Cette Déclaration sur Le don de lautorité
cherche à approfondir et à élargir laccord sur
lun des problèmes les plus difficiles qui se posent au
mouvement cuménique. Le document reconnaît franchement
la difficulté, mais elle ne lempêche pas de prendre
avec courage une position claire :
La nature et lexercice de l'autorité dans les Eglises
et dans la société sont lobjet dun vaste débat.
Anglicans et catholiques romains veulent témoigner devant les Eglises
et devant le monde que l'autorité correctement exercée est
un don de Dieu qui apporte réconciliation et paix à lhumanité.(1)
Si ce texte navait dautre résultat que dêtre
sans cesse dans lesprit de ses lecteurs et de ceux qui viendraient à
jeter un coup dil sur son titre le rappel que les notions d«
autorité » et de « don » vont ensemble, ce serait là
déjà un précieux service rendu à lunité
chrétienne. Il ne pourra jamais y avoir de réconciliation
sur la question de lautorité, entre les communautés
chrétiennes divisées, si ces communautés ne voient
pas lautorité comme quelque chose de positif.
Mais à part lintérêt de faciliter une plus
grande unité, une approche positive de lautorité,
consistant à voir en elle un don de Dieu, est nécessaire
surtout parce quune telle approche est vraie. Dieu veut en effet que
l'Eglise soit guidée par la grâce de sa propre autorité,
active dans les missions salvatrices du Fils et du Saint-Esprit. LEvangile
de Matthieu se termine sur ces paroles consolantes et stimulantes de Jésus
:
Toute autorité ma été donnée au ciel
et sur la terre. Allez donc et de toutes les nations faites des disciples,
les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, leur
apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé, et
voici je suis avec vous toujours jusquà la fin des temps (Mt
28,18-20 ).
Cette autorité est partagée de manière unique avec
ceux qui, successeurs des apôtres, sont ordonnés au ministère
épiscopal et chargés de servir lunité de l'Eglise
dans la foi et la charité. En accomplissant ce ministère
selon les besoins du temps et des circonstances, ils ont le devoir de décider
de questions relatives à la doctrine et à la vie de l'Eglise.
Au temps de la division entre l'Eglise dAngleterre et l'Eglise
catholique romaine, ces convictions ne furent pas matière à
controverse entre les deux communautés. ARCIC II veut les affirmer
une fois de plus, dans le contexte dune réflexion ecclésiologique
sur la nature et lexercice de lautorité dans l'Eglise
en général. Ce contexte rend possible une tentative sereine
et prudente darriver à une compréhension commune de ce
qui fut un vrai contentieux au temps de la rupture entre les deux
communautés : le ministère de la primauté de lévêque
de Rome au service de lunité universelle.(2)
Une autre caractéristique du texte est sa « catholicité
», dans le sens, plein et riche, où anglicans et catholiques
se disent les uns et les autres « catholiques ». Cette qualité
apparaît spécialement dans le refus inflexible du document de
se laisser prendre à de trompeuses alternatives ou dopposer
des traits de la vie chrétienne qui doivent en réalité
être tenus ensemble, en complémentarité. Le don de
lautorité refuse ainsi dopposer la liberté
et lobéissance. Jésus, auteur de la vérité
qui rend libre (Jn 8,31), est aussi celui dont la soumission à la
volonté du Père peut être qualifiée à
juste titre d « obéissance [...] qui est source de vie »
(cf. Don, 10). Ou encore, il ne peut être question de
choisir entre la foi de lindividu ou la foi de l'Eglise (cf.
Don, 11-13). Elles vont ensemble. De même, l'Eglise na
pas à se demander, pour discerner la volonté de Dieu, sil
faut consulter l'Ecriture ou la Tradition, il faut les deux. Le
texte montre de façon précise que diverses dichotomies de ce
genre sont de fausses alternatives. Aucune ecclésiologie adéquate
ne peut se satisfaire dune liste de « ou bien ou bien »,
du genre : ou la Parole de Dieu ou lautorité de l'Eglise,
ou le ministère ordonné ou le laïcat, ou l'Eglise
locale ou l'Eglise universelle, ou la synodalité ou la
primauté. Le désaccord sur lautorité découle
souvent de lerreur qui consite à opposer deux réalités
ou deux valeurs, ou deux sujets, qui tout simplement ne sopposent
pas. La grand mérite de la Déclaration est de lindiquer
constamment.
Le résultat de cette catholicité théologique est un
texte très riche du point de vue de lecclésiologie. Je
ne me risquerai pas à évaluer la manière dont il reflète
effectivement lhéritage doctrinal anglican, mais les
catholiques y trouveront bien des échos des thèmes auxquels
les ont familiarisés le Deuxième concile du Vatican et les écrits
des papes Paul VI et Jean-Paul II. Et même, dans ce qui est peut-être
parmi les paragraphes les plus remarquables dans le dialogue cuménique
à ce jour, il y a un effort pour réaffirmer certaines des
doctrines essentielles de la Constitution Pastor aeternus de
Vatican I sur la primauté et linfaillibilité papales
(cf. Don, 45-48).
Première partie: lappui des accords précédents.
Le texte a quatre parties, dont la première est rétrospective.
Elle regarde le passé et cherche à résumer les
convergences acquises dans les textes antérieurs de lARCIC
sur l'autorité ( « Déclaration de Venise », 1976,
avec l « Elucidation », « Déclaration de
Windsor », de 1981). Les réponses officielles de la Communion
anglicane en 1988 et de l'Eglise catholique romaine en 1991 à
ces textes se sont avérées extrêmement utiles à
la commission de dialogue pour cerner les thèmes précis à
examiner dans ce troisième document sur lautorité. Ces
réponses officielles ont aidé la commission à
formuler son but précis, comme étant de chercher à élargir
laccord sur les sujets suivants :
- la relation entre l'Ecriture, la Tradition et lexercice
de lautorité doctrinale ;
- la collégialité, la conciliarité et le rôle
des laïcs dans les prises de décision ;
- le ministère pétrinien de la primauté
universelle, en relation avec l'Ecriture et la Tradition. (Don
,3).
Le fait que la Déclaration vise de nouveaux progrès
sur précisément les questions jugées par les réponses
officielles comme ayant besoin dêtre travaillées
davantage, est important pour discerner sa part dans lévaluation
du degré daccord entre anglicans et catholiques au sujet de lautorité.
Cet accord est plus large et plus profond que ce qui est exprimé
dans ce seul texte, précisément parce que dans une certaine
mesure il se limite à des problèmes non suffisamment résolus
par les accords antérieurs. On ne devra pas oublier limportante
attention accordée dans les documents précédents à
des questions telles que le ministère de lépiscopè,
la primauté régionale, la juridiction, le ius divinum
et les textes pétriniens du Nouveau Testament. Le sous-titre : «
Lautorité dans lEglise III », est à
prendre à la lettre.
Deuxième partie: l'autorité dans l'Eglise.
Cette partie et la suivante représentent ce qui est précisément
le nouveau stade daccord atteint avec Le don de lautorité.
La deuxième partie discute de lautorité en référence
à l'Eglise locale et universelle (Don, 13-14 ; 22-27
; 30), à l'Ecriture et à la Tradition (Don,
14-23), à lapostolicité et à la catholicité
(Don, 16-17 ; 26-27). Cest tout le peuple de Dieu qui est le
récepteur de la Parole de Dieu transmise dans l'Ecriture et
la Tradition (Don, 28). Au sein du peuple, lattention se
porte particulièrement sur la relation entre le croyant individuel
et l'Eglise locale (Don, 11-13) et sur la relation entre
ceux chargés du ministère de lépiscopè,
dune part, et le peuple doté du sensus fidei dautre
part (Don, 24-30). Les paragraphes qui suivent vont tenter de dégager
quelques uns des thèmes importants de cette deuxième partie.
Tout dabord, lestimation positive de l'autorité, qui
est le leitmotiv du document, ressort clairement de lheureuse
initiative davoir fait un refrain du mot hébreu « Amen »,
expression biblique de la foi comme acte et comme attitude.
En Jésus Christ, Fils de Dieu et né dune femme, le «
Oui » de Dieu à lhumanité et l « Amen »
de lhumanité à Dieu deviennent une réalité
humaine concrète. Ce thème du « Oui » de Dieu et
de l « Amen » de lhumanité en Jésus
Christ est la clé de létude de l'autorité dans
cette déclaration (Don, 8).
Les différents sujets traités : lacte de foi du
croyant individuel, la foi de l'Eglise locale, la réception
de la Tradition et de l'Ecriture ou la catholicité qui unit
les Eglises locales dans le temps et lespace, sont tous développés
dans le cadre de l« Amen » dit à Dieu en réponse
au « Oui » de Dieu aux humains. Ce fil dor continue dans
les autres parties du document, jusquà la toute dernière
phrase du texte, qui rassemble habilement les affirmations précédentes,
les plaçant de façon précise dans la perspective de
la recherche de la pleine communion : « Ainsi, l Amen
quanglicans et catholiques romains disent à lunique
Seigneur est plus près de devenir un Amen dit ensemble
par lunique et saint peuple de Dieu, témoignant du salut de
Dieu et de son amour de réconciliation dans un monde brisé ».
(Don, 63). De cette façon, la commission a sagement choisi
de rappeler que lacte très banal et sans problèmes de
dire « Amen » importe à la question de l'autorité
dans l'Eglise. Lexercice de l'autorité au sein de l'Eglise
et lacceptation de cet exercice doivent être compris comme
constitutifs de l « Amen » de l'Eglise à
Dieu.
Cette approche positive est renforcée par le fait que la deuxième
partie s'ouvre sur plusieurs paragraphes fortement bibliques et
trinitaires. Le matériau biblique appuie le sens chrétien de
la normativité de la Parole de Dieu. Une attitude positive envers
l'autorité a pour elle la sanction des Ecritures. Jésus
lui-même est le modèle de l'acceptation de l'autorité
du Père et de l'obéissance à cette autorité
dans la puissance du Saint-Esprit. Le thème trinitaire illustre ce
que le décret de Vatican II sur l'cuménisme, Unitatis
redintegratio, 11, proposait comme un sain principe de méthode à
appliquer dans le dialogue cuménique, en attirant l'attention
sur l'ordre, ou la "hiérarchie", qui existe entre les vérités
de foi. Lorsque la question de l'autorité ecclésiale est
située dans le contexte des vérités centrales de la
foi, de l'économie par laquelle le Dieu Un et Trine réalise
le salut des humains, elle apparaît dans une lumière bien
plus positive. La Déclaration sur Le don de l'autorité
devrait en être plus convaincante et plus crédible, non
seulement pour les anglicans et les catholiques romains, mais aussi pour
les membres d'autres communautés.
La relation entre la Tradition et l'Ecriture, entre l'interprétation
du magistère et la réception, domine la deuxième
partie du la Déclaration. Le texte part de la Tradition, se
référant explicitement à la fameuse déclaration
de la Commission Foi et Constitution de Montréal en 1963 (Don,
14-18). Dans cette section, le lecteur peut observer la remarquable qualité
synthétique du texte. Le Saint-Esprit guide le processus de
tradition (pneumatologie) à travers le ministère de la Parole
et du Sacrement, et dans la vie commune du peuple de Dieu
(les trois dimensions de la communion, qui correspondent à l'agir
du Christ comme prophète, prêtre et berger/roi
; cf. Lumen gentium, 13-14 et Unitatis redintegratio, 2;
Don, 14). La Tradition est « un canal de l'amour de Dieu »,
qui est « partie intégrante de l'économie de la grâce
», un « acte de communion », qui « unit les Eglises
locales » les unes aux autres, ainsi qu' « à celles qui
les ont précédées dans l'unique foi apostolique ».
Le processus de tradition est ainsi un fait de « réception
constante et perpétuelle » dans les temps et circonstances
diverses. Il élicite l' « Amen » qui unit l'Eglise
entière dans la réponse au « Oui » de Dieu à
l'humanité (Don, 15-16). Yves Congar a souvent souligné
la qualité profondément synthétique qui caractérisait
les écrits de tant de Pères de l'Eglise. Il semble
clair que ce texte jouit lui aussi d'un tel don de synthèse. Ses
auteurs ont choisi avec raison une manière de penser patristique.
L'Ecriture est située dans le contexte de la Tradition.
Elle a une « place normative » parce qu' «unique
attestation inspirée» ; elle fait par là « seule
autorité». La discussion relative à l'Ecriture
frappe par son extrême souci des enjeux herméneutiques. La
manière dont la composition des livres du Nouveau Testament s'est
faite, en rapport avec les questions auxquelles étaient confrontées
les communautés locales de l'âge apostolique, semble saccorder
avec l'approche historico-critique adoptée par la plupart des
savants biblistes (cf. Don, 20-21). Mais même ici il y a
lieu de nuancer. L'interprétation n'est pas simplement laissée
aux érudits, elle est une activité ecclésiale. «
La signification de l'Evangile révélé de Dieu
n'est pleinement perçue qu'au sein de l'Eglise » (Don,
23). Ce paragraphe du texte non seulement affirme la nécessité
de la foi comme présupposé herméneutique sans lequel
une interprétation adéquate de la Bible est impossible, mais
il note en plus que « la foi de la communauté précède
la foi de l'individu » (Don, 23). Il est extrêment
satisfaisant de voir dans cette discussion de l'autorité de l'Ecriture
que l'interprétation individuelle est présentée comme
guidée par celle de la communauté à laquelle elle
contribue à son tour. Quand il est affirmé (Don, 23)
que «l'Eglise ne saurait être décrite en sa vérité
comme un aggrégat de croyants individuels, pas plus que sa foi nest
la somme des croyances individuelles», il est difficile pour un
catholique de ne pas penser à des formules semblables utilisées
par le Pape Jean-Paul II en parlant de la relation des évêques
au collège épiscopal,(3) ou par la Congrégation pour
la Doctrine de la foi à propos de l'unité des Eglises
locales au sein de l'Eglise universelle.(4) En outre, le contenu
herméneutique de la Déclaration est en résonance
avec le travail fait récemment par la Commission Foi et
Constitution sur l'herméneutique cuménique. Il serait
tout-à-fait intéressant d'examiner comment les résultats
de ces deux commissions pourraient s'éclairer mutuellement.
Les divisions chrétiennes ont été parfois attribuées
à une prétendue opposition entre l'Ecriture, que l'on
doit suivre puisqu'elle est la Parole de Dieu, et la Tradition, accusée
de contredire l'Ecriture en introduisant des nouveautés. Ou
encore, certains ont vu une opposition entre l'obéissance à
l'Ecriture et l'obéissance à ceux qui exercent
l'autorité dans l'Eglise. Le présent texte contient
un certain nombre de vrais joyaux, dont l'un répond exactement à
ces prétendues oppositions, en montrant, de manière très
satisfaisante, l'harmonie existant entre l'Ecriture, la Tradition,
l'autorité et l'obéissance.
La formation du canon des Ecritures était partie intégrante
du processus de la tradition. La reconnaissance par l'Eglise de ces Ecritures comme canoniques, après une longue période
de discernement critique, représentait à la fois un acte dobéissance
et un acte dautorité. Acte dobéissance,
en ce que l'Eglise discernait et recevait le « Oui »
vivifiant de Dieu par les Ecritures, les acceptant comme normes de
la foi. Acte dautorité, en ce que l'Eglise,
guidée par le Saint-Esprit, recevait et communiquait ces textes en
déclarant quils étaient inspirés et que dautres
ne sauraient être inclus dans le canon (Don, 22).
Les deux paragraphes amenés par le sous-titre spécifique «
Réception et Re-réception » contiennent des
propositions qui plairont beaucoup aux catholiques, mais j'imagine qu'on
pourrait en dire autant des anglicans. Tout d'abord, la Declaration
affirme clairement que c'est la totalité de la Tradition
apostolique qui est reçue par l'Eglise. La réponse
catholique officielle à la discussion de l'ARCIC I sur l'autorité
avait explicitement relevé comme un point faible la suggestion que
seules les doctrines centrales pouvaient faire l'objet de définitions
solennelles par les détenteurs de l'autorité dans l' Eglise.(5)
Ce qui semblait suggérer une sorte de supériorité et
d'indépendance de l'Eglise par rapport à la Révélation
par le fait de déclarer quelles sont les doctrines centrales et
normatives, tout en laissant libre le croyant individuel pour les vérités
jugées non centrales. Ce thème a fait l'objet d'amples
discussions au cours des trente dernières années, spécialement
de la part de ceux qui ont essayé d'expliquer la compatibilité
entre l'enseignement de Vatican II sur la « hiérarchie des vérités
» et la conviction traditionnelle que l'autorité de Dieu est
sous-jaçante à la totalité de la révélation,
conviction exprimée, pour ne donner qu'un exemple, dans
l'encyclique Mortalium animos de Pie XI en 1928. Le présent
texte atteste sans ambiguïté que catholiques et anglicans sont
convaincus que l' « Amen » de l'Eglise est donné à
toute la révélation de Dieu, et pas seulement à ce
qui peut en être considéré comme ses articles les plus
fondamentaux. En même temps, il illustre joliment la hiérarchie
des vérités, comme noté ci-dessus, quand il relie
organiquement ses diverses affirmations les unes aux autres et aux vérités
fondamentales sur la Trinité en tant que base ultime de la vie de
l'Eglise et de l'exercice de l'autorité ecclésiale.
De plus, la réception est présentée comme une
activité dans laquelle la mémoire de l'Eglise est
rafraîchie et même guérie. A mon avis, ceci est un des
thèmes les plus profonds et les plus prometteurs de ceux liés
à la notion théologique de réception. Il s'harmonise
bien avec l'appel de Jésus à la conversion, la metanoia,
et à un changement d'esprit et de cur. En ce sens, la notion
de « re-réception » peut même trouver un fondement
vétérotestamentaire dans l'appel des prophètes à
se rappeler l'Alliance tombée dans l'oubli et à réformer
sa vie en conséquence. Ceci va très bien avec une approche
catholique de l'cuménisme qui a constamment souligné
la conversion comme une partie absolument nécessaire de la marche à
la pleine communion. Le Pape Jean-Paul II peut même bien avoir forgé
une formule neuve à cet égard, en parlant de « dialogue
de conversion ».
LEglise catholique doit entrer dans ce quon pourrait
appeler un « dialogue de conversion », qui constitue le
fondement spirituel du dialogue cuménique. Dans ce dialogue,
qui a lieu devant Dieu, chaque individu doit reconnaître ses propres
fautes, confesser ses péchés et se mettre dans les mains de
Celui qui est notre intercesseur devant le Père, Jésus
Christ. ... Le « dialogue de conversion » avec le Père,
de la part de chaque communauté, avec la pleine acceptation de tout
ce quil exige, est la base de relations fraternelles qui veulent être
quelque chose de plus quune simple entente cordiale ou une
sociabilité purement extérieure. Les liens de la koinonia
fraternelle doivent être forgés devant Dieu et dans le Christ
Jésus (Ut unum sint, 82).
La deuxième partie se conclut par six paragraphes qui relient
l'autorité à la catholicité de l'Eglise. On y
affirme plusieurs points importants. Tout d'abord, l'Eglise est
comprise comme un tout, s'étendant dans le temps et l'espace (Don,
26). Il faut voir là une claire opposition à une ecclésiologie
qui poserait l'Eglise locale comme une communauté se
suffisant à elle-même. Même affirmation, et même
en plus explicite, dans la discussion de la troisième partie sur la
synodalité :
Linterdépendance mutuelle de toutes les Eglises est
constitutive de la réalité de l'Eglise telle que Dieu
la veut. Aucune Eglise locale inscrite dans la Tradition vivante ne
peut se considérer comme auto-suffisante (Don, 37).
Même l'Eucharistie, sommet de la vie de l'Eglise locale, révèle
le dynamisme indéracinable qui met la communauté locale en
communion avec l'unité catholique du tout.
LEglise locale est une communauté eucharistique. Au
centre de sa vie est la célébration de la Sainte Eucharistie
dans laquelle tous les croyants entendent et reçoivent le «
Oui » de Dieu pour eux en Christ. Dans la grande Action de grâces,
lorsque le mémorial du don de Dieu dans luvre
salvifique du Christ crucifié et ressuscité est célébré,
la communauté est une avec tous les chrétiens de toutes les
Eglises
qui, depuis le commencement et jusquà la fin, prononcent l
« Amen » de lhumanité à Dieu,- l «
Amen » dont lApocalypse affirme quil est au cur de
la grande liturgie du ciel (Ap 5, 14, 7, 12). (Don, 13).(6)
En second lieu, l'Eglise comme telle est présentée
comme étant le seul sujet qui entre en ligne de compte pour la réception
et la transmission de la Tradition vivante. Laïcs, théologiens
et ministres ordonnés, tous ont une responsabilité dans la réception
et la transmission de la Parole de Dieu, chacun selon sa capacité
spécifique (Don, 28). Les catholiques reconnaîtront
immédiatement l'affinité de ce paragraphe avec Lumen
Gentium 12, de Vatican II, qui affirme que « le saint Peuple de
Dieu a part également à l'office prophétique du
Christ » et que « le corps entier des fidèles ... a une
onction qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2,20 et 27) ». Dans ce contexte,
la Déclaration décrit le sensus fidei comme «
une capacité active de discernement spirituel, une intuition formée
par la participation au culte et par la vie en communion comme membre fidèle
de l'Eglise » (Don, 29). La discussion du sensus
fidei et de la notion corrélative de sensus fidelium,
semble être une des principales manières dont ARCIC II exécute
la tâche requise par la réponse anglicane officielle à
ARCIC I, qui demandait que la suite du dialogue examine « le rôle
des laïcs dans les prises de décision au sein de l'Eglise
».(7) La relation entre ceux qui exercent l'épiscopè,
« le ministère de la mémoire » d'une part, et tout
le peuple dont la réception de la Parole de Dieu dans la foi peut
se résumer dans le sensus fidelium, d'autre part, est décrite
à l'aide de l'analogie de la symphonie. Du fait que le Saint-Esprit
est à l'uvre dans l'Eglise, il y a harmonie entre épiscopè
et sensus fidelium. Le « ministère [...] de l'évêque
et de ceux ordonnés sous sa responsabilité» est
attentif et « sensibilisé au sensus fidelium, quils
ont eux aussi en partage... Le sensus fidelium du peuple de Dieu
et le ministère de la mémoire existent ainsi ensemble et
dans une relation réciproque » (Don, 30). Alors que
ces affirmations sont vraies, en même temps on se demande si le
texte ne ferait pas bien de considérer également la très
réelle possibilité de tensions dans la communauté à
propos de questions de foi et de discipline. Je reviendrai sur ce point
dans une section concernant des améliorations possibles
susceptibles de rendre encore plus impressionnant l'accord enregistré
dans le présent texte.
Troisième partie: l'exercice de l'autorité dans l'Eglise.
Il faut noter ici l'emploi du mot « exercice ». La Déclaration
insiste sur le style dans lequel l'autorité doit être
exercée dans l'Eglise, spécialement en se référant
à «l'esprit et l'exemple » de Jésus et à
son «autre façon de faire», caractérisée
par son service et son abnégation (cf. Don, 5, 9, 35, 48,
49). Le texte ne cache pas qu'il peut y avoir abus et déformation
de l'autorité, du fait de la malice ou de la faiblesse de ceux qui
l'exercent (Don, 5, 25, 48). Ceci dit, la troisième partie
ne porte pas simplement sur les vertus nécessaires à
l'exercice de l'autorité dans l'Église, mais également
sur les buts, les sujets et les caractéristiques de cet exercice.
Il semble y avoir cinq thèmes spécifiques dans cette
section, dont chacun appelle un bref commentaire : l'unité pour la
mission, la synodalité, la vérité, la primauté
et la discipline.
Du simple point de vue du nombre de paragraphes dans notre texte, la
section sur mission et unité est tout-à-fait centrale. On
pourrait dire que là se trouve également le cur
doctrinal de l'accord. Les paragraphes 32 et 33 tentent de fournir la raison
d'être [en français dans le texte : n.d.T.] de lautorité
dans l'Eglise. Quel est son but ? La commission situe utilement ce
but dans le contexte du but de l'Eglise comme telle. L'Eglise
existe comme instrument pour continuer la mission du Christ de promouvoir
la réalisation du Royaume de Dieu. Ce royaume est par nature
communion.(8) La mission de l'Eglise est d'être un instrument
de communion (cf.1 Jn 1, 1-3). Le manque d'unité nuit à
cette mission ; Jésus prie pour que ses disciples soient un, «
afin que le monde croie » (Jn 17, 21). Le présent texte
exprime très bien ces points :
Lorsque les chrétiens ne saccordent pas sur l'Evangile
lui-même, la prédication « en puissance » est
compromise. Nétant pas un dans la foi, ils ne peuvent être
un dans la vie, et donc démontrer pleinement leur fidélité
à la volonté de Dieu qui est la réconciliation de
toutes choses avec le Père en Christ (cf. Col 1, 20).... Pour ceux
qui sont investis de lautorité dans l'Eglise, lenjeu
et la responsabilité de leur ministère sont de promouvoir lunité
de toute l'Eglise dans la foi et la vie dune façon qui
enrichisse, loin de lamoindrir, la légitime diversité
des Eglises locales.(Don, 33).
Du point de vue catholique, cela est très utile en ouverture
d'une section qui va traiter de l'épiscopat, de la synodalité
et de la primauté. Lumen Gentium 23 associe intimement le
ministère des évêques et du pape à la fonction
de servir l'unité de l'Eglise, et cela précisément
dans le contexte de la mission de l'Eglise d'annoncer l'Evangile
au monde entier.(9) On pourrait dire que les thèmes dominants de
l'ecclésiologie catholique dans la période après
Vatican II tournent autour des questions de la communion (l'unité)
et de la mission. Même les plus récents synodes généraux
concernant les laïcs, les ministres ordonnés et les personnes
vouées à la vie consacrée, ont tous développé
la compréhension de ces vocations en termes de l'ecclésiologie
de communion et de mission. Le Pape Jean-Paul II fut guidé par ces
discussions dans la rédaction de ses trois exhortations
apostoliques, fruits de ces synodes : Christifideles laici, Pastores
dabo vobis et Vita consecrata. A présent, dans leur déclaration
sur Le don de l'autorité, les membres de ARCIC II nous ont
donné deux précieux paragraphes qui relient l'autorité
dans l'Eglise précisément à sa nature comme
communion et mission.
Les paragraphes consacrés à la synodalité (Don,
34-40) commencent par une belle description de l'Eglise, en tant
que constituée de la communion de toutes les Eglises
locales, comme une communauté cheminant ensemble (jeu de mot sur le
grec synodos) sous la conduite du Saint-Esprit, dans la fidélité
à la vivante Parole de Dieu. A la suite viennent les paragraphes
les plus forts du document, sur les évêques. Il leur faut une
autorité pastorale certaine pour lexercice effectif de l'épiscopè
dans une Eglise locale. Ce qui signifie qu'ils doivent pouvoir
prendre et appliquer des décisions dans l'intérêt de
la communion. Les fidèles « ont le devoir de recevoir et
d'accepter » ces décisions. « La juridiction des évêques
est une conséquence de l'appel qu'ils ont reçu de conduire
leurs Eglises ... ; ce n'est pas un pouvoir arbitraire donné
à un seul au détriment de la liberté des autres ».
Il y a une complémentarité entre l'évêque et la
communauté, qui est symbolisée et exprimée par le
dialogue de la prière entre le président et le peuple durant
la célébration de l'Eucharistie . Ces affirmations, toutes
d'après Don, 36, réussissent à harmoniser une
autorité épiscopale claire et décisive avec le sens
et le respect de la foi des croyants individuels qui constituent la
communauté. C'est là la sorte d'autorité qu'on
associe naturellement à Jésus lui-même, le berger et
l'évêque des âmes (cf. 1 P 2, 25). La section poursuit
en rappelant quelques unes des structures qui facilitent la synodalité,
soulignant que «la garde de la communion requiert qu'à tous
les niveaux il y ait la capacité de prendre les décisions
appropriées à ce niveau. Lorsque ces décisions soulèvent
de sérieuses questions pour la communion générale des
Eglises, la synodalité doit s'élargir en conséquence
» (Don, 37). Afin d'actualiser cette synodalité les évêques
ont besoin de se rencontrer. La consultation des fidèles est également
un aspect nécessaire du gouvernement épiscopal (Don,
36). Les paragraphes 39-40 exposent de façon fascinante les différentes
manières dont les anglicans et les catholiques donnent expression à
la synodalité, exposé particulièrement intéressant
à cause des accents différents présents dans les
descriptions. Le paragraphe 39 nous assure de la large pratique de la
synodalité et de la consultation du laïcat dans la Communion
anglicane ; mais il semble presque avoir à trop protester que les évêques
ont une responsabilité « distincte et décisive » ,
un « ministère distinct et propre» de gouvernement. Le
paragraphe 40, au sujet de l'Eglise catholique romaine, d'un autre
côté, suppose un vigoureux exercice de l'autorité épiscopale
et primatiale mais semble presque avoir à trop protester que «
la tradition de la synodalité n'a pas été interrompue
», et que les trois conciles tenus par l'Eglise catholique après
la Réforme, et notamment beaucoup de développements
structurels accomplis depuis Vatican II, ont conduit à un
accroissement de synodalité. Le texte ajoute : « En complément
de cette synodalité collégiale, une croissance de la
synodalité à l'échelon local développe la
participation active des laïcs à la vie et à la mission
de l'Eglise locale » (Don, 40). Ceci donne
l'impression que la participation du laïcat dans le catholicisme
n'est qu'au plan de l'Eglise locale, ce qui peut minimiser indûment
sa participation au plan national, régional ou même universel
(aux synodes généraux, par exemple). Ces deux différents
accents reparaîtront dans la quatrième partie, là où
la commission énumère quelques questions auxquelles
catholiques et anglicans sont respectivement confrontés (Don,
56-57).
La section sur la persévérance dans la vérité
(Don, 41-44) tente de tenir ensemble diverses affirmations qui
pourraient sembler être en tension les unes avec les autres. Elle
dit clairement qu'anglicans et catholiques peuvent affirmer tant l'indéfectibilité
que l'infaillibilité de l'Eglise. Tout comme Vatican I avait
enseigné que le pape, à certaines conditions, peut exercer «
cette infaillibilité dont le Christ a voulu que son Eglise
soit dotée » (Denzinger-Hünermann, 3074), ainsi ARCIC II
note que lassurance, fondée sur la Bible, qu'ont à
juste titre les chrétiens pour proclamer la vérité de
l'Evangile repose sur la foi en la promesse de Jésus que le
Saint-Esprit n'abandonnera pas l'Eglise comme telle et la
guidera vers la vérité entière. Cette confiance est
ce qu'exprime notre conviction commune de l' « indéfectibilité
» de l'Eglise. Le texte essaie d'harmoniser une telle
confiance avec l'expérience que le développement doctrinal,
qui peut conduire à de nouvelles formulations de foi, consiste en
un processus prudent et circonspect dans lequel ces formulations sont testées.
Le « test » en question doit être compris daprès
les principes de l'Essai sur le développement doctrinal de
Newman, qui expose comment l'Eglise est arrivée à de
nouvelles formulations, telles que l'emploi du mot homoousious
pour décrire la relation du Fils au Père. Dans le contexte
de l'indéfectibilité, la Déclaration affirme
sans l'ombre d'un doute que c'est précisément le rôle
du collège des évêques que de «dégager et
prodiguer un enseignement auquel on peut se fier parce qu'il exprime en
toute sûreté la vérité de Dieu ». Il est
des circonstances dans lesquelles les évêques ont besoin
d'urgence de « tester de nouvelles formulations de foi »; ils
peuvent même, « assistés par le Saint-Esprit,... en
venir à un jugement qui, étant fidèle à l'Ecriture
et en harmonie avec la Tradition apostolique, est exempt d'erreur » (Don,
42).
Une des questions les plus cruciales dans le présent texte apparaît
précisément sur ce point, où ARCIC II tente
d'harmoniser le magistère infaillible du collège des évêques
avec la réception de son enseignement par tout le corps des
croyants. Au paragraphe 43, la Déclaration traite d'une préoccupation
présente dans les deux réponses officielles aux textes de
ARCIC I sur l'autorité. Comme on l'a vu, la réponse
anglicane appelait à la poursuite de l'examen du rôle des laïcs
dans les prises de décision au sein de l'Eglise. Le présent
texte semble se livrer à cette tâche, spécialement
dans ses réflexions sur le sensus fidelium et la réception,
objets de Don, 43. La réponse catholique officielle,
d'autre part, cite plusieurs passages de ARCIC I, comme :
... Les anglicans n'acceptent pas la possession garantie d'un tel don de
l'assistance divine dans la fonction de jugement inhérent à
la charge de l'Evêque de Rome, (assistance) en vertu de laquelle ses
décisions formelles peuvent être connues comme étant
totalement sûres avant leur réception par les fidèles.(10)
Ce texte concerne le magistère de l'Evêque de Rome, mais la
question centrale porte sur la « réception », qui est précisément
le sujet du paragraphe 43 que nous commentons. La réponse
catholique résume sa préoccupation sur cette question dans
les termes suivants :
Il est dit clairement, en outre, dans L'autorité dans l'Eglise,
Elucidation n.3, que la réception par le Peuple de Dieu d'une vérité
définie « ne crée pas la vérité ni ne légitime
la décision ». Mais comme on vient de le noter à propos
de la primauté, il semblerait qu'ailleurs le Rapport final voit l' «
assentiment des fidèles » comme requis pour qu'il soit reconnu
qu'une décision doctrinale du Pape ou d'un concile cuménique
est indemne d'erreur (A II, 27 et 31). Pour l'Eglise catholique, la
connaissance certaine de toute vérité définie n'est
pas garantie par le fait que la réception des fidèles la dit
conforme à l'Ecriture et à la Tradition, mais par la
définition infaillible elle-même de la part des détenteurs
authentiques du magistère.(11)
Comment notre texte traite-t-il ces questions ? D'abord, il déclare
que le corps entier des croyants participe dans des manières
distinctes à l'exercice du magistère dans l'Eglise.
Il ne dit pas que le corps entier des croyants est le détenteur de
cette autorité magistérielle attachée au collège
des évêques, autorité qui, daprès le précédent
paragraphe 42, peut, dans certaines conditions, arriver à un
jugement exempt d'erreur. Quelle est la nature de la participation en
question ? « Le sensus fidelium [y] est à l'uvre
», sans doute comme l'une de ces sources consultées par les évêques
avant toute décision. Les évêques ne consultent pas
seulement la Parole de Dieu telle qu'elle est exprimée dans l'Ecriture
et transmise par la Tradition, mais ils sont également attentifs à
la manière dont cette Parole a été reçue par
le peuple guidé par son sensus fidei et dont la compréhension
commune de la Parole peut être qualifiée de sensus
fidelium. La Déclaration veut dire que pareille
participation du corps entier ne fait pas que précéder
l'enseignement officiel mais qu'elle le suit aussi. Le texte poursuit :
Puisque c'est la fidélité de tout le peuple de Dieu qui
est en jeu, la réception de l'enseignement est partie intégrante
du processus. Les définitions doctrinales sont reçues comme
faisant autorité en vertu de la vérité divine
qu'elles proclament et à cause de la mission spécifique de
celui ou de ceux qui les proclament du sein du sensus fidei de
tout le peuple de Dieu. (Don, 43).
Il paraîtrait ici que ce n'est pas la réception qui est la
condition « garantissant » une définition infaillible.
Bien plutôt, si l'on veut parler de « garantie », ARCIC II
dirait que de telles définitions
« font autorité »
« en vertu de la vérité divine qu'elles proclament et à
cause de la mission spécifique de celui ou de ceux qui les
proclament ». L'expression «du sein du sensus fidei de
tout le peuple de Dieu » ne semble pas faire de la réception
la condition de possibilité d'une définition doctrinale,
mais semble plutôt confirmer les assertions des paragraphes 41 et
42, et également, auparavant, de Pastor aeternus de Vatican
I, selon lesquelles tout exercice du magistère infaillible ne peut
se justifier, en fin de compte, que comme exercice de cette «infaillibilité
dont le Christ a voulu que son Église soit dotée ». La
réception est néanmoins partie intégrante de telles définitions
car le but précis d'une définition est d'exprimer la foi
normative de l'Église, et donc la foi partagée par tous. Si
l'enseignement n'était pas reçu, il n'atteindrait pas son
but.
Pourquoi le corps des fidèles accepte-t-il une définition
doctrinale ?
Cest parce quil reconnaît que cet enseignement exprime
la foi apostolique et ne sécarte pas de lautorité
et de la vérité du Christ, Tête de l'Église. La
vérité et lautorité de la Tête est la
source de lenseignement infaillible dans le Corps du Christ. Le «
Oui » de Dieu révélé en Christ est la règle
à laquelle se mesure un tel enseignement normatif. Un tel
enseignement doit être accueilli par le peuple de Dieu comme un don
de lEsprit Saint destiné à maintenir l'Eglise
dans la vérité du Christ, notre « Amen » à
Dieu.(Don, 43).
Il semble clair, d'après ce texte, que ce n'est pas l'acceptation
par les individus qui peut être la source de l'enseignement
infaillible. Cette source est plutôt Jésus Christ, qui est la
tête de l'Eglise et qui agit par l'Eglise. La Déclaration
utilise ici, en référence à l'enseignement
infaillible, les deux verbes « être mesuré » et «
être accueilli ». Un enseignement peut-il être en même
temps mesuré et accueilli ? Cela signifie-t-il qu'un croyant
individuel ou que des groupes de croyants, ou le corps des croyants comme
tel, sont pour ainsi dire juges des définitions solennelles d'un
concile cuménique ou de l'Evêque de Rome voulant
enseigner de la manière décrite à Vatican I ?
Cela semble clairement n'être pas l'intention du texte. Il ne dit
pas que le croyant jouit d'une autorité plus haute que celle du
Christ ou que celle que le Christ lui-même exerce par le collège
épiscopal. Je soupçonne que la conjonction des deux verbes
veut au contraire marquer, dans ce contexte de la réception de
l'enseignement officiel, la même doctrine que le Pape Jean-Paul II a
indiquée dans le contexte de la relation entre la philosophie et la
théologie, c'est-à-dire qu'il ne peut y avoir en dernière
analyse de conflit entre la foi et la raison.(12) La foi des croyants
engage la personne humaine entière, et la saisie intellectuelle de
la doctrine par la personne engage nécessairement sa capacité
de jugement. On ne peut séparer l'un de l'autre les deux verbes «
accueillir » et « mesurer » du texte, en matière de
réception dune doctrine définie, comme si l'on était
capable d'accueillir un enseignement comme une interprétation
authentique de la Parole révélée de Dieu, tout en se
trouvant complètement incapable de mesurer si elle peut
raisonnablement être considérée comme telle. Dans ce
cas, la foi serait ramenée à un fidéisme aveugle,
rejeté à juste titre à la fois par Fides et ratio
et par Dei Filius de Vatican I, comme contraire à la dignité
de la personne humaine créée à l'image de Dieu.
La section sur la vérité se termine sur une répétition
de l'unique rôle et responsabilité du collège épiscopal,
qui « est lié, par la succession, aux apôtres » de
maintenir l'Eglise dans la vérité. Dans ce contexte,
la Déclaration redit avec Vatican II que l'évêque
individuel enseigne solidairement avec tout le collège épiscopal
et que le magistère doit être fidèle à l'Ecriture
et à la Tradition, car il n'est pas « au-dessus de la Parole
de Dieu mais à son service » (Don, 44 ; cf. Vatican
II, Dei verbum, 10).
La section consacrée à la primauté (Don,
45-48) commence par reconnaître que la synodalité de l'Eglise
a à son service non seulement l'autorité conciliaire et collégiale,
mais également l'autorité primatiale. Les deux communautés
reconnaissent le ministère primatial à différents
niveaux de la vie ecclésiale. Le paragraphe 46 reconnaît
explicitement sa dette envers ce qui doit être un des plus
importants acquis de ARCIC I : la reconnaissance commune non seulement du
besoin du ministère primatial au niveau universel, mais également
du fait que ce ministère doit être exercé par l'Evêque
de Rome. S'il est vrai que les origines de la division entre ces deux
communautés gisent « précisément dans le problème
de la primauté papale », comme le disait le Rapport de
Malte, alors il faut créditer ARCIC I d'avoir déjà
accompli une avancée d'importance historique.
La réponse officielle de la Communion anglicane à l'étude
que fait ARCIC I de la primauté appelait à poursuivre l'étude
- du fondement dans l'Ecriture et la Tradition du concept d'une
primauté universelle, en conjonction avec la collégialité,
comme instrument de l'unité,
- du caractère, en pratique, d'une telle primauté,
- et de l'expérience des autres Eglises chrétiennes
en matière d'exercice de la primauté, de la collégialité
et de la conciliarité.(13)
A propos de cette dernière demande, le paragraphe 4 de la Déclaration
mentionne brièvement que tant les catholiques que les anglicans
essaient d'être ouverts à l'expérience d'autres Eglises
concernant la nature et l'exercice de l'autorité. Le texte ne se réfère
pas ensuite explicitement à d'autres Eglises, bien que sa
description de l'Eglise comme [le lieu] « où la Parole
de Dieu est prêchée et les sacrements du Christ célébrés
» (Don, 17-18) semble faire écho à un thème
ecclésiologique cher à la Réforme protestante, tandis
que le cadrage de la discussion sur la collégialité et la
conciliarité, en termes de « synodalité » (Don,34-40;
45), renverrait plutôt à la pensée orthodoxe. Pour ce
qui est du fondement dans l'Ecriture et la Tradition, la Déclaration
rappelle les réflexions bibliques plus développées de
L'autorité dans l'Eglise II, 2-9 et leur ajoute un
texte et plusieurs exemples de la période patristique. La mention
ici des commémorations liturgiques anglicanes de deux évêques
de Rome, Léon et Grégoire, est une addition particulièrement
sympathique. La relation entre la primauté et la collégialité
est traitée par le lien fait entre ces questions dans la troisième
partie de la Déclaration: la synodalité mène à
la discussion de la persévérance dans la vérité,
puis à lexamen de la primauté. Finalement, le «
caractère » de la primauté, en termes de son but - le
service de l'unité, - son origine dans le modèle fixé
par Jésus lui-même avec le choix d'un des Douze, son style
collégial et sa vulnérabilité aux faiblesses de son
titulaire, tout cela semble traité dans Don, 46-48. Il paraît
ainsi que le texte a abordé toutes les questions mentionnées
dans la réponse anglicane officielle.
Qu'en est-il des réactions catholiques au traitement de la
primauté dans ARCIC I ? Les difficultés catholiques
concernaient ce qui pouvait être considéré comme les
deux composantes générales de l'enseignement de Vatican I
sur la papauté : la primauté et l'infaillibilité. Sur
la primauté, la réponse officielle contestait la déclaration
d'ARCIC I selon laquelle « du point de vue de l'Eglise
catholique, il peut ne rien manquer à une Eglise qui n'est
plus en communion avec le Siège de Rome, si ce n'est qu'elle ne
fait pas partie de la manifestation visible de la pleine communion chrétienne
qui est préservée dans l'Eglise catholique romaine
(AII 12)». Mais il manque au contraire à une Église
dans ce cas « plus que simplement la manifestation visible de l'unité
».(14) ARCIC II semble répondre à cela lorsquelle
affirme clairement que « l'interdépendance mutuelle de toutes
les Eglises est constitutive de la réalité de l'Eglise
telle que Dieu la veut» (Don, 37) et que « les exigences
de la vie de l'Eglise appellent un exercice spécifique de l'épiscopè
au service de l'Eglise entière » (Don, 46). Par sa
nature même, l'Eglise locale n'est pas auto-suffisante (Don,
37). Dans la question de la communion avec le ministère qui sert de
point de référence pour l'unité du tout, il y a donc
plus en jeu que simplement la manifestation visible de l'unité.
Le réponse catholique relève en outre qu' ARCIC I ne fait
pas droit à la croyance catholique que « la primauté de
l'Evêque de Rome appartient à la structure divine de l'Eglise
» et que « la primauté des successeurs de Pierre [est]
quelque chose voulu expressément par Dieu et découlant de la
volonté et de l'institution de Jésus Christ ».(15) En réponse,
ARCIC II reprend ARCIC I en déclarant que le «modèle de
complémentarité entre les aspects primatial et conciliaire
de lépiscopé au service de la koinonia
des Eglises doit être réalisé au plan universel»
(c'est moi qui souligne). Les «exigences de la vie de l'Eglise
appellent un exercice spécifique de l'épiscopè
au service de toute l'Eglise » (c'est moi qui souligne). La référence
au Nouveau Testament met en évidence le choix de Pierre par Jésus
Christ lui-même, alors que le texte de saint Augustin parle de «
la prééminence reconnue à Pierre » et rapporte
les paroles dites à Pierre seulement (« à toi, je
remets ») aux dons faits à l'Église comme telle (tous
ces textes d'après Don, 46). La Déclaration
semble donc dire que le ministère primatial est de l'esse,
non du bene esse de l'Eglise. Il est requis. De plus, les
fondements bibliques et patristiques qui sont fournis présupposent
que l'initiative de fournir à l'Eglise ce dont elle avait
besoin venait de Jésus lui-même.
Ce nest pas là ramener le texte à une interprétation
fondamentaliste des Ecritures ou des origines de l'Eglise.
Le concept de ius divinum peut et doit être compris dune
manière qui corresponde aux résultats assurés d'une
saine recherche historique. Les récentes considérations de
la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur la primauté
du successeur de Pierre admettent un « développement doctrinal
» et une « clarté croissante » concernant ce ministère.
En même temps, la Congrégation souligne la continuité
dans ce développement, et que la clarté croissante
concernait une conviction que l'Eglise tenait dès ses
origines, à savoir que « tout comme il existe une succession
des apôtres dans le ministère des évêques, ainsi
le ministère de l'unité confié à Pierre
appartient à la structure immuable de l'Eglise du Christ, et
que cette succession est liée au siège de son martyre ».(16)
En affirmant sa nécessité et en se référant
aux textex bibliques et patristiques qui parlent des paroles de Jésus
dites spécifiquement à Pierre, le choisissant pour un rôle
qui concernait l'Église comme totalité, l'appelant à
exercer des pouvoirs confiés à lensemble, ARCIC II
semble affirmer en substance ce que la Congrégation affirme aussi
pour ce qui est du fondement de la primauté dans la volonté
du Christ pour l'Eglise. On comprend évidemment que la
discussion de la primauté par la Congrégation soit plus développée,
et ses affirmations plus explicites. Je soupçonne néanmoins
qu'ARCIC serait en mesure dentériner une assertion succincte
telle que « l'épiscopat et la primauté, en connexion réciproque,
et inséparables, sont d'institution divine ».(17) D'après
ce qui est dit dans le texte dans son ensemble, cette asssertion pourrait
être acceptable aux deux communautés.
De même qu'après avoir présenté en général
l'exercice synodal de l'autorité par le collège des évêques
(Don, 34-40), la Déclaration passe à la
question plus spécifique de son magistère (Don,
41-44), ainsi sa discussion d'une primauté universelle (Don,
46) conduit à un paragraphe sur le magistère du primat (Don,
47). Le texte envisage clairement la possibilité de « définitions
solennelles prononcées sur la chaire de Pierre », cette dernière
expression évidemment inspirée du latin ex cathedra
(« depuis la chaire »). Le paragraphe 47, d'une façon
semblable à Pastor aeternus de Vatican I, affirme qu'une
telle habilitation à enseigner découle du ministère
de la primauté, elle y est en quelque sorte incluse : « La réception
de la primauté de l'Evêque de Rome implique la reconnaissance
de ce ministère spécifique du primat universel ».(18)
L'intention première de ce paragraphe semble être de prévenir
et d'éviter ces « difficultés et ces malentendus »
qui ont surgi concernant le ministère particulier du discernement
de la vérité.
Tout bon connaisseur de Vatican I se rappelle ici le fameur rapport de lévêque
Vincent Gasser, porte-parole de la commission de fide du concile,
le 11 juillet 1870, discours cité jusquà quatre fois
en note dans le principal paragraphe de Vatican II sur le magistère
et linfaillibilité (Lumen gentium 25). Mgr Gasser
tentait de répondre aux craintes de certains évêques
catholiques que la définition de linfaillibilité
papale confère au pape une autorité qui lui permettait d
imposer à toute l'Église une doctrine solennellement définie
sur la seule base de sa décision personnelle. Largument de
Gasser tournait autour de linterprétation de trois adjectifs
: personnel, séparé et absolu. En quel sens linfaillibilité
papale peut-elle être qualifiée par de tels adjectifs ? Pour
ce qui est du troisième, Gasser admet ouvertement (ce sont ses
propres termes) « que linfaillibilité pontificale nest
absolue en aucun sens car linfaillibilité absolue nappartient
quà Dieu ».(19) En quel sens est-elle personnelle
? « En vérité, elle est dite personnelle afin dexclure
par là une distinction entre le Siège et son titulaire.
...Nous défendons linfaillibilité personnelle du
Pontife romain en tant que cette prérogative appartient, de par la
promesse du Christ, à chaque et à tout successeur légitime
de Pierre dans sa chaire ».(20) Gasser explique encore que ladjectif
« personnel » doit être limité précisément
au pape en tant que « personne publique, c'est-à-dire en tant
que chef de l'Eglise, dans sa relation à l'Eglise
universelle ».(21) Lévêque nie explicitement que
le pape soit infaillible en tant que personnne privée, ou docteur
privé.(22)
En quel sens linfaillibilité du pape
est-elle séparée ?
Elle peut être dite séparée, ou plutôt
distincte parce quelle se fonde sur une promesse spéciale du
Christ et donc sur une spéciale assistance du Saint-Esprit,
assistance qui nest pas la même que celle dont jouit tout le
corps de l'Eglise enseignante uni à son chef.(23)
Le langage de Gasser, l « Eglise enseignante »,
doit être compris en fonction de la distinction prévalente à
lépoque entre lecclesia docens et lecclesia
discens. Il sagit donc du collège des évêques.
Cette distinction pratique laurait empêché de reconnaître
une « participation » du laïcat à lexercice du
magistère de l'Eglise. Cette limitation na pas à
être un problème pour nous aujourdhui, du fait quune
doctrine et une théologie plus adéquates du laïcat ont
montré sa participation unique à la mission prophétique
de Jésus. Mais le texte de Gasser, ici, aide à saisir les
limites dans lesquelles les évêques de Vatican I admettaient
que lenseignement de lEvêque de Rome est « séparé
». La relation du primat à l'Eglise entière, par
comparaison avec celle du collège des évêques, est
«
complètement spéciale» :
- .. à ce statut distinct et spécial correspond un privilège
distinct et spécial. Cest pourquoi, en ce sens, appartient
au Pontife romain une infaillibilité séparée. Mais
en disant cela nous ne séparons pas le Pontife de son union
statutaire avec l'Eglise. Car le Pape nest infaillible quen
exerçant sa fonction denseignant de tous les chrétiens,
et cest pourquoi, représentant toute l'Eglise, il
juge et définit ce qui doit être cru ou rejeté par
tous. ... En vérité, nous ne séparons pas le Pape,
lorsquil prononce une définition, de la coopération
et du coonsentement de l'Eglise, du moins en ce sens que nous nexcluons
pas cette coopération et ce consentement de l'Eglise.
- .. La raison pour laquelle, par cette doctrine, nous nexcluons
pas la coopération de l'Église est que linfaillibilité
du Pontife romain ne lui vient pas sous forme dinspiration ou de révélation
mais par lassistance divine. Le Pape, en raison de sa charge et de
la gravité de la matière, est donc tenu dutiliser
les moyens convenables pour discerner la vérité de façon
appropriée et lénoncer avec justesse. Ces moyens
sont les conciles, lavis des évêques, des cardinaux,
des théologiens, etc. En vérité, les moyens sont
divers, selon la diversité des situations, et la piété
nous oblige à croire que dans lassistance divine promise à
Pierre et à ses successeurs par le Christ il y a aussi simultanément
une promesse concernant les moyens nécessaires et convenables délaborer
un jugement pontifical infaillible.
Finalement, nous ne séparons pas le moins du monde le Pape du
consentement de l'Eglise tant que ce consentement nest pas
posé comme une condition soit antécédente, soit conséquente.(24)
Cette longue citation de Mgr Gasser le montre essayant dexpliquer
en quel sens restreint linfaillibilité papale, telle que
Vatican I la définie, était « séparée
» de l'Eglise et les nombreux sens où elle nest
pas à comprendre comme séparée. Il essayait de
convaincre les évêques catholiques qui avaient manifesté
une inquiétude au sujet de cette autorité spéciale du
primat en matière denseignement.
Les remarques de Gasser semblent particulièrement utiles pour une
interprétation correcte de lintention du paragraphe 47 de la
déclaration sur Le don de lautorité. Ce
paragraphe paraît répondre fondamentalement à la même
préoccupation. Lautorité magistérielle du
primat universel pour déclarer la foi authentique de toute l'Église
est « une forme particulière dexercice [cest
moi qui souligne] de la vocation et de la responsabilité du corps
des évêques denseigner et daffirmer la foi »,
et, à ce titre, elle est unique, mais elle ne sen exerce pas
moins « du sein du collège ... et non pas en dehors de ce collège»,
elle ne fait quexprimer la foi de toute l'Eglise et des Eglises
particulières. Elle est fidèle à l'Ecriture et
à la Tradition, « à la foi proclamée depuis les
origines ».
ARCIC I a exprimé diverses inquiétudes, de la part des
anglicans, au sujet de linfaillibilité papale, spécialement
du fait des définitions des dogmes marials en 1854 et 1950, ce qui,
daprès la réponse catholique officielle, «
illustre le besoin de beaucoup dautres études sur le ministère
pétrinien dans l'Eglise ».(25) Ces inquiétudes
anglicanes ne sont plus évoquées dans la déclaration
d ARCIC II sur Le don de lautorité. On a à
la place un effort pour souligner lunité entre le pape,
lorsquil exerce son autorité magistérielle unique de définition
doctrinale solennelle, et l'Eglise entière. Cet effort a de
remarquables points communs avec le discours de Mgr Gasser, qui apaisa
avec succès de semblables inquiétudes chez des évêques
catholiques romains à Vatican I.
Les affirmations dARCIC II sur la relation entre pareils
enseignements spéciaux du primat et la foi de l'Eglise entière
peuvent-elles être interprétées comme faisant de lapprobation
de toute l'Eglise la condition juridique garantissant les
enseignements en question, comme si, en labsence dune unanimité
universelle antécédente ou dune réception conséquente,
on ne pourrait parler de définition infaillible ? Une telle interprétation
dARCIC II, à mon avis, serait un contresens. La simple preuve
en est la compréhension de lenseignement et de la réception
que donne le document au paragraphe 43. Il y est dit que les définitions
tirent leur autorité non de la réception mais de la vérité
divine, de lautorité du Christ Tête, agissant par «
la mission spécifique de celui ou de ceux qui les proclament ».
Mgr Gasser sen prenait à lopinion gallicane selon
laquelle les actions du primat sont conditionnées absolument par
leur réception positive. Il cherchait à lemporter sur
les évêques qui voulaient lassurance quon
accorderait une considération suffisante à lopinion de
lEglise entière, spécialement sous sa formé
manifestée par lavis des évêques, chaque fois
que le pape proposerait un enseignement définitif. Il écrivait
:
Cest dans cette nécessité stricte et absolue que
consiste toute la différence entre nous. La différence ne
porte pas sur lopportunité ou sur une nécessité
relative quil faut laisser complètement au jugement du
Pontife romain lorsquil définit en fonction des
circonstances.(26)
Mgr Gasser réussit à convaincre ses collègues évêques,
que préoccupait cette question, que linsistance gallicane sur
la réception comme une condition absolue de tout enseignement définitif
en éliminerait effectivement la possibilité. Cest pour
cette raison que Vatican I a ajouté la phrase que les définitions
papales sont irréformables « par elles-mêmes et non à
cause du consentement de l'Église ». On ne comprend bien cette
phrase quà la lumière de ce contexte anti-gallican,
comme les paroles de Gasser le montrent en toute clarté. Il réussit
à apaiser les craintes de certains de ses collègues évêques.
ARCIC II veut aussi éviter les malentendus au sujet de lenseignement
spécial du primat en relation avec le tout. La commission semble
reprendre des thèmes présents dans la très importante
intervention de Mgr Gasser à Vatican I. Il faut espérer quelle
réussira à apaiser les craintes de chrétiens sincèrement
préoccupés par la question de savoir comment lautorité
magistérielle unique du primat peut être comprise comme intégrée
à la foi de la communauté dans sa totalité, sans la
menacer, comme elle était menacée par les faux docteurs si
fréquemment mentionnés dans le Nouveau Testament (cf. Ac 20,
29-31 ; Ep 4, 14 ; différents pasages des épîtres
pastorales et des épîtres johanniques) , mais au contraire la
confirmant (cf. Lc 22,31).
La section sur la primauté se termine en souscrivant aux
affirmations du Pape Jean-Paul II sur la fragilité humaine des
ministres chrétiens, y compris de celui qui exerce le ministère
de Pierre. On en vient ensuite à une subdivision finale concernant
la discipline (Don, 49). Ce paragraphe pourrait peut-être
indiquer plus clairement ce quon entend par le mot « discipline
», car il peut avoir bien des sens. Le texte cherche-t-il ici à
ajouter à ce que le document sur L'autorité dans l'Eglise
: Elucidation 5 disait de « lautorité de lévêque
[ou ici, du primat] qui doit en certaines circonstances exiger la
soumission » ?(27) Pareille interprétation semble correcte à
la lumière du reste de lElucidation 5, qui parle du «
besoin possible de prendre des mesures disciplinaires ». Quoi quil
en soit, le présent texte propose une reconnaissance équilibrée
aussi bien du devoir de lindividu de suivre les directives de la
communauté entière incarnée par les détenteurs
de lautorité, que le devoir de ces derniers de respecter les
consciences de ceux quils ont vocation de servir. Ce point ne doit
pas faire dire à tort quon ignore le fait que la conscience
est formée au sein de la communauté, ce qui a été
explicitement reconnu en Don 13.
Quatrième partie: synthèse et regard sur lavenir.
« Nous croyons que si cette déclaration au sujet de la
nature de lautorité et de la manière de lexercer
est acceptée et mise en pratique, cette question cessera dêtre
une cause de rupture permanente de communion entre nos deux Eglises
» (Don, 51). Il y a ici une affirmation vigoureuse et pleine
despoir du degré daccord présent dans la Déclaration,
de même quune reconnaissance de la différence entre la
théorie et la pratique (signalée par linsistance «
et mise en pratique »). Cette différence importe à linterprétation
de la quatrième partie.
La récapitulation des nouveaux points daccord en Don
52 nest pas seulement très impressionnante mais elle peut même
être trop modeste. Elle inclut la plupart des points que nous avons
discutés mais ne mentionne pas les paragraphes 32-33 qui situent précisément
l'autorité dans le contexte dune ecclésiologie de
communion et de mission. On a relevé plus haut lutilité
particulière de ces paragraphes, au vu des accents nouveaux à
la fois dans lecclésiologie et dans lenseignement
catholique officiel.
La description des développements au sein de chaque communauté
(Don, 53-55) semble tout-à-fait exacte. LEglise
catholique romaine a indubitablement donné ces dernières années
une attention et une importance nouvelles à lexercice de lautorité
localement, synodalement et avec linclusion du laïcat. Les
anglicans sont plus attentifs depuis peu à lexercice de lautorité
au plan universel, et ils ont lintention de continuer. Ils semblent
par là avancer dans des directions qui les rapprocheront entre eux
sur les questions de lautorité et de son exercice.
Les « Questions posées aux anglicans et aux catholiques
romains » de Don 56-57 ne doivent pas être considérées
comme contredisant la déclaration de laccord enregistré
en Don, 51, mais plutôt comme une expression de la différence
entre la théorie et la pratique. Lindication de tels défis,
après avoir parlé daccord, est en harmonie avec ce que
le Pape Jean-Paul II a appelé le « dialogue de conversion »
(Ut unum sint, 82), dont il a été question plus
haut.
Ces « Questions » (Don, 56-57), avec les paragraphes
sur la « Collégialité rénovée » (Don,
58-59), répondent à une demande croissante exprimée
dans les publications concernant la réception des documents cuméniques.
On demande de plus en plus aux commissions de dialogue non seulement de
produire des textes mais également de suggérer des pas
concrets par lesquels le progrès de la communion puisse se traduire
de façon visible. La coopération entre évêques
anglicans et catholiques aux plans des rencontres, de la prière, du
témoignage et même de lenseignement en commun semble
pleinement en harmonie avec lexpérience rapportée par
le Pape Jean-Paul II au chapitre II de Ut unum sint, sur «
Les fruits du dialogue », de sa collaboration de diverses manières
avec dautres dirigeants chrétiens. La suggestion denvisager
la participation dévêques anglicans aux visites ad
limina semble un geste noble, une manière concrète dexprimer
la reconnaisance anglicane dune primauté universelle rapportée
aux paragraphes 45-48 de la déclaration sur Le don de lautorité.
En même temps, on imagine quun tel pas demanderait une
certaine prudence pastorale. Ici comme dans le cas dun enseignement
en commun, on devrait examiner soigneusement comment de telles démarches
seraient comprises par les fidèles et, autant que possible, il
faudrait se protéger de lexploitation par un média peu
porté à se retenir de donner aux faits une portée
sensationnelle facilement trompeuse.
La déclaration sur Le don de lautorité sachève
sur plusieurs paragraphes qui caractérisent aussi le ministère
de la primauté universelle comme un « don ». Les
catholiques ne peuvent que se réjouir de cette aimable disposition
chez leurs frères et surs anglicans. Plusieurs expressions
dans cette section amèneront probablement des critiques à sen
prendre au texte, avec lobjection quil naffirme
seulement quune certaine sorte de primauté, celle qui «
maintient la diversité légitime » (Don, 60) et
qui « protège la recherche théologique » (Don,
61), une primauté qui peut être recouvrée et re-reçue
par les anglicans seulement « sous certaines conditions claires »
(Don, 62). A mon sens, ce serait une erreur que dinterpréter
de telles expressions comme suggérant une sorte de
crypto-gallicanisme. La doctrine et la théologie catholiques
peuvent prendre ces expressions en un sens compatible avec une compréhension
correcte de la primauté papale. Il est juste de dire que dans lunivers
cuménique aucune autre communauté na été
aussi loin avec les catholiques sur la question dun accord commun au
sujet de la primauté de lEvêque de Rome. On se rappelle
les paroles poignantes du Pape Paul VI, selon lequel il nest pas de
plus grand « obstacle » à lcuménisme
que la papauté.(28) Ici, peut-être pour la première
fois dans le dialogue cuménique, les anglicans parlent en
commun avec leurs partenaires de dialogue catholiques de la primauté
comme un « don ».
Interrogations critiques et résultat.
Tout au long de ce commentaire jai essayé dindiquer
comment ARCIC II a tenté daborder les sujets signalés
par les deux réponses officielles au travail dARCIC I sur lautorité.
La déclaration sur Le don de lautorité semble
avoir réussi le mieux possible à réaliser cette tâche.
Mais en même temps, cétait inévitable, en se
centrant sur ces sujets elle a pu manquer loccasion de développer
plus pleinement des thèmes moins profilés par les réponses
officielles. A cet égard, jaimerais indiquer simplement deux
domaines dans lesquels je crois quune plus grande précision
rendrait encore plus adéquate la compréhension de lautorité
présente dans ce texte, approfondissant aussi par là laccord
entre anglicans et catholiques.
Une question concerne ce quon désigne comme le sensus
fidelium. Le texte ne pourrait-il pas être plus clair quand au
sens précis de cette expression ? Le sensus fidelium est-il
distinct du sensus fidei, que lon décrit comme «
une capacité active de discernement spirituel, une intuition formée
par la participation au culte et par la vie en communion comme membre fidèle
de l'Eglise » (Don, 29) ? Le paragraphe 29 déclare
: « Quand cette capacité est exercée de concert avec le
corps des fidèles on peut parler dexercice du sensus
fidelium ». Que veut dire exercer le sensus fidei «
de concert » ? Plus loin, le sensus fidelium est décrit
presque comme une force ou un principe actif : « Au sein du sensus
fidelium, il y a une relation de complémentarité entre lévêque
et le reste de la communauté » (Don, 36; voir aussi
Don, 1, 43 et 56). Finalement, une autre signification semble
apparaître, comme si la formule ne renvoyait pas à une
capacité subjective, exercée isolément ou de concert,
mais plutôt à un contenu doctrinal concernant les matières
de foi et de morale et effectivement cru par les fidèles : «
Lorsque les évêques tiennent conseil ensemble, ils cherchent à
la fois à discerner et à articuler le sensus fidelium
» (Don, 38). Il me semble que le texte serait amélioré
sil restreignait la signification de sensus fidelium à
ce dernier sens. Vatican II pourrait peut-être y aider. Lumen
gentium 12, à quoi se réfère Don, 43, nutilise
pas lexpression sensus fidelium, mais se contente de parler
du « sensus fidei de tout le peuple ».
Par cette appréciation de la foi (sensus fidei) suscitée
et soutenue par lEsprit de vérité, le Peuple de Dieu,
guidé par lautorité sacrée chargée de lenseignement
(magisterium) et lui obéissant, reçoit non la simple
parole des hommes, mais vraiment la Parole de Dieu (cf. 1 Th 2, 13), la
foi conférée une fois pour toutes aux saints (cf. Jude 3).
Le Peuple adhère infailliblement à cette foi, la pénètre
plus profondément avec un jugement droit et lapplique plus
pleinement dans la vie quotidienne.
Dans ce texte, le sensus fidei est clairement une capacité
subjective qui accompagne la foi ; il est un don du Saint-Esprit. Si tout
le peuple, guidé par ce don du sensus fidei, saccorde
par un consentement universel sur une question de foi ou de murs, il
nerrera pas sur ce point de foi (daprès Lumen
gentium 12). Lexpression sensus fidelium ne
pourrait-elle pas renvoyer précisément au degré daccord
sur une question particulière de foi ou de morale ? Ce nest
quen cas dunanimité que lon serait assuré
que tout le corps des fidèles est exempt derreur. Sans cette
unanimité, les opinions communes à tout le peuple ne sont
pas pour autant dénuées de signification. Elle contribuent
encore à linterprétation de la Parole révélée
de Dieu. Mais cette affirmation même dévoile le vrai rôle
du sensus fidelium. Il nest pas que l'Église a besoin
de discerner le sensus fidelium comme un but en soi. Le but ultime
du discernement est plutôt de recevoir la Parole de Dieu, dy
adhérer et de lappliquer à la vie. Le sensus fidei
est un don fait à chaque croyant pour lassister à
faire cela. Le sensus fidelium est comparable à une «
lecture » faite pour savoir ce que les fidèles croient
effectivement. De telles clarifications permettraient à ARCIC II dindiquer
plus clairement comment le sensus fidelium contribue à lenseignement
normatif, il permettrait aussi de reconnaître plus franchement les
difficultés de la tâche de discerner ce que les fidèles
croient et le degré de leur unanimité. Spécialement
dans un âge où l « opinion publique » est si
souvent consultée et paraît être si malléable,
une réflexion plus rigoureuse sur ce très important aspect
de la vie ecclésiale serait utile.
Une seconde suggestion nest pas sans lien avec la première.
Cest ceci. Ne serait-il pas possible de définir plus
clairement lautorité propre denseignement de lépiscopat
comme partage, par le Christ, de sa propre autorité denseignement
? Il y a quelque chose de cela dans la Déclaration, sans
aucun doute. On peut être particulièrement reconnaissant des
références christologiques dans les paragraphes 36 et 43
ainsi que pour la pneumatologie présente dans tout le tissu du
texte (Don, 4, 18, 28, 30, 35, 36, 41, 42, 43, 47, 49).. Ces références
aux missions du Fils et du Saint-Esprit justifient une évaluation
optimiste de lautorité ministérielle dans l'Eglise.
En même temps, on se demande si cet optimisme nadmettrait pas
un traitement plus étoffé de lordination épiscopale
comme rite sacramentel épiclétique, dans lequel lévêque
nouvellement ordonné reçoit la grâce davoir part
dune manière pastorale unique à lautorité
du Christ le bon Pasteur.
En outre, laccent mis utilement sur le laïcat, spécialement
en recourant au thème du sensus fidelium, peut, ce
nonobstant, donner limpression que ceux chargés du «
ministère de la mémoire » ont accès à la
Parole de Dieu principalement par les convictions communément
tenues dans le peuple. Le fait est, bien sûr, que les évêques
apprennent de laïcs la Parole de Dieu. Qui pourrait oublier ces
paroles adressées au nom de Paul à Timothée, paroles
empreintes dun certain charme familial mais qui suggèrent
aussi lenracinement personnel profond des ministres ordonnés
dans toute la communauté des croyants ?
Jévoque le souvenir de la foi sincère qui est en
toi, foi qui habita dabord en Loïs, ta grand-mère et en
Eunice, ta mère, et qui, jen suis convaincu, réside
aussi en toi. Cest pourquoi je te rappelle davoir à
raviver le don de Dieu qui est en toi depuis que je tai imposé
les mains (2 Tm 1, 5-6).
Ceci étant, le texte ne serait-il pas encore plus satisfaisant sil
pouvait inclure une réflexion plus développée sur la
relation entre le ministère ordonné et la proclamation de la
Parole de Dieu ? Elle utiliserait avec profit les passages bibliques dans
lesquels Jésus partage sa mission de proclamation avec les douze
(tel que Mt 10, 1-42). Elle pourrait aussi rappeler la responsaibilité
spéciale de lépiscopat de conserver et de garder la
foi, une idée qui a pour elle non seulement le Nouveau Testament
mais aussi un abondant matériau dans les écrits et la
pratique des Pères de l'Eglise.
Les anglicans et les catholiques romains, qui sont convaincus les uns et
les autres que lépiscopat fait partie de la volonté de
Dieu pour l'Eglise et qui nont jamais été
formellement en conflit à ce sujet, peuvent naturellement éprouver
à un degré moindre la nécessité de donner un
solide fondement à lépiscopat dans leurs textes daccord.
Il est vrai quune critique à Lautorité I
était justement quelle se centrait trop sur la hiérarchie
et disait trop peu au sujet du laïcat.(29) Du fait que la déclaration
sur Le don de lautorité tente dexécuter
le mandat spécifié dans les réponses officielles à
ARCIC I, il est naturel que le laïcat soit mis spécialement en
relief dans le texte. Peut-être que plus dattention au
fondement sacramentel et à la signification de lordination épiscopale
améliorerait encore ce qui est déjà un accord
remarquable.
Au seuil dun nouveau millénaire, il semble remarquablement
providentiel, un signe de linfluence du Saint-Esprit, que dans lintervalle
de quelques mois dimportants textes daccord ont paru, qui ont
recueilli un consensus significatif sur deux des questions doctrinales les
plus décisives qui divisent les communautés chrétiennes.
En plus de la Déclaration sur Le don de lautorité,
étudiée dans le présent commentaire, une Déclaration
commune, luthéro-catholique, sur la doctrine de la
justification a été publiée en juin 1998.(30) Ces
documents ne résultent pas de processus identiques et nont
pas la même doctrine pour objet, mais les deux thèmes et les
deux accords ne sont pas sans rapports les uns avec les autres. Dans les
deux cas, il sagit de la guérison et de lélévation
de la nature par la grâce rédemptrice du Christ. La Déclaration
sur la justification porte sur la manière dont cela se produit
dans la vie de lindividu racheté. Le don de lautorité
contemple en revanche luvre de la grâce dans toute la
communauté qui est l'Eglise, locale et universelle. On
pourrait prédire avec confiance que limpact de ces accords débordera
le cadre des relations entre l'Église catholique romaine et les
seules communautés luthériennes et anglicanes. Le texte sur
la justification pourrait bien faciliter le dialogue catholique avec
beaucoup dautres communautés de la Réforme. Le texte
sur lautorité peut faire de même, mais pourrait aussi
contribuer à la prise en considération commune de la primauté
qui reste spécialement préoccupante pour la guérison
des divisions entre les Eglises orthodoxe et catholique.
Le Pape Jean-Paul II a relevé que ce qui nous unit est bien plus
grand que ce qui nous divise. Il a espéré que le nouveau
millénaire nous trouverait plus proches quauparavant, sinon
complètement un. Ce dernier accord offert par la Commission
internationale anglicane-catholique romaine aide certainement à ce
que ce rêve devienne réalité. Lespoir de la
Commission, « que l Amen quanglicans et
catholiques disent en commun à lunique Seigneur » sera
plus proche « dêtre un Amen dit ensemble
par lunique peuple saint au salut de Dieu et à son amour réconciliateur,
dans un monde brisé » nest pas irréaliste. Son
travail contribuera à susciter ce témoignage commun et cet «
Amen » commun si indiqué et si nécessaires à laube
du nouveau millénaire.
(1) Le don de lautorité, paragraphe 5. Les références
à ce document apparaîtront ici entre parenthèses dans
le texte, sous cette forme : Don, suivi du numéro du
paragraphe.
(2) La première déclaration de lARCIC sur lautorité
(L'autorité dans l'Eglise I, 1976) notait : « Cest
précisément dans le problème de la primauté
papale que nos divisions historiques ont trouvé leur malheureuse
origine » : dans La Documentation catholique 74, 1977, 118.
(3) Apostolos suos, texte français dans La
Documentation catholique 95, 1998, 751-759, voir 754.
(4) Communionis notio, 9. Texte français dans La
Documentation catholique 89, 1992, 729-734, voir 731.
(5) Voir «Réponse du Saint-Siège au document final de
lARCIC I (1982)» dans La Documentation catholique 89,
1992, 113.
(6) Une idée semblable est exprimée dans Communionis
notio, qui souligne que la célébration elle-même
de l'Eucharistie démontre que l'Eglise locale nest pas
auto-suffisante mais, par nature, intrinsèquement reliée au
tout.
(7) Voir The Truth Shall Make You Free. The Lambeth
Conference 1988, Londres 1988, 211.
(8) Un des textes les plus explicites sur la nature du Royaume comme
communion est Redemptoris missio, 15, de Jean-Paul II.
(9) En fait, Lumen gentium ne fait que développer le thème
annoncé dès la première phrase de Pastor aeternus
de Vatican I. Ce texte fait de Jésus le pastor aeternus (le
berger éternel) et lepiscopos de nos âmes (I P
2,25), qui édifie son Eglise de manière que «
dans la maison de Dieu tous les fidèles puissent être unis
ensemble par les liens de lunique foi et de la charité
vivante » (Denzinger-Hünermann, Enchiridion symbolorum,
3050).
(10) Voir «Réponse du Saint-Siège », 113, qui
cite Lautorité dans lEglise II, n. 31.
(11) Ibid., 113.
(12)Cf. Jean-Paul II, Fides et ratio, 34 et la totalité
du chapitre IV, intitulé « La relation entre la foi et la
raison », paragraphes 36-48. Dans ce chapitre, Jean-Paul II essaie de
montrer comment de grands théologiens du passé ont appliqué
la raison à la foi et il déplore la tendence, spécialement
chez des philosophes des siècles récents, à séparer
les deux.
(13) The Truth Shall Make You Free, 211.
(14) Citations de la « Réponse du Saint-Siège»,
113.
(15) Ibid., 113.
(16) Ces points et les citations (ma traduction) sont prises dans «
Il primato del successore di Pietro nel mistero della Chiesa.
Considerazioni della Congregazione per la Dottrina della Fede », dans
Il Primato del Successore di Pietro. Atti del Simposio Teologico.
Roma, dicembre 1996, Cité du Vatican 1998, 493-503 (voir 493 et
495).
(17) Ibid., 497.
(18) Ceci suit le plan présent à Vatican I, selon lequel la
capacité de lEvêque de Rome de définir la
doctrine découle comme une conséquence de son ministère
de primauté. Cf Denzinger-Hünermann, 3065.
(19) Jutilise la traduction fournie par James T. OConnor. Son
ouvrage, The Gift of Infallibility. The Official Relatio on
Infallibility of Bishop Vincent Gasser at Vatican Council I, Boston
1986, présente une introduction et traduction de lintervention
de Gasser, ainsi quune synthèse théologique sur linfaillibilité.
Le discours de lévêque dura quatre heures et occupe
quelque 26 colonnes de Mansi, Collectio Conciliorum Reentiorum,
Vol. 52, Arnhem 1927, 1204-1230.
(20) OConnor, 41; Mansi, col. 1212.
(21) OConnor, 42; Mansi, col. 1213.
(22) OConnor, 41; Mansi, col. 1212.
(23) OConnor, 42; Mansi, col. 1213.
(24) OConnor, 43-44; Mansi, col. 1213-1214.
(25) «Réponse du Saint-Siège », 112.
(26) OConnor, 48; Mansi, col. 1215.
(27) Voir La Documentation catholique 79, 1982, 500.
(28) « Le Pape, Nous le savons bien, est sans doute lobstacle
le plus grave sur la route de lcuménisme. Que
dirons-Nous ? Devrons-Nous en appeler, une fois de plus, aux titres qui
justifient Notre mission ? Devrons-Nous, une fois encore, tenter de la présenter
dans ses termes exacts, telle réellement quelle veut être
: principe indispensable de vérité, de charité, dunité
? Mission pastorale de direction, de service et de fraternité, qui
ne conteste la liberté et lhonneur à aucune personne
ayant une position légitime dans lEglise de Dieu, mais
bien plutôt protège les droits de tous et ne réclame dautre
obéissance que celle qui est requise des enfants dune même
famille ? » Daprès lallocution du Pape Paul VI au
Secrétariat pour lunité des chrétiens, le 28
avril 1967 ; dans Acta Apostolicae Sedis, 59, 1967, 498.
(29) Voir Elucidation 4, dans La Documentation catholique
79, 1982, 500.
(30) Texte français dans La Documentation catholique 94,
1997, 875-885 ; Réponse catholique officielle et déclaration
à la presse du Cardinal Cassidy dans La Documentation
catholique 95, 1998, 713-718.