qui est voulu par le Christ: le rétablissement de la complète communion dans la foi et la vie sacramentelle.

8. Ce qui nous pousse à agir en ce sens, c’est la sublime vocation chrétienne elle-même qui est une invitation à la communion; comme le dit Saint Jean: «ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous; et nous sommes, nous, en communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ» (1 Jn 1, 3). Si nous voulons continuer à marquer des progrès dans la convergence doctrinale et aller résolument de l’avant vers la communion d’esprit et de cœur pour laquelle le Christ a prié, nous devons examiner encore plus à fond les intentions qu’Il avait en fondant l’Église et affronter avec courage toutes les exigences qu’elles impliquent.

9. Cette communion avec Dieu dans le Christ grâce à la foi, au baptême, et au don que nous lui faisons de nous-mêmes, est au centre du témoignage que nous rendons devant le monde, même lorsque la communion entre nous est imparfaite. Nos divisions mettent un obstacle à ce témoignage, elles mettent un obstacle à l’œuvre du Christ (cf. Evangelii Nuntiandi, n. 77), mais elles ne ferment pas toutes les routes que nous pouvons parcourir ensemble. Dans un esprit de prière et de soumission à la volonté de Dieu, nous devons collaborer plus étroitement «de façon à pouvoir dès maintenant, dans le même travail d’évangélisation, témoigner ensemble et plus largement du Christ dans le monde» (Evangelii Nuntiandi, n. 77).

C’est notre désir que soient recherchés les moyens de cette collaboration: la faim spirituelle croissante dans toutes les parties du monde nous invite à un tel cheminement commun.

Cette collaboration poursuivie jusqu’aux limites permises par la vérité et la loyauté créera le climat dans lequel le dialogue et la convergence doctrinale pourront porter des fruits. En attendant qu’ils mûrissent, il reste de sérieux obstacles, qu’ils viennent du passé ou qu’ils soient d’origine récente. Beaucoup, dans les deux Communions, se demandent s’ils ont une foi commune suffisante pour se traduire dans une communion de vie, de culte et de mission. Ce sont seulement ces Communions qui peuvent apporter une réponse à travers leurs Autorités pastorales. Quand le moment de la donner sera venu, puisse cette réponse briller de tout son éclat en esprit et en vérité, sans être obscurcie par les animosités, les préjugés et les soupçons du passé.

10. Nous ne pouvons faire moins que de tendre de toute notre âme vers ce but, sans épargner aucun effort pour le rendre plus proche: être baptisé dans le Christ, c’est être baptisé dans l’espérance «et l’espérance ne déçoit pas, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5, 5).

11. L’espérance chrétienne se manifeste dans la prière et dans l’action, dans la prudence mais aussi dans le courage. Nous-mêmes nous encourageons et nous exhortons les fidèles de l’Église catholique romaine et de la Communion anglicane à vivre et à travailler avec courage dans cette espérance de réconciliation et d’unité dans notre même Seigneur.

Du Vatican, le 29 avril 1977.

* * *

Puis, au moment de prendre congé, le Saint-Père a accompagné son illustre visiteur jusqu’au seuil de la Chapelle Pauline où il a échangé avec lui quelques dernières et très affectueuses paroles.

Dans la soirée, une réception eut lieu dans les salons des Chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulcre, réception au cours de laquelle l’Archevêque put saluer des membres importants de la Curie. La journée se termina par un banquet offert par le Secrétariat pour l’Unité des Chrétiens. Parmis les invités: Leurs Eminences les Cardinaux Knox et Philippe, Monseigneur Benelli et Monseigneur Casaroli.

Pour leur dernière matinée à Rome, l’Archevêque et sa suite visitèrent les fouilles sous la Confession de St. Pierre, et terminèrent par une visite de la Basilique elle-même.

   

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